La société nigériane Terra Industries lève 11,75 millions de dollars pour construire des systèmes de défense autonomes.

La startup nigériane Terra Industries , spécialisée dans les technologies de défense , a annoncé une levée de fonds de 11,75 millions de dollars américains pour développer des systèmes de sécurité autonomes destinés à protéger les infrastructures critiques du continent. Ce tour de table a été mené par la société de capital-risque américaine 8VC, avec la participation de Lux Capital, Valor Equity Partners, SV Angel et plusieurs investisseurs stratégiques.

Fondée en 2024 par Nathan Nwachuku et Maxwell Maduka, Terra conçoit et fabrique des drones autonomes, des tours de guet, des véhicules terrestres sans pilote et des systèmes de surveillance maritime, grâce à sa plateforme propriétaire ArtemisOS. Cette technologie permet la détection des menaces en temps réel et une réponse coordonnée dans des environnements isolés et à haut risque.

Terra affirme que ses systèmes sécurisent déjà des infrastructures d’une valeur d’environ 11 milliards de dollars américains, notamment des centrales électriques et des exploitations minières au Nigeria et au Ghana. Ce nouveau financement permettra d’étendre la production à Abuja, de développer l’ingénierie et d’accroître le déploiement de ses solutions sur les marchés africains, alors que les gouvernements et les opérateurs recherchent des alternatives locales aux systèmes de défense étrangers.

La fintech nigériane Cardtonic lève 2,1 millions de dollars en amorçage pour développer Pil, une plateforme de gestion des dépenses professionnelle

La fintech nigériane Cardtonic a levé 2,1 millions de dollars en amorçage pour développer Pil, une plateforme autonome de gestion des dépenses professionnelles. Cette levée de fonds marque l’expansion de Cardtonic, initialement axée sur les produits grand public, vers les infrastructures. Elle confirme la transformation de Cardtonic, passée d’une fintech autofinancée et centrée sur le commerce de détail à un fournisseur d’outils financiers essentiels pour les entreprises africaines.

Cardtonic, exploitée par The Tonic Technologies Ltd., cofondée par Balogun Usman et Faturoti Kayode (Kay), qui l’ont lancée en 2019 , avec Emmanuel Sohe comme actuel directeur général (PDG), est une plateforme notable pour les cartes virtuelles en dollars, les eSIM, l’échange de cartes-cadeaux, le paiement de factures et l’achat de gadgets en Afrique.

Pil est née des difficultés rencontrées par Cardtonic dans la gestion des abonnements, des paiements publicitaires et des dépenses transfrontalières, en raison de la fiabilité aléatoire des cartes et du manque de visibilité. La plateforme propose aux entreprises des fonctionnalités de contrôle multi-cartes, un suivi des transactions en temps réel et des tableaux de bord de dépenses centralisés, ainsi que des solutions de financement multidevises en naira, cedi et stablecoins.

Conçu comme un produit indépendant et non comme un module complémentaire, Pil cible les startups et les PME en quête d’un contrôle financier plus rigoureux. Grâce à son intégration prévue avec des logiciels comptables tels que QuickBooks et Xero, Cardtonic positionne Pil comme un système d’exploitation pour la gestion des dépenses des entreprises en Afrique, avant son lancement en janvier 2026.

La startup Savannah, spécialisée dans les talents technologiques africains, est rachetée par la société israélienne Commit.

Savannah , une société de développement de talents logiciels axée sur l’Afrique et autofinancée, a été rachetée par la société israélienne de services logiciels Commit dans le cadre d’une transaction en espèces estimée à plusieurs millions de dollars, selon des personnes proches du dossier.

Fondée fin 2022, Savannah s’est développée sans financement externe, recrutant plus de 100 développeurs de logiciels expérimentés dans différents pays, dont le Nigeria, le Ghana et le Kenya, et les plaçant auprès de startups internationales telles que Firefly, Aqua Security, Port et Bright Data.

Cette acquisition permet à Savannah d’accéder à la plateforme mondiale de Commit tout en conservant son équipe et ses opérations intactes, le fondateur Itai Azogui et l’ensemble du personnel rejoignant Commit.

Savannah opérera désormais au sein de la division offshore de Commit, qui emploie déjà des centaines de développeurs en Europe de l’Est.

Stratégie post-tarifs douaniers américains: les leviers de la diversification forcée des entreprises chinoises vers l’Afrique 

L’Afrique émerge comme un acteur clé dans la reconfiguration mondiale des échanges, avec une hausse spectaculaire de 25,8% des exportations chinoises en 2025, loin devant celles vers l’Asie du Sud-Est (13,4 %), vers l’Union européenne (8,4 %), et vers l’Amérique latine (7,4 %). Une performance, soulignée par Reuters, qui place le continent au cœur de la diversification commerciale forcée de la Chine, suite aux tarifs douaniers américains drastiques. Toutefois, cette dynamique masque des tensions structurelles.

Les entreprises chinoises, en quête de marchés alternatifs, ciblent désormais l’Afrique mais adoptent des stratégies à risque: volumes élevés de commandes à bas prix, cycles de paiement prolongés et exposition accrue aux défauts de paiement. Pour les commerciaux locaux, comme le révèlent les témoignages recueillis, cette réorientation se traduit par une intensification du travail, des rémunérations réduites et une pression psychologique croissante – phénomènes corroborés par la chute de 13,1% des profits industriels en Chine fin 2025.

Si l’Afrique bénéficie d’un accès élargi aux biens manufacturés, cette relation asymétrique soulève des défis. La concurrence féroce entre exportateurs chinois pousse à une guerre des prix, fragilisant la rentabilité des deux côtés. Les interactions commerciales, décrites comme plus complexes qu’avec les clients américains (marchandage accru, méconnaissance culturelle), alourdissent la charge mentale des vendeurs.

Pour l’Afrique, cette dépendance accrue à des importations low-cost chinoises pourrait freiner l’industrialisation locale, tout en exposant les économies à des pratiques commerciales précaires. La durabilité de ce modèle reste en question: comme l’analyse Chen Bo, chercheur principal à l’Institut d’études Est-asiatiques de l’Université nationale de Singapour, une croissance pérenne ne saurait reposer uniquement sur l’exportation. L’Afrique doit saisir cette opportunité pour négocier des partenariats équilibrés et accélérer son intégration manufacturière, sous peine de reproduire les déséquilibres sino-américains.

Finie la coopération fragmentée: la BAD et l’alliance de dix institutions financières arabes optent pour le co-investissement à grande échelle

Le 14 janvier 2026, une avancée majeure pour le financement du développement en Afrique a été scellée à Abidjan, au siège de la Banque africaine de développement (BAD). Le Groupe de coordination arabe, alliance de dix institutions financières arabes, et le Groupe de la BAD ont adopté une déclaration commune pour un partenariat stratégique structuré. Une initiative qui vise à transformer la coopération fragmentée en co-investissement programmatique à grande échelle, répondant au déficit criant de financement. L’objectif est clair: ancrer un cofinancement arabo-africain robuste pour mobiliser des capitaux publics et privés vers les priorités continentales que sont l’énergie, la résilience climatique, la sécurité alimentaire et l’intégration régionale. Ce partenariat renforcé, s’inscrivant dans la nouvelle architecture financière africaine, place la Côte d’Ivoire et le siège de la BAD au cœur d’une dynamique géoéconomique prometteuse entre l’Afrique et le monde arabe.

Guinée: au-delà de la première livraison de 200.000 tonnes de fer Simandou vers la Chine

La Guinée s’affirme comme un acteur minier mondial stratégique avec la première livraison de minerai de fer du gisement de Simandou vers la Chine, le 17 janvier 2026. Ce méga-projet, l’un des plus ambitieux d’Afrique, illustre la capacité du pays à mobiliser des investissements transformateurs et à structurer des partenariats internationaux complexes.

D’une ampleur inédite (120 millions de tonnes de capacité annuelle planifiée, ressources dépassant 4 milliards de tonnes à 65% de fer), Simandou dépasse la simple exploitation minière. Il intègre une chaîne logistique intégrée « mine-chemin de fer-port maritime-transport fluvial », matérialisée par le Transguinéen (650 km), construit aux standards chinois. Cette infrastructure structurante, transférée à l’opérateur national Transguinéen (dont l’État guinéen détient 15%), redéfinit la connectivité du pays et crée un héritage pérenne.

Le modèle de gouvernance associe étroitement la Guinée (via l’État et le consortium Winning Simandou – WCS) à des géants miniers (Rio Tinto, Chinalco) et industriels chinois (Baowu, CRCC, CHEC). Ce partenariat Afrique-Asie, qualifié de « cas typique de collaboration sino-étrangère », mobilise un écosystème d’entreprises chinoises (Baowu Resources, China Railway Construction, China Harbour) démontrant une approche intégrée « groupe ». La redevance étatique de 15% dans la société opérant les infrastructures et la participation via WCS (détenu à 49% par des intérêts chinois dont Baowu et Weiqiao) positionnent la Guinée comme bénéficiaire actif.

En défintive, Simandou symbolise la maîtrise de ressources stratégiques. Il renforce la sécurité d’approvisionnement de la Chine (premier importateur mondial), réduisant sa dépendance à l’Australie et au Brésil, tout en offrant à la Guinée un levier économique sans précédent. Les ports guinéens (Marabaya) et les hubs logistiques associés (Yantai, Rizhao) catalysent les échanges Afrique-Asie. Les défis résideront dans l’optimisation des retombées socio-économiques locales et la gestion environnementale, mais le projet consacre déjà la Guinée comme épicentre minier global.

Diplomatie du ‘non-alignement’ : la stratégie kényane pour négocier avec Pékin et Washington.

Le Kenya vient de s’illustrer par une manœuvre commerciale et géopolitique remarquable en concluant un accord préliminaire avec la Chine, garantissant un accès en franchise de droits pour 98,2% de ses exportations vers le vaste marché chinois. Cet « Early Harvest Arrangement », négocié discrètement, vise à corriger un déficit commercial colossal de 549,82 milliards de shillings (4,27 milliards USD) en 2024 largement en faveur de Pékin. Le gouvernement kényan y voit un levier pour libérer le « vaste potentiel économique » de ses exportateurs, notamment agricoles, bien que les produits éligibles spécifiques restent à préciser et que des initiatives passées (comme l’avocat) n’aient pas suffi à combler l’écart.

Cette initiative s’inscrit dans la stratégie plus large de la Chine d’éliminer les droits de douane pour les 53 États africains ayant des relations diplomatiques avec elle, annoncée en réponse aux droits de douane de Donald Trump. Pour être conforme à l’OMC, des accords bilatéraux comme celui avec le Kenya (pays à revenu intermédiaire) sont nécessaires. Bien qu’asymétrique initialement, l’accord deviendrait réciproque à terme, accordant aux nations africaines un délai pour renforcer leur compétitivité face à la puissance industrielle chinoise.

Le Kenya démontre ainsi une habileté diplomatique notable en jonglant avec ses grands partenaires. Alors qu’il approfondit ses liens économiques et financiers avec Pékin – son principal créancier bilatéral, avec qui il convertit même des prêts en yuan pour réduire les coûts –, il négocie simultanément un accord commercial distinct avec l’administration Trump. Le gouvernement rejette fermement toute idée de tension, affirmant que la poursuite de l’AGOA et d’un pacte avec les États-Unis est compatible avec le rapprochement chinois, défendu par le président Ruto comme essentiel pour réduire le déficit commercial. Une double approche qui positionne le Kenya en stratège avisé du commerce international africain.

Reprise partielle du transport maritime via le canal de Suez: Un impact mitigé pour les ports d’Afrique de l’Est et Australe

Le groupe maritime danois Maersk vient d’annoncer la reprise progressive de ses services via le canal de Suez et la mer Rouge à compter du 26 janvier 2026, débutant par sa ligne hebdomadaire reliant le Moyen-Orient et l’Inde à la côte Est des États-Unis, connu sous le nom de MECL. Une décision, motivée par une stabilisation sécuritaire relative et la trêve à Gaza, qui marque un premier pas vers la normalisation des échanges après deux ans de perturbations dues aux attaques houthistes.

Un réajustement qui souligne un double enjeu. D’une part, les ports d’Afrique de l’Est et Australe, comme ceux bénéficiant des détours par le Cap de Bonne-Espérance (Durban, Le Cap, Port Elizabeth, etc.) pourraient voir leur activité temporairement renforcée diminuer si le retour à Suez s’accélère, affectant potentiellement leurs revenus logistiques. D’autre part, la prudence de Maersk – avec des plans de reconversion vers Le Cap en cas de dégradation sécuritaire – maintient une incertitude stratégique pour ces corridors.

Maersk déclare que sa ligne MECL sera le premier du groupe à reprendre progressivement la route de Suez, avec un départ depuis le port de Salalah, à Oman. Ce qui illustre que la relance reste ciblée et fragile.De son côté, Hapag-Lloyd observe sans suivre pour l’instant. Le cours de l’action du groupe Maersk a chuté de plus de 7% à l’annonce de cette nouvelle, anticipant une baisse des taux de fret liée à la réduction des distances. La stabilisation du trafic dépendra de la pérennité de la trêve au Proche-Orient.

Coupe d’Afrique des nations: qu’il pleuve ou qu’il neige, l’édition 2025 consacrera pour la 4e année consécutive l’ère des sélectionneurs africains

L’élimination des derniers sélectionneurs étrangers en quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025 au Maroc garantit une victoire inédite: pour la 4e édition consécutive, un sélectionneur africain soulèvera le trophée, après Djamel Belmadi en 2019, Aliou Cissé en 2021, et Emerse Fae en 2023. Un triomphe qui marque une rupture définitive avec l’ère de la dépendance aux experts européens. Les quatre demi-finalistes – Maroc (Walid Regragui), Nigeria (Eric Chelle), Sénégal (Pape Thiaw), Égypte (Hossam Hassan) – incarnent cette domination technique 100% africaine, révélant une maturité tactique et une confiance institutionnelle sans précédent. Une légitimité conquise de haute lutte par des pionniers comme le Ghanéen Charles Gyamfi (3 titres) et l’Égyptien Hassan Shehata (triplé 2006-2010), démontrant précocement le potentiel local. Les chiffres sont éloquents: sur 35 éditions, y compris celle de 2025, les entraîneurs africains auront désormais remporté 18 titres, soit un titre de plus que les étrangers. Ainsi, la série victorieuse des sélectionneurs locaux symbolise bien plus qu’un succès sportif: elle consacre l’Afrique comme terre d’excellence footballistique autonome, fierté partagée par toutes les sous-régions représentées en demi-finale. Le continent affirme ainsi sa capacité à produire et à s’appuyer sur ses propres talents pour briller au plus haut niveau.

Somalie: les dessous de la rupture stratégique avec les Émirats arabes unis

Le gouvernement somalien vient d’annoncer, ce lundi 12 janvier 2026, l’annulation immédiate de tous ses accords avec les Émirats arabes unis (EAU), incluant les partenariats portuaires cruciaux (Berbera, Bosaso, Kismayo) et la coopération en défense et sécurité. Une décision historique, prise par le Conseil des Ministres, qui repose sur des «éléments probants d’actions émiraties hostiles portant atteinte à la souveraineté, l’unité territoriale et l’indépendance politique de la Somalie», fait valoir le Conseil des Ministres somalien. La décision intervient après l’accusation selon laquelle les EAU auraient utilisé le territoire somalien pour exfiltrer un leader séparatiste yéménite, violation grave si avérée. Les investissements émiratis, notamment le projet phare de DP World à Berbera (442 millions de dollars) dans le Somaliland autoproclamé, sont directement impactés. Une rupture qui marque une réaffirmation forte de l’autorité centrale de Mogadiscio face à l’influence régionale d’Abou Dhabi, qui cultive des liens étroits avec le Somaliland et a facilité sa reconnaissance par Israël. La Somalie conditionne désormais toute coopération future au respect de son unité nationale.