ZLECAf et sécurité commerciale: les chantiers qui attendent le zimbabwéen Lesley Ndlovu à la tête de l’assureur panafricain AfrexInsure

Du nouveau dans l’écosystème d’Afreximbank et de la sécurisation des échanges commerciaux sur le continent avec la nomination du zimbabwéen Lesley Ndlovu au poste de Président-directeur général d’AfrexInsure, filiale d’assurance spécialisée du groupe Afreximbank, effective janvier 2026. Cette décision, annoncée le 16 mars 2026 au Caire, intervient à un moment critique pour la transformation économique africaine, marquée par la montée en puissance de la ZLECAf et la nécessité impérieuse d’atténuer les risques entravant le commerce et les investissements stratégiques.

Ndlovu, expert zimbabwéen doté d’une expertise internationale éprouvée auprès de géants comme AXA Specialty et African Risk Capacity (ARC), incarne le virage opéré par AfrexInsure. Sa mission: piloter la transition de la société d’une phase de démarrage vers une croissance dynamique, en développant des solutions d’assurance spécialisées, robustes et ancrées localement. Ce leadership technique et opérationnel est crucial pour adresser les déficits persistants du marché: capacité limitée de gestion des risques, coûts d’assurance prohibitifs et dépendance excessive vis-à-vis des marchés de réassurance offshore, autant de freins majeurs au commerce intra-africain et à l’industrialisation.

Sa nomination consolide le rôle stratégique d’AfrexInsure comme pilier indispensable de l’écosystème du groupe Afreximbank. Elle démontre la volonté de l’institution financière panafricaine de doter le continent d’outils sophistiqués et bien capitalisés pour gérer ses propres risques commerciaux et d’investissement. Le Dr George Elombi, Président d’Afreximbank, souligne l’objectif central: développer les capacités locales pour «gérer les risques associés au commerce en vue de conserver les primes sur le continent».

Dans un contexte d’incertitude globale et d’accélération de la ZLECAf, la capacité d’AfrexInsure à concevoir des produits adaptés aux risques spécialisés du commerce africain devient un levier indispensable pour sécuriser les investissements dans les chaînes de valeur et attirer les capitaux vers les secteurs clés du développement socio-économique. Une initiative institutionnelle qui positionne l’Afrique comme acteur déterminant dans la sécurisation de son propre destin économique.

Joint-venture dans l’industrie de la défense: comment le nigérian Nigus International Investment Limited et l’émirien Elmirate Capital veulent contribuer à la souveraineté techno-défense du Nigéria

Le Nigeria franchit une étape majeure dans son autonomie stratégique avec la signature d’un protocole d’accord entre Nigus International Investment Limited, entreprise nigériane spécialisée dans la défense et l’aérospatial, et Elmirate Capital, société d’investissement basée aux Émirats arabes unis.

Doté d’un engagement financier prévisionnel de 200 millions de dollars, ce partenariat vise à établir une plateforme industrielle intégrée de défense et de hautes technologies via la nouvelle entité Nigus Tactical Systems Ltd.

L’initiative, structurée sous l’égide de la Defense Industries Corporation of Nigeria (DICON) et alignée sur la loi DICON 2023, cible trois piliers: la fabrication avancée locale (munitions, véhicules blindés, drones tactiques ISR), la cyberdéfense (cyber-polygones, résilience numérique) et les capacités spatiales (satellites d’observation terrestre, communications sécurisées). Une triple approche qui répond à l’ambition nigériane de réduire sa dépendance aux importations d’équipements sécuritaires tout en consolidant un écosystème industriel à haute valeur ajoutée.

L’impact stratégique d’une telle initiative dépasse les frontières nationales du Nigeria. En combinant transferts technologiques Sud-Sud/Nord-Sud et intégration régionale, le projet positionne le Nigeria comme futur hub africain pour les infrastructures critiques de sécurité, à l’instar du Maroc, le Rwanda, le Kenya et le Ghana. La synergie entre partenaires internationaux et leadership local vise explicitement à servir les priorités nationales et les besoins sécuritaires de la région ouest-africaine, marquant ainsi une avancée remarquable dans les politiques industrielles de souveraineté continentale.

Report de la CAN Féminine 2026: Et si l’Afrique ratait son premier grand test à 16 nations ?

La décision de la Confédération Africaine de Football (CAF) de reporter la Coupe d’Afrique des Nations Féminine (WAFCON) 2026, initialement prévue en mars-avril à juillet-août 2026, révèle des défis significatifs tout en soulignant des opportunités cruciales pour le sport continental. Le Maroc, pays hôte, est directement au cœur de cette décision, invoquant des « circonstances imprévues » non précisées par la CAF. Une opacité qui soulève des questions immédiates sur la gouvernance proactive et la communication transparente des instances sportives africaines face aux crises.

Le report, bien que perturbant pour les sélections qualifiées, offre cependant un délai précieux pour optimiser l’organisation du premier tournoi à 16 équipes, une expansion majeure symbolisant la volonté affichée de développer le football féminin. Un format élargi qui amplifie l’impact de la compétition, offrant une vitrine inédite à davantage de nations et renforçant sa légitimité comme tremplin essentiel vers la Coupe du Monde 2027. L’Afrique confirme ainsi l’importance stratégique de cette CAN Féminine via son rôle de qualification directe (4 places) et de repêchage intercontinental (2 places).

Si la collaboration affichée entre CAF, FIFA et partenaires commerciaux (TotalEnergies) est un signe positif de coopération internationale indispensable, le succès final dépendra de la capacité du Maroc et de la CAF à transformer ce délai en une préparation irréprochable et à lever rapidement le voile sur les raisons du report pour préserver la confiance des acteurs et du public africain.

Plan de rapatriement des djihadistes détenus en Irak. Du nouveau dans la démarche sécuritaire du Maroc

Le Maroc, confronté à l’héritage de la lutte contre l’État islamique (EI), élabore, selon Reuters, un plan sans précédent pour rapatrier ses ressortissants détenus en Irak, incluant combattants, femmes et enfants liés à l’EI. Une initiative qui fait suite au transfert par les États-Unis de 5 700 détenus adultes vers l’Irak après l’effondrement des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) en janvier 2026.

Les chiffres officiels révèlent l’ampleur du défi: sur 1 667 combattants marocains recensés en Syrie/Irak, 244 étaient détenus par les FDS, tandis que 269 femmes et 627 mineurs restent dans la zone de conflit. Depuis 2019, le Maroc a déjà jugé et condamné à de lourdes peines (13 à 18 ans) huit rapatriés, s’appuyant sur un arsenal juridique punissant de 10 ans d’emprisonnement l’engagement dans des groupes djihadistes étrangers.

Une démarche proactive, réclamée par l’Irak, qui distingue le royaume comme un acteur africain assumant ses responsabilités sécuritaires face à une menace transnationale. Elle témoigne d’une approche intégrée combinant répression pénale (via le Bureau Central d’Investigations Judiciaires, BCIJ, ayant démantelé des centaines de cellules depuis 2015) et gestion humanitaire complexe (femmes et enfants dans les camps). Le Maroc démontre ainsi sa capacité à piloter une réponse souveraine à un défi géopolitique majeur, renforçant son statut de pôle de stabilité en Afrique du Nord.

Crise au Moyen-Orient: grâce exceptionnelle jusqu’au 31 mars 2026. Comment la décision des Émirats Arabes Unis protège des milliers de résidents de la diaspora africaine

Face à la fermeture sans précédent de l’espace aérien moyen-oriental après les frappes iraniennes, les Émirats Arabes Unis viennent d’octroyer une période de grâce exceptionnelle jusqu’au 31 mars 2026. Une mesure humanitaire qui permet aux résidents bloqués à l’étranger avec un visa expiré depuis le 28 février de rentrer sans amendes ni perte de statut. Tous les pays africains ayant des ressortissants résidents légaux aux EAU sont concernés en droit, mais l’impact est massivement différencié selon la taille des diasporas et la dépendance aux liaisons aériennes via Dubaï/Abou Dhabi. L’Égypte, avec près de 400 000 résidents, la plus importante communauté africaine et bénéficiaire clé des transferts de fonds, est le pays le plus immédiatement et fortement touché. Le Soudan, l’Éthiopie et l’Érythrée, pourvoyeurs majeurs de main-d’œuvre transitant par Dubaï, sont aussi en première ligne. Le Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie), dont les liaisons aériennes directes furent suspendues, et l’Afrique subsaharienne anglophone (Nigeria, Kenya, Afrique du Sud, Ghana…), très dépendante du hub de Dubaï pour ses connexions mondiales, sont également fortement concernés. Concrètement, cette mesure sauvegarde le statut migratoire légal des ressortissants, préserve les flux critiques de transferts de fonds, levier économique vital pour plusieurs pays africains, désengorge les services consulaires africains et sécurise le retour via les hubs aériens du continent (Casablanca, Lagos, Nairobi, Le Caire…). Elle consolide aussi la perception des EAU comme partenaire responsable auprès des gouvernements africains tributaires de l’emploi de leurs citoyens dans le Golfe et renforce la confiance des diasporas dans leur pays d’accueil.

Paiements, PME et matières premières: la recette du Nigeria pour atteindre 50 milliards de dollars de « deals » lors de la cinquième Foire commerciale intra-africaine 2027 (IATF2027)

Le 10 mars 2026, le Nigeria a signé l’accord d’accueil de la cinquième Foire commerciale intra-africaine 2027 (IATF2027). L’évenement est prévu pour se tenir à Lagos du 5 au 11 novembre 2027. Un choix stratégique qui consacre la ville-phare du Plan d’action de Lagos (1980) pour l’autosuffisance industrielle, symbolisant une continuité historique vers l’intégration panafricaine. L’événement, co-organisé par Afreximbank, l’UA et le Secrétariat ZLECAf, vise la signature de 50 milliards de dollars américains d’accords commerciaux – seuil symbolique après l’édition de 2025 qui s’est tenue en Algérie (49,94 milliards de dollars américains d’accords commerciaux).

L’ambition thématique « Global Africa Repositioned – From Market Access to Market » transcende la logique d’accès pour matérialiser un marché continental opérationnel. Le programme intégré (ZLECAf Investment Forum, CANEX, AU Youth Start-up) fusionne politique industrielle, facilitation commerciale et diasporas, ciblant de manière explicite les chaînes de valeur régionales. Le poids du Nigéria – 1er PIB africain, hub minéralier (lithium, or), agricole et gazier – en fait un laboratoire naturel pour densifier les flux intra-africains, aujourd’hui limités à 17% du commerce total.

Les interventions des parties prenantes lors de la signature de l’accord d’accueil de la cinquième Foire commerciale intra-africaine 2027 a cristallisé les priorités opérationnelles de l’intégration continentale. L’ancien président Obasanjo a réactualisé la doctrine du Plan d’action de Lagos (1980) en faisant de l’industrialisation le socle de la souveraineté économique africaine, positionnant ainsi l’IATF2027 comme un instrument de matérialisation de cette vision historique. La ministre Oduwole, quant à elle, inscrit la ZLECAf dans une stratégie de résilience face aux fractures du commerce mondial, soulignant que l’événement doit transcender sa dimension marchande pour devenir un laboratoire de reconception des chaînes de valeur régionales. Une approche renforcée par le président d’Afreximbank, George Elombi, qui capitalise sur l’écosystème entrepreneurial nigérian – dynamisé par 40 millions de PME – pour générer des emplois et densifier les liens productifs intra-africains. L’Union africaine, par la voix de sa commissaire Francisca Tatchoup Belobe, a exigé un alignement structurel entre politiques minières, industrielles et de facilitation commerciale, condition sine qua non pour libérer le potentiel des ressources stratégiques du continent (lithium, or, pétrole).

Techniquement, Afreximbank opérationnalise ce cadre via son Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) – colonne vertébrale financière de la ZLECAf – et son Fonds d’ajustement de 10 milliards USD, conçu pour absorber les chocs d’intégration des États membres. L’IATF2027 agit ainsi comme un accélérateur tangible de la zone de libre-échange, s’appuyant sur le triple ancrage nigérian: sa démographie (226 millions de consommateurs), sa base industrielle émergente, et sa participation croissante aux échanges intracontinentaux. Le choix géostratégique de Lagos consolide la ville en hub logistique et décisionnel, avec des retombées attendues sur les infrastructures critiques (ports, corridors énergétiques) et la transformation productive. Un positionnement qui favorise une reconfiguration des dynamiques commerciales africaines autour de pôles régionaux intégrés, où le Nigeria joue un rôle fédérateur pour les économies d’Afrique de l’Ouest et au-delà.

Finance islamique: après 1,2 milliard de dollars déjà injectés, comment la Mauritanie a convaincu la Société Internationale Islamique de Financement du Commerce (ITFC) de doubler la mise avec un nouvel accord à 1 milliard de dollars

La Mauritanie consolide son statut de partenaire clé de la finance islamique en Afrique avec la signature d’un accord-cadre quinquennal d’un milliard de dollars (2026-2030) avec la Société Internationale Islamique de Financement du Commerce (ITFC), membre du Groupe de la Banque Islamique de Développement. Cet accord, signé à Jeddah par le Ministre mauritanien de l’Économie et du Développement, Dr Abdallah O. Souleymane O. Cheikh-Sidia et le DG de l’ITFC, Adeeb Yousuf Al Aama, vise à renforcer les capacités commerciales et le développement socio-économique du pays.

Concrètement, l’ITFC mobilisera des financements et un appui technique pour les secteurs prioritaires: énergie, bancaire et développement du secteur privé. Plus en détail, les actions incluront le financement des importations énergétiques, des facilités de financement du commerce et des lignes de confirmation de lettres de crédit pour les banques locales, ainsi qu’un soutien accru aux PME. Des programmes d’assistance technique cibleront la productivité agricole et la facilitation des échanges dans les secteurs stratégiques.

Rappelons que ce partenariat s’inscrit dans une relation historique: depuis 2008, l’ITFC a déjà injecté plus de 1,2 milliard de dollars en Mauritanie, soutenant des secteurs vitaux et renforçant les capacités nationales. Pour les autorités mauritaniennes, cet accord est un levier essentiel pour mobiliser des ressources financières alignées sur les priorités nationales et stimuler une croissance durable. L’ITFC y voit une opportunité d’élargir les perspectives commerciales et d’investissement, consolidant son rôle de catalyseur du développement par le commerce en Afrique. Une initiative qui illustre la dynamique proactive de la Mauritanie dans l’optimisation des instruments de finance islamique pour transformer son économie.

Cacao: comment le Nigerian Sunbeth prouve que les banquiers internationaux ne sont plus indispensables

Le Nigeria vient de livrer un signal fort sur la maturité croissante de son écosystème financier et sur la montée en puissance de ses acteurs privés dans la chaîne de valeur agricole mondiale. En levant 165,73 milliards de nairas (environ 118,5 millions de dollars américains et 108,7 millions d’euros) via un programme de papier commercial sursouscrit à hauteur de 65% au-delà de l’objectif initial fixé à 100 milliards de nairas, Sunbeth Global Concepts Limited illustre une réalité que l’Afrique peine encore trop souvent à projeter: celle d’opérateurs africains capables de structurer des instruments financiers sophistiqués, d’attirer des investisseurs qualifiés et d’aligner discipline de capital et ambition continentale. 

L’émission, structurée en trois tranches de maturités échelonnées — 179, 270 et 364 jours — avec des rendements implicites allant jusqu’à 23,5%, révèle une architecture financière délibérément pensée pour absorber la volatilité inhérente au négoce de matières premières tout en offrant au marché une lisibilité et une liquidité accrues via la cotation sur la NGX (Nigerian Exchange Group, ex-Nigerian Stock Exchange) ou la FMDQ Securities Exchange, marché des valeurs mobilières à revenu fixe (fixed income), spécialisé dans les obligations d’État (FGN Bonds), les commercial papers, les repo et les changes (FX futures), avec un chiffre d’affaires de plus de 200 billions NGN annuels.

Disons que ce qui vient de se passer n’est pas un fait anodin dans un environnement macroéconomique nigérian marqué par des pressions inflationnistes et une naira sous tension: la forte réponse des investisseurs traduit une confiance dans le modèle opérationnel de Sunbeth Global Concepts Limited, dans sa gouvernance et dans sa position stratégique sur un marché du cacao ouest-africain en pleine recomposition. Car c’est là le cœur du signal: le cacao africain traverse une transition structurelle. Les grands pays producteurs — Côte d’Ivoire, Ghana, Cameroun, Nigeria — font face à une pression mondiale croissante pour remonter la chaîne de valeur, sortir du tout-export de fèves brutes et capter davantage de valeur ajoutée via la transformation. Sunbeth, en mobilisant ces capitaux destinés prioritairement au fonds de roulement de ses activités de négoce, se positionne de manière explicite en tremplin vers cet aval industriel. 

La stratégie déclarée d’intégration progressive — transformation, segments à plus forte marge — dessine les contours d’un acteur africain qui refuse de rester cantonné au rôle d’agrégateur-exportateur. En déployant simultanément ses opérations au Nigeria, au Cameroun et au Ghana, Sunbeth incarne une vision sous-régionale de la chaîne de valeur agricole, là où l’Afrique de l’Ouest dispose d’un avantage comparatif réel mais sous-exploité.

En définitive, ce succès de Sunbeth est moins une levée de fonds qu’un acte de souveraineté économique discret mais puissant: celui d’un acteur africain qui finance son expansion par et pour le marché africain, sans attendre la validation de l’extérieur.

Marché des transferts d’armes à destination des pays africains: Maroc, Algérie, Nigeria, Sénégal, Mali…ce que révèle SIPRI sur le basculement en cours, les grands acquéreurs et fournisseurs du continent

L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) vient de rendre public son rapport sur les tendances des transferts internationaux d’armes 2025. Ce rapport révèle une baisse globale de 41% des importations d’armes majeures par les États africains entre 2016-2020 et 2021-2025, contre une hausse mondiale de 9,2%. Une contraction qui masque des réalités régionales antagonistes et place l’Afrique en net contraste avec la flambée européenne (+210 %). Le Maghreb incarne cette polarisation: le Maroc, désormais premier importateur africain, voit ses acquisitions progresser de 12%, tirées par les États-Unis (60% de ses approvisionnements), Israël (24%) et la France (10%). À l’inverse, l’Algérie subit un effondrement de 78% de ses importations, principalement dépendantes de la Russie (39%), de la Chine (27%) et de l’Allemagne (18%). Leurs tensions de longue date, notamment autour du Sahara occidental, restent un moteur majeur de leurs politiques d’armement, bien que le rapport souligne que les données algériennes, souvent opaques, pourraient sous-estimer des acquisitions russes non vérifiées.

En Afrique subsaharienne, les importations augmentent de 13%, représentant 2,2% du total mondial. Le Nigeria (16% des importations sous-régionales), le Sénégal (8,8%) et le Mali (8%) dominent ce marché fragmenté où la Chine émerge comme premier fournisseur (22%), devant la Russie (12%) et la Turquie (11%). Une croissance qui s’inscrit dans un contexte de conflits armés persistants, comme la guerre civile soudanaise déclenchée en 2023. Le SIPRI met en lumière la difficulté de traquer les transferts vers ces zones: les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (RSF) ont reçu des armes durant la période, incluant drones armés, véhicules blindés et systèmes de défense aérienne, souvent via des canaux secrets (Biélorussie, Iran, Émirats arabes unis) ou des fournisseurs non identifiés. Une opacité, caractéristique des marchés africains, qui complique l’évaluation des flux réels et des risques de détournement.

Des dynamiques qui illustrent la vulnérabilité du continent face aux rivalités d’influence des grands exportateurs et aux défaillances de traçabilité. Alors que l’Europe renforce son arsenal face à la menace russe, l’Afrique subsaharienne voit sa dépendance aux importations se pérenniser dans un contexte sécuritaire dégradé, avec des transferts alimentant directement des conflits internes. La domination américaine au Maghreb et l’essor chinois au sud du Sahara redessinent les équilibres géostratégiques, soulignant l’urgence de mécanismes de transparence renforcés pour une sécurité collective africaine.

Aviation civile africaine: comment la BAD s’y prend pour débloquer des milliards et enfin désenclaver le continent

Le récent Forum Aviation organisé par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), en partenariat avec l’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) à Nairobi les 25 et 26 février 2026 a placé l’Afrique de l’Est et le Nigeria au cœur du Programme intégré de transformation de l’aviation (IATP), une plateforme continentale conçue pour moderniser l’écosystème de l’aviation et mobiliser des capitaux privés, institutionnels et concessionnels à grande échelle. Alors que le continent, porté par une démographie jeune et une urbanisation rapide, représentera 25% des nouveaux passagers mondiaux d’ici 2046, sa connectivité reste entravée: seulement 25% du trafic est intra-africain et les marges nettes des compagnies (1-2%) stagnent au-dessous de la moyenne mondiale (3,9%).

Le Kenya s’illustre comme hub stratégique, accueillant l’événement et incarnant l’urgence de réformes via Kenya Airways. Le Nigeria, représenté par Samuel Obafemi Bajomo, conseiller principal auprès du ministère de l’Aviation du Nigéria, défend des cadres politiques prospectifs pour libérer le potentiel de croissance. L’Éthiopie, avec son modèle de compagnie performante, sert de référence pour la bancabilité.


La Banque Africaine de Développement (BAD) positionne l’IATP comme plateforme intégrée visant à surmonter les freins structurels de l’aviation africaine, avec trois leviers interdépendants. Premièrement l’alignement réglementaire. Un levier qui vise à accélérer la mise en œuvre du Marché Unique Africain du Transport Aérien (MUTAA), érigé en priorité continentale sous présidence de l’Union Africaine en 2027. Un cadre qui vise à résoudre la fragmentation des politiques qui étouffe la connectivité intra-africaine, aujourd’hui limitée à 25% du trafic total. Deuxièmement, le déblocage financier. Ce levier combine capitaux privés, institutionnels et concessionnels via des mécanismes innovants de partage des risques, réponse directe au coût prohibitif du capital et aux marges nettes dérisoires des compagnies (1-2% contre 3,9% mondial). Troisièmement, la modernisation ciblée des infrastructures critiques – hubs régionaux, réseaux fret et chaînes logistiques –. Un levier qui adresse les déficits matériels tout en renforçant la bancabilité des projets, comme l’illustrent les modèles éthiopien et kenyan. L’AFRAA souligne le paradoxe fondamental: l’Afrique concentre 18% de la population mondiale mais moins de 3% du trafic aérien, révélant un potentiel de croissance immobilisé par des obstacles réglementaires et financiers plutôt que par une demande faible.

Dans un tel contexte, la réussite exige désormais une implémentation synchronisée: harmonisation politique accélérée par les États-phares (Éthiopie, Maroc, Kenya, Nigeria, Afrique du Sud), mobilisation massive de financements adaptés aux risques sectoriels, et déploiement d’infrastructures alignées sur les corridors économiques prioritaires. Seule cette triple convergence transformera l’aviation en véritable levier d’intégration régionale et de prospérité inclusive, capitalisant sur l’urbanisation rapide et la démographie jeune du continent.