Managem: comment l’or sénégalais et le cuivre marocain ont fait bondir la rente minière de 2,4 milliards de dirhams

Le chiffre est de ceux qui forcent le respect dans l’univers cyclique et souvent imprévisible des mines. En publiant fin mars 2026 un résultat net part du groupe de 3,002 milliards de dirhams, en hausse vertigineuse de 2,382 milliards par rapport à l’exercice précédent, Managem n’annonce pas seulement une année faste. Il officialise la mue réussie d’un opérateur minier marocain historique en un véritable champion panafricain des ressources stratégiques. Le communiqué est sobre, presque trop pour ce qu’il révèle. Derrière la froideur des agrégats comptables se cache une double réussite industrielle qui n’a rien d’une coïncidence: d’un côté, l’entrée en production du projet cuprifère de Tizert, dans le Souss marocain, et de l’autre, la coulée du premier lingot d’or de Boto, dans l’est sénégalais. Deux projets structurants, deux pays, une seule et même démonstration de la capacité du groupe à transformer des gisements en cash-flow opérationnel dans des délais maîtrisés.

La commercialisation des productions dès le quatrième trimestre 2025 a agi comme un accélérateur de résultats, venant s’ajouter à un contexte de marché des métaux que le conseil d’administration qualifie de manière pudique de « favorable ». Pour l’or, cela se traduit par des prix spot historiquement élevés. Pour le cuivre, par une demande structurelle portée par l’électrification mondiale. Managem a su capter cette double rente minière au moment précis où ses nouvelles capacités devenaient opérationnelles. Ce sens du timing industriel est la marque des grands groupes extractifs.

Mais Managem livre aussi les indices d’une ambition qui dépasse le simple exercice 2025. La poursuite des travaux de construction pour les sulfates de cobalt et le gaz de Tendrara, dont les démarrages sont programmés cette année 2026, dessine un portefeuille de projets qui épouse les contours de la transition énergétique. Le cobalt marocain, le gaz de l’Oriental, l’or et le cuivre: Managem verrouille un mix de commodités qui lui assure une exposition à la fois aux valeurs refuges traditionnelles et aux métaux critiques de la mobilité électrique.

La conclusion d’un nouvel accord de cession partielle avec Norin Mining sur le projet aurifère soudanais de Gabgaba confirme par ailleurs une stratégie pragmatique de partage des risques dans des juridictions plus complexes, tout en sécurisant des plus-values substantielles. La décision de proposer un dividende de 55 dirhams par action à l’assemblée générale, en forte progression par rapport aux exercices antérieurs, est le signal ultime de la confiance du management dans la soutenabilité de cette dynamique. Pour le Sénégal, Boto devient une réalité industrielle et fiscale tangible. Pour le Maroc, Tizert ancre le groupe dans une nouvelle géographie minière nationale au-delà de ses bastions historiques.

Ce que ces résultats 2025 racontent, c’est qu’un groupe africain, lorsqu’il maîtrise sa courbe d’apprentissage technique et qu’il bénéficie d’une vision stratégique transcontinentale, peut parfaitement capter la valeur de ses sous-sols pour la restituer à ses actionnaires sans rien céder de son indépendance opérationnelle. Le dividende est un signal, mais la montée en régime des nouveaux projets est une promesse autrement plus lourde.

Facturation électronique au Maroc: Comment Sage troque son costume d’éditeur pour celui d’assureur anti-chaos fiscal

Annoncer à Marrakech, en pleine effervescence du GITEX Africa, que l’on prépare les entreprises marocaines à la facturation électronique pourrait ressembler à une opération de communication parfaitement calibrée. Ce serait méconnaître la nature du séisme administratif qui s’annonce. La communication de Sage ne parle pas de fonctionnalités logicielles. Il parle de ce moment de bascule, attendu cette année 2026, où chaque facture émise ou reçue par une entreprise marocaine deviendra un flux de données traçable, interopérable et archivable selon des standards que l’administration fiscale est en train de verrouiller. Pour une PME marocaine dont le comptable tient encore parfois des registres sous Excel, le choc peut être frontal. C’est précisément cette peur diffuse du chaos opérationnel que Sage vient adresser, non pas avec un argumentaire produit, mais avec une promesse d’accompagnement dans la durée. La déclaration d’Abdellah Marrakchi, directeur Afrique francophone et Outremer de Sage, est limpide: il ne s’agit plus de fournir une solution, mais d’incarner un « partenaire de transformation ». Ce glissement sémantique est tout sauf anodin. Il acte que la valeur ajoutée ne réside plus dans les lignes de code mais dans la capacité à guider des organisations souvent fragiles à travers un labyrinthe réglementaire qu’elles n’ont pas les moyens de déchiffrer seules. L’expérience tunisienne et ivoirienne que Sage capitalise est ici un argument d’autorité précieux, l’entreprise le sous-entend: « nous avons déjà vu le film ailleurs en Afrique, nous savons où se situent les goulets d’étranglement et les incompréhensions ».

La récente intégration de SATELIX comme Tech Partner renforce cette stratégie du dernier kilomètre. Dans le dédale des TPE marocaines, ce n’est pas un éditeur international qui fera la différence, mais un réseau d’intégrateurs capables de parler le dialecte local de la gestion d’entreprise et de paramétrer les outils sans paralyser l’activité. Ce que Sage comprend mieux que quiconque, c’est que la facturation électronique obligatoire n’est pas un projet informatique ; c’est un projet de conduite du changement. Le vrai risque pour une PME n’est pas de mal paramétrer son API de transmission, mais de voir ses factures rejetées en masse par le portail public, de perdre des jours de trésorerie en contentieux administratif et de se retrouver en infraction par méconnaissance. En positionnant son offre comme une démarche d’anticipation plutôt qu’une mise en conformité de dernière minute, Sage vend en réalité une denrée rare et précieuse pour un entrepreneur: la sérénité.

L’enjeu pour le Maroc, au-delà de la modernisation fiscale, est d’éviter que cette transition ne devienne un facteur d’exclusion économique pour les plus petites structures. En s’engageant à « accompagner avant, pendant et après », Sage ne fait pas preuve de philanthropie mais de lucidité stratégique: la pérennité de son marché marocain dépendra de sa capacité à transformer une contrainte réglementaire subie en un levier de compétitivité compris et accepté par le plus grand nombre. Le logiciel n’est que la partie émergée de l’iceberg ; le véritable chantier est culturel.

Souveraineté numérique: Comment Maroc Telecom et la Commission européenne ébauchent la troisième voie d’un numérique africain ni vassalisé ni isolé

Voir le patron de Maroc Telecom s’asseoir en marge du GITEX Africa 2026 avec Henna Virkkunen, la commissaire européenne en charge de la souveraineté technologique, n’a rien d’une photo d’opportunité. C’est un signal géopolitique que le communiqué officiel publié à l’issue de cette rencontre laisse au lecteur le soin de déchiffrer entièrement. Ce dialogue stratégique, tenu le 8 avril 2026, consacre une réalité que les chancelleries africaines peinent encore parfois à verbaliser: la souveraineté numérique du continent ne se négociera plus uniquement dans les cénacles de l’Union africaine à Addis-Abeba, mais aussi en bilatéral avec une Europe qui, elle-même, cherche désespérément des alliés pour ne pas être réduite à l’état de colonie digitale des hyperpuissances américaine et chinoise. Le lieu n’est pas anodin. GITEX Africa est en train de devenir le Davos des infrastructures numériques du Sud. Que la vice-présidente exécutive de la Commission s’y déplace pour rencontrer spécifiquement Mohamed Benchaaboun dit que Bruxelles a compris que la bataille des normes et des standards de la prochaine décennie se jouera sur le câblage du continent africain. Le Digital Network Act européen, cité dans le communiqué, est un texte taillé pour réguler les géants extra-européens. Mais son application et son esprit ne peuvent fonctionner en vase clos. L’Europe a besoin que les données qui transitent par l’Afrique ne soient pas systématiquement aspirées par des clouds souverains étrangers à ses valeurs. En retour, les opérateurs Télécom africains comme Maroc Telecom ont besoin d’un cadre de coopération qui ne soit pas une simple transposition unilatérale de normes techniques conçues pour les climats tempérés et les marchés matures. La déclaration de Mohamed Benchaaboun est à cet égard une petite leçon de réalisme managérial. Il rappelle que la souveraineté numérique, pour un groupe qui connecte des dizaines de millions de personnes de Tanger à Libreville, n’est pas un concept de think tank mais une responsabilité d’ingénieur réseau face aux pannes, aux intrusions et aux pics de trafic. C’est la solidité du câble sous-marin, la redondance des data centers et la capacité à tenir un réseau debout quand tout l’environnement régional vacille.

L’intérêt de cette rencontre réside dans la convergence des vulnérabilités. L’Europe craint pour la sécurité de ses données citoyennes et industrielles. L’Afrique craint pour la résilience de ses infrastructures critiques encore trop dépendantes de technologies propriétaires étrangères. En engageant ce dialogue, Maroc Telecom ne parle pas seulement pour le Maroc. Il se positionne implicitement comme le porte-voix légitime d’une sous-région qui n’a pas les moyens de construire seule des alternatives crédibles face à la concentration des acteurs mondiaux du numérique, mais qui refuse de choisir entre protectorat technologique et isolement numérique. Rappellons qu’en dehors du Maroc, Maroc Telecom est implanté dans 10 pays africains, via ses filiales, souvent regroupées sous la marque Moov Africa (Togo, Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gabon, Mali, Mauritanie, Niger, République centrafricaine, Tchad).

Ce que cette réunion révèle, c’est l’ébauche d’une troisième voie: une interopérabilité réglementaire entre les continents qui permettrait à un utilisateur africain de bénéficier du même niveau de protection des données qu’un citoyen européen, non par charité, mais par intérêt mutuel à bâtir un écosystème numérique multipolaire.

L’enjeu est immense et la déclaration de Benchaaboun, avec sa franchise technique, a le mérite de ramener ce débat géostratégique à sa dimension la plus concrète: celle de la panne évitée et de la confiance restaurée.

La CDG transforme l’UIR en laboratoire de souveraineté: Comment le Maroc invente le partenariat public-privé de la recherche utile

L’information, livrée avec la sobriété administrative qui sied à la Caisse de Dépôt et de Gestion, pourrait passer pour une énième signature de conventions entre un grand corps de l’État et une institution universitaire. Ce serait commettre une erreur de lecture majeure. Ce qui s’est joué ce vendredi 3 avril 2026 à Rabat relève d’une rupture discrète mais profonde dans la manière dont le Maroc envisage désormais la production du savoir stratégique. En scellant cinq conventions avec l’Université Internationale de Rabat (UIR), la CDG ne fait pas œuvre de mécénat académique. Elle pose les fondations d’un appareil de recherche entièrement orienté vers l’utilité nationale, loin des tours d’ivoire disciplinaires et des publications indexées que personne ne lit en dehors des cercles académiques. La convention-cadre qui chapeaute l’ensemble est à elle seule un objet juridique inédit dans le paysage marocain. Elle formalise, entre un groupe public institutionnel et une université née d’un partenariat public-privé, des règles du jeu jusqu’ici inexistantes en matière de gouvernance partagée et, surtout, de propriété intellectuelle. Ce dernier point est crucial. En clarifiant dès l’origine à qui appartiennent les fruits de la recherche, la CDG et l’UIR lèvent le principal frein qui paralyse habituellement la collaboration entre le monde de la finance publique et celui des laboratoires. On ne produira pas ici de la connaissance pour la beauté du geste, mais de la propriété intellectuelle susceptible d’irriguer l’économie réelle et, potentiellement, d’essaimer sur le continent. Les quatre chaires thématiques lancées dans la foulée ne doivent rien au hasard. Elles dessinent, en creux, la cartographie des angoisses et des ambitions structurantes du Maroc de 2026. La chaire sur la prévoyance et la protection sociale répond à l’immense chantier de la généralisation de la couverture sociale et à la soutenabilité de ses modèles de financement. Celle dédiée aux risques catastrophiques résonne avec la vulnérabilité sismique et climatique du Royaume, rappelant que la résilience se planifie aussi dans les cénacles universitaires. La finance durable, troisième pilier, ancre la place financière de Casablanca dans les standards ESG qui conditionnent désormais l’accès aux capitaux internationaux. Mais c’est probablement la chaire sur l’innovation frugale, inclusive et souveraine qui dit le plus de choses sur l’ADN de ce partenariat. Il ne s’agit pas de singer la Silicon Valley avec des budgets colossaux, mais de penser une innovation économe en ressources, adaptée aux contraintes du tissu économique local et capable de réduire les dépendances technologiques étrangères. Le communiqué précise que le dispositif est appelé à évoluer et à intégrer de nouvelles chaires. Cette plasticité affichée est une promesse: celle de ne pas figer la recherche dans les seules priorités de 2026, mais d’en faire un instrument vivant d’adaptation permanente aux mutations économiques et sociales. En mobilisant l’UIR comme levier de développement, la CDG assume pleinement son rôle d’investisseur institutionnel de long terme pour qui le retour sur investissement ne se mesure pas uniquement en rendements financiers, mais en capacitation durable du pays. Le message implicite est limpide: la souveraineté d’un État au XXIe siècle ne se décrète plus seulement par les frontières ou la puissance militaire, elle se construit dans la capacité à produire soi-même les idées qui résoudront ses problèmes les plus urgents.

De Tripoli au Cap: Pourquoi les nouveaux « maîtres » du pétrole africain sont désormais fiscalistes, experts en droit minier…

Dans le grand échiquier énergétique africain, les projecteurs se braquent habituellement sur les foreuses, les pipelines et les tankers. On oublie trop souvent que derrière chaque baril extrait, chaque terminal GNL inauguré et chaque cycle d’enchères de blocs pétroliers se cache une armée silencieuse de juristes fiscalistes et d’experts en droit minier sans laquelle rien ne bouge. La désignation, ce 7 avril 2026, du cabinet CLG comme partenaire juridique officiel de l’African Energy Week 2026, prévu pour se tenir au Cap, du 12 au 16 octobre, est bien plus qu’une formalité protocolaire. Elle signale la consolidation d’un acteur discret mais omniprésent qui a compris avant les autres que la vraie bataille pour le contrôle des ressources africaines ne se gagne plus uniquement dans les salles de marché de Londres ou de Houston, mais dans la sécurisation des architectures réglementaires locales et l’harmonisation des fiscalités transfrontalières.

C’est dans ce contexte que la Chambre africaine de l’énergie (AEC) livre une cartographie précise des points chauds où le droit énergétique africain est en train de muter à grande vitesse. La collaboration stratégique scellée en janvier 2026 entre le cabinet CLG et le cabinet libyen Zahaf & Partners n’est pas anodine. Elle coïncide avec un objectif de production nationale de 1,6 million de barils par jour avant la fin de l’année, un chiffre qui ferait de la Libye le laboratoire le plus surveillé de la recomposition du marché méditerranéen. CLG se positionne en facilitateur de confiance pour les soumissionnaires internationaux encore échaudés par une décennie d’instabilité.

Plus au sud, au Gabon, l’extension de la plateforme CLG Plus pour accompagner le projet GNL de Cap Lopez, porté par Perenco et attendu cette année, illustre une autre facette de cette stratégie: être présent non plus seulement en phase de contentieux, mais dès la gestation des mégaprojets d’infrastructure. Le déploiement simultané de nouvelles directions à Casablanca et Dubaï achève de dessiner un corridor juridique Nord-Sud et Est-Ouest capable de fluidifier les capitaux moyen-orientaux vers les projets énergétiques du continent, au moment même où les supermajors occidentales accélèrent leurs cessions d’actifs au profit d’indépendants africains plus agiles. Cette tendance aux fusions-acquisitions en amont, que CLG identifie comme le moteur de 2026 pour le Nigeria, la Libye et l’Angola, annonce une recomposition profonde du paysage des opérateurs.

Mais le coup d’œil le plus prospectif du cabinet se porte sur un instrument encore trop peu médiatisé mais potentiellement révolutionnaire: le Protocole sur le commerce numérique de la ZLECAf. En conseillant déjà ses clients sur l’harmonisation des politiques numériques transfrontalières, CLG anticipe le moment où la signature électronique d’un contrat gazier entre Brazzaville et Le Cap aura la même force exécutoire instantanée qu’entre Paris et Berlin.

«L’expansion énergétique de l’Afrique doit s’appuyer sur des cadres juridiques solides et harmonisés qui apportent clarté et confiance aux investisseurs», souligne NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie, qui encense « l’innovation réglementaire » et « la clarté fiscale ». Ce qui en soit est la reconnaissance implicite que dans la nouvelle ruée énergétique africaine, les meilleurs foreurs seront ceux qui auront les meilleurs avocats. Le sous-sol regorge de brut, mais c’est désormais dans les prétoires et les cabinets de conseil fiscal que se décide qui pourra le sortir, à quel prix, et pour le bénéfice de qui.

Comment Cosumar transforme la fumée de sa raffinerie en or liquide: le Maroc s’assure une souveraineté gazière pour 500 millions de dirhams

L’affaire pourrait sembler anecdotique pour le grand public, cantonné à l’imaginaire des sodas pétillants et des fontaines à eau gazeuse. Elle est pourtant d’une portée industrielle et géostratégique que peu de secteurs privés africains osent encore revendiquer avec autant de méthode. En officialisant ce 6 avril 2026 le lancement de son unité LCO₂ (Liquefied Carbon Dioxide ou dioxyde de carbone liquéfié) à Casablanca, COSUMAR n’annonce pas une simple extension de gamme ; il acte ni plus ni moins la fin d’une dépendance nationale aussi méconnue qu’aberrante. Le Maroc, géant phosphatier et carrefour logistique continental, importait jusqu’ici l’intégralité de son gaz carbonique alimentaire liquide. Une absurdité économique que COSUMAR souligne avec la sobriété des grands industriels mais qui, pour un œil aguerri, révèle une vulnérabilité chronique des chaînes d’approvisionnement du Royaume. Ce que COSUMAR met sur la table avec cet investissement structurant de 500 millions de dirhams, c’est la réappropriation d’un maillon critique qui irrigue aussi bien l’agroalimentaire que la pharmacie, la cryogénie ou le dessalement de l’eau de mer. Le geste technique est d’une élégance circulaire rare: capter le CO₂ issu des procédés de la raffinerie, le purifier à un seuil de 99,9% conforme aux exigences draconiennes des standards ISBT et EIGA, pour le réinjecter dans l’économie réelle. C’est le passage d’une logique linéaire d’émission à une logique de valorisation industrielle. COSUMAR insiste à raison sur la notion de souveraineté. À l’heure où les chaînes de valeur mondiales se rétractent et où chaque État mesure sa dépendance aux intrants étrangers, COSUMAR sécurise pour le tissu industriel marocain un approvisionnement local de 20 000 tonnes annuelles dès fin 2026. Un volume de démarrage, loin d’être symbolique, qui offre aux industriels nationaux une visibilité et une stabilité tarifaire que les aléas du fret international ne garantissaient plus. Mais le coup de maître de ce projet réside dans son alignement quasi chirurgical avec les impératifs de durabilité. Rappellons que le Groupe a déjà réduit de moitié ses émissions de CO₂ depuis 2016. Avec LCO₂, il franchit un palier supplémentaire en transformant une partie de ses rejets résiduels en produit commercialisable, améliorant au passage l’efficacité énergétique de son site de Casablanca. Ce n’est plus de la compensation carbone cosmétique, c’est de l’optimisation industrielle brute.

COSUMAR insiste sur le fait que la mise en service de l’unité LCO₂ à Casablanca constitue une première étape d’un programme appelé à être déployé sur d’autres sites conformément aux orientations industrielles du Groupe pour répondre à l’évolution croissante des besoins du marché en CO₂ liquide alimentaire. « Le déploiement dans d’autres unités industrielles du groupe de ce projet innovant, développé par les ressources internes de Cosumar, permettra à terme, de produire du LCO₂ Biogénique vert issu de la biomasse ». Une promesse qui agit comme une boussole stratégique.

COSUMAR ne se contente pas de résoudre un problème de balance commerciale ; il esquisse une feuille de route vers une décarbonation profonde où le déchet gazeux devient une matière première stratégique. Le Maroc, à travers son champion sucrier, démontre ici qu’un grand groupe africain peut parfaitement marier rentabilité capitalistique, innovation technologique endogène et contribution tangible à la résilience nationale. L’unité de Casablanca n’est pas qu’une usine ; c’est la matérialisation d’une vision où la souveraineté se niche aussi dans les bulles de nos boissons.

Transferts d’argent: Comment Grey, une pépite de Y Combinator, recolle le Canada à l’Afrique pour 3 dollars et quelques minutes

Le geste est technique, presque anodin pour un non-initié. Sous le capot, c’est une véritable déclaration de guerre aux rentes de situation qui asphyxient depuis des décennies les liaisons financières entre le continent africain et sa vaste diaspora nord-américaine. En officialisant ce 7 avril 2026 son nouveau corridor vers le Canada, Grey ne se contente pas d’ajouter une ligne de code à son application ; il consacre la fin d’une anomalie économique qui faisait du dollar canadien une devise plus lointaine et plus chère à atteindre depuis Lagos, Casablanca, Durban ou Nairobi que la livre sterling ou l’euro. Le constat est celui d’une douleur sourde et partagée par des millions de travailleurs immigrés: l’absurdité de devoir débourser jusqu’à trente dollars pour envoyer une aide d’urgence à une famille restée au pays, avec l’angoisse supplémentaire d’un délai de traitement qui transforme une facture médicale ou un loyer en course contre la montre. En arrimant sa technologie directement au réseau Interac, le système nerveux des paiements domestiques canadiens, Grey opère une greffe inédite qui contourne magistralement les lourdeurs des chambres de compensation internationales. Là où les mastodontes historiques du transfert d’argent imposaient un parcours du combattant transatlantique, la FinTech californienne, portée sur les fonts baptismaux par Y Combinator, impose l’évidence du paiement local: les fonds ne voyagent plus, ils apparaissent. Cette prouesse, facturée à un tarif fixe frisant le ridicule pour le secteur (3 dollars l’instantané), n’est pas un simple argument marketing ; c’est une arme de déstabilisation massive contre un statu quo tarifaire opaque qui ponctionne injustement les flux vitaux des marchés émergents comme le Nigeria, le Maroc, l’Inde ou les Philippines. En abaissant la barrière psychologique et financière à 2,50 dollars pour le lendemain, Grey fait plus que fluidifier un tuyau: il reconnaît la dignité économique de l’épargnant de la classe moyenne inférieure mondiale, celui pour qui chaque dollar de commission économisé est un repas gagné.

Sous l’angle plus humain, ce corridor est une réparation symbolique. Il raccorde le Canada à la cartographie mentale des entrepreneurs et des familles africaines, non plus comme une terre d’exil coûteuse à soutenir, mais comme une province financière fluide, accessible au même titre qu’un transfert entre Abidjan et Accra. La crédibilité de l’opération, adossée aux agréments pointilleux de FINTRAC et FinCEN, confère à cette annonce le poids d’une transformation structurelle irréversible. Grey prouve ici que l’innovation (par son usage massif) et la technologie (par son incubation) peuvent, en se coalisant, dénouer des nœuds que les banques traditionnelles semblaient avoir renoncé à trancher. Le message est clair: le corridor Afrique-Canada n’est plus une ligne pointillée sur une mappemonde de la finance, c’est une autoroute de l’instantanéité, ouverte à tous pour le prix d’un café.

Grandes écoles techniques: comment l’EHTP lance ses ingénieurs sur la piste de l’«ikigai»… par le cinéma

Un signal fort nous vient de l’école Hassania des travaux publics (EHTP) : les grandes écoles techniques intègrent désormais la créativité comme compétence d’ingénieur à part entière. L’EHTP de Casablanca organise le 11 mai prochain la 3ème édition de Cinemania, un concours de courts-métrages porté par son club artistique Amicid’Art. Thème : « Gen Z’s Ikigai : Searching for Purpose ». Événement au cours duquel des étudiants-ingénieurs transforment leur quête de sens en œuvres cinématographiques, évaluées par un jury de professionnels marocains du cinéma.
Il y a dans le choix du thème de cette troisième édition de Cinemania quelque chose de révélateur. « Gen Z’s Ikigai : Searching for Purpose ». Le concept japonais d’ikigai désigne la raison d’être, le point d’intersection entre ce qu’on aime, ce en quoi on est doué, ce dont le monde a besoin et ce pour quoi on peut être rémunéré. Ce n’est pas un thème anodin pour une institution comme l’École Hassania des Travaux Publics, qui forme depuis 1971 les cadres techniques du Maroc et de plusieurs autres pays d’Afrique. C’est un signal, quand on sait que les meilleurs étudiants des classes préparatoires qui intègrent l’EHTP arrivent aujourd’hui avec des questions existentielles que leurs aînés n’avaient peut-être pas le luxe de se poser aussi frontalement. Comment concilier l’excellence technique avec le désir de créer ? Comment être ingénieur et artiste ? Comment trouver un sens à sa trajectoire dans un monde qui change plus vite que les référentiels de formation ?
Cinemania est la réponse que le club Amicid’Art a construite à ces questions. Pas par les mots, mais par l’image. Un concours de courts-métrages ouvert aux étudiants, avec un jury composé de praticiens reconnus du cinéma et des arts visuels marocains (Abdellatif Chaouqi, Rafik Boubker, Mohcine Nadifi, Ayoub Hamdoussi), qui évalue « la sincérité du message, la force des émotions et l’originalité de la mise en scène. » Des critères qui sont exactement l’inverse de ceux d’un examen d’ingénierie, et c’est précisément pourquoi ils sont précieux dans ce contexte.
Ce que cette initiative dit sur le Maroc, et plus largement sur l’Afrique, c’est que les grandes écoles techniques africaines sont en train de comprendre quelque chose : former de bons ingénieurs ne suffit plus. Il faut former des ingénieurs capables de penser l’usage, le sens et l’impact de ce qu’ils construisent. La créativité, l’empathie et la capacité à raconter des histoires sont des compétences d’ingénieur au même titre que le calcul des structures ou la modélisation hydraulique. Cinemania, dans ce cadre, n’est pas un événement parascolaire. C’est un laboratoire pédagogique que l’EHTP a la sagesse de laisser exister.

Création de compte bancaire pro au Maroc: 10 minutes chez Zazu, des semaines en banque. Ce que le contraste dit du temps perdu par les entrepreneurs

Il y a dans la formulation de Germain Bahri, cofondateur de la Fintech d’origine sud-africaine Zazu, une phrase qui dit mieux que n’importe quel chiffre de marché ce que ce produit vient résoudre: «trop d’entrepreneurs perdent du temps à relancer leur conseiller, à naviguer des interfaces trop complexes ou à contester des frais surprises». Cette phrase n’est pas un argument marketing. C’est un diagnostic opérationnel que tout entrepreneur marocain ayant tenté d’ouvrir un compte professionnel dans une banque traditionnelle reconnaît immédiatement. Plusieurs semaines de délai, des allers-retours en agence, des documents demandés en plusieurs exemplaires, des frais mal expliqués: le compte pro classique au Maroc est une friction permanente dans le quotidien d’acteurs économiques dont le temps est précisément leur ressource la plus rare. C’est dans ce contexte que Visa, leader mondial du paiement numérique, et Zazu, fintech dédiée aux entrepreneurs et PME, annoncent un partenariat stratégique visant à offrir le premier compte pro 100% en ligne aux entrepreneurs et PME au Maroc.
Ce que Zazu propose en réponse est simple dans son principe et ambitieux dans son exécution: un compte pro ouvert en 10 minutes, des cartes Visa Business pour toute l’équipe, de la facturation intégrée, des liens de paiement et un suivi des dépenses en temps réel. Rien dans cette liste n’est technologiquement révolutionnaire. Ces fonctionnalités existent depuis des années chez Qonto en France, Tide au Royaume-Uni ou Neobank en Espagne. Ce qui est nouveau, c’est que ce niveau de service existe désormais au Maroc, en arabe et en français, pour des TPE marocaines dont les besoins n’avaient pas été la priorité des banques traditionnelles.
Le partenariat avec Visa est significatif à deux niveaux. D’abord, il dit que Visa ne se contente plus de distribuer des cartes via les banques. Il co-construit des produits avec des fintechs locales dans le cadre de son Africa Fintech Accelerator. Godfrey Sullivan, vice-président senior de Visa, le dit de manière explicite: «voir Zazu passer du programme au marché avec une offre aussi aboutie démontre la force de la collaboration entre les acteurs de cet écosystème». C’est une validation de niveau international pour une startup qui n’a pas encore lancé publiquement. Ensuite, la liste des 300 entreprises déjà clientes (Jobzyn, Auto24, Yakeey, Votre Chauffeur.ma) dit que le product-market fit est réel avant même le lancement grand public.
L’annonce à GITEX Africa 2026 n’est pas un hasard de calendrier. Le Maroc capte 75% du financement venture d’Afrique du Nord francophone et son écosystème fintech dispose désormais d’une infrastructure suffisante pour que des produits comme Zazu puissent émerger. La vraie question est celle de la réglementation: Zazu s’appuie sur la licence de paiement de Chari. Sa croissance dépendra de la capacité du cadre réglementaire marocain à accompagner l’innovation à la vitesse où elle se produit.

Tourisme au Maroc: projet de 50 montgolfières à Bourrous-Rehamna. Ce que révèle la stratégie de déconcentration touristique de la SMIT

Développer une flotte de 50 montgolfières à Bourrous, dans la province de Rehamna, région Marrakech-Safi. Tel est l’objectif de l’appel d’offre public publié le 3 avril 2026 par la Société Marocaie d’Ingénierie Touristique (SMIT). En quelques mots, la SMIT lance un appel d’offres pour sélectionner un prestataire chargé de développer une activité de vol en montgolfière à Bourrous, province de Rehamna (région Marrakech-Safi). Objectif: déployer 50 montgolfières en accompagnant des investisseurs privés sur trois missions. A savoir, les identifier et les sélectionner, les incuber et les aider à obtenir une subvention publique de 300 000 DH par montgolfière (plafonnée à 4 millions DH par projet), puis les accompagner jusqu’à la mise en exploitation. Le prestataire retenu sera rémunéré 564 000 DH TTC pour 12 mois de mission. Les offres sont à déposer avant le 30 avril 2026.
Vouloir créer de toutes pièces une destination de tourisme aérien dans une zone qui n’en a pas, est une ambition qui mérite d’être analysée.
Ce n’est pas une amélioration de produit existant, mais une création ex nihilo, avec un budget public de subvention fixé à 300 000 dirhams par montgolfière et un plafond de 4 millions de dirhams par projet. L’arithmétique est claire: pour atteindre 50 montgolfières, il faut au minimum 10 projets, chacun portant sur au moins 5 appareils, pour une enveloppe de subvention potentielle de 15 millions de dirhams. Ce n’est pas un projet pilote. C’est un programme d’investissement structuré, avec un mécanisme d’incubation, un dispositif de sélection par comités et un accompagnement en trois phases (sourcing des investisseurs, incubation et financement, puis mise en exploitation) confié à un prestataire privé sélectionné par appel d’offres pour 564 000 dirhams.
La question que ce projet pose est celle du choix géographique. Bourrous est une commune de la province de Rehamna, dans le semi-aride entre Marrakech et Casablanca. Ce n’est pas une destination touristique connue. C’est précisément ce qui dit l’intention de la SMIT: créer une attractivité là où elle n’existe pas encore, sur la base d’un atout naturel (la qualité des vents, la platitude du terrain, l’absence d’obstacles aériens, la lumière des paysages arides) plutôt que de renforcer des destinations déjà saturées. La montgolfière est un produit touristique haut de gamme par nature: un vol de 60 minutes se commercialise entre 150 et 300 euros par personne sur les marchés comparables. Cinquante montgolfières opérationnelles peuvent générer des dizaines de milliers de passages par an, avec un effet d’entraînement sur l’hébergement, la restauration et le transport dans une province qui en a structurellement besoin.
Ce qui rend ce dispositif analytiquement intéressant, c’est la sophistication du mécanisme d’accompagnement prévu. La SMIT ne subventionne pas des équipements à fonds perdus. Elle exige un programme d’incubation complet, des business plans validés, des comités de sélection, des conventions d’investissement et un suivi post-déploiement. C’est un modèle d’investissement public conditionnel et encadré, calqué sur les meilleures pratiques des fonds d’incubation technologiques, appliqué ici à une activité de tourisme rural. Pour l’Afrique, ce type de dispositif dit que le Maroc est en train d’industrialiser sa méthode de développement touristique régional, pas seulement de financer des projets individuels.