Algérie: un verrou administratif en moins pour les importations de matières premières pharmaceutiques. Et ce que cela dit de l’urgence industrielle du pays
Le 1er avril 2026, l’Association Professionnelle des Banques et Établissements Financiers (ABEF) d’Algérie a publié la décision administrative n° 880 /DG/2026. Que dit-elle sur l’état réel de l’industrie pharmaceutique algérienne ? Le ministère de l’Industrie pharmaceutique vient de supprimer l’attestation de régulation pharmaceutique jusqu’ici exigée lors de l’accomplissement des formalités de domiciliation bancaire pour l’importation de matières premières pharmaceutiques. Cette suppression est notifiée aux directeurs généraux de toutes les banques et établissements financiers du pays avec instruction d’une «stricte application dès réception de la présente».
Le tempo dit l’urgence. La domiciliation bancaire est la porte d’entrée obligatoire de tout import en Algérie. C’est la procédure par laquelle une banque enregistre et autorise l’opération d’importation avant que les marchandises ne puissent être expédiées. Jusqu’au 1er avril 2026, cette procédure était conditionnée, pour les matières premières pharmaceutiques, à la production préalable d’une attestation de régulation pharmaceutique. Ce document supplémentaire représentait une étape administrative dont les délais d’obtention pouvaient ralentir considérablement les importations de principes actifs (API), d’excipients et d’autres intrants indispensables à la fabrication locale de médicaments. La supprimer, c’est retirer un verrou procédural entre les fabricants pharmaceutiques algériens et leurs fournisseurs étrangers.
Dans un contexte mondial marqué par la hausse des prix des matières premières pharmaceutiques, dont BASF vient d’annoncer une augmentation allant jusqu’à 20% sur ses excipients, et par la perturbation des chaînes logistiques liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, cette simplification administrative arrive à un moment où chaque jour de délai supplémentaire à l’importation a un coût industriel et sanitaire réel.
Pour l’Algérie, qui a investi massivement dans le développement d’une industrie pharmaceutique locale ces dix dernières années et qui ambitionne de réduire sa dépendance aux médicaments importés finis, la fluidité de l’approvisionnement en matières premières est une condition sine qua non de la viabilité de ce modèle industriel. Rappelons que la facture d’importations de médicaments de l’Algérie est passée d’environ 2 milliards USD en 2016 à 515 millions USD en 2024, avec une poursuite de la baisse en 2025. Le nombre d’établissements est passé à 233 unités agréées, dont 138 spécialisées dans les médicaments stratégiques.
Ainsi, cette décision dit que le gouvernement Algérien en a pris acte, et qu’il a choisi d’agir par voie réglementaire plutôt que d’attendre.



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