Capital japonais en Afrique: ce que l’investissement de SBI Holdings dans le fonds Novastar dit de la recomposition des flux de capital-risque vers le continent

Le japonais SBI Holdings vient d’annoncer un investissement de 20 millions de dollars dans le fonds Novastar Ventures Africa People and Planet Fund III. Et à y voir de plus près, il y a dans cette annonce quelque chose qui dépasse le ticket d’un conglomérat japonais dans un fonds de capital-risque africain. La clôture finale du fonds à 147 millions de dollars, et surtout la liste des investisseurs japonais que SBI Holdings a mobilisés autour de la table (Sumitomo Mitsui Banking Corporation, Japan International Cooperation Agency (JICA), Mitsubishi Corporation et Mitsui O.S.K. Lines) dit que le Japon est en train de construire une présence structurée dans l’écosystème d’investissement africain, pas seulement une exposition financière opportuniste. Quand une banque commerciale de premier plan, une agence de coopération publique, un négociant industriel et un armateur mondial s’alignent sur un même fonds africain, c’est une coalition d’acteurs économiques japonais aux intérêts distincts qui trouvent dans l’Afrique technologique un dénominateur commun d’investissement. SBI Holdings précise que les investisseurs japonais représentent «une portion significative du capital total engagé». Ce qui, sur 147 millions de dollars, est une présence financière japonaise en Afrique via le capital-risque sans précédent à cette échelle.
Ce qui rend ce fonds analytiquement intéressant, c’est la cohérence de sa thèse d’investissement avec les transformations urbaines les plus documentées du continent. Chowdeck, plateforme d’e-commerce alimentaire à forte croissance au Nigeria. Breadfast, plus grande plateforme intégrée d’e-commerce domestique en Égypte. BasiGo, opérateur de bus électriques au Kenya et au Rwanda. Greenwheels, réseau de motos électriques au Kenya en partenariat exclusif avec Uber. Ces quatre investissements ne sont pas des paris disparates. Ils sont la carte de la ville africaine en transformation: comment se nourrit-on, comment se déplace-t-on, comment commande-t-on au quotidien dans une métropole africaine de 2026 ? Ces quatre entreprises répondent à cette même question depuis des angles différents.
Pour les startups africaines, ce fonds dit deux choses importantes. D’abord que Novastar, fondé en 2014, l’un des premiers et plus grands fonds de capital-risque africains, a su construire en dix ans la crédibilité nécessaire pour attirer du capital institutionnel japonais aux côtés de ses investisseurs traditionnels. Ensuite que la géographie du fonds couvre le Kenya, le Rwanda, le Nigeria et l’Égypte, les quatre marchés qui concentrent aujourd’hui l’essentiel de l’activité des startups africaines à forte croissance. Ce n’est pas de la diversification géographique par prudence. C’est une lecture précise des marchés où l’infrastructure numérique est suffisamment développée pour que des modèles d’e-commerce et de mobilité technologique puissent atteindre l’échelle.

Algérie: un verrou administratif en moins pour les importations de matières premières pharmaceutiques. Et ce que cela dit de l’urgence industrielle du pays

Le 1er avril 2026, l’Association Professionnelle des Banques et Établissements Financiers (ABEF) d’Algérie a publié la décision administrative n° 880 /DG/2026. Que dit-elle sur l’état réel de l’industrie pharmaceutique algérienne ? Le ministère de l’Industrie pharmaceutique vient de supprimer l’attestation de régulation pharmaceutique jusqu’ici exigée lors de l’accomplissement des formalités de domiciliation bancaire pour l’importation de matières premières pharmaceutiques. Cette suppression est notifiée aux directeurs généraux de toutes les banques et établissements financiers du pays avec instruction d’une «stricte application dès réception de la présente».
Le tempo dit l’urgence. La domiciliation bancaire est la porte d’entrée obligatoire de tout import en Algérie. C’est la procédure par laquelle une banque enregistre et autorise l’opération d’importation avant que les marchandises ne puissent être expédiées. Jusqu’au 1er avril 2026, cette procédure était conditionnée, pour les matières premières pharmaceutiques, à la production préalable d’une attestation de régulation pharmaceutique. Ce document supplémentaire représentait une étape administrative dont les délais d’obtention pouvaient ralentir considérablement les importations de principes actifs (API), d’excipients et d’autres intrants indispensables à la fabrication locale de médicaments. La supprimer, c’est retirer un verrou procédural entre les fabricants pharmaceutiques algériens et leurs fournisseurs étrangers.
Dans un contexte mondial marqué par la hausse des prix des matières premières pharmaceutiques, dont BASF vient d’annoncer une augmentation allant jusqu’à 20% sur ses excipients, et par la perturbation des chaînes logistiques liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, cette simplification administrative arrive à un moment où chaque jour de délai supplémentaire à l’importation a un coût industriel et sanitaire réel.
Pour l’Algérie, qui a investi massivement dans le développement d’une industrie pharmaceutique locale ces dix dernières années et qui ambitionne de réduire sa dépendance aux médicaments importés finis, la fluidité de l’approvisionnement en matières premières est une condition sine qua non de la viabilité de ce modèle industriel. Rappelons que la facture d’importations de médicaments de l’Algérie est passée d’environ 2 milliards USD en 2016 à 515 millions USD en 2024, avec une poursuite de la baisse en 2025. Le nombre d’établissements est passé à 233 unités agréées, dont 138 spécialisées dans les médicaments stratégiques.
Ainsi, cette décision dit que le gouvernement Algérien en a pris acte, et qu’il a choisi d’agir par voie réglementaire plutôt que d’attendre.

Cacao africain, karité sahélien, transformation malaisienne: ce que l’expansion de Cargill à Port Klang révèle sur la place de l’Afrique dans la chaîne de valeur mondiale des matières grasses alimentaires

Il y a dans l’annonce de Cargill sur l’agrandissement de son usine de Port Klang, en Malaisie, un paradoxe africain que le communiqué ne formule pas mais que la lecture de la chaîne de valeur rend immédiatement visible. Les matières premières qui alimentent cette nouvelle ligne de production de matières grasses de spécialité viennent en partie d’Afrique. Le karité de la ceinture sahélienne (Burkina Faso, Mali, Ghana, Nigeria, Bénin, Togo), le cacao de Côte d’Ivoire, du Ghana, du Cameroun et du Nigeria. Des matières premières qui traversent l’Asie du Sud-Est, y sont transformées en ingrédients techniques à haute valeur ajoutée, équivalents de beurre de cacao, substituts non hydrogénés, matières grasses pour fourrages et friture, et reviennent ensuite approvisionner la zone EMEA, dont l’Afrique, via les réseaux de distribution de Cargill. L’Afrique exporte des matières premières agricoles brutes et réimporte des ingrédients techniques transformés. Un circuit qui dit quelque chose d’essentiel sur l’état réel de l’industrialisation agroalimentaire africaine, et sur les opportunités manquées de transformation locale.
Pour les industriels africains de la confiserie, de la boulangerie et de la restauration rapide, entre autres les groupes de biscuits en Égypte, les chocolateries en Côte d’Ivoire, les chaînes de boulangerie moderne au Maroc, les opérateurs de restauration rapide en Afrique du Sud ou au Nigeria, l’expansion de Port Klang représente concrètement un accès élargi à des gammes de matières grasses techniques qu’ils importaient en volumes insuffisants ou à des prix moins compétitifs. Les nouvelles références Bakefry™ (friture stable pour beignets et viennoiseries) et Bakefill™ (crèmes et garnitures stables), combinées aux gammes existantes Coconera™, Olinera™ et Ocolna™, répondent à une demande africaine réelle: celle d’une industrie alimentaire urbaine en croissance rapide qui cherche des ingrédients performants, stables en conditions de chaleur et de livraison, avec moins de 1% de gras trans.
La formulation de Kashan Rashid, vice-président de Cargill Food Asie du Sud-Est, dit la logique commerciale sans détour: «notre gamme élargie de matières grasses spéciales constitue une solution alternative plus flexible pour optimiser les formulations tout en garantissant un goût et une texture constants». Pour les industriels africains confrontés à la volatilité record des prix du cacao, cette «flexibilité de formulation» est une proposition de valeur directement opérationnelle: réduire partiellement le beurre de cacao dans les recettes par des équivalents produits en Malaisie à partir de karité africain. La boucle est complète, et elle dit où se crée la valeur.

Formation des enseignants en Côte d’Ivoire: Après Anyama et Aboisso, ce que le nouveau CAFOP de Boundiali révèle de la stratégie de déconcentration éducative vers le Nord

Le gouvernement de la Côte d’Ivoire vient d’annoncer l’inauguration d’un nouveau Centre d’Animation et de Formation Pédagogique (CAFOP) à Boundiali, une ville située dans le Nord du pays. Une zone qui, historiquement, a souffert d’un déficit structurel d’équipements publics, et dont l’enclavement relatif a longtemps freiné le recrutement et la rétention des enseignants qualifiés.

Construire là, à l’entrée de cette ville, un campus de 5 hectares comprenant 43 bâtiments, une bibliothèque, des salles multimédias, un réfectoire, une infirmerie et une salle polyvalente, capable d’accueillir 300 élèves-maîtres, c’est faire un choix politique et territorial explicite: investir là où le besoin est le plus grand, pas là où la vitrine est la plus visible. Le gouvernement ivoirien, en positionnant ce CAFOP comme «l’un des plus importants du pays, juste après ceux d’Anyama et d’Aboisso», deux villes situées dans le Sud du pays, bien mieux dotées et dans l’orbite d’Abidjan, dit quelque chose de précis sur la direction dans laquelle pointe la politique éducative du pays.

Un classement qui dit que Boundiali entre dans la catégorie des grands centres de formation pédagogique nationaux, non pas par symbolisme politique, mais par la réalité physique de ce qu’il offre. Ce que ce projet dit sur la stratégie ivoirienne de formation des enseignants est analytiquement important. Former 300 élèves-maîtres par an dans le Nord, c’est créer un vivier d’enseignants plus susceptibles d’y rester après leur formation que des enseignants formés à Abidjan et affectés dans le Nord contre leur gré. C’est une logique de fidélisation territoriale du corps enseignant qui, si elle est soutenue dans la durée, peut réduire significativement le taux de postes vacants et de classes sans enseignant dans les zones septentrionales. Sur les 16 CAFOP répartis sur le territoire ivoirien, le Nord, traditionnellement la zone la plus enclavée, la plus éloignée des grands centres de formation et la plus exposée aux déficits en enseignants qualifiés ne comptait jusqu’ici que trois CAFOP: Bondoukou, Korhogo et Odienné. Boundiali s’y ajoute avec un gabarit qui dépasse la moyenne. Ce n’est pas un CAFOP de rattrapage. C’est une infrastructure dimensionnée pour produire du volume, former des cohortes entières d’enseignants capables de couvrir les besoins d’une région dont les écoles primaires manquent chroniquement de personnels qualifiés. Soro Fatogoma, enseignant interrogé lors de la présentation, formule l’enjeu avec la précision du praticien: « un environnement complet et moderne pour la formation des enseignants. » Vincent-Anicet Kouassi, fonctionnaire, ajoute la dimension systémique: « un vivier important d’enseignants qualifiés et de qualité. » Ces deux formulations disent la même chose: la qualité de l’éducation de base en Côte d’Ivoire se joue d’abord dans les CAFOP, avant même d’entrer dans les salles de classe.

Pour un pays qui affiche l’ambition de devenir « un modèle africain de formation et de professionnalisation des enseignants », Boundiali est une preuve par les actes, dans une région où ces actes étaient attendus depuis longtemps.

Hausse des prix BASF sur les excipients et API: ce que la décision du géant chimique allemand dit du risque systémique qui pèse sur les industries pharmaceutiques africaines

Dans un communiqué publié le jeudi 2 avril 2026, BASF Pharma Solutions annonce une hausse mondiale de prix allant jusqu’à 20% sur ses excipients pharmaceutiques et certains principes actifs (API), applicable immédiatement. « Cette mesure témoigne de l’engagement de BASF à maintenir un approvisionnement fiable en produits de haute qualité pour l’ensemble de son portefeuille, dans un contexte de hausse des coûts mondiaux de l’énergie et des matières premières », souligne le géant allemand. Derrière la formulation prudente du communiqué se lit une réalité industrielle que les fabricants de médicaments africains connaissent mieux que quiconque: quand l’un des fournisseurs mondiaux leaders du marché d’excipients ajuste ses prix, ce n’est pas une négociation. C’est une contrainte qui se répercute mécaniquement sur l’ensemble de la chaîne de valeur pharmaceutique mondiale, et particulièrement sur ses maillons les plus vulnérables. BASF fournit environ 20% du marché mondial des excipients. Ces ingrédients inactifs (liants, édulcorants, agents d’enrobage, conservateurs) sont indispensables à la formulation de tout médicament, du comprimé d’aspirine au biosimilaire oncologique. Sans eux, pas de production. Et en Afrique, où plus de 90% des API et une fraction significative des excipients sont importés d’Europe, d’Inde et de Chine, une hausse de 20% chez un fournisseur de cette envergure n’est pas absorbable sans conséquences.

Implications pour l’Afrique et le Maroc: en tant que hub pharmaceutique émergent, l’Afrique du Nord (dont le Maroc, 2e producteur africain de médicaments génériques) importe massivement d’excipients et API d’Europe. Cette hausse pourrait renchérir les coûts de production de 10-15% pour des firmes comme Sothema ou Cooper Pharma au Maroc, impactant les prix des génériques essentiels (antibiotiques, antidiabétiques).

Pour des groupes comme Sothema au Maroc, cette annonce intervient dans un contexte doublement tendu. D’un côté, le groupe vient de démontrer, avec 3,22 milliards de dirhams de chiffre d’affaires et 14 nouveaux lancements dont 7 fabriqués localement, qu’une stratégie de réduction progressive de la dépendance aux importations est possible et rentable. De l’autre, cette même stratégie repose encore, pour une part significative de sa production, sur des excipients et API importés dont le coût vient d’augmenter significativement. C’est en ces temps de guerre au Moyen-Orient, de perturbation des chaînes logistiques et de renchérissement des produits importés que l’on mesure la portée de ce que font les équipes de Lamia Tazi, et l’urgence d’aller plus vite encore.

La décision de BASF dit en réalité deux choses simultanément pour l’Afrique pharmaceutique. Elle confirme que la dépendance aux intrants importés est un risque systémique qui se matérialise précisément quand les conditions mondiales se dégradent. Et elle dit que chaque étape de substitution locale, chaque excipient produit sur le continent, chaque API synthétisé dans une usine africaine, réduit concrètement l’exposition à ce type de choc. La question n’est plus de savoir si l’Afrique doit développer sa capacité de production pharmaceutique intégrée. C’est de savoir à quelle vitesse elle peut le faire avant que la prochaine hausse n’arrive.

Tourisme marocain: ce que le partenariat renforcé Accor-Risma dit vraiment de l’accélération stratégique qui se prépare d’ici 2030

Il y a dans la visite de Sébastien Bazin, PDG d’Accor, au Conseil de surveillance de Risma quelque chose qui dépasse le protocole d’un partenariat commercial ordinaire. Quand le premier dirigeant d’un groupe hôtelier de 5 800 établissements dans 110 pays se déplace personnellement pour siéger au conseil de surveillance de son partenaire marocain, il dit par ce geste que le Maroc occupe dans sa cartographie stratégique une position qui justifie cette attention de premier rang. « Le Royaume demeure une destination stratégique pour le Groupe », déclare-t-il. Une formulation qui, dans la bouche d’un PDG de cette envergure, n’est pas de la courtoisie diplomatique. C’est une allocation de priorité. Ce que ce partenariat renforcé révèle, c’est d’abord une transformation du modèle relationnel entre les deux groupes. Après trente ans de gestion intégrée, le passage à la franchise, mentionné explicitement par Amine Echcherki, président du directoire de Risma, est un changement structurel significatif. La franchise permet à Risma d’accélérer son expansion en capital propre tout en bénéficiant de la puissance commerciale et marketing d’Accor. C’est un modèle qui donne plus d’autonomie opérationnelle à Risma et potentiellement plus de vitesse de déploiement, critique à l’approche de 2030.

Les trois projets annoncés disent chacun quelque chose de précis. Le Sofitel Tangier sur la nouvelle corniche avec vue sur le détroit dit le repositionnement de Tanger comme destination de luxe internationale, pas seulement comme ville de passage. Le programme de rénovation et repositionnement du portefeuille existant dit que la compétitivité ne se construit pas seulement par de nouvelles ouvertures mais par la montée en gamme des actifs existants. Et la création de l’Académie de formation, cofinancée par les deux groupes, est peut-être le signal le plus stratégique de tous. Elle dit que le principal goulot d’étranglement du tourisme marocain n’est pas le manque d’hôtels. C’est le manque de compétences pour les opérer au niveau d’excellence qu’exige une destination de luxe internationale.

Maud Bailly, PDG de Sofitel, résume l’ambition sans détour: « le Maroc s’impose comme une référence incontournable en matière de destinations et d’expériences de luxe. » Pour un secteur qui accueillera le Mondial 2030 et ses flux de visiteurs sans précédent, l’heure n’est plus à la promotion. Elle est à l’infrastructure humaine et physique qui rendra la promesse tenable.

Sclérose en plaques, oncologie, dialyse: comment Sothema réduit d’une année l’autre la dépendance des patients marocains aux importations

Il y a dans les résultats 2025 de la Société de Thérapeutique marocaine (SOTHEMA) une convergence de signaux qui dit quelque chose de plus significatif qu’une bonne année financière. Un chiffre d’affaires consolidé de 3,22 milliards de dirhams en hausse de 15%, un EBITDA de 763 millions en progression de 27%, une marge opérationnelle qui gagne 2,4 points pour atteindre 23,7%, un résultat net part du groupe à 386 millions (+22%). Des chiffres qui décrivent un groupe qui ne se contente pas de croître. Il s’épaissit, se consolide et améliore simultanément sa rentabilité et son périmètre. La progression de 14% à périmètre constant, c’est-à-dire hors effet des acquisitions, dit que la croissance organique est réelle et solide, indépendamment des opérations de croissance externe.
Ce qui change qualitativement en 2025, c’est la nature des actifs que Sothema ajoute à son portefeuille. L’acquisition de Soludia, leader marocain des solutions de dialyse, est un mouvement stratégique qui dit bien plus qu’une diversification de portefeuille. La dialyse est un segment à très fort enjeu de santé publique dans un pays où les maladies rénales chroniques progressent avec l’urbanisation, le diabète et l’hypertension. Entrer dans ce segment, c’est se positionner sur une demande structurellement croissante, avec des barrières à l’entrée élevées et une dépendance aux importations que Sothema peut progressivement réduire.
L’accord avec Lilly sur les droits de la marque CIALIS® est d’une nature différente. Il dit la capacité du groupe à négocier avec les grandes pharmas mondiales pour rapatrier des actifs commerciaux établis sur le marché marocain.
Mais c’est peut-être dans les lancements de produits que se lit le mieux l’ambition de Sothema. Parmi les 14 nouveaux lancements de 2025, dont 7 fabriqués localement, deux méritent une attention particulière. Le premier traitement de la sclérose en plaques à base d’acétate de glatiramère produit au Maroc (une molécule jusqu’ici absente du marché national) et un biosimilaire en oncologie ciblant les cancers du sein, bronchiques et colorectaux. Deux lancements qui ne sont pas des substitutions de génériques ordinaires. Ce sont des thérapies de pointe, produites localement, qui réduisent concrètement la dépendance des patients marocains aux importations pour des pathologies graves et coûteuses. C’est en ces temps de guerre au Moyen-Orient, de perturbation des chaînes logistiques, de déroutage des navires des grands armateurs, et de renchérissement des produits importés que l’on mesure la portée de ce que font les équipes de Sothema. La formulation de Lamia Tazi, PDG du groupe, dit l’intention sans ambiguïté: «contribuer concrètement à améliorer l’accès des patients marocains à ces thérapies».
Le pipeline pour 2026 (25 nouvelles molécules en développement et 30 lancements prévus) dit que le rythme ne va pas ralentir. Un traitement à base de cannabis médical destiné à l’épilepsie, des carpules dentaires, des compléments alimentaires: la diversification thérapeutique de Sothema couvre désormais un spectre qui va bien au-delà des génériques classiques. Pour un groupe qui fêtera son cinquantième anniversaire en 2026, ces chiffres dessinent un acteur pharmaceutique régional qui a su transformer cinq décennies de production locale en plateforme d’innovation et d’expansion continentale.

Côte d’Ivoire-Turquie: ce que la troisième session de consultations politiques révèle de la stratégie de diversification diplomatique d’Abidjan

Le ministre ivoirien délégué auprès du ministre d’État, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, chargé de l’Intégration Africaine et des Ivoiriens de l’Extérieur, Adama Dosso, a pris part, le 2 avril 2026, à la troisième session des Consultations politiques entre la Côte d’Ivoire et la République de Turquie, tenue à Ankara.
Co-présidée par le ministre ivoirien, et le vice-ministre turc des Affaires étrangères, l’ambassadeur Musa Kulaklıkaya, cette rencontre s’inscrit dans un cadre institutionnel visant à dynamiser les échanges politiques, économiques, éducatifs et sécuritaires.
Cela dit, il y a dans le communiqué officiel post-consultation une phrase qui dit plus que les autres sur la nature réelle de la relation ivoiro-turque: «une meilleure mise en œuvre des accords existants». Cette formulation, discrète dans sa construction, dit implicitement que des accords ont été signés mais n’ont pas encore été pleinement exécutés. La troisième session de consultations politiques entre Abidjan et Ankara n’est donc pas le lancement d’un partenariat. C’est une relance, un recalibrage, une tentative de transformer des intentions diplomatiques en résultats mesurables. C’est précisément ce que la session met en avant: «l’importance d’un suivi rigoureux pour que les ambitions affichées se traduisent en actions concrètes». Un langage du suivi et de la redevabilité qui est révélateur dans un contexte diplomatique où les déclarations d’intention sont chroniquement plus nombreuses que les réalisations.
La géographie de ce partenariat dit aussi quelque chose sur les ambitions respectives. La Turquie a considérablement accéléré son engagement en Afrique depuis les années 2000, ouvrant des ambassades, déployant des compagnies aériennes, exportant des drones Bayraktar et construisant des bases militaires.
La Côte d’Ivoire, premier pays d’Afrique de l’Ouest francophone par son PIB et plaque tournante économique de la sous-région, est une cible naturelle pour Ankara qui cherche à diversifier ses partenariats africains au-delà de ses positions traditionnelles en Afrique de l’Est et du Nord. Les cinq secteurs prioritaires identifiés, à savoir l’éducation, l’économie et le commerce, la santé, l’agriculture, la sécurité et la défense, couvrent l’intégralité du spectre d’un partenariat stratégique complet. La sécurité et la défense méritent une attention particulière dans un contexte sahélien où les alliances sécuritaires se recomposent rapidement depuis le retrait français du Mali, du Burkina Faso et du Niger. La Côte d’Ivoire, qui partage des frontières avec ces trois pays en crise, a un intérêt stratégique évident à diversifier ses partenaires sécuritaires. Qu’Ankara figure dans cette liste aux côtés des partenaires occidentaux traditionnels dit la sophistication croissante de la diplomatie ivoirienne.

Transport: 1,8 milliard de dirhams de chiffre d’affaires et trois activités simultanées. Comment, d’opérateur d’autocar, CTM se transforme en groupe multimodal

Un chiffre d’affaires consolidé de plus de 1,8 milliard de dirhams en progression de 40,4%. C’est le chiffre le plus spectaculaire de la communication financière du groupe CTM pour 2025. Une hausse de 40% qui n’est pas organique dans sa totalité. Elle est en partie portée par « l’intégration d’une année pleine de l’activité Transport Maritime », à travers la filiale AML acquise en 2024. L’effet périmètre est donc réel et significatif. Ce qui importe analytiquement, c’est de distinguer ce que CTM a construit de ce qu’il a acheté, et de lire les deux comme les deux jambes d’une même stratégie délibérée de transformation d’un opérateur d’autocar en groupe de transport multimodal.
L’activité interurbaine, « pilier historique du Groupe », continue de croître, portée par la digitalisation et l’élargissement du réseau de distribution. Sur le plan social, le chiffre d’affaires progresse de 2,8% à 556 millions de dirhams. Une croissance modeste mais positive, qui dit que le cœur historique tient, même si la dynamique de croissance consolidée est tirée par les nouvelles activités.
Ce qui change en 2025, c’est la structuration simultanée de trois réseaux urbains (Issal Tétouan, Issal Fès et Issal Tanger) «désormais opérationnels». Une formulation qui dit l’essentiel: CTM n’est plus seulement un opérateur qui relie les villes entre elles. Il commence à opérer à l’intérieur des villes, dans un segment de marché historiquement dominé par des opérateurs locaux peu structurés et par des délégations de service public complexes à négocier.
L’EBITDA consolidé en hausse de 12,1% à 162,4 millions de dirhams et le résultat net part du groupe à 56,2 millions (+20,6%) confirment que la transformation se fait sans sacrifier la rentabilité. Ce qui n’est pas trivial dans un cycle d’expansion qui mobilise simultanément trois segments distincts.
Pour 2026, les « relais de croissance clairement identifiés », à savoir la montée en charge des réseaux urbains, le renforcement du maritime, et la progression de l’interurbain, dessinent un groupe qui a construit sa plateforme multimodale et entre maintenant dans la phase de rendement.

Secteur hospitalier privé: comment le groupe marocain Akdital remplace année après année un service public défaillant dans les zones où l’alternative n’existe pas

Un chiffre d’affaires consolidé de 4,41 milliards de dirhams en hausse de 49% en un an, 41 établissements dans 24 villes, 4 505 lits, 566 077 patients pris en charge (+60%). Ces chiffres décrivent la montée en puissance la plus spectaculaire jamais enregistrée dans le secteur hospitalier privé marocain. Mais c’est un autre chiffre, moins immédiatement visible, qui dit l’essentiel de ce que le groupe Akdital accomplit: 62% de ses patients sont pris en charge dans des établissements situés hors de l’axe Casablanca-Rabat.
Pour l’oncologie, ce taux monte à 66%. Pour la chirurgie cardiovasculaire, 53% des interventions ont lieu en région. Ce ne sont pas des statistiques de croissance. Ce sont des indicateurs d’impact social sur un problème structurel marocain que la médecine publique n’a pas résolu: la désertification médicale des régions. Rochdi Talib, PDG d’Akdital, formule l’ambition fondatrice sans ambiguïté: «contribuer à améliorer l’accès aux soins des patients». Une phrase, répétée depuis la création du groupe, qui est désormais étayée par une réalité opérationnelle. 8 nouveaux établissements en 2025 à Guelmim, Laâyoune, Nador, Oujda et Rabat, une présence dans les 12 régions administratives du Maroc, 31 217 naissances enregistrées dans ses établissements soit 5,8% des naissances nationales contre 2,8% l’année précédente. Ce dernier chiffre est peut-être le plus révélateur. Quand un groupe privé prend en charge près de 6% des naissances d’un pays en l’espace de deux ans, il ne fait plus de la santé privée pour les classes aisées des métropoles. Il remplace partiellement un service public défaillant dans les zones où l’alternative n’existe pas.
La dimension financière confirme la solidité du modèle. Un EBITDA de 1,21 milliard de dirhams (+45%), une marge nette de 11,2%, un résultat net de 494 millions, tout en investissant 2,22 milliards de dirhams dans le développement national et 589 millions dans les projets internationaux. L’endettement net qui passe de 1,75 à 4,27 milliards de dirhams est le signe d’une expansion accélérée assumée, pas d’une fragilité financière. L’émission obligataire de 1,2 milliard pour diversifier les sources de financement dit que le groupe gère sa dette avec méthode.
Ce qui change en 2025, c’est l’ouverture internationale. Dubaï, Riyad, La Mecque, Tunis: Akdital sort du Maroc avec une logique précise. Le modèle « asset light » (cession des actifs immobiliers à des sociétés foncières partenaires) qui a fonctionné au Maroc sera répliqué à l’identique à l’étranger. L’acquisition de l’hôpital Al Mishari à Riyad, rebaptisé Akdital Hospitals Riyadh Olaya, et l’accord pour l’acquisition de Taoufik Hospitals Group en Tunisie ne sont pas des paris risqués sur des marchés inconnus. Ce sont des acquisitions d’actifs existants avec des équipes locales en place, une logique d’intégrateur plutôt que de constructeur.
Pour l’Afrique, Akdital dit quelque chose d’important sur la capacité des opérateurs privés africains à construire des champions sectoriels continentaux depuis leurs marchés domestiques.