Assureurs, flottes et garages enfin connectés: comment une startup marocaine met fin à la guerre des tranchées du sinistre auto et décroche le Trophée de l’Assurance d’Afrique 2026

Derrière chaque pare-brise brisé et chaque aile froissée se cache un enfer administratif que les automobilistes et les professionnels africains connaissent trop bien. Délais de traitement interminables, appels téléphoniques sans réponse, devis opaques, garages débordés et assureurs noyés sous la paperasse: le sinistre automobile est le maillon faible et coûteux de toute la chaîne de la mobilité. C’est précisément dans cette brèche qu’El Mehdi Benslim a décidé de s’engouffrer en fondant ReparTrust.com en 2025. Un an plus tard à peine, le 31 mars 2026 à Casablanca, sa plateforme décroche le Trophée de l’Assurance d’Afrique dans la catégorie Innovation. Une distinction qui n’est pas un simple accessoire honorifique ; elle valide une intuition qui vaut son pesant d’or: le marché du sinistre auto ne souffre pas d’un manque de compétences techniques, mais d’une incapacité chronique à faire dialoguer efficacement les trois pôles qui le composent. L’assureur veut maîtriser ses coûts et ses délais. Le gestionnaire de flotte veut de la transparence et de la rapidité pour ne pas immobiliser ses véhicules. Le garage agréé veut des missions qualifiées et une relation fiable avec ses donneurs d’ordre. Pris isolément, ces acteurs sont performants. Mis en relation, ils génèrent de la friction et de la défiance. ReparTrust.com agit comme un traducteur universel et une chambre de compensation numérique. En connectant en temps réel assureurs, flottes LLD/LCD et garages sur une infrastructure unique, la plateforme transforme le sinistre d’un parcours du combattant en un workflow fluide et traçable. Pour le conducteur dont la voiture est immobilisée, ce n’est pas un détail technique. C’est la différence entre une vie suspendue pendant des semaines et une reprise rapide du cours normal de ses activités. La déclaration d’El Mehdi Benslim ne s’y trompe pas en évoquant une « infrastructure de confiance ». C’est bien de cela qu’il s’agit. Dans un écosystème où chaque partie se méfie des délais et des surfacturations de l’autre, la transparence numérique devient un actif stratégique.

Ce trophée marque une étape, mais laisse entrevoir des ambitions continentales. Le chaos du sinistre automobile n’a pas de frontières. Une solution qui fait ses preuves à Casablanca a toutes les chances de trouver un écho favorable à Dakar, Abidjan, Pointe-noire ou Kigali. Le Maroc, à travers cette jeune pousse, pourrait démontrer une fois de plus sa capacité à exporter des solutions technologiques pragmatiques qui résolvent les vrais problèmes du quotidien africain.

WYCON débarque au Morocco Mall et à Californie Mall: Ce que l’offensive italienne de Chiccorner dit de la nouvelle bataille du maquillage accessible au Maroc

L’annonce a la précision chirurgicale d’une opération de conquête. Le 13 avril 2026, Chiccorner officialise l’arrivée de WYCON Cosmetics au Maroc par une double ouverture simultanée aux rez-de-chaussée du Morocco Mall et de Californie Mall. On ne choisit pas ces deux adresses casablancaises par hasard. L’une est la vitrine du luxe et du tourisme d’affaires, l’autre vitrine de la consommation familiale et résidentielle. En frappant simultanément aux deux portes, Chiccorner et la marque italienne ne testent pas le marché. Ils l’attaquent avec la conviction qu’il existe au Maroc une classe moyenne urbaine suffisamment mature pour adopter une enseigne de beauté qui refuse de choisir entre qualité et accessibilité.

Fondée en 2009 par Gianfranco Satta et Raffaella Pagano, WYCON s’est construite sur une promesse redoutable dans son exécution: rendre la beauté accessible sans sacrifier les standards du Made in Italy. Avec près de 300 points de vente dans le monde et une présence déjà affirmée en France, en Espagne et au Moyen-Orient, la marque n’arrive pas en terrain inconnu. Elle importe un modèle de retail expérientiel rodé, où le magasin n’est pas un simple lieu de transaction mais un univers complet mêlant maquillage, soin, parfums et accessoires.
Ce que cette double ouverture révèle, c’est que le marché marocain de la beauté est entré dans une phase de segmentation accélérée. Pendant des années, les consommateurs marocains ont navigué entre deux extrêmes: le luxe intimidant des grandes maisons de parfumerie et de cosmétiques, et les produits bon marché des circuits informels. L’arrivée de WYCON, avec sa signature « Show the world who you are » et son positionnement accessible mais qualitatif, vient occuper un espace intermédiaire que les acteurs locaux n’ont pas encore structuré à grande échelle. La marque italienne apporte avec elle une philosophie de la beauté comme moyen d’expression libre et inclusif, en phase avec les aspirations d’une jeunesse urbaine marocaine qui suit les tendances mondiales sur les réseaux sociaux et exige des marques qu’elles incarnent des valeurs autant que des produits.

Pour Chiccorner, dont le portefeuille d’enseignes internationales ne cesse de s’étoffer, cette introduction confirme une stratégie d’agrégateur avisé. Le groupe ne se contente pas d’importer des marques ; il les installe aux meilleurs emplacements et les connecte à sa plateforme Premium Shop, créant ainsi un écosystème omnicanal où la boutique physique et le digital se renforcent mutuellement. La déclaration d’Adil Mamoumi, Directeur général de Chiccorner, insiste sur la « qualité », l' »innovation » et l' »accessibilité ». Trois mots qui décrivent précisément le territoire sur lequel la bataille du retail beauté va se jouer au Maroc dans les prochaines années. L’arrivée de WYCON est un signal: le segment « masstige » a désormais une adresse à Casablanca, et il ne compte pas s’arrêter là.

Grandes écoles techniques: comment l’EHTP lance ses ingénieurs sur la piste de l’«ikigai»… par le cinéma

Un signal fort nous vient de l’école Hassania des travaux publics (EHTP) : les grandes écoles techniques intègrent désormais la créativité comme compétence d’ingénieur à part entière. L’EHTP de Casablanca organise le 11 mai prochain la 3ème édition de Cinemania, un concours de courts-métrages porté par son club artistique Amicid’Art. Thème : « Gen Z’s Ikigai : Searching for Purpose ». Événement au cours duquel des étudiants-ingénieurs transforment leur quête de sens en œuvres cinématographiques, évaluées par un jury de professionnels marocains du cinéma.
Il y a dans le choix du thème de cette troisième édition de Cinemania quelque chose de révélateur. « Gen Z’s Ikigai : Searching for Purpose ». Le concept japonais d’ikigai désigne la raison d’être, le point d’intersection entre ce qu’on aime, ce en quoi on est doué, ce dont le monde a besoin et ce pour quoi on peut être rémunéré. Ce n’est pas un thème anodin pour une institution comme l’École Hassania des Travaux Publics, qui forme depuis 1971 les cadres techniques du Maroc et de plusieurs autres pays d’Afrique. C’est un signal, quand on sait que les meilleurs étudiants des classes préparatoires qui intègrent l’EHTP arrivent aujourd’hui avec des questions existentielles que leurs aînés n’avaient peut-être pas le luxe de se poser aussi frontalement. Comment concilier l’excellence technique avec le désir de créer ? Comment être ingénieur et artiste ? Comment trouver un sens à sa trajectoire dans un monde qui change plus vite que les référentiels de formation ?
Cinemania est la réponse que le club Amicid’Art a construite à ces questions. Pas par les mots, mais par l’image. Un concours de courts-métrages ouvert aux étudiants, avec un jury composé de praticiens reconnus du cinéma et des arts visuels marocains (Abdellatif Chaouqi, Rafik Boubker, Mohcine Nadifi, Ayoub Hamdoussi), qui évalue « la sincérité du message, la force des émotions et l’originalité de la mise en scène. » Des critères qui sont exactement l’inverse de ceux d’un examen d’ingénierie, et c’est précisément pourquoi ils sont précieux dans ce contexte.
Ce que cette initiative dit sur le Maroc, et plus largement sur l’Afrique, c’est que les grandes écoles techniques africaines sont en train de comprendre quelque chose : former de bons ingénieurs ne suffit plus. Il faut former des ingénieurs capables de penser l’usage, le sens et l’impact de ce qu’ils construisent. La créativité, l’empathie et la capacité à raconter des histoires sont des compétences d’ingénieur au même titre que le calcul des structures ou la modélisation hydraulique. Cinemania, dans ce cadre, n’est pas un événement parascolaire. C’est un laboratoire pédagogique que l’EHTP a la sagesse de laisser exister.

Adopt Parfums au Maroc: ce que trois ouvertures simultanées à Casablanca disent d’un marché de la beauté en train de se redéfinir

Trois ouvertures en trois jours consécutifs, Sela Park Almaz le 11, Tachfine Center le 12, Marina Shopping le 13. Il y a dans l’arrivée du français Adopt Parfums au Maroc en mars 2026, une stratégie de déploiement qui dit bien plus qu’un simple lancement commercial. On n’ouvre pas trois boutiques simultanément dans des centres commerciaux distincts d’une même ville si l’on s’interroge encore sur la réceptivité du marché. Une simultanéité qui est une affirmation: Casablanca est traitée comme une place forte du retail, pas comme un terrain d’expérimentation. Ce que la marque française apporte avec elle est une proposition qui tranche avec l’architecture traditionnelle de la parfumerie au Maroc, dominée soit par le luxe inaccessible des grandes maisons, soit par les contrefaçons bon marché des marchés informels.

Adopt s’installe dans un espace intermédiaire délibérément revendiqué: plus de 100 eaux de parfum, plusieurs familles olfactives, soins corps et visage, univers Maison, le tout structuré autour d’une philosophie de « liberté olfactive » qui rompt avec le diktat de la fragrance unique et définitive. Un positionnement qui est précisément calibré pour la classe moyenne urbaine marocaine émergente. Une population qui consomme de plus en plus de produits cosmétiques, qui suit les tendances des réseaux sociaux, et qui est prête à payer pour de la qualité accessible sans franchir le seuil intimidant des boutiques de luxe.

Les chiffres que la marque avance pour la France (+45% de nouveaux clients en 2024, +140% de nouveaux clients omnicanaux, deux parfums en moyenne par panier, 57,5% des clients qui en achètent trois ou plus) dessinent le profil comportemental qu’Adopt cherche à reproduire au Maroc: des acheteurs de parcours, pas d’achat unique. Cette logique du « multi-parfums » est culturellement pertinente dans un pays où l’usage du parfum est historiquement profond et quotidien, mais où l’offre structurée en format boutique accessible reste insuffisante.

L’engagement éco-responsable d’Adopt (baisse de 30% des émissions, consommation d’eau réduite de 60%, alcool issu de betteraves françaises) est un argument de plus en plus audible auprès d’une clientèle urbaine marocaine qui commence à intégrer les critères de durabilité dans ses choix de consommation. Pour le marché marocain du retail beauté, cette arrivée est un signal que le segment « masstige » est désormais suffisamment mature pour attirer des opérateurs internationaux structurés, avec un réseau de 330 boutiques en France et une ambition internationale documentée.

Evlox ferme son usine de Settat: comment 180 ans d’histoire industrielle s’effacent en laissant 500 travailleurs marocains sans réponse

Il y a quelque chose de brutalement révélateur dans la manière dont Evlox a mis fin à son activité. Pas de procédure collective, pas de plan social, pas de déclaration officielle, juste des téléphones déconnectés, un site internet tombé dans le vide, et une usine à Settat (ville située à 57 km de Casablanca) dont les machines se sont arrêtées sans préavis. Cinq cents travailleurs marocains se retrouvent dans un flou juridique et économique que la discrétion assourdissante de la direction rend encore plus difficile à appréhender. Cette fin sans forme est peut-être le dernier chapitre le plus honnête d’une histoire industrielle qui a toujours placé ses pivots stratégiques en Europe, en laissant le Maroc dans le rôle du site de production délocalisé, utile en période de compétitivité-coût, vulnérable dès que la structure financière globale vacille. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Evlox, héritière de la légendaire Tavex, qui fut au sommet de sa gloire le premier producteur de denim d’Europe, avait construit sa compétitivité sur un modèle dont la plante marocaine de Settat était le cœur battant. Dix millions de mètres de tissu par an, 90% de denim, un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros en 2023, des projets de modernisation pour 2024. Tout cela s’est dissous en quelques mois, après des retards de salaires de plus de quatre mois qui ont provoqué l’exode progressif des employés, y compris des cadres, bien avant l’arrêt officiel.

Ce que cette fermeture dit sur le Maroc industriel mérite d’être énoncé sans détour. Le Maroc a fait le choix stratégique de s’insérer dans les chaînes de valeur textiles mondiales comme site de production compétitif. Une stratégie qui a généré des dizaines de milliers d’emplois mais qui expose de manière structurelle le pays aux aléas financiers de donneurs d’ordres et d’actionnaires dont les centres de décision sont à Madrid, Francfort ou Paris.

Quand Aurelius, le fonds de restructuration allemand qui avait racheté Tavex pour vingt millions d’euros, revend à des investisseurs privés espagnols qui rebaptisent l’ensemble Evlox, le Maroc n’est pas à la table des négociations. Il en subit les conséquences. La fermeture d’Evlox n’est pas la fin d’une époque textile au Maroc, le secteur demeure un pilier de l’économie nationale. Mais elle rappelle, avec une brutalité salutaire, que l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales n’est pas une garantie de stabilité: c’est un pari permanent, dont les travailleurs de Settat paient aujourd’hui les intérêts.

Maintenance maritime, pétrolière, gazière et de défense: comment le nigérian RusselSmith sécurise les chaînes d’approvisionnement en exportant son savoir-faire en impression 3D au Ghana

Voici un projet pionnier de coopération industrielle Sud-Sud émergent en Afrique de l’Ouest à suivre de près. RusselSmith, leader nigérian de la fabrication additive, négocie avec l’Autorité maritime du Ghana (GMA) pour déployer ses solutions 3D dans le secteur maritime ghanéen. Facilité par le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC), ce partenariat incarne une dynamique régionale cruciale: la transformation du Nigeria en hub continental d’innovation industrielle et la réponse collective aux vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement.

L’enjeu est de taille. Alors que le marché mondial de la fabrication 3D pesait 32 milliards de dollars en 2024, l’Afrique n’en captait que 2%. Face à ce déficit, RusselSmith déploie une stratégie régionale ambitieuse, matérialisée par l’inauguration prochaine de l’Omnifactory à Lagos – première usine nigériane multi-technologies d’impression 3D industrielle – et le projet Mega Omnifactory. Des infrastructures qui visent à ancrer localement la production de composants critiques pour les secteurs maritime, pétrolier, gazier et de défense, réduisant ainsi la dépendance coûteuse aux importations.

L’application maritime est immédiate et transformative. RusselSmith maîtrise la fabrication additive de navires jusqu’à 12 mètres, offrant une alternative durable et rapide aux embarcations traditionnelles qui pénalisent les opérateurs ouest-africains par des délais prolongés et une maintenance lourde. Une technologie qui épouse parfaitement la vision ghanéenne de « Nation bleue » priorisant sécurité maritime et durabilité environnementale, comme le souligne le DG de la GMA, le Dr Kamal-Deen Ali. Elle permet de moderniser les infrastructures de transport tout en préservant les ressources forestières.

Pour Kayode Adeleke, cofondateur de RusselSmith, ce modèle dépasse la technologie: il s’agit de bâtir une infrastructure exportable de savoir-faire, de développer des compétences locales stratégiques, de créer des emplois à haute valeur ajoutée et de retenir la richesse économique sur le continent. L’intérêt du Ghana valide cette approche et ouvre la voie à un schéma reproductible de coopération industrielle intra-africaine.

Un dialogue Nigeria-Ghana, transcendant les frontières, qui illustre la capacité croissante de l’Afrique de l’Ouest à piloter sa souveraineté technologique. En conjuguant expertise locale certifiée ISO, partenariats globaux et vision circulaire (réduction des déchets, optimisation des ressources), il pose les bases d’une résilience opérationnelle régionale face aux ruptures d’approvisionnement. Un modèle à observer, où l’innovation industrielle devient levier d’intégration économique et de transformation bleue durable.

Nigeria, Angola, Gabon, Congo, Libye, Algérie: les bénéficiaires inattendus des perturbations pétrolières au Moyen-Orient selon TotalEnergies

TotalEnergies vient de publier un communiqué portant sur l’impact du conflit au Moyen-Orient sur ses activités. Alors que la « supermajor » pétrolière mondiale confirme l’arrêt ou la réduction de sa production offshore au Qatar, en Irak et aux Émirats arabes unis (15% de sa production totale, 10% de sa trésorerie upstream), l’Afrique émerge comme une zone de résilience et de potentiel gain indirect. Aucun pays africain n’est directement touché par ces arrêts de production, soulignant la stabilité opérationnelle actuelle du continent dans le portefeuille du géant énergétique. Plus significativement, les pays producteurs africains où TotalEnergies est actif (Nigeria, Angola, Gabon, Congo, Libye, Algérie) sont positionnés pour bénéficier de la dynamique des prix déclenchée par le conflit.

Le communiqué de TotalEnergies publié le samedi 14 mars 2026 établit qu’une simple hausse de 8$/b du Brent suffit à compenser la perte de trésorerie liée aux actifs moyen-orientaux affectés. Une augmentation des cours, anticipée dans le contexte de tension, qui devrait donc renforcer les revenus d’exportation et potentiellement stimuler les investissements upstream en Afrique, sans perturbation physique rapportée sur les champs locaux. De plus, l’impact très limité des arrêts de GNL qatariens (seulement 2 Mt concernées, la majorité étant commercialisée par QatarEnergy) écarte tout risque notable pour les importateurs africains. TotalEnergies ne signale aucun risque matériel lié à l’Afrique dans sa surveillance du conflit, consolidant ainsi la position du continent comme un pôle stable et potentiellement gagnant dans l’équation énergétique mondiale perturbée. La croissance « accrétive » prévue en 2026, attendue majoritairement hors Moyen-Orient, pourrait ainsi inclure et bénéficier aux actifs africains de la compagnie.

Subventions à l’entrepreneuriat touristique: voici les premiers pays africains et ONG bénéficiaires du programme « Cultures colorées » financé par ONU Tourisme et la Fondation TUI Care

Cinq ONG africaines bénéficieront désormais des financements nécessaires pour soutenir les artisans et améliorer les conditions de vie des communautés grâce à un projet conjoint novateur d’ONU Tourisme et la Fondation TUI Care. L’officialisation, le 4 mars 2026, de ce partenariat stratégique entre ONU Tourisme et la Fondation TUI Care marque un tournant pour le développement rural africain via le tourisme. Leur initiative « Cultures colorées », premier programme de micro-subventions directes de l’ONU Tourisme aux organisations locales, cible spécifiquement l’autonomisation économique des artistes et artisans ruraux, avec un accent sur les femmes et les jeunes. Cinq ONG africaines ont été sélectionnées parmi 141 candidatures, démontrant une vitalité entrepreneuriale forte sur le continent.

Le Rwanda se distingue particulièrement avec deux projets primés. L’Initiative Red Rocks forme 100 femmes et jeunes de Musanze aux arts visuels et au storytelling pour intégrer les chaînes de valeur touristiques. Parallèlement, Nature Rwanda transforme la forêt de Busaga en destination écotouristique gérée par des femmes, liant conservation biodiversité et artisanat local. Le Mozambique innove via ADEMO en facilitant l’accès au marché pour près de 110 artisans, dont une majorité de femmes et une inclusion remarquable des personnes en situation de handicap autour du parc de Gorongosa. La Namibie, avec la Namibia Development Foundation, revitalise les arts traditionnels Khwe au sein du parc de Bwabwata, intégrant ce patrimoine autochtone aux circuits touristiques durables pour 50 artisans. En Tanzanie, le programme KINNAPA forme 50 femmes et jeunes Masaï du district de Kiteto aux métiers de l’artisanat et du tourisme culturel.

Ce programme, financé par TUI Care, agit comme un levier transformationnel à trois niveaux: économique (diversification des revenus pour plus de 340 artisans), social (60% de bénéficiaires femmes, inclusion des groupes marginalisés) et culturel (préservation active du patrimoine matériel et immatériel). Il consolide le tourisme comme moteur clé de développement rural endogène, en s’appuyant sur les organisations de terrain pour créer des écosystèmes touristiques inclusifs et résilients. Une alliance public-privé qui illustre comment un soutien ciblé aux acteurs locaux peut structurer des filières touristiques durables ancrées dans les identités territoriales africaines.

Surtaxe carburant d’urgence de MSC: l’Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda et six autres pays, grands perdants face à la crise en Mer Rouge

Le conflit actuel au Moyen-Orient n’a pas fini de dessiner une nouvelle carte des flux maritimes. C’est dans ce contexte que la compagnie maritime MSC a annoncé, le samedi 7 mars, qu’elle appliquerait une surtaxe carburant d’urgence (EFS) à toutes les cargaisons en provenance de la Méditerranée (y compris la Méditerranée occidentale, l’Adriatique, la Méditerranée orientale, la Grèce et la Turquie) et de la mer Noire à destination du sous-continent indien, de la mer Rouge et de l’Afrique de l’Est, à compter du 16 mars.

A y voire de plus près, l’annonce cible de manière spécifique les flux maritimes de la Méditerranée et de la mer Noire vers trois zones africaines: la mer Rouge, l’Afrique de l’Est et le sous-continent indien. Le premier constat à faire de cette décision est qu’elle révèle une disparité significative dans l’impact pour le continent, plaçant l’Afrique de l’Est continentale dans une position de vulnérabilité économique immédiate remarquable.

Alors que la surcharge vers la mer Rouge (Djibouti, Soudan, Égypte, Somalie au nord) s’élève à 30$ par conteneur sec (TEU) et vers le sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh) à 40$, l’Afrique de l’Est continentale (Kenya, Tanzanie, Mozambique, Ouganda, Rwanda, Ouganda, Burundi, République démocratique du Congo, Zambie, Malawi, Éthiopie) subit le tarif le plus élevé: 60$ par TEU sec et 90$ par TEU frigorifique. Cette différence de 100% par rapport à la mer Rouge et de 50% par rapport au sous-continent indien pour le fret sec, et de 80% pour le fret frigorifique par rapport à la mer Rouge, est frappante.

Ce surcoût imposé par le plus grand transporteur mondial de conteneurs, en termes de capacité de flotte (supérieur à 7,1 millions d’équivalent vingt pieds – EVP fin 2025), touchera directement les corridors commerciaux vitaux desservant les ports est-africains comme Mombasa ou Dar es Salaam, clés pour les économies de l’hinterland (Ouganda, Rwanda, Burundi, etc.). De quoi alourdir de manière significative le coût des importations (produits manufacturés, intrants) et des exportations (thé, café, horticulture fraîche – fortement dépendante des conteneurs frigorifiques) pour ces nations.

L’Afrique de l’Est continentale se démarque ainsi négativement comme la sous-région africaine la plus pénalisée par cette décision unilatérale de MSC, révélant une fragilité accrue de ses chaînes d’approvisionnement maritimes face aux fluctuations. La présence étendue de MSC dans la région (bureaux dans la plupart des pays concernés) ne semble pas atténuer cette mesure.

« La conformité n’est pas un sujet de réglementation. C’est un sujet de confiance économique. »

Dans un contexte de renforcement des normes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB/FT), les professionnels assujettis sont confrontés à des exigences de conformité de plus en plus complexes. Pour répondre à ce défi, Hazim Sebbata, lance ScreenEdge, une plateforme technologique pensée pour faciliter les obligations réglementaires et offrir aux acteurs concernés un outil opérationnel de gestion du risque et de traçabilité. 

Au Maroc, le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme s’est considérablement renforcé ces dernières années, notamment après la sortie du pays de la liste grise du GAFI en 2023. Cette évolution s’accompagne d’exigences accrues pour les institutions financières et les professions dites « assujetties », qui doivent désormais mettre en place des mécanismes rigoureux de conformité : procédures de connaissance du client (KYC), vérification des listes de sanctions internationales, identification des personnes politiquement exposées ou encore conservation de traces d’audit. 

C’est dans ce contexte que s’inscrit la création de ScreenEdge, une plateforme de type RegTech conçue pour centraliser et automatiser ces obligations. Elle vise notamment les structures qui ne disposent pas des moyens techniques des grandes institutions financières : cabinets d’avocats, notaires, agents immobiliers, experts-comptables ou encore intermédiaires d’assurance. L’objectif est de leur offrir un outil simple et accessible permettant de sécuriser les relations d’affaires, d’identifier les risques et de démontrer leur conformité en cas de contrôle ou d’audit.  

Pouvez-vous nous parler de cette nouvelle solution ?

Nous avons développé une plateforme technologique dédiée à un sujet encore trop peu visible dans le débat économique : la conformité des personnes assujetties non financières.
 La lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme repose sur un principe simple : certaines professions ont l’obligation de connaître leurs clients, de comprendre les relations d’affaires qu’elles établissent et de détecter les opérations suspectes.

Pendant longtemps, ces obligations ont été pensées pour les banques. Or une part croissante des flux économiques passe aujourd’hui par des professions non financières : agents immobiliers, fiduciaires, experts-comptables, notaires, négociants en biens de valeur, plateformes digitales ou sociétés de services.

Ces acteurs sont désormais soumis à des obligations de vigilance précises, mais disposent rarement des outils technologiques du monde bancaire. Notre plateforme a été conçue pour eux. Elle permet de structurer l’identification des clients, de documenter la relation d’affaires, de réaliser les contrôles nécessaires et de conserver une traçabilité complète. La conformité cesse alors d’être une contrainte administrative. Elle devient un processus clair, organisé et sécurisé.


Le sujet des personnes assujetties. On en parle peu. Pouvez-vous expliquer cette discipline ?


Dans la lutte contre le blanchiment d’argent, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les autorités publiques. Elle repose aussi sur certains acteurs économiques qui ont une position privilégiée pour observer les flux financiers.

Ces acteurs sont appelés les personnes assujetties. Ils ont l’obligation de mettre en place un dispositif de vigilance. Cela signifie identifier leurs clients, comprendre l’objet de la relation d’affaires, vérifier l’origine des fonds dans certaines situations et signaler les opérations suspectes.

Au Maroc, ce cadre est structuré par la loi 43‑05 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, complétée par plusieurs textes d’application et directives sectorielles.

L’un des piliers de cette discipline est l’identification de la relation d’affaires : savoir avec qui l’on travaille réellement et pour quel type d’opération.

Cette étape peut paraître simple, mais elle devient rapidement complexe dès que l’on est confronté à des structures juridiques, des sociétés interposées ou des bénéficiaires effectifs difficiles à identifier.

Dans ce contexte, la conformité n’est pas une formalité. C’est un travail d’analyse et de responsabilité.


Qui sont les concernés ?

On pense souvent spontanément aux banques. En réalité, le périmètre est beaucoup plus large.

Notre travail se concentre principalement sur les personnes assujetties non financières.

On y retrouve notamment :

les agents immobiliers, les avocats et professionnels du juridique, les notaires, les experts‑comptables, les fiduciaires ,les cabinets de conseil ou de structuration, les négociants en métaux ou pierres précieuses, certaines plateformes technologiques, etc.

Ces professions ont un rôle clé dans l’économie réelle. Elles accompagnent la création de sociétés, les transactions immobilières, les opérations patrimoniales ou les échanges commerciaux.

Elles sont donc naturellement exposées à des risques de blanchiment ou d’utilisation abusive de structures juridiques.

Le problème est que la plupart de ces professions n’ont ni les équipes conformité ni les infrastructures technologiques des banques.

C’est là que se situe le besoin réel : des outils simples, accessibles et adaptés à leur pratique quotidienne.


 À quel point est‑ce obligatoire ?

La conformité en matière de lutte contre le blanchiment d’argent n’est pas une option. C’est une obligation légale claire.

Les personnes assujetties doivent mettre en place un dispositif de vigilance complet. Cela inclut l’identification des clients, la compréhension de la relation d’affaires, l’identification des bénéficiaires effectifs, la détection d’opérations inhabituelles et, lorsque c’est nécessaire, la déclaration de soupçon auprès des autorités compétentes.

Au Maroc, ces obligations sont prévues par la loi 43‑05 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, complétée par plusieurs textes d’application et par les directives des autorités de supervision sectorielles.

Pour les professions concernées, la responsabilité est réelle. En cas de manquement, les sanctions peuvent être disciplinaires, financières et, dans certaines situations, pénales.

Cette exigence ne relève pas uniquement du cadre national. Elle s’inscrit dans un dispositif international beaucoup plus large. Les standards sont définis par le Groupe d’Action Financière, le GAFI, qui évalue régulièrement les dispositifs de conformité des pays. Ces évaluations ont un impact direct sur la crédibilité financière des États, l’accès aux marchés internationaux et les relations bancaires.

Dans ce contexte, les professions non financières deviennent progressivement le nouveau front de la conformité. Les criminels financiers ont toujours tendance à se déplacer vers les zones les moins surveillées. Les autorités internationales ont donc élargi les obligations de vigilance à tous les acteurs qui interviennent dans la structuration économique et patrimoniale.

Pour beaucoup de professionnels, la question n’est donc plus de savoir si ces obligations existent. La vraie question est : comment les appliquer concrètement, efficacement et sans transformer leur activité en machine administrative.

 Côté technologie, comment fonctionne la plateforme ?, comment fonctionne la plateforme ?

La plateforme repose sur quatre modules principaux.

Le premier module concerne l’identification et la gestion des clients.
Il permet de constituer la fiche complète de la relation d’affaires : identité, structure juridique, bénéficiaires effectifs, documents justificatifs et profil de risque.

Le deuxième module est le moteur de criblage.
Il compare automatiquement les noms des personnes et des entités avec plusieurs bases de données internationales : listes de sanctions, personnes politiquement exposées et bases de surveillance.

Le troisième module est un moteur de détection et d’alertes.
Lorsque le système identifie une correspondance potentielle, une alerte est générée pour permettre à l’utilisateur d’analyser le cas.

Le quatrième module permet de gérer les cas détectés.
Les équipes peuvent documenter leurs analyses, valider ou rejeter les correspondances, produire les rapports de conformité et générer des rapports statistiques. Cette dernière dimension est essentielle. Elle permet aux organisations de démontrer, à tout moment, la réalité des contrôles effectués et la solidité de leur dispositif de conformité.

La technologie ne remplace pas la responsabilité professionnelle. Mais elle apporte la rigueur, la traçabilité et l’efficacité nécessaires pour exercer cette responsabilité dans un environnement économique de plus en plus complexe.

Comme j’aime souvent le résumer : « La conformité n’est pas un sujet de réglementation. C’est un sujet de confiance économique. » Dans une économie où les flux circulent de plus en plus vite et où les structures deviennent de plus en plus sophistiquées, la capacité des professionnels à savoir avec qui ils travaillent réellement devient essentielle.