Formation des enseignants en Côte d’Ivoire: Après Anyama et Aboisso, ce que le nouveau CAFOP de Boundiali révèle de la stratégie de déconcentration éducative vers le Nord

Le gouvernement de la Côte d’Ivoire vient d’annoncer l’inauguration d’un nouveau Centre d’Animation et de Formation Pédagogique (CAFOP) à Boundiali, une ville située dans le Nord du pays. Une zone qui, historiquement, a souffert d’un déficit structurel d’équipements publics, et dont l’enclavement relatif a longtemps freiné le recrutement et la rétention des enseignants qualifiés.

Construire là, à l’entrée de cette ville, un campus de 5 hectares comprenant 43 bâtiments, une bibliothèque, des salles multimédias, un réfectoire, une infirmerie et une salle polyvalente, capable d’accueillir 300 élèves-maîtres, c’est faire un choix politique et territorial explicite: investir là où le besoin est le plus grand, pas là où la vitrine est la plus visible. Le gouvernement ivoirien, en positionnant ce CAFOP comme «l’un des plus importants du pays, juste après ceux d’Anyama et d’Aboisso», deux villes situées dans le Sud du pays, bien mieux dotées et dans l’orbite d’Abidjan, dit quelque chose de précis sur la direction dans laquelle pointe la politique éducative du pays.

Un classement qui dit que Boundiali entre dans la catégorie des grands centres de formation pédagogique nationaux, non pas par symbolisme politique, mais par la réalité physique de ce qu’il offre. Ce que ce projet dit sur la stratégie ivoirienne de formation des enseignants est analytiquement important. Former 300 élèves-maîtres par an dans le Nord, c’est créer un vivier d’enseignants plus susceptibles d’y rester après leur formation que des enseignants formés à Abidjan et affectés dans le Nord contre leur gré. C’est une logique de fidélisation territoriale du corps enseignant qui, si elle est soutenue dans la durée, peut réduire significativement le taux de postes vacants et de classes sans enseignant dans les zones septentrionales. Sur les 16 CAFOP répartis sur le territoire ivoirien, le Nord, traditionnellement la zone la plus enclavée, la plus éloignée des grands centres de formation et la plus exposée aux déficits en enseignants qualifiés ne comptait jusqu’ici que trois CAFOP: Bondoukou, Korhogo et Odienné. Boundiali s’y ajoute avec un gabarit qui dépasse la moyenne. Ce n’est pas un CAFOP de rattrapage. C’est une infrastructure dimensionnée pour produire du volume, former des cohortes entières d’enseignants capables de couvrir les besoins d’une région dont les écoles primaires manquent chroniquement de personnels qualifiés. Soro Fatogoma, enseignant interrogé lors de la présentation, formule l’enjeu avec la précision du praticien: « un environnement complet et moderne pour la formation des enseignants. » Vincent-Anicet Kouassi, fonctionnaire, ajoute la dimension systémique: « un vivier important d’enseignants qualifiés et de qualité. » Ces deux formulations disent la même chose: la qualité de l’éducation de base en Côte d’Ivoire se joue d’abord dans les CAFOP, avant même d’entrer dans les salles de classe.

Pour un pays qui affiche l’ambition de devenir « un modèle africain de formation et de professionnalisation des enseignants », Boundiali est une preuve par les actes, dans une région où ces actes étaient attendus depuis longtemps.

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