Managem: comment l’or sénégalais et le cuivre marocain ont fait bondir la rente minière de 2,4 milliards de dirhams
Le chiffre est de ceux qui forcent le respect dans l’univers cyclique et souvent imprévisible des mines. En publiant fin mars 2026 un résultat net part du groupe de 3,002 milliards de dirhams, en hausse vertigineuse de 2,382 milliards par rapport à l’exercice précédent, Managem n’annonce pas seulement une année faste. Il officialise la mue réussie d’un opérateur minier marocain historique en un véritable champion panafricain des ressources stratégiques. Le communiqué est sobre, presque trop pour ce qu’il révèle. Derrière la froideur des agrégats comptables se cache une double réussite industrielle qui n’a rien d’une coïncidence: d’un côté, l’entrée en production du projet cuprifère de Tizert, dans le Souss marocain, et de l’autre, la coulée du premier lingot d’or de Boto, dans l’est sénégalais. Deux projets structurants, deux pays, une seule et même démonstration de la capacité du groupe à transformer des gisements en cash-flow opérationnel dans des délais maîtrisés.
La commercialisation des productions dès le quatrième trimestre 2025 a agi comme un accélérateur de résultats, venant s’ajouter à un contexte de marché des métaux que le conseil d’administration qualifie de manière pudique de « favorable ». Pour l’or, cela se traduit par des prix spot historiquement élevés. Pour le cuivre, par une demande structurelle portée par l’électrification mondiale. Managem a su capter cette double rente minière au moment précis où ses nouvelles capacités devenaient opérationnelles. Ce sens du timing industriel est la marque des grands groupes extractifs.
Mais Managem livre aussi les indices d’une ambition qui dépasse le simple exercice 2025. La poursuite des travaux de construction pour les sulfates de cobalt et le gaz de Tendrara, dont les démarrages sont programmés cette année 2026, dessine un portefeuille de projets qui épouse les contours de la transition énergétique. Le cobalt marocain, le gaz de l’Oriental, l’or et le cuivre: Managem verrouille un mix de commodités qui lui assure une exposition à la fois aux valeurs refuges traditionnelles et aux métaux critiques de la mobilité électrique.
La conclusion d’un nouvel accord de cession partielle avec Norin Mining sur le projet aurifère soudanais de Gabgaba confirme par ailleurs une stratégie pragmatique de partage des risques dans des juridictions plus complexes, tout en sécurisant des plus-values substantielles. La décision de proposer un dividende de 55 dirhams par action à l’assemblée générale, en forte progression par rapport aux exercices antérieurs, est le signal ultime de la confiance du management dans la soutenabilité de cette dynamique. Pour le Sénégal, Boto devient une réalité industrielle et fiscale tangible. Pour le Maroc, Tizert ancre le groupe dans une nouvelle géographie minière nationale au-delà de ses bastions historiques.
Ce que ces résultats 2025 racontent, c’est qu’un groupe africain, lorsqu’il maîtrise sa courbe d’apprentissage technique et qu’il bénéficie d’une vision stratégique transcontinentale, peut parfaitement capter la valeur de ses sous-sols pour la restituer à ses actionnaires sans rien céder de son indépendance opérationnelle. Le dividende est un signal, mais la montée en régime des nouveaux projets est une promesse autrement plus lourde.



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