265 000 candidatures, 7 Nord-africains retenus: ce que le filtre TEF dit de l’entrepreneuriat au Maghreb

Sept. C’est le nombre d’entrepreneurs nord-africains qui ont survécu à l’un des filtres les plus compétitifs du continent africain. Plus en détail, ils sont trois tunisiens, deux marocains, deux égyptiens.

Au total 265 000 candidatures, 54 pays, une sélection conduite par Ernst & Young, et au bout du processus, 3 200 élus. Soit un taux d’admission inférieur à 1,3%. Dans ce contexte de rareté, le chiffre sept n’est pas un succès à célébrer sans nuance. C’est un révélateur à interroger. L’Afrique du Nord, avec ses millions de diplômés en quête d’insertion, ses économies sous pression démographique et ses écosystèmes entrepreneuriaux en construction, ne représente que 0,2% de la promotion 2026 du Programme d’entrepreneuriat de la Fondation Tony Elumelu. Un déséquilibre de représentation qui ne dit pas que le talent manque au Maghreb. Il dit autre chose de plus structurel: la culture du dossier de candidature entrepreneuriale panafricain, la maîtrise des codes de présentation d’un projet en compétition continentale, l’exposition aux réseaux qui orientent et préparent les candidats autant d’éléments qui restent inégalement distribué entre une Afrique subsaharienne francophone et anglophone rompue à cet exercice, et une Afrique du Nord qui regarde encore trop souvent vers la Méditerranée nord plutôt que vers le sud du Sahara. Les sept sélectionnés, actifs dans la technologie, l’éducation, les services professionnels et l’agroalimentaire, portent néanmoins une symbolique forte. Ils incarnent une génération de fondateurs d’Afrique du Nord qui commencent à s’inscrire dans le récit entrepreneurial continental, à considérer Lagos et Abuja comme des références aussi pertinentes que Paris ou Barcelone.

L’autre fait marquant de cette promotion 2026 qui mérite d’être souligné avec la même acuité est le fait que 51% des 3 200 sélectionnés sont des femmes, sans quota, par le seul mérite. Dans un continent où l’entrepreneuriat féminin se heurte à des obstacles systémiques, entre autres l’accès au financement, les normes sociales, la charge domestique, ce chiffre majoritaire constitue une rupture de récit. Tony Elumelu l’a formulé avec la précision d’un investisseur qui a appris à lire les signaux faibles: l’espoir, dit-il, n’est pas un sentiment mais un système. Ce que la TEF construit depuis douze ans, c’est précisément cela. Un système de démocratisation de l’opportunité, qui reste encore à amplifier là où le Maghreb entrepreneurial n’a pas encore trouvé toute sa place dans le concert africain.

La cérémonie d’annonce a été diffusée en direct en Anglais (https://apo-opa.co/3PWLiML), Francais (https://apo-opa.co/3PWLiML), Portugais (https://apo-opa.co/4t4Y7Da) and Arabe (https://apo-opa.co/4bYHlQl).

Cyber-risque: la RDC et 7 autres pays africains classés parmi les 20 plus exposés de la planète

Il y a quelque chose de révélateur dans le fait qu’une entreprise suisse de cybersécurité choisisse la République démocratique du Congo comme tête de pont de son déploiement africain. Pas Lagos, pas Nairobi, pas Casablanca, mais Kinshasa. Ce choix n’est pas anodin. Il dit quelque chose de cru sur l’état de la menace numérique en Afrique centrale et sur l’urgence perçue par des acteurs extérieurs qui, eux, lisent les données d’exposition au risque sans filtre diplomatique. C’est dans ce contexte que Sekur Private Data, plateforme suisse cotée sur trois places boursières, vient de signer avec Mokilink Services un accord de distribution ciblant la RDC et, par extension, plusieurs pays africains. Le signal d’alarme est posé sans ambages: 8 des 20 pays les plus exposés au cyberpiratage mondial se trouvent en Afrique, et les attaques par compromission de messagerie professionnelle ont connu une progression exponentielle en l’espace de six mois seulement. Ce que cela signifie concrètement, c’est que des dirigeants d’entreprises, des fonctionnaires gouvernementaux et des particuliers aisés opèrent quotidiennement dans des environnements numériques non sécurisés, exposant des données sensibles, des transactions financières et des communications stratégiques à des acteurs malveillants dont la sophistication croît plus vite que les capacités de réponse locales. La RDC, avec son économie en reconstruction, ses ressources naturelles convoitées et ses institutions en cours de consolidation, constitue une cible de choix et une opportunité commerciale en miroir pour quiconque vend de la protection numérique. Ce que l’accord Sekur-Mokilink révèle, c’est moins une percée technologique qu’un aveu collectif. L’Afrique centrale entre dans l’ère de la guerre numérique sans en avoir encore mesuré toutes les implications. Mokilink, plateforme communautaire orientée PME et marchés publics, constitue un canal de distribution pertinent précisément parce que le risque cyber ne frappe plus seulement les multinationales, il s’insinue dans les chaînes d’approvisionnement locales, les appels d’offres publics, les échanges entre prestataires et donneurs d’ordres.

Diasporas ouest-africaines: comment la note 001-03-2026 de la BCEAO révolutionne votre accès bancaire avec pas moins de 13 avantages concrets

La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a récemment publié, le 13 mars 2026, la note 001-03-2026 décisive à plus d’un titre. Le document facilite l’ouverture de comptes en francs CFA (XOF) pour les ressortissants des huit États membres de l’UEMOA résidant à l’étranger (Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo). Sur le plan juridique, la mesure, prise en application du Règlement N°06/2024/CM/UEMOA, établit un principe fondamental: les ressortissants UEMOA non-résidents bénéficient désormais du même traitement que les résidents pour l’ouverture et le fonctionnement courant des comptes (dépôts, retraits, paiements domestiques) dans toute banque de l’Union. Une égalité de traitement qui est conditionnée à deux preuves cumulatives: la justification de la nationalité d’un État membre (via passeport ou carte d’identité valide) et la démonstration d’un lien tangible avec l’UEMOA. Ce lien peut être une résidence antérieure (certificat de résidence ou attestation de domicile) ou un lien familial direct (livret de famille, acte d’état civil prouvant une filiation ou un mariage avec un résident). Une disposition qui reconnaît ainsi l’attachement persistant des diasporas à leur espace d’origine.

Sur le plan bancaire et opérationnel, cette ouverture est une transformation significative. Toutes les banques commerciales de l’espace UEMOA doivent adapter leurs procédures de Connaissance Client (KYC) et de Lutte contre le Blanchiment de Capitaux et le Financement du Terrorisme (LBC-FT) pour accueillir cette clientèle spécifique, tout en restant strictement conformes au cadre réglementaire de l’Union. Les autorités nationales (ministères des Finances, commissions bancaires, cellules de renseignement financier) jouent un rôle clé dans la supervision de cette mise en œuvre pour les flux de leur propre diaspora.

L’impact économique et financier potentiel est profond. Des millions de ressortissants de ces huit pays installés en Europe, en Amérique du Nord, au Maghreb ou dans le Golfe peuvent désormais détenir des comptes en CFA dans leur pays d’origine ou dans n’importe quel autre État membre de l’UEMOA. De quoi faciliter grandement la bancarisation des diasporas, offrir une alternative pour canaliser une partie des transferts de fonds directement en monnaie locale (XOF), et à terme accroître la profondeur financière des systèmes bancaires nationaux en mobilisant une épargne externe substantielle.

Enfin, cette mesure consolide de manière remarquable l’intégration monétaire et financière régionale. Elle matérialise le concept de marché unique financier UEMOA en permettant, par exemple, à un Malien résidant à Paris d’ouvrir un compte au Sénégal ou en Côte d’Ivoire dans les mêmes conditions qu’au Mali. Ce qui favorise l’émergence d’un statut véritablement fongible de «ressortissant UEMOA» et ouvre la voie à une intermédiation régionale de l’épargne de la diaspora: un épargnant togolais de l’étranger pourrait ainsi financer plus facilement des obligations du Trésor ivoirien ou des projets privés béninois via un compte CFA domicilié dans une autre place bancaire de l’Union. Les opérations en capital (prêts, placements) restent cependant soumises aux règles applicables aux non-résidents, préservant ainsi l’intégrité du système financier régional. Autant dire que l’initiative positionne l’UEMOA comme un espace innovant dans la gestion des relations financières avec ses diasporas. De l’égalité de traitement avec les résidents, à la liberté de choix de l’État membre, en passant par la suppression des obstacles juridiques, la simplicité des justificatifs, une alternative pour les transferts de fonds, ou encore la mobilisation de l’épargne externe, nous ne dénombrons pas moins de 13 avantages concrets pour les diasporas des pays membres de l’UEMOA.

Crises au Sahel, au Soudan, à Madagascar…: du nouveau dans l’approche de la BAD et comment elle transforme le secteur privé en rempart face aux crises humanitaires

La participation de la vice-présidente principale de la Banque africaine de développement (BAD), Marie-Laure Akin-Olugbade, au Forum de coopération internationale de Genève, qui s’est tenu du 26 au 27 février 2026, révèle une stratégie africaine pour intégrer le secteur privé dans les réponses aux crises humanitaires. Face à la baisse des ressources globales, la BAD prône une complémentarité responsable avec les acteurs humanitaires, refusant toute substitution. Son approche cible la relance économique locale comme antidote aux crises, soulignant que 80% des Africains dépendent du secteur privé pour leur subsistance. Trois cas africains illustrent cette ingénierie financière adaptée aux défis spécifiques.

Premièrement, Madagascar se distingue par la Facilité d’appui à la transition, permettant à plus de 300 TPME d’accéder à des financements bancaires précédemment inaccessibles. Une initiative qui démontre l’efficacité des instruments de la BAD pour soutenir les structures productives locales en période de vulnérabilité, catalysant la résilience économique par l’inclusion financière.

Deuxième cas: le Soudan. Le pays s’illustre à travers un partenariat stratégique avec le Groupe DAL, stabilisant les chaînes de valeur agricoles malgré un conflit persistant. Un modèle qui prouve que l’engagement du secteur privé, structuré et ancré dans les réalités territoriales, peut maintenir des activités essentielles et prévenir l’effondrement des marchés, même en zones instables.

Troisième cas: le Sahel. La région incarne la synergie opérationnelle entre acteurs humanitaires et de développement. La collaboration BAD-CICR combine l’expertise terrain du Comité international de la Croix-Rouge avec les instruments financiers de la Banque, visant à restaurer les services essentiels et réduire les risques de rechute. Une coordination ciblée présentée comme clé pour des solutions durables.

Des exemples qui soulignent une transformation majeure: le secteur privé africain n’est plus un simple bailleur, mais un partenaire à part entière pour l’innovation et la stabilisation. La BAD insiste sur une condition sine qua non: ces collaborations doivent être rigoureusement encadrées pour éviter d’alimenter les conflits. Madagascar, le Soudan et le Sahel incarnent ainsi un nouveau paradigme où le redressement économique local, soutenu par des PPP adaptés aux contextes fragiles, devient le pilier central de la résilience africaine face aux crises.

Financement de lettres de crédit, de garanties, de fonds de roulement: les dessous de l’alliance entre United Bank for Africa et British International Investment pour combler un déficit de 80 milliards USD dans le commerce intra-africain

L’Afrique démontre une dynamique remarquable dans l’accélération de son intégration économique via la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), catalyseur prioritaire identifié par United Bank for Africa (UBA) et British International Investment (BII), institution de financement du développement et l’investisseur d’impact du Royaume-Uni. Leur lettre d’intention signée le 19 mars 2026 vise à combler le déficit annuel de 80 milliards USD en financement du commerce, obstacle structurel limitant la compétitivité des PME africaines. UBA UK, filiale londonienne du groupe présent dans 20 pays africains, s’appuiera sur son réseau panafricain pour structurer des opérations de financement (lettres de crédit, garanties, fonds de roulement). BII, institution britannique d’impact dédiée à une croissance inclusive, apportera son soutien à des transactions non éligibles aux financements conventionnels, ciblant spécifiquement les marchés frontières.

Une collaboration qui renforce le rôle de la City de Londres comme plaque tournante des capitaux axés sur l’Afrique et matérialise l’engagement économique du Royaume-Uni envers le continent, évoqué lors du Sommet UK-Afrique. Elle illustre aussi la montée en puissance des institutions financières panafricaines: UBA, qualifiée de « banque mondiale de l’Afrique », y déploie 25 000 employés et sert 45 millions de clients, positionnant Londres comme hub opérationnel. L’initiative s’aligne sur les objectifs de développement de BII, dont 30% des nouveaux engagements (2022-2026) sont dédiés au financement climatique et membre fondateur du 2X Challenge (33,6 mds USD mobilisés pour l’autonomisation économique des femmes).

Sous réserve de due diligence, cet accord pourrait significativement booster l’inclusion financière des PME et l’opérationnalisation de la ZLECAf, transformant un défi historique en levier de transformation économique intra-africaine.

Maintenance maritime, pétrolière, gazière et de défense: comment le nigérian RusselSmith sécurise les chaînes d’approvisionnement en exportant son savoir-faire en impression 3D au Ghana

Voici un projet pionnier de coopération industrielle Sud-Sud émergent en Afrique de l’Ouest à suivre de près. RusselSmith, leader nigérian de la fabrication additive, négocie avec l’Autorité maritime du Ghana (GMA) pour déployer ses solutions 3D dans le secteur maritime ghanéen. Facilité par le Commonwealth Enterprise and Investment Council (CWEIC), ce partenariat incarne une dynamique régionale cruciale: la transformation du Nigeria en hub continental d’innovation industrielle et la réponse collective aux vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement.

L’enjeu est de taille. Alors que le marché mondial de la fabrication 3D pesait 32 milliards de dollars en 2024, l’Afrique n’en captait que 2%. Face à ce déficit, RusselSmith déploie une stratégie régionale ambitieuse, matérialisée par l’inauguration prochaine de l’Omnifactory à Lagos – première usine nigériane multi-technologies d’impression 3D industrielle – et le projet Mega Omnifactory. Des infrastructures qui visent à ancrer localement la production de composants critiques pour les secteurs maritime, pétrolier, gazier et de défense, réduisant ainsi la dépendance coûteuse aux importations.

L’application maritime est immédiate et transformative. RusselSmith maîtrise la fabrication additive de navires jusqu’à 12 mètres, offrant une alternative durable et rapide aux embarcations traditionnelles qui pénalisent les opérateurs ouest-africains par des délais prolongés et une maintenance lourde. Une technologie qui épouse parfaitement la vision ghanéenne de « Nation bleue » priorisant sécurité maritime et durabilité environnementale, comme le souligne le DG de la GMA, le Dr Kamal-Deen Ali. Elle permet de moderniser les infrastructures de transport tout en préservant les ressources forestières.

Pour Kayode Adeleke, cofondateur de RusselSmith, ce modèle dépasse la technologie: il s’agit de bâtir une infrastructure exportable de savoir-faire, de développer des compétences locales stratégiques, de créer des emplois à haute valeur ajoutée et de retenir la richesse économique sur le continent. L’intérêt du Ghana valide cette approche et ouvre la voie à un schéma reproductible de coopération industrielle intra-africaine.

Un dialogue Nigeria-Ghana, transcendant les frontières, qui illustre la capacité croissante de l’Afrique de l’Ouest à piloter sa souveraineté technologique. En conjuguant expertise locale certifiée ISO, partenariats globaux et vision circulaire (réduction des déchets, optimisation des ressources), il pose les bases d’une résilience opérationnelle régionale face aux ruptures d’approvisionnement. Un modèle à observer, où l’innovation industrielle devient levier d’intégration économique et de transformation bleue durable.

Objectif 90 litres/habitant/an voir plus: comment Maroc Lait met les petits plats dans les grands pour tirer vers le haut la consommation du lait local

Le Maroc illustre une dynamique agricole remarquable en Afrique avec la relance stratégique de sa filière laitière, frappée par sept années de sécheresse mais résolument engagée dans une transformation structurelle. À l’occasion du Ramadan 2026, Maroc Lait, fédération interprofessionnelle soutenue par le ministère de l’Agriculture, lance une campagne nationale majeure pour promouvoir les bienfaits nutritionnels du lait et contrer les idées reçues. Placée sous le concept «Le lait marocain dans chaque foyer, pour la santé des petits et des grands», cette initiative s’appuie sur un dispositif média 360° (télévision, radio, digital) pour réaffirmer le rôle essentiel du lait dans l’alimentation quotidienne, notamment comme source naturelle de calcium, protéines et vitamines.

Une campagne qui s’inscrit dans un contexte de reprise encouragée par un retour des pluies après des années de stress hydrique, permettant une amélioration des pâturages et une baisse des coûts d’alimentation du bétail. Le secteur, qui avait perdu 30% de son cheptel laitier (soit 500 000 têtes), bénéficie désormais de programmes de recapitalisation incluant des subventions aux éleveurs et l’importation de 22 818 vaches laitières jusqu’en juin 2025. Les premiers résultats sont tangibles: la production laitière a progressé de 10% en 2024.

En parallèle, Maroc Lait pilote deux projets structurants en partenariat avec l’État. Premier projet: la digitalisation de la filière. Pour ce faire, une convention mobilisant un budget d’environ 18 millions de dirhams, environ 1,66 million d’euros, sur la période 2026-2028 a été signé pour déployer le système SIMALAIT. Objectif: centraliser les données du cheptel (performances, génétique, traçabilité) et moderniser la gouvernance sectorielle. Deuxième projet: la relance de la consommation. Un budget équivalent pour une campagne institutionnelle cible la stagnation de la consommation de lait liquide (74 litres/habitant/an contre 96 recommandés par l’OMS), via des messages valorisant le lait local et son ancrage culturel.

Avec 260 000 producteurs (dont 90% de petits éleveurs), 2 700 centres de collecte et un chiffre d’affaires annuel de 13 milliards de dirhams, la filière constitue un pilier économique et social. Les objectifs du contrat-programme « Génération Green 2020-2030 » sont clairs: atteindre 3,5 milliards de litres de production et 90 litres de consommation par habitant d’ici 2030. La reprise pluviométrique et ces réformes coordonnées positionnent le Maroc comme un modèle africain de résilience agroalimentaire, combinant innovation digitale, recapitalisation durable et reconquête du consommateur.

ZLECAf et sécurité commerciale: les chantiers qui attendent le zimbabwéen Lesley Ndlovu à la tête de l’assureur panafricain AfrexInsure

Du nouveau dans l’écosystème d’Afreximbank et de la sécurisation des échanges commerciaux sur le continent avec la nomination du zimbabwéen Lesley Ndlovu au poste de Président-directeur général d’AfrexInsure, filiale d’assurance spécialisée du groupe Afreximbank, effective janvier 2026. Cette décision, annoncée le 16 mars 2026 au Caire, intervient à un moment critique pour la transformation économique africaine, marquée par la montée en puissance de la ZLECAf et la nécessité impérieuse d’atténuer les risques entravant le commerce et les investissements stratégiques.

Ndlovu, expert zimbabwéen doté d’une expertise internationale éprouvée auprès de géants comme AXA Specialty et African Risk Capacity (ARC), incarne le virage opéré par AfrexInsure. Sa mission: piloter la transition de la société d’une phase de démarrage vers une croissance dynamique, en développant des solutions d’assurance spécialisées, robustes et ancrées localement. Ce leadership technique et opérationnel est crucial pour adresser les déficits persistants du marché: capacité limitée de gestion des risques, coûts d’assurance prohibitifs et dépendance excessive vis-à-vis des marchés de réassurance offshore, autant de freins majeurs au commerce intra-africain et à l’industrialisation.

Sa nomination consolide le rôle stratégique d’AfrexInsure comme pilier indispensable de l’écosystème du groupe Afreximbank. Elle démontre la volonté de l’institution financière panafricaine de doter le continent d’outils sophistiqués et bien capitalisés pour gérer ses propres risques commerciaux et d’investissement. Le Dr George Elombi, Président d’Afreximbank, souligne l’objectif central: développer les capacités locales pour «gérer les risques associés au commerce en vue de conserver les primes sur le continent».

Dans un contexte d’incertitude globale et d’accélération de la ZLECAf, la capacité d’AfrexInsure à concevoir des produits adaptés aux risques spécialisés du commerce africain devient un levier indispensable pour sécuriser les investissements dans les chaînes de valeur et attirer les capitaux vers les secteurs clés du développement socio-économique. Une initiative institutionnelle qui positionne l’Afrique comme acteur déterminant dans la sécurisation de son propre destin économique.

Joint-venture dans l’industrie de la défense: comment le nigérian Nigus International Investment Limited et l’émirien Elmirate Capital veulent contribuer à la souveraineté techno-défense du Nigéria

Le Nigeria franchit une étape majeure dans son autonomie stratégique avec la signature d’un protocole d’accord entre Nigus International Investment Limited, entreprise nigériane spécialisée dans la défense et l’aérospatial, et Elmirate Capital, société d’investissement basée aux Émirats arabes unis.

Doté d’un engagement financier prévisionnel de 200 millions de dollars, ce partenariat vise à établir une plateforme industrielle intégrée de défense et de hautes technologies via la nouvelle entité Nigus Tactical Systems Ltd.

L’initiative, structurée sous l’égide de la Defense Industries Corporation of Nigeria (DICON) et alignée sur la loi DICON 2023, cible trois piliers: la fabrication avancée locale (munitions, véhicules blindés, drones tactiques ISR), la cyberdéfense (cyber-polygones, résilience numérique) et les capacités spatiales (satellites d’observation terrestre, communications sécurisées). Une triple approche qui répond à l’ambition nigériane de réduire sa dépendance aux importations d’équipements sécuritaires tout en consolidant un écosystème industriel à haute valeur ajoutée.

L’impact stratégique d’une telle initiative dépasse les frontières nationales du Nigeria. En combinant transferts technologiques Sud-Sud/Nord-Sud et intégration régionale, le projet positionne le Nigeria comme futur hub africain pour les infrastructures critiques de sécurité, à l’instar du Maroc, le Rwanda, le Kenya et le Ghana. La synergie entre partenaires internationaux et leadership local vise explicitement à servir les priorités nationales et les besoins sécuritaires de la région ouest-africaine, marquant ainsi une avancée remarquable dans les politiques industrielles de souveraineté continentale.

Nigeria, Angola, Gabon, Congo, Libye, Algérie: les bénéficiaires inattendus des perturbations pétrolières au Moyen-Orient selon TotalEnergies

TotalEnergies vient de publier un communiqué portant sur l’impact du conflit au Moyen-Orient sur ses activités. Alors que la « supermajor » pétrolière mondiale confirme l’arrêt ou la réduction de sa production offshore au Qatar, en Irak et aux Émirats arabes unis (15% de sa production totale, 10% de sa trésorerie upstream), l’Afrique émerge comme une zone de résilience et de potentiel gain indirect. Aucun pays africain n’est directement touché par ces arrêts de production, soulignant la stabilité opérationnelle actuelle du continent dans le portefeuille du géant énergétique. Plus significativement, les pays producteurs africains où TotalEnergies est actif (Nigeria, Angola, Gabon, Congo, Libye, Algérie) sont positionnés pour bénéficier de la dynamique des prix déclenchée par le conflit.

Le communiqué de TotalEnergies publié le samedi 14 mars 2026 établit qu’une simple hausse de 8$/b du Brent suffit à compenser la perte de trésorerie liée aux actifs moyen-orientaux affectés. Une augmentation des cours, anticipée dans le contexte de tension, qui devrait donc renforcer les revenus d’exportation et potentiellement stimuler les investissements upstream en Afrique, sans perturbation physique rapportée sur les champs locaux. De plus, l’impact très limité des arrêts de GNL qatariens (seulement 2 Mt concernées, la majorité étant commercialisée par QatarEnergy) écarte tout risque notable pour les importateurs africains. TotalEnergies ne signale aucun risque matériel lié à l’Afrique dans sa surveillance du conflit, consolidant ainsi la position du continent comme un pôle stable et potentiellement gagnant dans l’équation énergétique mondiale perturbée. La croissance « accrétive » prévue en 2026, attendue majoritairement hors Moyen-Orient, pourrait ainsi inclure et bénéficier aux actifs africains de la compagnie.