Paiements, PME et matières premières: la recette du Nigeria pour atteindre 50 milliards de dollars de « deals » lors de la cinquième Foire commerciale intra-africaine 2027 (IATF2027)

Le 10 mars 2026, le Nigeria a signé l’accord d’accueil de la cinquième Foire commerciale intra-africaine 2027 (IATF2027). L’évenement est prévu pour se tenir à Lagos du 5 au 11 novembre 2027. Un choix stratégique qui consacre la ville-phare du Plan d’action de Lagos (1980) pour l’autosuffisance industrielle, symbolisant une continuité historique vers l’intégration panafricaine. L’événement, co-organisé par Afreximbank, l’UA et le Secrétariat ZLECAf, vise la signature de 50 milliards de dollars américains d’accords commerciaux – seuil symbolique après l’édition de 2025 qui s’est tenue en Algérie (49,94 milliards de dollars américains d’accords commerciaux).

L’ambition thématique « Global Africa Repositioned – From Market Access to Market » transcende la logique d’accès pour matérialiser un marché continental opérationnel. Le programme intégré (ZLECAf Investment Forum, CANEX, AU Youth Start-up) fusionne politique industrielle, facilitation commerciale et diasporas, ciblant de manière explicite les chaînes de valeur régionales. Le poids du Nigéria – 1er PIB africain, hub minéralier (lithium, or), agricole et gazier – en fait un laboratoire naturel pour densifier les flux intra-africains, aujourd’hui limités à 17% du commerce total.

Les interventions des parties prenantes lors de la signature de l’accord d’accueil de la cinquième Foire commerciale intra-africaine 2027 a cristallisé les priorités opérationnelles de l’intégration continentale. L’ancien président Obasanjo a réactualisé la doctrine du Plan d’action de Lagos (1980) en faisant de l’industrialisation le socle de la souveraineté économique africaine, positionnant ainsi l’IATF2027 comme un instrument de matérialisation de cette vision historique. La ministre Oduwole, quant à elle, inscrit la ZLECAf dans une stratégie de résilience face aux fractures du commerce mondial, soulignant que l’événement doit transcender sa dimension marchande pour devenir un laboratoire de reconception des chaînes de valeur régionales. Une approche renforcée par le président d’Afreximbank, George Elombi, qui capitalise sur l’écosystème entrepreneurial nigérian – dynamisé par 40 millions de PME – pour générer des emplois et densifier les liens productifs intra-africains. L’Union africaine, par la voix de sa commissaire Francisca Tatchoup Belobe, a exigé un alignement structurel entre politiques minières, industrielles et de facilitation commerciale, condition sine qua non pour libérer le potentiel des ressources stratégiques du continent (lithium, or, pétrole).

Techniquement, Afreximbank opérationnalise ce cadre via son Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) – colonne vertébrale financière de la ZLECAf – et son Fonds d’ajustement de 10 milliards USD, conçu pour absorber les chocs d’intégration des États membres. L’IATF2027 agit ainsi comme un accélérateur tangible de la zone de libre-échange, s’appuyant sur le triple ancrage nigérian: sa démographie (226 millions de consommateurs), sa base industrielle émergente, et sa participation croissante aux échanges intracontinentaux. Le choix géostratégique de Lagos consolide la ville en hub logistique et décisionnel, avec des retombées attendues sur les infrastructures critiques (ports, corridors énergétiques) et la transformation productive. Un positionnement qui favorise une reconfiguration des dynamiques commerciales africaines autour de pôles régionaux intégrés, où le Nigeria joue un rôle fédérateur pour les économies d’Afrique de l’Ouest et au-delà.

Finance islamique: après 1,2 milliard de dollars déjà injectés, comment la Mauritanie a convaincu la Société Internationale Islamique de Financement du Commerce (ITFC) de doubler la mise avec un nouvel accord à 1 milliard de dollars

La Mauritanie consolide son statut de partenaire clé de la finance islamique en Afrique avec la signature d’un accord-cadre quinquennal d’un milliard de dollars (2026-2030) avec la Société Internationale Islamique de Financement du Commerce (ITFC), membre du Groupe de la Banque Islamique de Développement. Cet accord, signé à Jeddah par le Ministre mauritanien de l’Économie et du Développement, Dr Abdallah O. Souleymane O. Cheikh-Sidia et le DG de l’ITFC, Adeeb Yousuf Al Aama, vise à renforcer les capacités commerciales et le développement socio-économique du pays.

Concrètement, l’ITFC mobilisera des financements et un appui technique pour les secteurs prioritaires: énergie, bancaire et développement du secteur privé. Plus en détail, les actions incluront le financement des importations énergétiques, des facilités de financement du commerce et des lignes de confirmation de lettres de crédit pour les banques locales, ainsi qu’un soutien accru aux PME. Des programmes d’assistance technique cibleront la productivité agricole et la facilitation des échanges dans les secteurs stratégiques.

Rappelons que ce partenariat s’inscrit dans une relation historique: depuis 2008, l’ITFC a déjà injecté plus de 1,2 milliard de dollars en Mauritanie, soutenant des secteurs vitaux et renforçant les capacités nationales. Pour les autorités mauritaniennes, cet accord est un levier essentiel pour mobiliser des ressources financières alignées sur les priorités nationales et stimuler une croissance durable. L’ITFC y voit une opportunité d’élargir les perspectives commerciales et d’investissement, consolidant son rôle de catalyseur du développement par le commerce en Afrique. Une initiative qui illustre la dynamique proactive de la Mauritanie dans l’optimisation des instruments de finance islamique pour transformer son économie.

Cacao: comment le Nigerian Sunbeth prouve que les banquiers internationaux ne sont plus indispensables

Le Nigeria vient de livrer un signal fort sur la maturité croissante de son écosystème financier et sur la montée en puissance de ses acteurs privés dans la chaîne de valeur agricole mondiale. En levant 165,73 milliards de nairas (environ 118,5 millions de dollars américains et 108,7 millions d’euros) via un programme de papier commercial sursouscrit à hauteur de 65% au-delà de l’objectif initial fixé à 100 milliards de nairas, Sunbeth Global Concepts Limited illustre une réalité que l’Afrique peine encore trop souvent à projeter: celle d’opérateurs africains capables de structurer des instruments financiers sophistiqués, d’attirer des investisseurs qualifiés et d’aligner discipline de capital et ambition continentale. 

L’émission, structurée en trois tranches de maturités échelonnées — 179, 270 et 364 jours — avec des rendements implicites allant jusqu’à 23,5%, révèle une architecture financière délibérément pensée pour absorber la volatilité inhérente au négoce de matières premières tout en offrant au marché une lisibilité et une liquidité accrues via la cotation sur la NGX (Nigerian Exchange Group, ex-Nigerian Stock Exchange) ou la FMDQ Securities Exchange, marché des valeurs mobilières à revenu fixe (fixed income), spécialisé dans les obligations d’État (FGN Bonds), les commercial papers, les repo et les changes (FX futures), avec un chiffre d’affaires de plus de 200 billions NGN annuels.

Disons que ce qui vient de se passer n’est pas un fait anodin dans un environnement macroéconomique nigérian marqué par des pressions inflationnistes et une naira sous tension: la forte réponse des investisseurs traduit une confiance dans le modèle opérationnel de Sunbeth Global Concepts Limited, dans sa gouvernance et dans sa position stratégique sur un marché du cacao ouest-africain en pleine recomposition. Car c’est là le cœur du signal: le cacao africain traverse une transition structurelle. Les grands pays producteurs — Côte d’Ivoire, Ghana, Cameroun, Nigeria — font face à une pression mondiale croissante pour remonter la chaîne de valeur, sortir du tout-export de fèves brutes et capter davantage de valeur ajoutée via la transformation. Sunbeth, en mobilisant ces capitaux destinés prioritairement au fonds de roulement de ses activités de négoce, se positionne de manière explicite en tremplin vers cet aval industriel. 

La stratégie déclarée d’intégration progressive — transformation, segments à plus forte marge — dessine les contours d’un acteur africain qui refuse de rester cantonné au rôle d’agrégateur-exportateur. En déployant simultanément ses opérations au Nigeria, au Cameroun et au Ghana, Sunbeth incarne une vision sous-régionale de la chaîne de valeur agricole, là où l’Afrique de l’Ouest dispose d’un avantage comparatif réel mais sous-exploité.

En définitive, ce succès de Sunbeth est moins une levée de fonds qu’un acte de souveraineté économique discret mais puissant: celui d’un acteur africain qui finance son expansion par et pour le marché africain, sans attendre la validation de l’extérieur.

Subventions à l’entrepreneuriat touristique: voici les premiers pays africains et ONG bénéficiaires du programme « Cultures colorées » financé par ONU Tourisme et la Fondation TUI Care

Cinq ONG africaines bénéficieront désormais des financements nécessaires pour soutenir les artisans et améliorer les conditions de vie des communautés grâce à un projet conjoint novateur d’ONU Tourisme et la Fondation TUI Care. L’officialisation, le 4 mars 2026, de ce partenariat stratégique entre ONU Tourisme et la Fondation TUI Care marque un tournant pour le développement rural africain via le tourisme. Leur initiative « Cultures colorées », premier programme de micro-subventions directes de l’ONU Tourisme aux organisations locales, cible spécifiquement l’autonomisation économique des artistes et artisans ruraux, avec un accent sur les femmes et les jeunes. Cinq ONG africaines ont été sélectionnées parmi 141 candidatures, démontrant une vitalité entrepreneuriale forte sur le continent.

Le Rwanda se distingue particulièrement avec deux projets primés. L’Initiative Red Rocks forme 100 femmes et jeunes de Musanze aux arts visuels et au storytelling pour intégrer les chaînes de valeur touristiques. Parallèlement, Nature Rwanda transforme la forêt de Busaga en destination écotouristique gérée par des femmes, liant conservation biodiversité et artisanat local. Le Mozambique innove via ADEMO en facilitant l’accès au marché pour près de 110 artisans, dont une majorité de femmes et une inclusion remarquable des personnes en situation de handicap autour du parc de Gorongosa. La Namibie, avec la Namibia Development Foundation, revitalise les arts traditionnels Khwe au sein du parc de Bwabwata, intégrant ce patrimoine autochtone aux circuits touristiques durables pour 50 artisans. En Tanzanie, le programme KINNAPA forme 50 femmes et jeunes Masaï du district de Kiteto aux métiers de l’artisanat et du tourisme culturel.

Ce programme, financé par TUI Care, agit comme un levier transformationnel à trois niveaux: économique (diversification des revenus pour plus de 340 artisans), social (60% de bénéficiaires femmes, inclusion des groupes marginalisés) et culturel (préservation active du patrimoine matériel et immatériel). Il consolide le tourisme comme moteur clé de développement rural endogène, en s’appuyant sur les organisations de terrain pour créer des écosystèmes touristiques inclusifs et résilients. Une alliance public-privé qui illustre comment un soutien ciblé aux acteurs locaux peut structurer des filières touristiques durables ancrées dans les identités territoriales africaines.

Marché des transferts d’armes à destination des pays africains: Maroc, Algérie, Nigeria, Sénégal, Mali…ce que révèle SIPRI sur le basculement en cours, les grands acquéreurs et fournisseurs du continent

L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) vient de rendre public son rapport sur les tendances des transferts internationaux d’armes 2025. Ce rapport révèle une baisse globale de 41% des importations d’armes majeures par les États africains entre 2016-2020 et 2021-2025, contre une hausse mondiale de 9,2%. Une contraction qui masque des réalités régionales antagonistes et place l’Afrique en net contraste avec la flambée européenne (+210 %). Le Maghreb incarne cette polarisation: le Maroc, désormais premier importateur africain, voit ses acquisitions progresser de 12%, tirées par les États-Unis (60% de ses approvisionnements), Israël (24%) et la France (10%). À l’inverse, l’Algérie subit un effondrement de 78% de ses importations, principalement dépendantes de la Russie (39%), de la Chine (27%) et de l’Allemagne (18%). Leurs tensions de longue date, notamment autour du Sahara occidental, restent un moteur majeur de leurs politiques d’armement, bien que le rapport souligne que les données algériennes, souvent opaques, pourraient sous-estimer des acquisitions russes non vérifiées.

En Afrique subsaharienne, les importations augmentent de 13%, représentant 2,2% du total mondial. Le Nigeria (16% des importations sous-régionales), le Sénégal (8,8%) et le Mali (8%) dominent ce marché fragmenté où la Chine émerge comme premier fournisseur (22%), devant la Russie (12%) et la Turquie (11%). Une croissance qui s’inscrit dans un contexte de conflits armés persistants, comme la guerre civile soudanaise déclenchée en 2023. Le SIPRI met en lumière la difficulté de traquer les transferts vers ces zones: les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (RSF) ont reçu des armes durant la période, incluant drones armés, véhicules blindés et systèmes de défense aérienne, souvent via des canaux secrets (Biélorussie, Iran, Émirats arabes unis) ou des fournisseurs non identifiés. Une opacité, caractéristique des marchés africains, qui complique l’évaluation des flux réels et des risques de détournement.

Des dynamiques qui illustrent la vulnérabilité du continent face aux rivalités d’influence des grands exportateurs et aux défaillances de traçabilité. Alors que l’Europe renforce son arsenal face à la menace russe, l’Afrique subsaharienne voit sa dépendance aux importations se pérenniser dans un contexte sécuritaire dégradé, avec des transferts alimentant directement des conflits internes. La domination américaine au Maghreb et l’essor chinois au sud du Sahara redessinent les équilibres géostratégiques, soulignant l’urgence de mécanismes de transparence renforcés pour une sécurité collective africaine.

Surtaxe carburant d’urgence de MSC: l’Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda et six autres pays, grands perdants face à la crise en Mer Rouge

Le conflit actuel au Moyen-Orient n’a pas fini de dessiner une nouvelle carte des flux maritimes. C’est dans ce contexte que la compagnie maritime MSC a annoncé, le samedi 7 mars, qu’elle appliquerait une surtaxe carburant d’urgence (EFS) à toutes les cargaisons en provenance de la Méditerranée (y compris la Méditerranée occidentale, l’Adriatique, la Méditerranée orientale, la Grèce et la Turquie) et de la mer Noire à destination du sous-continent indien, de la mer Rouge et de l’Afrique de l’Est, à compter du 16 mars.

A y voire de plus près, l’annonce cible de manière spécifique les flux maritimes de la Méditerranée et de la mer Noire vers trois zones africaines: la mer Rouge, l’Afrique de l’Est et le sous-continent indien. Le premier constat à faire de cette décision est qu’elle révèle une disparité significative dans l’impact pour le continent, plaçant l’Afrique de l’Est continentale dans une position de vulnérabilité économique immédiate remarquable.

Alors que la surcharge vers la mer Rouge (Djibouti, Soudan, Égypte, Somalie au nord) s’élève à 30$ par conteneur sec (TEU) et vers le sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh) à 40$, l’Afrique de l’Est continentale (Kenya, Tanzanie, Mozambique, Ouganda, Rwanda, Ouganda, Burundi, République démocratique du Congo, Zambie, Malawi, Éthiopie) subit le tarif le plus élevé: 60$ par TEU sec et 90$ par TEU frigorifique. Cette différence de 100% par rapport à la mer Rouge et de 50% par rapport au sous-continent indien pour le fret sec, et de 80% pour le fret frigorifique par rapport à la mer Rouge, est frappante.

Ce surcoût imposé par le plus grand transporteur mondial de conteneurs, en termes de capacité de flotte (supérieur à 7,1 millions d’équivalent vingt pieds – EVP fin 2025), touchera directement les corridors commerciaux vitaux desservant les ports est-africains comme Mombasa ou Dar es Salaam, clés pour les économies de l’hinterland (Ouganda, Rwanda, Burundi, etc.). De quoi alourdir de manière significative le coût des importations (produits manufacturés, intrants) et des exportations (thé, café, horticulture fraîche – fortement dépendante des conteneurs frigorifiques) pour ces nations.

L’Afrique de l’Est continentale se démarque ainsi négativement comme la sous-région africaine la plus pénalisée par cette décision unilatérale de MSC, révélant une fragilité accrue de ses chaînes d’approvisionnement maritimes face aux fluctuations. La présence étendue de MSC dans la région (bureaux dans la plupart des pays concernés) ne semble pas atténuer cette mesure.

Aviation civile africaine: comment la BAD s’y prend pour débloquer des milliards et enfin désenclaver le continent

Le récent Forum Aviation organisé par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), en partenariat avec l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) à Nairobi les 25 et 26 février 2026 a placé l’Afrique de l’Est et le Nigeria au cœur du Programme intégré de transformation de l’aviation (IATP), une plateforme continentale conçue pour moderniser l’écosystème de l’aviation et mobiliser des capitaux privés, institutionnels et concessionnels à grande échelle. Alors que le continent, porté par une démographie jeune et une urbanisation rapide, représentera 25% des nouveaux passagers mondiaux d’ici 2046, sa connectivité reste entravée: seulement 25% du trafic est intra-africain et les marges nettes des compagnies (1-2%) stagnent au-dessous de la moyenne mondiale (3,9%).

Le Kenya s’illustre comme hub stratégique, accueillant l’événement et incarnant l’urgence de réformes via Kenya Airways. Le Nigeria, représenté par Samuel Obafemi Bajomo, conseiller principal auprès du ministère de l’Aviation du Nigéria, défend des cadres politiques prospectifs pour libérer le potentiel de croissance. L’Éthiopie, avec son modèle de compagnie performante, sert de référence pour la bancabilité.


La Banque Africaine de Développement (BAD) positionne l’IATP comme plateforme intégrée visant à surmonter les freins structurels de l’aviation africaine, avec trois leviers interdépendants. Premièrement l’alignement réglementaire. Un levier qui vise à accélérer la mise en œuvre du Marché Unique Africain du Transport Aérien (MUTAA), érigé en priorité continentale sous présidence de l’Union Africaine en 2027. Un cadre qui vise à résoudre la fragmentation des politiques qui étouffe la connectivité intra-africaine, aujourd’hui limitée à 25% du trafic total. Deuxièmement, le déblocage financier. Ce levier combine capitaux privés, institutionnels et concessionnels via des mécanismes innovants de partage des risques, réponse directe au coût prohibitif du capital et aux marges nettes dérisoires des compagnies (1-2% contre 3,9% mondial). Troisièmement, la modernisation ciblée des infrastructures critiques – hubs régionaux, réseaux fret et chaînes logistiques –. Un levier qui adresse les déficits matériels tout en renforçant la bancabilité des projets, comme l’illustrent les modèles éthiopien et kenyan. L’AFRAA souligne le paradoxe fondamental: l’Afrique concentre 18% de la population mondiale mais moins de 3% du trafic aérien, révélant un potentiel de croissance immobilisé par des obstacles réglementaires et financiers plutôt que par une demande faible.

Dans un tel contexte, la réussite exige désormais une implémentation synchronisée: harmonisation politique accélérée par les États-phares (Éthiopie, Maroc, Kenya, Nigeria, Afrique du Sud), mobilisation massive de financements adaptés aux risques sectoriels, et déploiement d’infrastructures alignées sur les corridors économiques prioritaires. Seule cette triple convergence transformera l’aviation en véritable levier d’intégration régionale et de prospérité inclusive, capitalisant sur l’urbanisation rapide et la démographie jeune du continent.

Partenariat énergétique entre la Chambre africaine de l’énergie (AEC) et le Venezuela: ce que révèlent les trois piliers de l’alliance énergétique naissante

À la suite de la visite historique de la Chambre africaine de l’énergie (AEC) au Venezuela en février 2026, le pays d’Amérique latine a répondu en envoyant son vice-ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Efficacité productive dans le domaine des hydrocarbures, Arturo Gil, en Afrique du Sud afin de renforcer les liens énergétiques.

C’est dans ce contexte qu’une réunion de haut niveau s’est tenue au Cap, réunissant le vice-ministre Gil et Carlos Feo Acevedo, ambassadeur du Venezuela en Afrique du Sud, ainsi qu’une équipe de l’AEC dirigée par le président exécutif NJ Ayuk et une équipe d’Energy Capital & Power, dirigée par son PDG James Chester. Les discussions ont porté sur le renforcement des flux d’investissement, l’exploitation de l’expertise du Venezuela pour soutenir la résilience énergétique de l’Afrique et l’identification de pistes de collaboration tout au long de la chaîne de valeur énergétique.

Il faut savoir que ce partenariat structurant active trois leviers interdépendants pour le secteur extractif africain.

Premier levier: un transfert de compétences sans précédent. Celui-ci se concrétise par l’envoi de 10 à 15 professionnels africains à l’Université des hydrocarbures du Venezuela. De quoi créer un corridor de savoir technique ciblé sur les similitudes géologiques entre les bassins sédimentaires vénézuéliens et africains, particulièrement en Namibie et en Angola. Ce dispositif capitalise sur l’expertise centenaire du Venezuela pour renforcer la résilience énergétique des pays africains tout en accélérant les découvertes exploratoires.

Le deuxième levier est marqué par l’ouverture des deux parties à des investissements réciproques. Le modèle d’investissements réciproques ouvre des opportunités concrètes: le Venezuela propose ainsi l’accès à sa base de données géologique exhaustive, l’optimisation de 20 000 puits existants et le développement de 1 000 nouveaux forages. De manière symétrique, les indépendants africains – notamment nigérians – sont positionnés comme acteurs clés pour moderniser les actifs matures vénézuéliens, transposant ainsi leur savoir-faire éprouvé dans la revitalisation de champs pétroliers sur le continent.

Troisième levier: la solution gazière émerge comme réponse aux défis structurels. Le gaz vénézuélien, le GPL en particulier, est identifié comme levier socio-économique face au déficit énergétique africain touchant 600 millions de personnes sans électricité et près d’un milliard sans accès à des solutions de cuisson propre, tandis que la valorisation des torchères répond aux objectifs de diversification économique du Venezuela. Une triangulation stratégique qui s’institutionnalise par l’intégration du Venezuela à l’Organisation des Producteurs Africains de Pétrole (APPO) et les appels à son adhésion à la Banque africaine de l’énergie. Autant d’éléments qui consacrent l’Afrique du Sud comme architecte des chaînes de valeur énergétiques panafricaines et démontrent la capacité du continent à forger des alliances sud-sud égalitaires, rompant avec les schémas traditionnels de dépendance.

IA, téléenseignement et harmonisation des curricula: comment 12 pays d’Afrique de l’Ouest réinventent la formation en santé

Cotonou, capitale du Bénin, a accueilli le 2 mars 2026 un atelier régional crucial pour l’avenir des systèmes de santé ouest-africains. Sous l’égide de l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) et lancé par le ministre béninois de la Santé et de l’Enseignement Supérieur par intérim, le Prof. Benjamin Hounkpatin, cet atelier vise l’harmonisation des curricula de formation spécialisée des disciplines associées à la santé dans l’espace CEDEAO. Une initiative qui intervient dans un contexte géopolitique régional marqué par le retrait effectif en 2025 du Burkina Faso, du Mali et du Niger, réduisant la CEDEAO à 12 membres (Bénin, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau – suspendue mais membre -, Liberia, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo).

L’objectif est clair: construire un écosystème de formation uniforme et de haute qualité pour les professionnels de santé de la sous-région. Le Prof. Hounkpatin souligne que cette harmonisation dépasse le cadre académique et redessine de manière fondamentale l’avenir du système sanitaire régional. L’initiative d’harmonisation constitue un préalable essentiel au bien-être des populations en garantissant des ressources humaines compétentes, responsables et professionnelles. Cet atelier, regroupant les principaux acteurs universitaires, devrait aboutir à un cadre revisité et harmonisé servant de « boussole » aux établissements de formation.

L’OOAS, dont le directeur rappelle que la formation est une priorité sous-régionale, capitalise sur des actions antérieures comme l’harmonisation de 58 programmes, l’élaboration d’un plan régional de formation et l’octroi de bourses. Cet atelier s’inscrit dans cette continuité pour renforcer la prise en compte des problématiques de formation.

Enfin, le Ministre Hounkpatin a lancé un appel crucial à l’adaptation face aux mutations mondiales, notamment technologiques. Il exhorte les parties prenantes à intégrer l’Intelligence Artificielle et le téléenseignement dans les futurs standards, afin de permettre à la sous-région de rester compétitive. Le Bénin, par ce leadership et son engagement réaffirmé, positionne ainsi cette harmonisation comme un pilier stratégique pour la résilience et l’excellence sanitaire en Afrique de l’Ouest, malgré les turbulences institutionnelles.

« La conformité n’est pas un sujet de réglementation. C’est un sujet de confiance économique. »

Dans un contexte de renforcement des normes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB/FT), les professionnels assujettis sont confrontés à des exigences de conformité de plus en plus complexes. Pour répondre à ce défi, Hazim Sebbata, lance ScreenEdge, une plateforme technologique pensée pour faciliter les obligations réglementaires et offrir aux acteurs concernés un outil opérationnel de gestion du risque et de traçabilité. 

Au Maroc, le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme s’est considérablement renforcé ces dernières années, notamment après la sortie du pays de la liste grise du GAFI en 2023. Cette évolution s’accompagne d’exigences accrues pour les institutions financières et les professions dites « assujetties », qui doivent désormais mettre en place des mécanismes rigoureux de conformité : procédures de connaissance du client (KYC), vérification des listes de sanctions internationales, identification des personnes politiquement exposées ou encore conservation de traces d’audit. 

C’est dans ce contexte que s’inscrit la création de ScreenEdge, une plateforme de type RegTech conçue pour centraliser et automatiser ces obligations. Elle vise notamment les structures qui ne disposent pas des moyens techniques des grandes institutions financières : cabinets d’avocats, notaires, agents immobiliers, experts-comptables ou encore intermédiaires d’assurance. L’objectif est de leur offrir un outil simple et accessible permettant de sécuriser les relations d’affaires, d’identifier les risques et de démontrer leur conformité en cas de contrôle ou d’audit.  

Pouvez-vous nous parler de cette nouvelle solution ?

Nous avons développé une plateforme technologique dédiée à un sujet encore trop peu visible dans le débat économique : la conformité des personnes assujetties non financières.
 La lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme repose sur un principe simple : certaines professions ont l’obligation de connaître leurs clients, de comprendre les relations d’affaires qu’elles établissent et de détecter les opérations suspectes.

Pendant longtemps, ces obligations ont été pensées pour les banques. Or une part croissante des flux économiques passe aujourd’hui par des professions non financières : agents immobiliers, fiduciaires, experts-comptables, notaires, négociants en biens de valeur, plateformes digitales ou sociétés de services.

Ces acteurs sont désormais soumis à des obligations de vigilance précises, mais disposent rarement des outils technologiques du monde bancaire. Notre plateforme a été conçue pour eux. Elle permet de structurer l’identification des clients, de documenter la relation d’affaires, de réaliser les contrôles nécessaires et de conserver une traçabilité complète. La conformité cesse alors d’être une contrainte administrative. Elle devient un processus clair, organisé et sécurisé.


Le sujet des personnes assujetties. On en parle peu. Pouvez-vous expliquer cette discipline ?


Dans la lutte contre le blanchiment d’argent, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les autorités publiques. Elle repose aussi sur certains acteurs économiques qui ont une position privilégiée pour observer les flux financiers.

Ces acteurs sont appelés les personnes assujetties. Ils ont l’obligation de mettre en place un dispositif de vigilance. Cela signifie identifier leurs clients, comprendre l’objet de la relation d’affaires, vérifier l’origine des fonds dans certaines situations et signaler les opérations suspectes.

Au Maroc, ce cadre est structuré par la loi 43‑05 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, complétée par plusieurs textes d’application et directives sectorielles.

L’un des piliers de cette discipline est l’identification de la relation d’affaires : savoir avec qui l’on travaille réellement et pour quel type d’opération.

Cette étape peut paraître simple, mais elle devient rapidement complexe dès que l’on est confronté à des structures juridiques, des sociétés interposées ou des bénéficiaires effectifs difficiles à identifier.

Dans ce contexte, la conformité n’est pas une formalité. C’est un travail d’analyse et de responsabilité.


Qui sont les concernés ?

On pense souvent spontanément aux banques. En réalité, le périmètre est beaucoup plus large.

Notre travail se concentre principalement sur les personnes assujetties non financières.

On y retrouve notamment :

les agents immobiliers, les avocats et professionnels du juridique, les notaires, les experts‑comptables, les fiduciaires ,les cabinets de conseil ou de structuration, les négociants en métaux ou pierres précieuses, certaines plateformes technologiques, etc.

Ces professions ont un rôle clé dans l’économie réelle. Elles accompagnent la création de sociétés, les transactions immobilières, les opérations patrimoniales ou les échanges commerciaux.

Elles sont donc naturellement exposées à des risques de blanchiment ou d’utilisation abusive de structures juridiques.

Le problème est que la plupart de ces professions n’ont ni les équipes conformité ni les infrastructures technologiques des banques.

C’est là que se situe le besoin réel : des outils simples, accessibles et adaptés à leur pratique quotidienne.


 À quel point est‑ce obligatoire ?

La conformité en matière de lutte contre le blanchiment d’argent n’est pas une option. C’est une obligation légale claire.

Les personnes assujetties doivent mettre en place un dispositif de vigilance complet. Cela inclut l’identification des clients, la compréhension de la relation d’affaires, l’identification des bénéficiaires effectifs, la détection d’opérations inhabituelles et, lorsque c’est nécessaire, la déclaration de soupçon auprès des autorités compétentes.

Au Maroc, ces obligations sont prévues par la loi 43‑05 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, complétée par plusieurs textes d’application et par les directives des autorités de supervision sectorielles.

Pour les professions concernées, la responsabilité est réelle. En cas de manquement, les sanctions peuvent être disciplinaires, financières et, dans certaines situations, pénales.

Cette exigence ne relève pas uniquement du cadre national. Elle s’inscrit dans un dispositif international beaucoup plus large. Les standards sont définis par le Groupe d’Action Financière, le GAFI, qui évalue régulièrement les dispositifs de conformité des pays. Ces évaluations ont un impact direct sur la crédibilité financière des États, l’accès aux marchés internationaux et les relations bancaires.

Dans ce contexte, les professions non financières deviennent progressivement le nouveau front de la conformité. Les criminels financiers ont toujours tendance à se déplacer vers les zones les moins surveillées. Les autorités internationales ont donc élargi les obligations de vigilance à tous les acteurs qui interviennent dans la structuration économique et patrimoniale.

Pour beaucoup de professionnels, la question n’est donc plus de savoir si ces obligations existent. La vraie question est : comment les appliquer concrètement, efficacement et sans transformer leur activité en machine administrative.

 Côté technologie, comment fonctionne la plateforme ?, comment fonctionne la plateforme ?

La plateforme repose sur quatre modules principaux.

Le premier module concerne l’identification et la gestion des clients.
Il permet de constituer la fiche complète de la relation d’affaires : identité, structure juridique, bénéficiaires effectifs, documents justificatifs et profil de risque.

Le deuxième module est le moteur de criblage.
Il compare automatiquement les noms des personnes et des entités avec plusieurs bases de données internationales : listes de sanctions, personnes politiquement exposées et bases de surveillance.

Le troisième module est un moteur de détection et d’alertes.
Lorsque le système identifie une correspondance potentielle, une alerte est générée pour permettre à l’utilisateur d’analyser le cas.

Le quatrième module permet de gérer les cas détectés.
Les équipes peuvent documenter leurs analyses, valider ou rejeter les correspondances, produire les rapports de conformité et générer des rapports statistiques. Cette dernière dimension est essentielle. Elle permet aux organisations de démontrer, à tout moment, la réalité des contrôles effectués et la solidité de leur dispositif de conformité.

La technologie ne remplace pas la responsabilité professionnelle. Mais elle apporte la rigueur, la traçabilité et l’efficacité nécessaires pour exercer cette responsabilité dans un environnement économique de plus en plus complexe.

Comme j’aime souvent le résumer : « La conformité n’est pas un sujet de réglementation. C’est un sujet de confiance économique. » Dans une économie où les flux circulent de plus en plus vite et où les structures deviennent de plus en plus sophistiquées, la capacité des professionnels à savoir avec qui ils travaillent réellement devient essentielle.