Casablanca, onzième rendez-vous de l’efficacité énergétique africaine: le Maroc confirme son rôle de plateforme continentale de la décarbonation

Il y a des événements qui se répètent année après année sans jamais vraiment dire grand-chose, et d’autres dont la longévité est en soi un signal. Les Rencontres Africaines de l’Efficacité Énergétique, initiées en 2016 par AOB Group en partenariat avec l’Agence Marocaine pour l’Efficacité Énergétique, atteignent leur onzième édition le 12 mai 2026 au Hyatt Regency de Casablanca. Une décennie d’existence dans un domaine aussi technique et exigeant que l’efficacité énergétique, sous l’égide du Ministère de la transition énergétique, avec des passages à Abidjan et dans trois COP consécutives, dit quelque chose de précis sur la trajectoire du Maroc: ce pays n’attend plus qu’on lui dicte l’agenda climatique africain, il le co-construit, édition après édition, avec une constance qui force le respect.

Ce qui distingue cette onzième édition des précédentes, c’est l’entrée en scène massive de la finance carbone comme sujet central. Le panel qui lui est consacré réunit Bank of Africa, la Fondation KliK Suisse, la BERD, l’ONUDI et la BAD. Un alignement d’acteurs qui dit que le financement de la décarbonation africaine n’est plus une discussion de principe mais une opération en cours de structuration.

Le Maroc, pionnier de l’engagement de décarbonation sur le continent, se retrouve face au défi stratégique de canaliser les capitaux verts internationaux vers des projets concrets, mesurables, reproductibles. C’est précisément ce que ce sommet tente de faire, panel après panel.

Le second fil conducteur de cette édition est la construction durable. L’industrie du bâtiment est l’une des plus énergivores du continent, et la convergence entre rénovation énergétique, nouveaux matériaux, intelligence artificielle et bâtiments à basse consommation représente un chantier colossal pour les économies africaines en pleine urbanisation. L’initiative du Buyers Club, née en 2018 de cette même plateforme, illustre concrètement ce que ces rencontres peuvent produire au-delà du discours. En mutualisant les achats de climatiseurs nouvelle génération conformes au Protocole de Montréal au sein de Bank of Africa, avec des économies d’énergie documentées jusqu’à 70% sur les agences pilotes de Marrakech, le cycle a démontré qu’il pouvait être un incubateur de pratiques reproductibles à l’échelle continentale.

Ce que cette onzième édition révèle, au fond, c’est que le Maroc a su faire de Casablanca un nœud régional de la gouvernance énergétique africaine, discret, régulier, technocratiquement sérieux, là où d’autres capitales africaines cherchent encore leur format.

Marché obligataire marocain: ce que la gouvernance de l’emprunt de 5 milliards d’OCP et une assemblée générale désertée révèlent sur la maturité du marché des capitaux

Un avis de convocation à une assemblée générale d’obligataires n’est pas, en apparence, le document le plus spectaculaire qui soit. Mais quand il concerne OCP, le géant mondial des phosphates, pilier de l’économie marocaine et acteur stratégique de la souveraineté alimentaire africaine, chaque détail de sa mécanique financière mérite d’être lu avec attention. En décembre 2024, OCP a procédé à une émission obligataire de 5 milliards de dirhams, soit environ 500 millions de dollars, dans le cadre d’un programme de financement par le marché domestique marocain. Ce que révèle aujourd’hui la convocation à cette assemblée générale ordinaire des obligataires, c’est moins l’opération elle-même que l’architecture de gouvernance qui l’encadre, et ce que cette architecture dit sur la maturité du marché financier marocain.

La mise en place d’une masse obligataire dotée de la personnalité morale, l’élection d’un représentant permanent, en l’occurrence le cabinet HDID CONSULTANTS, chargé de défendre les intérêts collectifs des porteurs, la définition précise de ses pouvoirs et de sa rémunération annuelle de 50 000 dirhams HT: tout cela n’est pas de la routine administrative. C’est l’application rigoureuse d’un cadre légal, notamment l’article 299 de la loi 17-95 sur les sociétés anonymes, qui confère aux investisseurs obligataires des droits collectifs réels, opposables à l’émetteur. Le fait que la première convocation du 21 mars 2025 n’ait pas atteint le quorum nécessaire à la délibération – d’où une deuxième convocation pour le 10 avril 2026 – est un détail opérationnel courant, mais qui dit aussi quelque chose sur la dispersion et la passivité relative des porteurs d’obligations dans le marché domestique marocain, un phénomène commun aux marchés obligataires émergents où la culture de l’actionnaire-obligataire actif est encore en construction.

Ce qui importe ici, c’est la trajectoire que cet emprunt illustre. OCP, dont le capital atteint 8,28 milliards de dirhams, choisit de financer une partie de ses besoins via le marché obligataire local plutôt que de recourir exclusivement aux marchés internationaux ou aux financements bancaires classiques. C’est un signal de confiance dans la profondeur du marché des capitaux marocain, et simultanément un vecteur de son approfondissement.

Pour l’Afrique, ce que la démarche d’OCP illustre est plus large. Les champions continentaux capables de lever des milliards sur leurs marchés domestiques contribuent à construire les infrastructures financières locales dont le continent a besoin pour financer son développement sans dépendance excessive aux capitaux extérieurs.

2 000 milliards de dollars de transactions mobile money: l’Afrique subsaharienne propulse la révolution, mais 75% des comptes restent dormants

Il a fallu vingt ans au mobile money pour franchir le cap du premier billion de dollars de transactions annuelles. Il n’en a fallu que quatre pour doubler ce chiffre. Ce rapport de vitesse, à lui seul, dit quelque chose d’essentiel sur la phase dans laquelle se trouve ce secteur: non plus l’émergence laborieuse, mais l’accélération exponentielle.

Le rapport « État du secteur de la monnaie mobile 2026 » de GSMA, qui documente le franchissement du cap des 2 000 milliards de dollars de transactions en 2025, avec 2,3 milliards de comptes enregistrés et 593 millions de comptes actifs mensuellement, est une photographie saisissante d’un secteur qui a redéfini l’inclusion financière mondiale depuis un téléphone portable et un réseau d’agents de proximité. L’Afrique subsaharienne est au cœur de cette dynamique. C’est d’elle que provient la majorité des nouveaux comptes enregistrés et actifs.

Disons que ce n’est pas une surprise pour qui a suivi la trajectoire du secteur depuis M-Pesa au Kenya jusqu’aux plateformes panafricaines d’aujourd’hui. Mais ce que le rapport dit avec une honnêteté qui mérite d’être soulignée, c’est que le succès agrégé masque des tensions structurelles profondes. Près de 75% des comptes restent inactifs chaque mois. Un chiffre accablant. Un des centaines de millions de personnes ont un pied dans le système financier numérique sans y être vraiment entrées, enregistrées mais pas utilisatrices, incluses statistiquement mais pas économiquement. Les raisons sont connues et documentées: la fraude, qui reste un frein persistant à la confiance, et les taxes sur les transactions, qui poussent les utilisateurs à revenir au cash dans les pays où elles s’appliquent. Cette dernière observation mérite l’attention des décideurs africains. Taxer le mobile money, c’est taxer l’inclusion financière elle-même.

L’autre fracture que le rapport met en lumière avec une précision inconfortable concerne le genre. Dans sept des dix pays étudiés, les femmes titulaires d’un compte de mobile money l’utilisent moins que les hommes. Seuls le Ghana, le Kenya et le Nigeria échappent à ce pattern. Un différentiel d’usage qui révèle que l’accès au compte n’est pas équivalent à l’accès au service, et que les obstacles à l’utilisation régulière par les femmes sont autant culturels et sociaux que technologiques. Ce que ce rapport dit en définitive sur l’Afrique subsaharienne, c’est qu’elle a démontré au monde que le mobile money peut fonctionner à grande échelle, mais qu’elle doit maintenant résoudre le paradoxe de ses propres succès. Convertir la masse des comptes dormants en utilisateurs actifs, éliminer les taxes qui découragent l’usage, et faire en sorte que l’inclusion financière numérique soit aussi une réalité pour les femmes qu’elle commence à l’être pour les hommes.

Essais cliniques en Afrique: comment TCIS Africa engage le continent dans le passage de la sous-représentation historique à la revendication d’un pôle mondial de recherche

« L’Afrique a trop longtemps été exclue des essais cliniques internationaux en raison d’idées fausses concernant les risques et la qualité des données. » Cette déclaration de Roseanne Onyia, fondatrice de Clinical Research et d’AfriTrials Connect, organisatrice du sommet TCIS Africa, résonne plus comme le diagnostic d’une injustice scientifique systémique qu’un slogan.

Non seulement Roseanne Onyia ne mâche pas ses mots, mais elle nomme ce que les acteurs pharmaceutiques mondiaux n’aiment pas entendre. L’exclusion de l’Afrique des essais cliniques internationaux n’est pas le résultat d’un manque de capacités. C’est le produit de préjugés institutionnels qui ont privé la médecine mondiale de la diversité génétique et épidémiologique la plus riche de la planète. Ce paradoxe est au cœur de ce que TCIS Africa 2026 entend dénouer lors de sa septième édition, prévue les 4 et 5 mai à Pretoria.

Le continent africain représente 17% de la population mondiale, abrite une diversité génétique sans équivalent, et concentre une charge de maladies infectieuses, chroniques et tropicales qui devraient en faire le terrain d’essais cliniques le plus stratégique au monde. Pourtant, sa représentation dans les grandes études internationales reste structurellement marginale. Un déséquilibre qui a un coût double: pour les Africains, qui n’accèdent pas aux traitements en cours de développement ; et pour la science médicale mondiale, qui produit des données sur des populations non représentatives et génère des médicaments dont l’efficacité sur les populations africaines reste mal documentée. Ce que TCIS Africa construit depuis sept éditions, c’est précisément une contre-architecture: un écosystème de recherche clinique africain capable de répondre aux standards de crédibilité internationale, appuyé sur des plateformes numériques d’appariement de sites d’essais, des investissements croissants dans les infrastructures de santé et des réseaux de chercheurs formés aux exigences des CRO et des agences réglementaires globales.

L’Afrique du Sud, qui accueille l’événement, n’est pas un choix neutre. Elle dispose de l’infrastructure de recherche médicale la plus développée du continent, avec des universités, des hôpitaux académiques et des agences réglementaires qui ont prouvé leur capacité à conduire des essais aux standards ICH. Mais l’ambition de TCIS dépasse Pretoria. Elle vise la constitution d’un réseau panafricain de sites d’essais cliniques capables d’attirer les grandes études multinationales en leur offrant ce qu’aucune autre région ne peut proposer à ce stade: une diversité de populations, une prévalence de pathologies cibles, et désormais une infrastructure de gouvernance scientifique en phase de consolidation. Ce que ce sommet révèle, au fond, c’est que l’Afrique ne veut plus être le réservoir de patients des essais conduits par d’autres. Elle veut en être le co-architecte, et elle construit, méthodiquement, les preuves de sa légitimité à l’être.

Afreximbank lance sa première cohorte de startups: pourquoi la banque multilatérale africaine a décidé de bâtir elle-même les outils du commerce continental

Il y a quelque chose de structurellement significatif dans le fait qu’Afreximbank, banque multilatérale dont le métier historique est de financer le commerce africain par des instruments classiques, lance son propre programme d’accélération de startups. Ce n’est pas un geste de communication institutionnelle. C’est un aveu lucide que les infrastructures numériques du commerce intra-africain ne viendront pas des grandes banques de développement traditionnelles ni des consultants internationaux. Elles émergent dans des bureaux à Lagos, Addis-Abeba, Nairobi, Cablanca, Tunis, Dakar, portées par des entrepreneurs qui ont compris avant tout le monde que la ZLECAf a besoin de tuyaux numériques avant d’avoir besoin de nouvelles réglementations. La sélection de huit startups parmi 1 600 candidatures est en soi un indicateur de la densité de l’écosystème entrepreneurial africain. Une densité que les narratifs pessimistes sur le continent peinent encore à intégrer. Ce que ces huit entreprises construisent collectivement ressemble à l’ossature d’un marché continental intégré. OnePort 365 connecte les corridors Nigeria-Ghana-Kenya, Timon gère des paiements dans 15 pays avec une ambition d’extension à 40, Capsa Technologies a traité plus de 70 milliards de nairas de financement de chaîne d’approvisionnement, Fluna a facilité 50 millions de dollars d’échanges dans dix pays, et Zowasel relie plus de 4 000 coopératives et entreprises agroalimentaires. Ce ne sont pas des prototypes de laboratoire, ce sont des opérateurs actifs sur des corridors commerciaux réels, avec des volumes mesurables. Ce qui distingue ce programme de la plupart des initiatives d’accélération institutionnelle, c’est la proposition de valeur spécifique qu’Afreximbank met sur la table. Non pas seulement 250 000 dollars d’investissement potentiel, mais un accès direct au réseau panafricain de la Banque (gouvernements, banques centrales, régulateurs, institutions financières) et une intégration dans les infrastructures que la Banque a elle-même construites, notamment l’Africa Trade Gateway et PAPSS. Pour une startup qui se heurte quotidiennement aux frictions réglementaires et aux barrières de conformité dans des juridictions multiples, cet accès vaut infiniment plus que le chèque. Haytham Elmaayergi, vice-président exécutif d’Afreximbank, le dit avec une franchise qui tranche avec le langage institutionnel habituel. « Le commerce ne se fait pas sur le papier des documents politiques. Le commerce se réalise grâce aux entrepreneurs. Grâce aux bâtisseurs. » C’est une déclaration qui reconnaît implicitement les limites des approches top-down dans la construction du marché unique africain et qui positionne cette première cohorte comme un acte fondateur, pas comme un projet pilote.

IA souveraine: ce que révèle l’intérêt du mastodonte bancaire marocain Attijariwafa Bank pour Mistral AI

Il y a dans cette information, encore au stade de l’examen, pas de la signature, quelque chose qui dit moins l’anecdote financière que le basculement d’époque. Attijariwafa Bank, premier groupe bancaire du Maghreb avec des actifs frôlant les 82,2 milliards de dollars et une présence dans 27 pays, étudierait une entrée au capital de Mistral AI, le champion français de l’intelligence artificielle que trois ans d’existence ont suffi à transformer en rempart européen face aux géants américains OpenAI, Google et les autres. Ce mouvement, s’il se confirme, ne serait pas simplement un investissement technologique de plus dans le portefeuille d’un grand groupe financier africain. Ce serait un acte de positionnement stratégique global, dont les implications dépassent largement le bilan d’Attijariwafa et les serveurs de Mistral. La question centrale n’est pas financière, elle est souverainiste. Pour une banque présente sur 27 marchés africains, la gestion des données clients n’est pas une variable d’ajustement: c’est une question de survie réglementaire et de confiance institutionnelle. Choisir Mistral AI, c’est choisir une architecture d’IA conçue pour fonctionner dans des environnements internes strictement contrôlés, sans exposition aux clouds américains dont les conditions d’accès aux données restent soumises au droit extraterritorial américain, le fameux Cloud Act.

Pour le secteur bancaire africain, encore en train de consolider ses cadres de conformité anti-blanchiment et de protection des données, ce critère de souveraineté informationnelle n’est pas un luxe idéologique. C’est un prérequis opérationnel. Ce que révèle la démarche d’Attijariwafa, c’est aussi la nouvelle stature des groupes marocains dans l’architecture économique mondiale. Qu’un mastodonte africain s’invite au capital d’un fleuron de la French Tech et non l’inverse inverse un rapport de force longtemps considéré comme naturel. La technologie venant du Nord, le capital patient venant du Sud pour l’adopter. Ici, c’est un capital africain qui se positionne en amont, à la table de ceux qui construisent l’infrastructure cognitive de demain.

Pour Mistral AI, l’équation est symétrique mais d’une autre nature. Obtenir un ancrage institutionnel massif sur un continent de 1,4 milliard d’habitants via le réseau le plus capillaire du secteur bancaire africain, c’est franchir en un mouvement la barrière d’entrée que des années de prospection commerciale n’auraient pas suffi à abattre.

Ce dialogue entre Casablanca et Paris n’est pas encore une alliance, mais il préfigure déjà le type de partenariats qui définiront l’infrastructure financière et technologique africaine de la prochaine décennie.

Fracture numérique en Afrique: à 5 dollars le smartphone, Smartphone For All s’attaque au continent et vise 5 nouveaux pays

Derrière les Pinnacle Awards Platine et les Merit Awards Or que vient de décrocher Smartphone For All, il y a une réalité que les prix ne disent pas toujours. En Afrique, ne pas avoir de smartphone en 2026, c’est ne pas exister économiquement. Pas de compte mobile money, pas d’accès aux plateformes d’emploi en ligne, pas de télémédecine, pas d’éducation à distance, pas de voix dans les débats civiques numériques. Babatunde Osho, fondateur et PDG de l’entreprise, le formule avec la précision d’un homme qui a compris que son secteur n’est pas la technologie mais l’émancipation. « La fracture numérique n’est pas seulement un fossé technologique, c’est un fossé d’opportunités. » Un glissement sémantique qui est tout sauf anodin. Il recadre le problème de l’accès numérique non plus comme une question d’infrastructure ou de déploiement réseau, mais comme une question de justice économique. Et c’est précisément cette requalification qui donne à Smartphone For All une portée que la plupart des acteurs télécoms africains n’ont pas encore assumée.

Le modèle est d’une simplicité désarmante dans sa conception, mais redoutablement efficace dans sa logique. S’associer à MTN en Afrique du Sud pour proposer un smartphone 4G à 99 rands, soit environ 5 dollars, aux abonnés encore bloqués sur des réseaux 2G/3G qui ne peuvent pas se permettre la migration. Un million deux cent mille appareils visés pour la première phase. Ce chiffre n’est pas qu’un objectif commercial, c’est un indicateur de développement humain. Car ce que rappelle l’Economist Intelligence Unit, est accablant de clarté. Une hausse de 10% de la connectivité haut débit génère 1,4% de croissance du PIB dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Autrement dit, chaque smartphone activé sur un réseau 4G est une micro-injection de productivité dans l’économie nationale. L’Afrique du Sud a d’ailleurs compris l’enjeu avant d’autres: interdiction d’activation de nouveaux appareils 2G/3G depuis le 31 décembre 2024, extinction complète des réseaux ancienne génération prévue pour fin 2027, réduction fiscale sur certaines catégories de smartphones. Une politique publique cohérente qui crée exactement les conditions dans lesquelles un acteur comme Smartphone For All peut opérer avec un levier maximal.

Ce qui mérite d’être souligné, c’est la vitesse. Moins d’un an après son lancement, l’entreprise décroche une reconnaissance internationale de premier plan. Non pas parce que son modèle est révolutionnaire dans sa technique, mais parce qu’il est juste dans son diagnostic et précis dans son exécution. La prochaine étape, à savoir la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Ghana, le Kenya, la Tanzanie, dira si ce modèle né en Afrique du Sud est réellement scalable à l’échelle continentale, ou s’il reste tributaire des conditions réglementaires favorables qui ont permis son émergence dans le contexte sud-africain.

PUMA équipementier officiel de la BAL: le basketball africain est désormais assez sérieux pour que les grandes marques mondiales s’engagent pour plusieurs saisons

Il y a un seuil symbolique que franchit une ligue sportive le jour où une marque mondiale de l’envergure de PUMA décide de s’y engager sur plusieurs années, pas le temps d’un coup d’essai, pas le temps d’un test de marché, mais dans la durée. La Ligue africaine de basketball vient de franchir ce seuil. L’annonce d’un partenariat pluriannuel faisant de PUMA le fournisseur officiel des tenues de la Ligue africaine de basketball (BAL), que ce soit pour les tenues de match, les équipements d’échauffement, les vêtements d’entraînement, le fanwear et les accessoires, et ce, à quelques jours du coup d’envoi de la sixième saison, annoncée pour le 27 mars 2026 à Pretoria, n’est pas un communiqué de routine. C’est une validation extérieure de ce que la BAL construit depuis 2019: une ligue professionnelle continentale qui a suffisamment de crédibilité, de visibilité et de potentiel commercial pour justifier l’investissement d’un acteur qui habille les plus grandes compétitions mondiales.

Avant l’arrivée de PUMA cette saison, la Basketball Africa League (BAL) n’avait pas d’équipementier officiel unique au niveau de la ligue pour les uniformes standardisés.
Les équipes utilisaient principalement leurs propres fournisseurs individuels ou des équipements locaux/non sponsorisés par une marque globale dédiée à la ligue.

Ce que ce partenariat révèle sur la trajectoire de la BAL mérite d’être lu avec attention. En six saisons, la ligue est passée du statut d’initiative NBA-Afrique prometteuse à celui d’écosystème sportif structuré, avec des partenaires institutionnels comme le Rwanda Development Board, des partenaires commerciaux comme Afreximbank, Air Sénégal ou Amazon Web Services, et désormais un équipementier mondial qui y voit un canal de croissance réel sur un continent de 1,4 milliard d’habitants avec une démographie jeune et une culture du basketball en pleine expansion.

La dimension culturelle du partenariat n’est pas anodine. Le fanwear PUMA–BAL est conçu pour «refléter l’énergie, la diversité et la créativité de la culture africaine du basket». C’est ce qu’explique le communiqué publié par la Ligue africaine de basketball (BAL). Une formulation qui dit que PUMA ne vend pas simplement des maillots, elle investit dans une identité visuelle et culturelle spécifiquement africaine. C’est un changement de registre significatif par rapport aux partenariats qui se contentaient d’apposer un logo sur une compétition.

Pour PUMA, la logique est claire: le basketball est l’un des sports à la croissance la plus rapide sur le continent, la BAL en est le vecteur institutionnel le plus visible, et s’y associer maintenant, notamment à la sixième saison, avant que la concurrence ne s’y engouffre, c’est prendre une position de premier entrant sur un marché qui n’en est plus à ses débuts mais qui n’a pas encore atteint sa maturité commerciale. Amadou Gallo Fall, président de la BAL, l’exprime avec une précision qui trahit une stratégie mûrement réfléchie. PUMA est retenu pour son «lien profond à l’écosystème sportif du continent». Autant dire que ce n’est pas un slogan, c’est un critère de sélection qui dit que la Ligue africaine de basketball (BAL) choisit ses partenaires non pas seulement pour leur taille mondiale, mais pour leur engagement africain. Une posture qui, en soi, dit quelque chose sur la maturité institutionnelle atteinte par la ligue.

Cameroun: pourquoi Visa et Afriland First Bank ont signé un « Growth Agreement » ? Et ce que cela révèle

Il y a dans cet accord quelque chose qui dit moins la victoire d’une institution que la lucidité d’une banque qui a compris où se jouait désormais la compétition. Afriland First Bank, leader du marché bancaire camerounais avec un total bilan de 2 489,5 milliards de FCFA au 31 octobre 2025, vient de signer avec Visa ce que les deux parties appellent un « Growth Agreement », le premier accord autonome de ce type conclu avec une banque locale au Cameroun.

La formulation mérite qu’on s’y arrête. « Premier accord autonome de ce type »: cela signifie qu’Afriland n’est pas un sous-traitant dans une relation d’agence, mais un partenaire stratégique de plein exercice dans un accord taillé sur mesure pour ses objectifs de croissance. Ce qui n’est pas anodin dans un environnement où les banques africaines ont trop souvent été les exécutantes passives des stratégies des réseaux internationaux plutôt que leurs interlocuteurs souverains. Ce que révèle ce partenariat, c’est d’abord une course contre la montre que les banques traditionnelles africaines ne peuvent plus se permettre de perdre. L’écosystème des paiements au Cameroun, comme partout en Afrique centrale francophone, est traversé par des forces de disruption (mobile money, wallets, fintechs) qui ne demandent pas la permission aux banques établies pour gagner des parts de marché. Afriland, consciente que son réseau dense et sa base clientèle diversifiée constituent un actif stratégique considérable mais temporaire si elle ne les digitalise pas, choisit de s’adosser à la puissance technologique et au réseau mondial de Visa plutôt que de tenter une transformation solitaire à marche forcée. Le directeur général Celestin Guela Simo le dit sans ambiguïté: cet accord s’inscrit dans le plan Afriland Horizon 2030, qui fait de la digitalisation « l’un des leviers majeurs de transformation du modèle de croissance ». Ce n’est pas une déclaration d’intention. C’est un aveu que le modèle actuel doit muter ou perdre du terrain. Pour Visa, l’équation est symétrique mais de nature différente. S’appuyer sur le leader bancaire camerounais, c’est acheter du temps et de la capillarité dans un marché que l’on ne peut pas adresser efficacement sans un ancrage local fort. La pénétration du paiement numérique au Cameroun reste structurellement limitée, et c’est précisément ce potentiel inexploité qui motive Visa à contractualiser avec l’institution qui dispose du plus grand réseau d’agences et de la base de clientèle la plus diversifiée du pays.

Ce que cet accord dit enfin sur l’Afrique centrale, c’est que la transformation digitale de la banque de détail y est désormais une nécessité stratégique que les leaders du secteur assument publiquement, et non plus une aspiration lointaine réservée aux discours de conférence.

Résilience climatique en Afrique de l’Ouest: pourquoi le Sénégal refuse d’attendre les solutions venues d’ailleurs

Quand l’Académie Pontificale des Sciences choisit Dakar pour tenir l’un de ses sommets régionaux sur la résilience climatique, aux côtés de l’Autriche, du Brésil, du Kenya et des États-Unis, ce n’est pas un geste diplomatique anodin. C’est une reconnaissance explicite que l’Afrique de l’Ouest et le Sahel constituent l’un des laboratoires les plus critiques et les plus instructifs de la crise climatique mondiale. Une région qui subit, selon les termes mêmes du Cardinal Peter Turkson, les effets du changement climatique « de manière disproportionnée ». Ce que, au passage, Desmond Tutu avait autrefois nommé avec une précision dérangeante le « climate apartheid ».

Ainsi, ce sommet, intitulé « De la crise climatique à la résilience climatique: les voies à suivre pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel », organisé en partenariat avec AKADEMIYA2063 et le Centre de Suivi Écologique, n’est pas une conférence de plus sur le climat. Il s’inscrit dans une architecture délibérée: une série de sommets régionaux devant nourrir, d’ici 2027, un Protocole universel pour la résilience climatique, adopté au Vatican sous l’autorité du Pape Léon XIV. Autrement dit, Dakar n’est pas seulement un lieu de dialogue, c’est un maillon dans une chaîne de production normative globale. Ce que ce positionnement révèle sur le Sénégal mérite attention. Le Dr Cheikh Mbow, directeur général du Centre de Suivi Écologique, ne manque pas de le souligner: le Sénégal a construit un cadre stratégique solide en matière d’adaptation, couvrant l’agriculture, la protection du littoral et les énergies renouvelables, inscrit dans la Vision Sénégal 2050 et dans un Plan National d’Adaptation à l’horizon 2050. Ce n’est pas un pays qui arrive à ce sommet les mains vides, c’est un pays qui y arrive avec une doctrine, des politiques sectorielles et une légitimité d’expérience que peu de ses voisins peuvent revendiquer au même degré. L’angle le plus stimulant de cet événement est peut-être sa méthode. Face à l’échec répété des approches descendantes, notamment les grands accords climatiques mondiaux qui n’arrivent pas à se traduire en actions locales concrètes, l’Académie Pontificale des Sciences (APS) et l’Académie Pontificale des Sciences Sociales (APSS) promeuvent explicitement une approche ascendante, ancrée dans les réalités des maires, des gouverneurs, des communautés religieuses, des jeunes et des chercheurs régionaux. Le cadre Atténuation, Adaptation, Transformation Sociétale (AATS) n’est pas un sigle de plus, il acte que la résilience climatique ne se décrète pas depuis des capitales lointaines, elle se construit dans les villages sahéliens, les zones côtières sénégalaises et les bassins versants du Sahel.

Ce que Dakar a accueilli les 23 et 24 mars 2026, c’est en réalité une tentative sérieuse de réconcilier savoirs traditionnels, science climatique et politiques publiques dans un cadre commun. L’Afrique de l’Ouest, trop longtemps traitée comme victime passive du dérèglement climatique, prend ici la posture de laboratoire actif de solutions, une posture que le continent a toutes les raisons d’assumer, et que ce sommet contribue à légitimer sur la scène internationale.