Zambie: comment la Chine déploie la « Route de la soie de la santé » comme instrument de soft power via ses hôpitaux universitaires

Derrière la rhétorique de l’amitié sino-africaine et des soins traversant « montagnes et mers », une logique stratégique mérite d’être braquée sous les projecteurs sans le filtre de la bienveillance affichée. La West China Hospital de l’Université du Sichuan, l’un des plus grands établissements hospitaliers universitaires d’Asie, ne s’engage pas en Zambie par philanthropie. Il y déploie ce que Pékin appelle la « Route de la soie de la santé »: un dispositif de coopération médicale qui suit la même logique que les Routes de la soie des infrastructures, mais dans un domaine où l’influence se construit plus discrètement et plus durablement.
Former des médecins zambiens aux standards et aux protocoles chinois, implanter des technologies médicales chinoises dans les hôpitaux partenaires, tisser des relations institutionnelles entre établissements universitaires, c’est créer des dépendances techniques, culturelles et professionnelles qui survivent aux changements de gouvernement et aux alternances diplomatiques. La formulation du président de l’hôpital, Luo Fengming, est à cet égard révélatrice dans sa construction: «continuer à explorer de nouvelles voies de coopération approfondie avec les établissements médicaux et les entreprises locales».
L’association explicite des « établissements médicaux » et des « entreprises locales » dans une même phrase dit que la coopération sanitaire est indissociable d’un agenda commercial. Les technologies médicales chinoises qui accompagnent les médecins chinois ne sont pas des dons pérennes. Elles ouvrent des marchés, créent des besoins de maintenance, de formation et de consommables que seuls les fournisseurs chinois peuvent satisfaire.
Pour la Zambie, l’enjeu est réel et ambigu. Le pays souffre d’une pénurie chronique de médecins spécialisés, d’un accès limité aux technologies diagnostiques avancées et d’une capacité de formation médicale insuffisante face à sa démographie. La coopération avec la West China Hospital de l’Université du Sichuan répond à des besoins tangibles, et c’est précisément ce qui en fait un instrument d’influence efficace. La question que le communiqué officiel annonçant cette coopération médicale ne pose pas, mais que les décideurs zambiens devraient se poser, est celle de la réciprocité réelle: qui forme qui, selon quels standards, avec quels équipements, et dans quel cadre de propriété intellectuelle et de gouvernance des données médicales ?

Moins de crédits risqués, plus de financement automobile, moins de provisions: Salafin a trouvé sa formule et elle fonctionne

Il y a dans les résultats 2025 de Salafin quelque chose de plus significatif qu’une progression de résultat net de 3,2% à 96 millions de dirhams. Ce chiffre, pris isolément, pourrait sembler modeste. Replacé dans la trajectoire des trois dernières années, il dit l’achèvement d’un cycle de transformation que le Directoire lui-même qualifie d’«aboutissement d’une stratégie de repositionnement menée avec discipline».
Ce mot «aboutissement» n’est pas un artifice de communication. C’est le signal qu’une société qui avait identifié ses failles structurelles, révisé ses priorités et accepté une phase de production plus contrainte, sort de ce tunnel avec un modèle économique refondé. La production nette en hausse de 14,9% à 1,25 milliards de dirhams est le signal le plus éloquent de cette renaissance opérationnelle. Et à l’intérieur de ce chiffre, la progression du financement automobile à +26,1% pour atteindre 740 millions de dirhams dit l’essentiel de la recomposition stratégique: Salafin a choisi de concentrer son effort commercial sur le segment le plus porteur, le plus sécurisé par la nature du bien financé, et le plus résistant aux défauts de paiement.
Le crédit automobile n’est pas simplement un produit plus rentable. C’est un produit dont le risque est structurellement mieux maîtrisable que le crédit personnel non affecté, parce que le bien financé constitue une garantie tangible. Ce choix de segmentation explique mécaniquement l’autre grande performance de l’exercice: les dotations nettes aux provisions en baisse de 18,8% à 63 millions de dirhams. Quand on oriente la production vers des segments moins risqués, le coût du risque baisse. Pas par miracle, mais par construction. C’est la logique de « production sélective orientée vers les segments les plus contributifs » que décrit la communication financière de Salafin.
Le PNB en croissance de seulement 1,4% à 384 millions de dirhams dit par ailleurs que Salafin n’a pas cherché à compenser la sélectivité de sa production par une expansion de marge, ce qui serait risqué, mais plutôt à améliorer sa rentabilité par la qualité du portefeuille. La hausse des charges générales d’exploitation de 7,6% est à surveiller, mais elle s’inscrit dans une dynamique de redéploiement commercial qui a produit ses effets. Le dénouement amiable du contrôle fiscal 2017-2018 efface par ailleurs une incertitude qui pesait probablement sur les états financiers depuis plusieurs exercices. Post-dividende de 30 dirhams par action, Salafin affiche un ratio de solvabilité de 16,8% et un ROE de 17,7%, deux indicateurs qui disent une société capitalisée et rentable, pas une société qui distribue au détriment de sa solidité.

2025 chez Unimer: moins de poissons, plus de marge. Comment le groupe agroalimentaire s’adapte à une ressource halieutique durablement sous pression

Les résultats 2025 d’Unimer révèlent une tension que les chiffres bruts masquent partiellement. Le chiffre d’affaires social recule de 806 à 688 millions de dirhams. Le consolidé passe de 1,26 à 1,08 milliards. Les débarquements nationaux de sardines accusent un repli de 23%, les anchois de 25%. En apparence, une année difficile. En réalité, une démonstration de gestion sous contrainte qui mérite d’être lue autrement.

Ce qui s’est passé chez Unimer en 2025, c’est la mise en œuvre concrète d’une stratégie que peu d’acteurs industriels appliquent avec discipline quand la ressource se raréfie. Plutôt que de défendre le volume au détriment de la valeur, le groupe a ajusté ses volumes avec pour objectif explicite « la préservation de la valeur ». Le résultat est lisible dans l’EBE social, qui progresse de 9 à 30 millions de dirhams malgré la chute du chiffre d’affaires. Un triplement de l’excédent brut d’exploitation sur une base de revenus en recul de 15%. Un ratio qui dit quelque chose d’essentiel: Unimer a vendu moins, mais mieux.

La maîtrise du mix-produits, les ajustements de prix de vente et l’optimisation opérationnelle ont produit une amélioration de marge dans un contexte de « forte pression sur les prix ». Ce qui signifie que d’autres acteurs du même marché ont probablement sacrifié leurs marges pour maintenir leurs volumes, pendant qu’Unimer faisait le choix inverse.

Le retour à un résultat net consolidé positif (11 millions de dirhams contre -28 millions en 2024) est le signal le plus significatif de cet exercice. Il dit que la transition n’est pas terminée, mais que la direction est bonne. La « contribution renforcée des participations du Groupe » est un indice supplémentaire: la diversification du portefeuille d’actifs amortit les chocs de la ressource primaire.

Ce que la situation d’Unimer révèle sur l’industrie halieutique marocaine est préoccupant au-delà du cas d’espèce. Deux années consécutives de recul des débarquements de sardines et d’anchois, deux espèces pélagiques qui structurent l’essentiel de la conserve marocaine, ne sont pas un accident météorologique. C’est un signal sur l’état des stocks. Les groupes industriels capables de s’adapter à cette rareté durable, comme Unimer semble en prendre le chemin, survivront. Les autres subiront.

AD Ports Group en Afrique: lignes maritimes, implantation en Angola et la stratégie qui dit tout sur ses ambitions continentales

Il y a dans le rapport annuel 2025 d’AD Ports Group, publié avec des revenus records de 20,77 milliards de dirhams émiriens et un bénéfice net de 2,07 milliards, une information africaine qui mérite d’être extraite de la masse des résultats financiers. Le groupe abou-dhabien a lancé en 2025 des services de transport maritime de conteneurs en Afrique de l’Ouest et de l’Est, démarré des opérations de terminaux portuaires polyvalents en Angola, et lancé une activité logistique intérieure dans ce même pays. Ces trois éléments, présentés comme des « exemples des efforts du Groupe pour densifier ses principaux corridors commerciaux », disent quelque chose de précis sur la stratégie africaine d’un opérateur qui gère déjà des actifs en Égypte et qui cadre explicitement l’Afrique comme l’une de ses zones géographiques stratégiques aux côtés des Émirats, de l’Europe et du Pakistan. Le Capitaine Mohamed Juma Al Shamisi, PDG du Groupe, résume la logique avec la précision d’un stratège: « Nous avons continué à interconnecter nos ports, services maritimes, plateformes logistiques et zones économiques dans un écosystème cohérent permettant aux clients de déplacer plus efficacement marchandises, capitaux et opérations le long des principaux corridors commerciaux. » Ce qu’AD Ports Group construit en Afrique n’est donc pas une présence discrète d’opportunité. C’est un maillon de chaîne délibérément intégré dans un réseau mondial qui connecte le Golfe à l’Europe via la Méditerranée et à l’Afrique via les côtes atlantique et indienne.

L’Angola est un choix révélateur. Figurant dans le top 5 des producteurs de pétrole d’Afrique subsaharienne, doté d’un port de Luanda en cours de modernisation et d’une économie cherchant à diversifier ses flux commerciaux au-delà des hydrocarbures, le pays offre à AD Ports Group un point d’ancrage dans une économie en transition qui a besoin précisément de l’expertise que le groupe vend, notamment les terminaux polyvalents, la logistique intérieure, et la connectivité maritime.

Le lancement simultané de lignes maritimes en Afrique de l’Ouest et de l’Est dit que AD Ports Group ne gère pas des actifs africains isolés: il construit un réseau de routes commerciales qui, à terme, pourrait concurrencer ou compléter les opérateurs historiques sur ces corridors.

Pour l’Afrique, l’entrée d’un opérateur de cette envergure est un signal de maturité perçue, pas de charité géopolitique.

Mobilité électrique en Afrique: ce que la présence simultanée de Tesla, BYD et Hyundai à GITEX AFRICA Morocco dit d’un marché à 28 milliards de dollars

Il y a dans la liste des participants annoncés à GITEX AFRICA Morocco 2026 plus qu’un catalogue d’exposants. Arrêtons-nous sur cette shortliste d’exposants: Tesla, BYD, Hyundai, Toyota, Dongfeng, EXEED, Zeekr. Sept marques constructeurs qui représentent les trois grandes puissances automobiles mondiales (États-Unis, Corée, Chine). Toutes envoient simultanément leurs marques les plus stratégiques sur une même plateforme africaine, à Marrakech, du 7 au 9 avril 2026. Ce n’est pas un salon grand public. C’est une reconnaissance collective que le marché africain des véhicules électriques, projeté à 28,3 milliards de dollars d’ici 2030, contre 17,41 milliards en 2025, soit une progression de 62% en cinq ans, est désormais suffisamment sérieux pour justifier une présence compétitive de premier rang.
La démographie africaine dit pourquoi. D’ici 2050, le continent passera de 1,5 à 2,5 milliards d’habitants, dont 80% de cette croissance concentrée dans les villes. Une urbanisation massive qui crée une demande de systèmes de transport que les villes africaines actuelles, conçues pour des populations beaucoup plus restreintes, ne peuvent pas absorber avec leurs infrastructures existantes. Le transport africain devrait croître de 6 à 8% par an entre 2025 et 2040, à condition que 150 milliards de dollars d’investissements annuels soient mobilisés dans les infrastructures. Ce chiffre, tiré du rapport African Transport Industry Insights 2025, dit la condition précise sous laquelle la promesse de la mobilité électrique africaine devient réalité et le gouffre entre le potentiel affiché et les capacités d’investissement actuelles des États africains.
Ce que GITEX AFRICA Morocco fait dans ce contexte est structurellement différent d’un salon technologique ordinaire. En réunissant gouvernements, constructeurs, startups et investisseurs sur la même plateforme, sous l’égide du ministère marocain de la Transition numérique, il crée les conditions d’un dialogue qui transforme les projections de marché en engagements concrets. La participation de l’office national des chemins de fer marocain (ONCF) aux côtés de Tesla et BYD dit que la mobilité du futur ne se joue pas uniquement sur la route. Elle se joue dans l’intermodalité, dans la connexion entre les réseaux ferrés, les flottes électriques urbaines et les plateformes logistiques intelligentes.
Pour le Maroc, accueillir ce débat à Marrakech est un acte de positionnement stratégique: celui d’un pays qui veut être l’interface entre les capitaux mondiaux de la mobilité électrique et le marché africain qu’ils cherchent à pénétrer.

Adopt Parfums au Maroc: ce que trois ouvertures simultanées à Casablanca disent d’un marché de la beauté en train de se redéfinir

Trois ouvertures en trois jours consécutifs, Sela Park Almaz le 11, Tachfine Center le 12, Marina Shopping le 13. Il y a dans l’arrivée du français Adopt Parfums au Maroc en mars 2026, une stratégie de déploiement qui dit bien plus qu’un simple lancement commercial. On n’ouvre pas trois boutiques simultanément dans des centres commerciaux distincts d’une même ville si l’on s’interroge encore sur la réceptivité du marché. Une simultanéité qui est une affirmation: Casablanca est traitée comme une place forte du retail, pas comme un terrain d’expérimentation. Ce que la marque française apporte avec elle est une proposition qui tranche avec l’architecture traditionnelle de la parfumerie au Maroc, dominée soit par le luxe inaccessible des grandes maisons, soit par les contrefaçons bon marché des marchés informels.

Adopt s’installe dans un espace intermédiaire délibérément revendiqué: plus de 100 eaux de parfum, plusieurs familles olfactives, soins corps et visage, univers Maison, le tout structuré autour d’une philosophie de « liberté olfactive » qui rompt avec le diktat de la fragrance unique et définitive. Un positionnement qui est précisément calibré pour la classe moyenne urbaine marocaine émergente. Une population qui consomme de plus en plus de produits cosmétiques, qui suit les tendances des réseaux sociaux, et qui est prête à payer pour de la qualité accessible sans franchir le seuil intimidant des boutiques de luxe.

Les chiffres que la marque avance pour la France (+45% de nouveaux clients en 2024, +140% de nouveaux clients omnicanaux, deux parfums en moyenne par panier, 57,5% des clients qui en achètent trois ou plus) dessinent le profil comportemental qu’Adopt cherche à reproduire au Maroc: des acheteurs de parcours, pas d’achat unique. Cette logique du « multi-parfums » est culturellement pertinente dans un pays où l’usage du parfum est historiquement profond et quotidien, mais où l’offre structurée en format boutique accessible reste insuffisante.

L’engagement éco-responsable d’Adopt (baisse de 30% des émissions, consommation d’eau réduite de 60%, alcool issu de betteraves françaises) est un argument de plus en plus audible auprès d’une clientèle urbaine marocaine qui commence à intégrer les critères de durabilité dans ses choix de consommation. Pour le marché marocain du retail beauté, cette arrivée est un signal que le segment « masstige » est désormais suffisamment mature pour attirer des opérateurs internationaux structurés, avec un réseau de 330 boutiques en France et une ambition internationale documentée.

Nigeria et finance islamique: comment les soukouks et le Groupe de la BID s’imposent dans la course à l’économie du trillion de dollars

Il y a dans cette Journée du Groupe de la Banque islamique de développement (BID) au Nigeria quelque chose qui dépasse le format habituel des événements de diplomatie financière multilatérale. Le choix de Lagos comme théâtre, le niveau des délégations présentes (ministre des Finances en personne, dirigeants du secteur privé, chambres de commerce, institutions financières), et surtout la formulation du ministre Wale Edun, disent l’ampleur de ce qui se joue. « Pour atteindre l’objectif d’une économie d’un trillion USD d’ici 2030, il est indispensable de disposer de capitaux à vocation, c’est-à-dire d’investissements qui permettent de concrétiser la stabilité financière et d’obtenir des résultats sociaux tangibles. » Cette phrase, dans la bouche du ministre coordinateur de l’Économie d’un pays qui sort laborieusement d’une phase de stabilisation macroéconomique douloureuse, n’est pas un slogan de tribune. C’est un aveu sur l’état du financement du développement nigérian: les capitaux ordinaires ne suffisent pas, il faut des capitaux qui acceptent de prendre un risque de transformation structurelle, pas seulement de rendement financier. C’est précisément le rôle que le Groupe de la BID cherche à jouer via le Cadre de partenariat pays 2026-2028, présenté comme un glissement des « interventions isolées » vers des « solutions intégrées à l’échelle fédérale. » Cette formulation du chef de la délégation BID est la plus révélatrice. Elle admet implicitement que les décennies précédentes de coopération entre le Nigeria et les institutions de développement ont souvent produit des projets épars plutôt qu’une transformation systémique. Ce que la Journée du Groupe de la BID dit sur le Nigeria de 2026, c’est qu’un pays dont le PIB nominal dépasse 400 milliards de dollars, l’une des premières économies du continent, continue de souffrir de lacunes d’infrastructures criantes, d’un chômage structurel des jeunes et d’un accès insuffisant au financement pour ses PME.

L’utilisation des soukouks (obligations islamiques) comme instrument de financement d’infrastructures dit aussi que le Nigeria diversifie activement ses sources de capitaux, en captant une épargne islamique mondiale en quête de placements conformes à la charia. Ce n’est pas un choix idéologique. C’est une stratégie de mobilisation de liquidités dans des marchés de capitaux alternatifs.

Pour l’Afrique, ce que cette journée révèle est une tendance de fond. Les institutions financières islamiques multilatérales s’imposent progressivement comme des acteurs incontournables du financement du développement continental, aux côtés des banques de développement traditionnelles.

Après Omar Sy, Kalidou Koulibaly et Eva Neymar: ce que révèle le choix de Khaby Lame comme ambassadeur de Dakar 2026

Il y a dans le choix de Khaby Lame comme ambassadeur des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 une logique qui dépasse le marketing événementiel classique. L’influenceur italo-sénégalais, révélé pendant la pandémie de COVID-19 avec un format vidéo sans paroles compréhensible dans toutes les langues, cumule des centaines de millions d’abonnés. Un capital d’attention que nul budget publicitaire ne peut acheter. Sa nomination officielle le 26 mars 2026 à Dakar, aux côtés d’Omar Sy, Kalidou Koulibaly et Eva Neymar, dit quelque chose de précis sur la stratégie de Dakar 2026: les organisateurs ne cherchent pas seulement à remplir des tribunes. Ils cherchent à faire de ces Jeux un événement culturel mondial, pas uniquement sportif, en mobilisant des figures dont l’audience transcende les frontières du sport et du continent. Ce que représente Khaby Lame dans ce dispositif est particulièrement significatif pour une raison que son propre discours résume: « Je suis fier d’être Sénégalais, fier d’être africain. » Cette double appartenance est précisément le récit que Dakar 2026 cherche à incarner. Un premier événement olympique sur le sol africain qui parle à la diaspora, aux jeunes du continent et à la jeunesse mondiale simultanément, en utilisant les codes de la culture numérique plutôt que ceux de la communication institutionnelle. Mamadou Diagna Ndiaye, président du comité d’organisation, le formule avec la conviction d’un homme qui sait l’enjeu historique de l’événement qu’il pilote: « Dakar 2026 rassemble, inspire et attire des talents qui souhaitent contribuer à faire de cet événement un succès mondial. » Le verbe « rassemble » est le plus chargé des trois. Il dit que la force de ces Jeux n’est pas dans leur budget ni dans leur infrastructure, mais dans leur capacité à créer une communauté d’adhésion autour d’une idée: l’Afrique comme terre de l’olympisme, pas comme périphérie du système sportif mondial.

L’implication prévue de Khaby Lame dans la Tournée de la Flamme à travers le Sénégal, et sa contribution contribueront à faciliter la participation de jeunes issus de Mbacké, son village natal et bien d’autres, ancre cette ambassade dans le concret et le local. Ce qui en fait autre chose qu’une opération de visibilité: c’est un acte d’appartenance.

2025 chez Eqdom: retour à la rentabilité, production en hausse de 22% et un plan stratégique qui dit l’ambition d’un acteur du crédit en train de se refonder

Il y a dans les résultats 2025 d’Eqdom une dynamique que les chiffres bruts restituent fidèlement mais que le contexte permet de mieux apprécier. Le résultat net passe de -6,9 millions de dirhams en 2024 à 95,5 millions en 2025. Un retournement spectaculaire qui s’explique d’abord par un facteur négatif exceptionnel disparu: le redressement fiscal qui avait plombé l’exercice précédent. Mais réduire ce retour à la rentabilité à un simple effet de base serait inexact. Les fondamentaux opérationnels d’Eqdom ont réellement progressé en 2025, et c’est ce qui mérite d’être regardé avec attention. La production nette à 3,43 milliards de dirhams, en hausse de 22%, est le signal le plus éloquent de cet exercice. Ce niveau de croissance de la production, dans un marché du crédit à la consommation marocain qui reste compétitif, dit qu’Eqdom a su activer plusieurs leviers commerciaux simultanément, dont le financement automobile, explicitement cité comme moteur principal. Ce qui n’est pas anodin: le marché automobile marocain a bénéficié en 2025 d’une demande soutenue portée par le renouvellement des flottes et l’essor des véhicules électriques et hybrides, et les sociétés de financement bien positionnées sur ce segment ont naturellement capté cette dynamique.

La progression de 11% des encours bruts, de 10,25 à 11,37 milliards de dirhams, dit que cette croissance de la production s’est transformée en stock durable, pas en volume de courte durée. Le PNB en hausse de 9,3% à 590 millions de dirhams, soutenu par l’amélioration de la marge nette d’intérêt et la progression des commissions, confirme que la rentabilité de l’activité s’améliore de manière structurelle.

Le coût net du risque favorable, bénéficiant de l’aboutissement d’actions de recouvrement ciblées dit par ailleurs qu’Eqdom a travaillé son portefeuille en profondeur, pas seulement sa production en surface. La proposition de dividende de 57 dirhams par action, formulée par le Conseil d’administration, est le signal de confiance adressé aux actionnaires: l’entreprise sort d’un exercice difficile, elle distribue, elle regarde vers l’avant.

Le plan stratégique 2026-2028, articulé autour des partenariats, de la transformation technologique, de l’expérience client et de la maîtrise du risque de bout en bout, dit les quatre chantiers d’un acteur du crédit qui sait que la croissance rentable ne se décrète pas, elle se construit, levier par levier.

Afreximbank-Dangote: 2,5 milliards de dollars et la preuve que l’Afrique peut financer ses propres champions industriels à grande échelle sans chercher ailleurs

Il y a dans cette transaction quelque chose qui dépasse la mécanique d’un prêt syndiqué de 4 milliards de dollars. Afreximbank souscrit 2,5 milliards, soit 62,5% du total du consortium, en faveur de Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals, le plus grand complexe de raffinage d’Afrique avec une capacité de 650 000 barils par jour. Ce n’est pas un acte de financement ordinaire. C’est une affirmation de doctrine. Le Dr George Elombi, Président d’Afreximbank, le formule sans détour: « Nous agissons ainsi avant tout parce que Dangote est une entreprise africaine. Lorsque nous investissons en nous-mêmes, nous faisons plus que créer des emplois et de la richesse ou augmenter les recettes publiques ; nous construisons un avenir sûr et résilient pour notre continent. » Cette phrase, dans la bouche du président d’une institution financière multilatérale, n’est pas rhétorique. C’est une thèse sur la souveraineté industrielle africaine.

Ce que cette transaction révèle d’abord, c’est l’ampleur de l’engagement cumulé d’Afreximbank envers le Groupe Dangote: 15 milliards de dollars depuis 2015. Un montant qui place cette relation au rang des plus significatives de l’histoire du financement industriel africain contemporain. La facilité annoncée consolide les financements existants, optimise la structure du capital de la raffinerie et s’aligne sur son plan de croissance, soit exactement ce qu’un partenaire financier stratégique fait quand il croit au projet à long terme, pas quand il gère une exposition à court terme.

Ce que la raffinerie Dangote représente pour l’Afrique mérite d’être dit clairement: un continent qui importe depuis des décennies des produits pétroliers raffinés à partir de son propre brut, en perdant au passage la valeur ajoutée du raffinage, commence à inverser cette logique absurde.

650 000 barils par jour de capacité de raffinage au Nigeria, financés majoritairement par une banque africaine, via un consortium qui a « suscité un vif intérêt » des institutions financières africaines et internationales: c’est le portrait d’un actif industriel qui a convaincu les marchés de sa viabilité. L’initiative « Naira-for-Crude », dans laquelle Afreximbank joue un rôle de conseiller financier et qui permet d’acheter du brut et de vendre des produits raffinés en monnaie locale, ajoute une dimension de souveraineté monétaire à la souveraineté industrielle.

Pour Alhaji Aliko Dangote, ce financement « positionne l’entreprise pour la prochaine phase de sa croissance. » Pour le continent, il dit que l’Afrique peut financer ses propres champions industriels, à grande échelle, sans chercher ailleurs.