Report de la CAN Féminine 2026: Et si l’Afrique ratait son premier grand test à 16 nations ?

La décision de la Confédération Africaine de Football (CAF) de reporter la Coupe d’Afrique des Nations Féminine (WAFCON) 2026, initialement prévue en mars-avril à juillet-août 2026, révèle des défis significatifs tout en soulignant des opportunités cruciales pour le sport continental. Le Maroc, pays hôte, est directement au cœur de cette décision, invoquant des « circonstances imprévues » non précisées par la CAF. Une opacité qui soulève des questions immédiates sur la gouvernance proactive et la communication transparente des instances sportives africaines face aux crises.

Le report, bien que perturbant pour les sélections qualifiées, offre cependant un délai précieux pour optimiser l’organisation du premier tournoi à 16 équipes, une expansion majeure symbolisant la volonté affichée de développer le football féminin. Un format élargi qui amplifie l’impact de la compétition, offrant une vitrine inédite à davantage de nations et renforçant sa légitimité comme tremplin essentiel vers la Coupe du Monde 2027. L’Afrique confirme ainsi l’importance stratégique de cette CAN Féminine via son rôle de qualification directe (4 places) et de repêchage intercontinental (2 places).

Si la collaboration affichée entre CAF, FIFA et partenaires commerciaux (TotalEnergies) est un signe positif de coopération internationale indispensable, le succès final dépendra de la capacité du Maroc et de la CAF à transformer ce délai en une préparation irréprochable et à lever rapidement le voile sur les raisons du report pour préserver la confiance des acteurs et du public africain.

Plan de rapatriement des djihadistes détenus en Irak. Du nouveau dans la démarche sécuritaire du Maroc

Le Maroc, confronté à l’héritage de la lutte contre l’État islamique (EI), élabore, selon Reuters, un plan sans précédent pour rapatrier ses ressortissants détenus en Irak, incluant combattants, femmes et enfants liés à l’EI. Une initiative qui fait suite au transfert par les États-Unis de 5 700 détenus adultes vers l’Irak après l’effondrement des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) en janvier 2026.

Les chiffres officiels révèlent l’ampleur du défi: sur 1 667 combattants marocains recensés en Syrie/Irak, 244 étaient détenus par les FDS, tandis que 269 femmes et 627 mineurs restent dans la zone de conflit. Depuis 2019, le Maroc a déjà jugé et condamné à de lourdes peines (13 à 18 ans) huit rapatriés, s’appuyant sur un arsenal juridique punissant de 10 ans d’emprisonnement l’engagement dans des groupes djihadistes étrangers.

Une démarche proactive, réclamée par l’Irak, qui distingue le royaume comme un acteur africain assumant ses responsabilités sécuritaires face à une menace transnationale. Elle témoigne d’une approche intégrée combinant répression pénale (via le Bureau Central d’Investigations Judiciaires, BCIJ, ayant démantelé des centaines de cellules depuis 2015) et gestion humanitaire complexe (femmes et enfants dans les camps). Le Maroc démontre ainsi sa capacité à piloter une réponse souveraine à un défi géopolitique majeur, renforçant son statut de pôle de stabilité en Afrique du Nord.

Crise au Moyen-Orient: grâce exceptionnelle jusqu’au 31 mars 2026. Comment la décision des Émirats Arabes Unis protège des milliers de résidents de la diaspora africaine

Face à la fermeture sans précédent de l’espace aérien moyen-oriental après les frappes iraniennes, les Émirats Arabes Unis viennent d’octroyer une période de grâce exceptionnelle jusqu’au 31 mars 2026. Une mesure humanitaire qui permet aux résidents bloqués à l’étranger avec un visa expiré depuis le 28 février de rentrer sans amendes ni perte de statut. Tous les pays africains ayant des ressortissants résidents légaux aux EAU sont concernés en droit, mais l’impact est massivement différencié selon la taille des diasporas et la dépendance aux liaisons aériennes via Dubaï/Abou Dhabi. L’Égypte, avec près de 400 000 résidents, la plus importante communauté africaine et bénéficiaire clé des transferts de fonds, est le pays le plus immédiatement et fortement touché. Le Soudan, l’Éthiopie et l’Érythrée, pourvoyeurs majeurs de main-d’œuvre transitant par Dubaï, sont aussi en première ligne. Le Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie), dont les liaisons aériennes directes furent suspendues, et l’Afrique subsaharienne anglophone (Nigeria, Kenya, Afrique du Sud, Ghana…), très dépendante du hub de Dubaï pour ses connexions mondiales, sont également fortement concernés. Concrètement, cette mesure sauvegarde le statut migratoire légal des ressortissants, préserve les flux critiques de transferts de fonds, levier économique vital pour plusieurs pays africains, désengorge les services consulaires africains et sécurise le retour via les hubs aériens du continent (Casablanca, Lagos, Nairobi, Le Caire…). Elle consolide aussi la perception des EAU comme partenaire responsable auprès des gouvernements africains tributaires de l’emploi de leurs citoyens dans le Golfe et renforce la confiance des diasporas dans leur pays d’accueil.

Paiements, PME et matières premières: la recette du Nigeria pour atteindre 50 milliards de dollars de « deals » lors de la cinquième Foire commerciale intra-africaine 2027 (IATF2027)

Le 10 mars 2026, le Nigeria a signé l’accord d’accueil de la cinquième Foire commerciale intra-africaine 2027 (IATF2027). L’évenement est prévu pour se tenir à Lagos du 5 au 11 novembre 2027. Un choix stratégique qui consacre la ville-phare du Plan d’action de Lagos (1980) pour l’autosuffisance industrielle, symbolisant une continuité historique vers l’intégration panafricaine. L’événement, co-organisé par Afreximbank, l’UA et le Secrétariat ZLECAf, vise la signature de 50 milliards de dollars américains d’accords commerciaux – seuil symbolique après l’édition de 2025 qui s’est tenue en Algérie (49,94 milliards de dollars américains d’accords commerciaux).

L’ambition thématique « Global Africa Repositioned – From Market Access to Market » transcende la logique d’accès pour matérialiser un marché continental opérationnel. Le programme intégré (ZLECAf Investment Forum, CANEX, AU Youth Start-up) fusionne politique industrielle, facilitation commerciale et diasporas, ciblant de manière explicite les chaînes de valeur régionales. Le poids du Nigéria – 1er PIB africain, hub minéralier (lithium, or), agricole et gazier – en fait un laboratoire naturel pour densifier les flux intra-africains, aujourd’hui limités à 17% du commerce total.

Les interventions des parties prenantes lors de la signature de l’accord d’accueil de la cinquième Foire commerciale intra-africaine 2027 a cristallisé les priorités opérationnelles de l’intégration continentale. L’ancien président Obasanjo a réactualisé la doctrine du Plan d’action de Lagos (1980) en faisant de l’industrialisation le socle de la souveraineté économique africaine, positionnant ainsi l’IATF2027 comme un instrument de matérialisation de cette vision historique. La ministre Oduwole, quant à elle, inscrit la ZLECAf dans une stratégie de résilience face aux fractures du commerce mondial, soulignant que l’événement doit transcender sa dimension marchande pour devenir un laboratoire de reconception des chaînes de valeur régionales. Une approche renforcée par le président d’Afreximbank, George Elombi, qui capitalise sur l’écosystème entrepreneurial nigérian – dynamisé par 40 millions de PME – pour générer des emplois et densifier les liens productifs intra-africains. L’Union africaine, par la voix de sa commissaire Francisca Tatchoup Belobe, a exigé un alignement structurel entre politiques minières, industrielles et de facilitation commerciale, condition sine qua non pour libérer le potentiel des ressources stratégiques du continent (lithium, or, pétrole).

Techniquement, Afreximbank opérationnalise ce cadre via son Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) – colonne vertébrale financière de la ZLECAf – et son Fonds d’ajustement de 10 milliards USD, conçu pour absorber les chocs d’intégration des États membres. L’IATF2027 agit ainsi comme un accélérateur tangible de la zone de libre-échange, s’appuyant sur le triple ancrage nigérian: sa démographie (226 millions de consommateurs), sa base industrielle émergente, et sa participation croissante aux échanges intracontinentaux. Le choix géostratégique de Lagos consolide la ville en hub logistique et décisionnel, avec des retombées attendues sur les infrastructures critiques (ports, corridors énergétiques) et la transformation productive. Un positionnement qui favorise une reconfiguration des dynamiques commerciales africaines autour de pôles régionaux intégrés, où le Nigeria joue un rôle fédérateur pour les économies d’Afrique de l’Ouest et au-delà.

Finance islamique: après 1,2 milliard de dollars déjà injectés, comment la Mauritanie a convaincu la Société Internationale Islamique de Financement du Commerce (ITFC) de doubler la mise avec un nouvel accord à 1 milliard de dollars

La Mauritanie consolide son statut de partenaire clé de la finance islamique en Afrique avec la signature d’un accord-cadre quinquennal d’un milliard de dollars (2026-2030) avec la Société Internationale Islamique de Financement du Commerce (ITFC), membre du Groupe de la Banque Islamique de Développement. Cet accord, signé à Jeddah par le Ministre mauritanien de l’Économie et du Développement, Dr Abdallah O. Souleymane O. Cheikh-Sidia et le DG de l’ITFC, Adeeb Yousuf Al Aama, vise à renforcer les capacités commerciales et le développement socio-économique du pays.

Concrètement, l’ITFC mobilisera des financements et un appui technique pour les secteurs prioritaires: énergie, bancaire et développement du secteur privé. Plus en détail, les actions incluront le financement des importations énergétiques, des facilités de financement du commerce et des lignes de confirmation de lettres de crédit pour les banques locales, ainsi qu’un soutien accru aux PME. Des programmes d’assistance technique cibleront la productivité agricole et la facilitation des échanges dans les secteurs stratégiques.

Rappelons que ce partenariat s’inscrit dans une relation historique: depuis 2008, l’ITFC a déjà injecté plus de 1,2 milliard de dollars en Mauritanie, soutenant des secteurs vitaux et renforçant les capacités nationales. Pour les autorités mauritaniennes, cet accord est un levier essentiel pour mobiliser des ressources financières alignées sur les priorités nationales et stimuler une croissance durable. L’ITFC y voit une opportunité d’élargir les perspectives commerciales et d’investissement, consolidant son rôle de catalyseur du développement par le commerce en Afrique. Une initiative qui illustre la dynamique proactive de la Mauritanie dans l’optimisation des instruments de finance islamique pour transformer son économie.

Cacao: comment le Nigerian Sunbeth prouve que les banquiers internationaux ne sont plus indispensables

Le Nigeria vient de livrer un signal fort sur la maturité croissante de son écosystème financier et sur la montée en puissance de ses acteurs privés dans la chaîne de valeur agricole mondiale. En levant 165,73 milliards de nairas (environ 118,5 millions de dollars américains et 108,7 millions d’euros) via un programme de papier commercial sursouscrit à hauteur de 65% au-delà de l’objectif initial fixé à 100 milliards de nairas, Sunbeth Global Concepts Limited illustre une réalité que l’Afrique peine encore trop souvent à projeter: celle d’opérateurs africains capables de structurer des instruments financiers sophistiqués, d’attirer des investisseurs qualifiés et d’aligner discipline de capital et ambition continentale. 

L’émission, structurée en trois tranches de maturités échelonnées — 179, 270 et 364 jours — avec des rendements implicites allant jusqu’à 23,5%, révèle une architecture financière délibérément pensée pour absorber la volatilité inhérente au négoce de matières premières tout en offrant au marché une lisibilité et une liquidité accrues via la cotation sur la NGX (Nigerian Exchange Group, ex-Nigerian Stock Exchange) ou la FMDQ Securities Exchange, marché des valeurs mobilières à revenu fixe (fixed income), spécialisé dans les obligations d’État (FGN Bonds), les commercial papers, les repo et les changes (FX futures), avec un chiffre d’affaires de plus de 200 billions NGN annuels.

Disons que ce qui vient de se passer n’est pas un fait anodin dans un environnement macroéconomique nigérian marqué par des pressions inflationnistes et une naira sous tension: la forte réponse des investisseurs traduit une confiance dans le modèle opérationnel de Sunbeth Global Concepts Limited, dans sa gouvernance et dans sa position stratégique sur un marché du cacao ouest-africain en pleine recomposition. Car c’est là le cœur du signal: le cacao africain traverse une transition structurelle. Les grands pays producteurs — Côte d’Ivoire, Ghana, Cameroun, Nigeria — font face à une pression mondiale croissante pour remonter la chaîne de valeur, sortir du tout-export de fèves brutes et capter davantage de valeur ajoutée via la transformation. Sunbeth, en mobilisant ces capitaux destinés prioritairement au fonds de roulement de ses activités de négoce, se positionne de manière explicite en tremplin vers cet aval industriel. 

La stratégie déclarée d’intégration progressive — transformation, segments à plus forte marge — dessine les contours d’un acteur africain qui refuse de rester cantonné au rôle d’agrégateur-exportateur. En déployant simultanément ses opérations au Nigeria, au Cameroun et au Ghana, Sunbeth incarne une vision sous-régionale de la chaîne de valeur agricole, là où l’Afrique de l’Ouest dispose d’un avantage comparatif réel mais sous-exploité.

En définitive, ce succès de Sunbeth est moins une levée de fonds qu’un acte de souveraineté économique discret mais puissant: celui d’un acteur africain qui finance son expansion par et pour le marché africain, sans attendre la validation de l’extérieur.

Subventions à l’entrepreneuriat touristique: voici les premiers pays africains et ONG bénéficiaires du programme « Cultures colorées » financé par ONU Tourisme et la Fondation TUI Care

Cinq ONG africaines bénéficieront désormais des financements nécessaires pour soutenir les artisans et améliorer les conditions de vie des communautés grâce à un projet conjoint novateur d’ONU Tourisme et la Fondation TUI Care. L’officialisation, le 4 mars 2026, de ce partenariat stratégique entre ONU Tourisme et la Fondation TUI Care marque un tournant pour le développement rural africain via le tourisme. Leur initiative « Cultures colorées », premier programme de micro-subventions directes de l’ONU Tourisme aux organisations locales, cible spécifiquement l’autonomisation économique des artistes et artisans ruraux, avec un accent sur les femmes et les jeunes. Cinq ONG africaines ont été sélectionnées parmi 141 candidatures, démontrant une vitalité entrepreneuriale forte sur le continent.

Le Rwanda se distingue particulièrement avec deux projets primés. L’Initiative Red Rocks forme 100 femmes et jeunes de Musanze aux arts visuels et au storytelling pour intégrer les chaînes de valeur touristiques. Parallèlement, Nature Rwanda transforme la forêt de Busaga en destination écotouristique gérée par des femmes, liant conservation biodiversité et artisanat local. Le Mozambique innove via ADEMO en facilitant l’accès au marché pour près de 110 artisans, dont une majorité de femmes et une inclusion remarquable des personnes en situation de handicap autour du parc de Gorongosa. La Namibie, avec la Namibia Development Foundation, revitalise les arts traditionnels Khwe au sein du parc de Bwabwata, intégrant ce patrimoine autochtone aux circuits touristiques durables pour 50 artisans. En Tanzanie, le programme KINNAPA forme 50 femmes et jeunes Masaï du district de Kiteto aux métiers de l’artisanat et du tourisme culturel.

Ce programme, financé par TUI Care, agit comme un levier transformationnel à trois niveaux: économique (diversification des revenus pour plus de 340 artisans), social (60% de bénéficiaires femmes, inclusion des groupes marginalisés) et culturel (préservation active du patrimoine matériel et immatériel). Il consolide le tourisme comme moteur clé de développement rural endogène, en s’appuyant sur les organisations de terrain pour créer des écosystèmes touristiques inclusifs et résilients. Une alliance public-privé qui illustre comment un soutien ciblé aux acteurs locaux peut structurer des filières touristiques durables ancrées dans les identités territoriales africaines.

Marché des transferts d’armes à destination des pays africains: Maroc, Algérie, Nigeria, Sénégal, Mali…ce que révèle SIPRI sur le basculement en cours, les grands acquéreurs et fournisseurs du continent

L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) vient de rendre public son rapport sur les tendances des transferts internationaux d’armes 2025. Ce rapport révèle une baisse globale de 41% des importations d’armes majeures par les États africains entre 2016-2020 et 2021-2025, contre une hausse mondiale de 9,2%. Une contraction qui masque des réalités régionales antagonistes et place l’Afrique en net contraste avec la flambée européenne (+210 %). Le Maghreb incarne cette polarisation: le Maroc, désormais premier importateur africain, voit ses acquisitions progresser de 12%, tirées par les États-Unis (60% de ses approvisionnements), Israël (24%) et la France (10%). À l’inverse, l’Algérie subit un effondrement de 78% de ses importations, principalement dépendantes de la Russie (39%), de la Chine (27%) et de l’Allemagne (18%). Leurs tensions de longue date, notamment autour du Sahara occidental, restent un moteur majeur de leurs politiques d’armement, bien que le rapport souligne que les données algériennes, souvent opaques, pourraient sous-estimer des acquisitions russes non vérifiées.

En Afrique subsaharienne, les importations augmentent de 13%, représentant 2,2% du total mondial. Le Nigeria (16% des importations sous-régionales), le Sénégal (8,8%) et le Mali (8%) dominent ce marché fragmenté où la Chine émerge comme premier fournisseur (22%), devant la Russie (12%) et la Turquie (11%). Une croissance qui s’inscrit dans un contexte de conflits armés persistants, comme la guerre civile soudanaise déclenchée en 2023. Le SIPRI met en lumière la difficulté de traquer les transferts vers ces zones: les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (RSF) ont reçu des armes durant la période, incluant drones armés, véhicules blindés et systèmes de défense aérienne, souvent via des canaux secrets (Biélorussie, Iran, Émirats arabes unis) ou des fournisseurs non identifiés. Une opacité, caractéristique des marchés africains, qui complique l’évaluation des flux réels et des risques de détournement.

Des dynamiques qui illustrent la vulnérabilité du continent face aux rivalités d’influence des grands exportateurs et aux défaillances de traçabilité. Alors que l’Europe renforce son arsenal face à la menace russe, l’Afrique subsaharienne voit sa dépendance aux importations se pérenniser dans un contexte sécuritaire dégradé, avec des transferts alimentant directement des conflits internes. La domination américaine au Maghreb et l’essor chinois au sud du Sahara redessinent les équilibres géostratégiques, soulignant l’urgence de mécanismes de transparence renforcés pour une sécurité collective africaine.

Surtaxe carburant d’urgence de MSC: l’Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda et six autres pays, grands perdants face à la crise en Mer Rouge

Le conflit actuel au Moyen-Orient n’a pas fini de dessiner une nouvelle carte des flux maritimes. C’est dans ce contexte que la compagnie maritime MSC a annoncé, le samedi 7 mars, qu’elle appliquerait une surtaxe carburant d’urgence (EFS) à toutes les cargaisons en provenance de la Méditerranée (y compris la Méditerranée occidentale, l’Adriatique, la Méditerranée orientale, la Grèce et la Turquie) et de la mer Noire à destination du sous-continent indien, de la mer Rouge et de l’Afrique de l’Est, à compter du 16 mars.

A y voire de plus près, l’annonce cible de manière spécifique les flux maritimes de la Méditerranée et de la mer Noire vers trois zones africaines: la mer Rouge, l’Afrique de l’Est et le sous-continent indien. Le premier constat à faire de cette décision est qu’elle révèle une disparité significative dans l’impact pour le continent, plaçant l’Afrique de l’Est continentale dans une position de vulnérabilité économique immédiate remarquable.

Alors que la surcharge vers la mer Rouge (Djibouti, Soudan, Égypte, Somalie au nord) s’élève à 30$ par conteneur sec (TEU) et vers le sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh) à 40$, l’Afrique de l’Est continentale (Kenya, Tanzanie, Mozambique, Ouganda, Rwanda, Ouganda, Burundi, République démocratique du Congo, Zambie, Malawi, Éthiopie) subit le tarif le plus élevé: 60$ par TEU sec et 90$ par TEU frigorifique. Cette différence de 100% par rapport à la mer Rouge et de 50% par rapport au sous-continent indien pour le fret sec, et de 80% pour le fret frigorifique par rapport à la mer Rouge, est frappante.

Ce surcoût imposé par le plus grand transporteur mondial de conteneurs, en termes de capacité de flotte (supérieur à 7,1 millions d’équivalent vingt pieds – EVP fin 2025), touchera directement les corridors commerciaux vitaux desservant les ports est-africains comme Mombasa ou Dar es Salaam, clés pour les économies de l’hinterland (Ouganda, Rwanda, Burundi, etc.). De quoi alourdir de manière significative le coût des importations (produits manufacturés, intrants) et des exportations (thé, café, horticulture fraîche – fortement dépendante des conteneurs frigorifiques) pour ces nations.

L’Afrique de l’Est continentale se démarque ainsi négativement comme la sous-région africaine la plus pénalisée par cette décision unilatérale de MSC, révélant une fragilité accrue de ses chaînes d’approvisionnement maritimes face aux fluctuations. La présence étendue de MSC dans la région (bureaux dans la plupart des pays concernés) ne semble pas atténuer cette mesure.

Aviation civile africaine: comment la BAD s’y prend pour débloquer des milliards et enfin désenclaver le continent

Le récent Forum Aviation organisé par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), en partenariat avec l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) à Nairobi les 25 et 26 février 2026 a placé l’Afrique de l’Est et le Nigeria au cœur du Programme intégré de transformation de l’aviation (IATP), une plateforme continentale conçue pour moderniser l’écosystème de l’aviation et mobiliser des capitaux privés, institutionnels et concessionnels à grande échelle. Alors que le continent, porté par une démographie jeune et une urbanisation rapide, représentera 25% des nouveaux passagers mondiaux d’ici 2046, sa connectivité reste entravée: seulement 25% du trafic est intra-africain et les marges nettes des compagnies (1-2%) stagnent au-dessous de la moyenne mondiale (3,9%).

Le Kenya s’illustre comme hub stratégique, accueillant l’événement et incarnant l’urgence de réformes via Kenya Airways. Le Nigeria, représenté par Samuel Obafemi Bajomo, conseiller principal auprès du ministère de l’Aviation du Nigéria, défend des cadres politiques prospectifs pour libérer le potentiel de croissance. L’Éthiopie, avec son modèle de compagnie performante, sert de référence pour la bancabilité.


La Banque Africaine de Développement (BAD) positionne l’IATP comme plateforme intégrée visant à surmonter les freins structurels de l’aviation africaine, avec trois leviers interdépendants. Premièrement l’alignement réglementaire. Un levier qui vise à accélérer la mise en œuvre du Marché Unique Africain du Transport Aérien (MUTAA), érigé en priorité continentale sous présidence de l’Union Africaine en 2027. Un cadre qui vise à résoudre la fragmentation des politiques qui étouffe la connectivité intra-africaine, aujourd’hui limitée à 25% du trafic total. Deuxièmement, le déblocage financier. Ce levier combine capitaux privés, institutionnels et concessionnels via des mécanismes innovants de partage des risques, réponse directe au coût prohibitif du capital et aux marges nettes dérisoires des compagnies (1-2% contre 3,9% mondial). Troisièmement, la modernisation ciblée des infrastructures critiques – hubs régionaux, réseaux fret et chaînes logistiques –. Un levier qui adresse les déficits matériels tout en renforçant la bancabilité des projets, comme l’illustrent les modèles éthiopien et kenyan. L’AFRAA souligne le paradoxe fondamental: l’Afrique concentre 18% de la population mondiale mais moins de 3% du trafic aérien, révélant un potentiel de croissance immobilisé par des obstacles réglementaires et financiers plutôt que par une demande faible.

Dans un tel contexte, la réussite exige désormais une implémentation synchronisée: harmonisation politique accélérée par les États-phares (Éthiopie, Maroc, Kenya, Nigeria, Afrique du Sud), mobilisation massive de financements adaptés aux risques sectoriels, et déploiement d’infrastructures alignées sur les corridors économiques prioritaires. Seule cette triple convergence transformera l’aviation en véritable levier d’intégration régionale et de prospérité inclusive, capitalisant sur l’urbanisation rapide et la démographie jeune du continent.