Dans un contexte de renforcement des normes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB/FT), les professionnels assujettis sont confrontés à des exigences de conformité de plus en plus complexes. Pour répondre à ce défi, Hazim Sebbata, lance ScreenEdge, une plateforme technologique pensée pour faciliter les obligations réglementaires et offrir aux acteurs concernés un outil opérationnel de gestion du risque et de traçabilité.
Au Maroc, le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme s’est considérablement renforcé ces dernières années, notamment après la sortie du pays de la liste grise du GAFI en 2023. Cette évolution s’accompagne d’exigences accrues pour les institutions financières et les professions dites « assujetties », qui doivent désormais mettre en place des mécanismes rigoureux de conformité : procédures de connaissance du client (KYC), vérification des listes de sanctions internationales, identification des personnes politiquement exposées ou encore conservation de traces d’audit.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la création de ScreenEdge, une plateforme de type RegTech conçue pour centraliser et automatiser ces obligations. Elle vise notamment les structures qui ne disposent pas des moyens techniques des grandes institutions financières : cabinets d’avocats, notaires, agents immobiliers, experts-comptables ou encore intermédiaires d’assurance. L’objectif est de leur offrir un outil simple et accessible permettant de sécuriser les relations d’affaires, d’identifier les risques et de démontrer leur conformité en cas de contrôle ou d’audit.
Pouvez-vous nous parler de cette nouvelle solution ?
Nous avons développé une plateforme technologique dédiée à un sujet encore trop peu visible dans le débat économique : la conformité des personnes assujetties non financières.
La lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme repose sur un principe simple : certaines professions ont l’obligation de connaître leurs clients, de comprendre les relations d’affaires qu’elles établissent et de détecter les opérations suspectes.
Pendant longtemps, ces obligations ont été pensées pour les banques. Or une part croissante des flux économiques passe aujourd’hui par des professions non financières : agents immobiliers, fiduciaires, experts-comptables, notaires, négociants en biens de valeur, plateformes digitales ou sociétés de services.
Ces acteurs sont désormais soumis à des obligations de vigilance précises, mais disposent rarement des outils technologiques du monde bancaire. Notre plateforme a été conçue pour eux. Elle permet de structurer l’identification des clients, de documenter la relation d’affaires, de réaliser les contrôles nécessaires et de conserver une traçabilité complète. La conformité cesse alors d’être une contrainte administrative. Elle devient un processus clair, organisé et sécurisé.
Le sujet des personnes assujetties. On en parle peu. Pouvez-vous expliquer cette discipline ?
Dans la lutte contre le blanchiment d’argent, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les autorités publiques. Elle repose aussi sur certains acteurs économiques qui ont une position privilégiée pour observer les flux financiers.
Ces acteurs sont appelés les personnes assujetties. Ils ont l’obligation de mettre en place un dispositif de vigilance. Cela signifie identifier leurs clients, comprendre l’objet de la relation d’affaires, vérifier l’origine des fonds dans certaines situations et signaler les opérations suspectes.
Au Maroc, ce cadre est structuré par la loi 43‑05 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, complétée par plusieurs textes d’application et directives sectorielles.
L’un des piliers de cette discipline est l’identification de la relation d’affaires : savoir avec qui l’on travaille réellement et pour quel type d’opération.
Cette étape peut paraître simple, mais elle devient rapidement complexe dès que l’on est confronté à des structures juridiques, des sociétés interposées ou des bénéficiaires effectifs difficiles à identifier.
Dans ce contexte, la conformité n’est pas une formalité. C’est un travail d’analyse et de responsabilité.
Qui sont les concernés ?
On pense souvent spontanément aux banques. En réalité, le périmètre est beaucoup plus large.
Notre travail se concentre principalement sur les personnes assujetties non financières.
On y retrouve notamment :
les agents immobiliers, les avocats et professionnels du juridique, les notaires, les experts‑comptables, les fiduciaires ,les cabinets de conseil ou de structuration, les négociants en métaux ou pierres précieuses, certaines plateformes technologiques, etc.
Ces professions ont un rôle clé dans l’économie réelle. Elles accompagnent la création de sociétés, les transactions immobilières, les opérations patrimoniales ou les échanges commerciaux.
Elles sont donc naturellement exposées à des risques de blanchiment ou d’utilisation abusive de structures juridiques.
Le problème est que la plupart de ces professions n’ont ni les équipes conformité ni les infrastructures technologiques des banques.
C’est là que se situe le besoin réel : des outils simples, accessibles et adaptés à leur pratique quotidienne.
À quel point est‑ce obligatoire ?
La conformité en matière de lutte contre le blanchiment d’argent n’est pas une option. C’est une obligation légale claire.
Les personnes assujetties doivent mettre en place un dispositif de vigilance complet. Cela inclut l’identification des clients, la compréhension de la relation d’affaires, l’identification des bénéficiaires effectifs, la détection d’opérations inhabituelles et, lorsque c’est nécessaire, la déclaration de soupçon auprès des autorités compétentes.
Au Maroc, ces obligations sont prévues par la loi 43‑05 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, complétée par plusieurs textes d’application et par les directives des autorités de supervision sectorielles.
Pour les professions concernées, la responsabilité est réelle. En cas de manquement, les sanctions peuvent être disciplinaires, financières et, dans certaines situations, pénales.
Cette exigence ne relève pas uniquement du cadre national. Elle s’inscrit dans un dispositif international beaucoup plus large. Les standards sont définis par le Groupe d’Action Financière, le GAFI, qui évalue régulièrement les dispositifs de conformité des pays. Ces évaluations ont un impact direct sur la crédibilité financière des États, l’accès aux marchés internationaux et les relations bancaires.
Dans ce contexte, les professions non financières deviennent progressivement le nouveau front de la conformité. Les criminels financiers ont toujours tendance à se déplacer vers les zones les moins surveillées. Les autorités internationales ont donc élargi les obligations de vigilance à tous les acteurs qui interviennent dans la structuration économique et patrimoniale.
Pour beaucoup de professionnels, la question n’est donc plus de savoir si ces obligations existent. La vraie question est : comment les appliquer concrètement, efficacement et sans transformer leur activité en machine administrative.
Côté technologie, comment fonctionne la plateforme ?, comment fonctionne la plateforme ?
La plateforme repose sur quatre modules principaux.
Le premier module concerne l’identification et la gestion des clients.
Il permet de constituer la fiche complète de la relation d’affaires : identité, structure juridique, bénéficiaires effectifs, documents justificatifs et profil de risque.
Le deuxième module est le moteur de criblage.
Il compare automatiquement les noms des personnes et des entités avec plusieurs bases de données internationales : listes de sanctions, personnes politiquement exposées et bases de surveillance.
Le troisième module est un moteur de détection et d’alertes.
Lorsque le système identifie une correspondance potentielle, une alerte est générée pour permettre à l’utilisateur d’analyser le cas.
Le quatrième module permet de gérer les cas détectés.
Les équipes peuvent documenter leurs analyses, valider ou rejeter les correspondances, produire les rapports de conformité et générer des rapports statistiques. Cette dernière dimension est essentielle. Elle permet aux organisations de démontrer, à tout moment, la réalité des contrôles effectués et la solidité de leur dispositif de conformité.
La technologie ne remplace pas la responsabilité professionnelle. Mais elle apporte la rigueur, la traçabilité et l’efficacité nécessaires pour exercer cette responsabilité dans un environnement économique de plus en plus complexe.
Comme j’aime souvent le résumer : « La conformité n’est pas un sujet de réglementation. C’est un sujet de confiance économique. » Dans une économie où les flux circulent de plus en plus vite et où les structures deviennent de plus en plus sophistiquées, la capacité des professionnels à savoir avec qui ils travaillent réellement devient essentielle.