Afreximbank et FCI à Kampala: pourquoi l’affacturage est devenu l’arme secrète du commerce intra-africain

Il faut parfois regarder de près les événements dédiés aux experts pour comprendre où se joue vraiment l’avenir économique d’un continent. La Conférence régionale africaine sur l’affacturage, le financement des créances et l’assurance-crédit, organisée conjointement par Afreximbank et FCI, l’organe représentatif mondial de l’affacturage et du financement des créances commerciales nationales et internationales en compte ouvert, les 15 et 16 avril 2026 à Kampala, appartient à cette catégorie.

Pas de chiffres record à annoncer, pas de grand sommet présidentiel, juste des banquiers, des régulateurs, des assureurs et des décideurs politiques réunis autour d’une question qui conditionne silencieusement la viabilité de la Zone de libre-échange continentale africaine: comment une PME africaine peut-elle vendre à un acheteur situé dans un autre pays du continent sans attendre trois mois pour être payée, sans mettre en péril sa trésorerie, sans que sa banque lui refuse le crédit faute de garanties tangibles ? La réponse que cette conférence met au centre du débat, c’est l’affacturage. Un outil financier vieux comme le commerce lui-même consistant à céder ses créances commerciales à un tiers en échange de liquidités immédiates, mais qui reste largement sous-utilisé en Afrique, précisément là où il pourrait avoir le plus d’impact. Kanayo Awani, vice-présidente exécutive d’Afreximbank, le dit sans détour: « l’affacturage n’est pas seulement une alternative, c’est une nécessité pour les entreprises africaines qui ont besoin de liquidités immédiates pour rester compétitives. » Une formulation qui tranche avec le langage prudent des institutions multilatérales. Elle dit que le modèle du prêt bancaire traditionnel, avec ses exigences de collatéral, ses délais d’instruction et ses coûts prohibitifs pour les petites structures, ne peut pas, seul, financer l’ambition commerciale de la ZLECAf.

Le déficit de financement du commerce en Afrique est massif, structurel, et il frappe en premier les PME, qui constituent pourtant l’essentiel du tissu productif continental. L’affacturage, le financement de la chaîne d’approvisionnement et l’assurance-crédit constituent précisément des outils qui contournent le problème du collatéral en s’appuyant sur la qualité de la créance plutôt que sur les actifs de l’emprunteur. Mais leur déploiement à grande échelle en Afrique bute sur des obstacles bien identifiés: des cadres juridiques fragmentés ou inexistants, l’absence de registres de créances fiables, la méconnaissance des opérateurs, et des régulations qui n’ont pas encore intégré ces instruments dans leurs périmètres de supervision. C’est exactement ce que cette conférence de Kampala entend adresser, pas dans l’abstraction des grandes déclarations, mais dans le concret des discussions sur les cadres légaux, la numérisation des créances et les conditions pratiques de déploiement à l’échelle.

Le choix de Kampala n’est pas fortuit non plus. L’Ouganda, marché à pénétration mobile money significative, porte sur la sous-région Est-africaine un regard particulièrement pertinent pour une conversation sur les nouvelles architectures de financement du commerce. Ce que cette conférence révèle, en définitive, c’est qu’Afreximbank a compris que construire la ZLECAf ne se résume pas à abolir les droits de douane. Cela exige de doter les entreprises africaines des instruments financiers qui rendent le commerce intra-africain économiquement praticable au quotidien.

Partenariat Ethiopian Airlines–Marriott Bonvoy: pourquoi la première compagnie africaine s’installe au cœur de l’économie mondiale du voyage premium ?

Il y a des partenariats qui valent moins pour leurs mécanismes techniques que pour ce qu’ils signalent sur l’état d’un acteur. Celui qu’Ethiopian Airlines vient de sceller avec Marriott Bonvoy appartient à cette catégorie. Sur le papier, c’est un accord d’interopérabilité entre deux programmes de points: les ShebaMiles convertibles en points Marriott, les points Marriott convertibles en ShebaMiles, avec des ratios précis et un bonus de 5 000 miles pour chaque tranche de 60 000 points transférés. Dans les faits, c’est autre chose. C’est la confirmation publique qu’Ethiopian Airlines a atteint le niveau de crédibilité, de volumétrie et de rayonnement qui lui permet de s’asseoir à la table des partenariats stratégiques globaux aux côtés des grandes enseignes de l’hospitalité mondiale, non plus comme un acteur africain que l’on intègre par souci de diversité géographique, mais comme un partenaire dont le réseau de plus de 145 destinations et l’appartenance à Star Alliance constituent une valeur d’accès réelle pour les 210 millions de membres Marriott Bonvoy dans le monde. Ce que ce partenariat révèle, c’est l’ampleur du chemin parcouru par la compagnie éthiopienne. Meilleure compagnie aérienne africaine pour la huitième année consécutive selon Skytrax, Ethiopian opère aujourd’hui une stratégie multipôles continentale (Lomé, Lilongwe, Lusaka, Kinshasa) qui fait d’Addis-Abeba la plaque tournante aérienne la plus interconnectée d’Afrique, et de ShebaMiles un programme de fidélité dont la portée dépasse désormais les frontières du continent. Rappelons que le programme de fidélité de Marriott International couvrant plus de 10 000 hôtels et 30 enseignes à travers le monde.

Pour le voyageur africain aisé ou d’affaires, la valeur concrète de cet accord est immédiate: la possibilité de capitaliser sur un seul portefeuille de fidélité pour ses déplacements aériens et ses séjours hôteliers, sans friction de compte à lier. C’est précisément cette fluidité, qui au passage ne requiert aucun lien de compte, qui distingue cet accord d’un simple communiqué de façade. Pour l’Afrique, le signal est plus large encore. Il dit que ses champions continentaux, notamment ceux qui ont investi dans l’excellence opérationnelle, la flotte moderne, la gouvernance, finissent par attirer, naturellement et sur leurs propres mérites, les partenariats que l’on associe trop souvent aux seules compagnies occidentales ou du Golfe. Peut-on dire sans risque de se tromper qu’Ethiopian Airlines ne cherche plus à être reconnue ? Une chose est sûre, elle est reconnue, et elle négocie en conséquence.

290 millions d’euros sur la table: comment le Nigeria s’impose comme l’une des cibles prioritaires du Global Gateway de l’UE

Il arrive que la franchise diplomatique soit plus révélatrice que le chiffre annoncé. C’est le cas ici. Jozef Síkela, commissaire européen aux partenariats internationaux, l’a dit sans détour en marge du 8e dialogue ministériel Nigeria-UE tenu à Abuja: ces 290 millions d’euros d’investissements nouveaux profitent au peuple nigérian, « mais offrent également de nouvelles perspectives à l’Europe ». Une symétrie d’intérêts, rarement énoncée aussi clairement dans le langage feutré de la coopération internationale, qui mérite d’être lue pour ce qu’elle est, non comme une critique, mais comme une grille de lecture indispensable pour comprendre la géographie de ces financements. Car la ventilation sectorielle de cette enveloppe parle d’elle-même.

La digitalisation capte 131 millions d’euros, soit 45% du total. Une priorité qui répond autant aux besoins de connectivité d’un Nigeria de 220 millions d’habitants qu’aux intérêts des opérateurs technologiques européens en quête de marchés émergents à fort potentiel de croissance. L’agriculture reçoit 86 millions d’euros, fléchés vers les filières cacao et laitière, précisément les chaînes de valeur où l’Europe est acheteuse et transformatrice, et où sécuriser l’approvisionnement à la source relève autant de la politique commerciale que de l’aide au développement. La santé, avec 55 millions d’euros orientés vers la production locale de médicaments et vaccins, est peut-être la composante la plus structurellement vertueuse de l’ensemble: renforcer les capacités industrielles pharmaceutiques nigérianes, c’est réduire une dépendance qui a coûté cher à tout le continent pendant la pandémie de Covid-19. Quant aux 16 millions d’euros dédiés à la gestion des migrations, notamment la réintégration et la lutte contre les réseaux de traite, ils sont révélateurs d’une priorité européenne que Bruxelles assume désormais sans complexe dans ses partenariats africains. Ce que cette nouvelle vague de financement révèle, au-delà des chiffres, c’est la montée en puissance de l’initiative « Team Europe » au Nigeria, dont le volume cumulé depuis 2025 atteint désormais près de 962,5 millions d’euros. Le Nigeria, troisième économie d’Afrique, premier pays en terme de population, devient ainsi l’un des terrains d’atterrissage privilégiés du Global Gateway.
Soulignons que le Global Gateway est la réponse européenne à la Belt and Road Initiative chinoise.

Ce qui reste la vraie question, celle que les communiqués de l’EU ne pose pas, ni ceux du Nigéria, c’est celle de l’appropriation: dans quelle mesure ces financements construisent-ils une capacité industrielle nigériane durable, plutôt qu’une dépendance renouvelée aux expertises et aux équipements importés ? Le Nigeria a les moyens d’exiger la réponse.

African Energy Summit de Londres: un boycott qui en dit long sur la fracture entre l’Afrique pétrolière et ses forums occidentaux

Il y a quelque chose d’historiquement significatif dans le fait que des ministres africains du pétrole refusent collectivement de se rendre à Londres pour participer à un sommet qui se présente sous la bannière de l’énergie africaine. Pas d’excuse protocolaire, pas d’absence discrète, un boycott assumé, motivé et articulé autour d’une exigence précise: le contenu local. Un geste qui en dit long sur une vérité que l’industrie internationale des hydrocarbures rechigne encore à entendre. Les ministres africains du pétrole en ont-ils assez d’être convoquée comme décor dans des forums qui décident de l’avenir énergétique du continent sans intégrer ses priorités de développement ?

Le contenu local, cette politique qui impose aux projets pétroliers et gaziers de recruter localement, de sous-traiter aux entreprises nationales, de former les travailleurs du pays hôte, est-il un caprice idéologique ? Disons que sur le terrain, c’est une ligne de fond, inscrite dans des législations dures comme la loi nigériane NOGIC ou la loi angolaise sur le contenu local, et validée par des résultats concrets. Le projet GNL du Nigeria a économisé deux milliards de dollars lors de sa phase EPC grâce à l’application du NOGIC. Le projet Greater Tortue Ahmeyim, à cheval entre le Sénégal et la Mauritanie, démontre qu’un projet gazier offshore peut simultanément exporter sa première cargaison et former des dizaines de techniciens locaux pour l’exploitation en mer.

Ce que le boycott de l’African Energy Summit de Londres expose, c’est une fracture de fond entre deux visions de l’énergie africaine: celle des organisateurs occidentaux qui continuent de penser le continent comme un terrain d’extraction à commenter depuis Mayfair, et celle des États producteurs africains qui revendiquent désormais leur droit à fixer les termes de leur propre participation. La charge de NJ Ayuk, président de la Chambre africaine de l’énergie, va plus loin encore. Elle nomme ce que beaucoup pensaient sans l’énoncer: certaines plateformes internationales, sous couvert de discours inclusifs, pratiquent une forme d’exclusion qui heurte frontalement la culture industrielle pétrolière africaine; culture que le Nigeria, l’Angola, le Mozambique, la Namibie, la Guinée équatoriale ont mis des décennies à construire. Que des pays encore en phase de montée en puissance comme la Namibie, la Gambie ou le Mozambique aient d’emblée inscrit le contenu local dans leurs cadres réglementaires naissants n’est pas un hasard. C’est une leçon tirée de l’histoire des voisins.

Ainsi, tout porte à croire que ce boycott n’est pas une crise passagère. Mais le signe que l’Afrique pétrolière a atteint un niveau de maturité institutionnelle où elle refuse désormais les plateformes qui la représentent sans la consulter, qui parlent en son nom sans partager ses valeurs, et qui organisent son avenir énergétique à distance d’un vol long-courrier.

265 000 candidatures, 7 Nord-africains retenus: ce que le filtre TEF dit de l’entrepreneuriat au Maghreb

Sept. C’est le nombre d’entrepreneurs nord-africains qui ont survécu à l’un des filtres les plus compétitifs du continent africain. Plus en détail, ils sont trois tunisiens, deux marocains, deux égyptiens.

Au total 265 000 candidatures, 54 pays, une sélection conduite par Ernst & Young, et au bout du processus, 3 200 élus. Soit un taux d’admission inférieur à 1,3%. Dans ce contexte de rareté, le chiffre sept n’est pas un succès à célébrer sans nuance. C’est un révélateur à interroger. L’Afrique du Nord, avec ses millions de diplômés en quête d’insertion, ses économies sous pression démographique et ses écosystèmes entrepreneuriaux en construction, ne représente que 0,2% de la promotion 2026 du Programme d’entrepreneuriat de la Fondation Tony Elumelu. Un déséquilibre de représentation qui ne dit pas que le talent manque au Maghreb. Il dit autre chose de plus structurel: la culture du dossier de candidature entrepreneuriale panafricain, la maîtrise des codes de présentation d’un projet en compétition continentale, l’exposition aux réseaux qui orientent et préparent les candidats autant d’éléments qui restent inégalement distribué entre une Afrique subsaharienne francophone et anglophone rompue à cet exercice, et une Afrique du Nord qui regarde encore trop souvent vers la Méditerranée nord plutôt que vers le sud du Sahara. Les sept sélectionnés, actifs dans la technologie, l’éducation, les services professionnels et l’agroalimentaire, portent néanmoins une symbolique forte. Ils incarnent une génération de fondateurs d’Afrique du Nord qui commencent à s’inscrire dans le récit entrepreneurial continental, à considérer Lagos et Abuja comme des références aussi pertinentes que Paris ou Barcelone.

L’autre fait marquant de cette promotion 2026 qui mérite d’être souligné avec la même acuité est le fait que 51% des 3 200 sélectionnés sont des femmes, sans quota, par le seul mérite. Dans un continent où l’entrepreneuriat féminin se heurte à des obstacles systémiques, entre autres l’accès au financement, les normes sociales, la charge domestique, ce chiffre majoritaire constitue une rupture de récit. Tony Elumelu l’a formulé avec la précision d’un investisseur qui a appris à lire les signaux faibles: l’espoir, dit-il, n’est pas un sentiment mais un système. Ce que la TEF construit depuis douze ans, c’est précisément cela. Un système de démocratisation de l’opportunité, qui reste encore à amplifier là où le Maghreb entrepreneurial n’a pas encore trouvé toute sa place dans le concert africain.

La cérémonie d’annonce a été diffusée en direct en Anglais (https://apo-opa.co/3PWLiML), Francais (https://apo-opa.co/3PWLiML), Portugais (https://apo-opa.co/4t4Y7Da) and Arabe (https://apo-opa.co/4bYHlQl).

Cyber-risque: la RDC et 7 autres pays africains classés parmi les 20 plus exposés de la planète

Il y a quelque chose de révélateur dans le fait qu’une entreprise suisse de cybersécurité choisisse la République démocratique du Congo comme tête de pont de son déploiement africain. Pas Lagos, pas Nairobi, pas Casablanca, mais Kinshasa. Ce choix n’est pas anodin. Il dit quelque chose de cru sur l’état de la menace numérique en Afrique centrale et sur l’urgence perçue par des acteurs extérieurs qui, eux, lisent les données d’exposition au risque sans filtre diplomatique. C’est dans ce contexte que Sekur Private Data, plateforme suisse cotée sur trois places boursières, vient de signer avec Mokilink Services un accord de distribution ciblant la RDC et, par extension, plusieurs pays africains. Le signal d’alarme est posé sans ambages: 8 des 20 pays les plus exposés au cyberpiratage mondial se trouvent en Afrique, et les attaques par compromission de messagerie professionnelle ont connu une progression exponentielle en l’espace de six mois seulement. Ce que cela signifie concrètement, c’est que des dirigeants d’entreprises, des fonctionnaires gouvernementaux et des particuliers aisés opèrent quotidiennement dans des environnements numériques non sécurisés, exposant des données sensibles, des transactions financières et des communications stratégiques à des acteurs malveillants dont la sophistication croît plus vite que les capacités de réponse locales. La RDC, avec son économie en reconstruction, ses ressources naturelles convoitées et ses institutions en cours de consolidation, constitue une cible de choix et une opportunité commerciale en miroir pour quiconque vend de la protection numérique. Ce que l’accord Sekur-Mokilink révèle, c’est moins une percée technologique qu’un aveu collectif. L’Afrique centrale entre dans l’ère de la guerre numérique sans en avoir encore mesuré toutes les implications. Mokilink, plateforme communautaire orientée PME et marchés publics, constitue un canal de distribution pertinent précisément parce que le risque cyber ne frappe plus seulement les multinationales, il s’insinue dans les chaînes d’approvisionnement locales, les appels d’offres publics, les échanges entre prestataires et donneurs d’ordres.

Diasporas ouest-africaines: comment la note 001-03-2026 de la BCEAO révolutionne votre accès bancaire avec pas moins de 13 avantages concrets

La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a récemment publié, le 13 mars 2026, la note 001-03-2026 décisive à plus d’un titre. Le document facilite l’ouverture de comptes en francs CFA (XOF) pour les ressortissants des huit États membres de l’UEMOA résidant à l’étranger (Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo). Sur le plan juridique, la mesure, prise en application du Règlement N°06/2024/CM/UEMOA, établit un principe fondamental: les ressortissants UEMOA non-résidents bénéficient désormais du même traitement que les résidents pour l’ouverture et le fonctionnement courant des comptes (dépôts, retraits, paiements domestiques) dans toute banque de l’Union. Une égalité de traitement qui est conditionnée à deux preuves cumulatives: la justification de la nationalité d’un État membre (via passeport ou carte d’identité valide) et la démonstration d’un lien tangible avec l’UEMOA. Ce lien peut être une résidence antérieure (certificat de résidence ou attestation de domicile) ou un lien familial direct (livret de famille, acte d’état civil prouvant une filiation ou un mariage avec un résident). Une disposition qui reconnaît ainsi l’attachement persistant des diasporas à leur espace d’origine.

Sur le plan bancaire et opérationnel, cette ouverture est une transformation significative. Toutes les banques commerciales de l’espace UEMOA doivent adapter leurs procédures de Connaissance Client (KYC) et de Lutte contre le Blanchiment de Capitaux et le Financement du Terrorisme (LBC-FT) pour accueillir cette clientèle spécifique, tout en restant strictement conformes au cadre réglementaire de l’Union. Les autorités nationales (ministères des Finances, commissions bancaires, cellules de renseignement financier) jouent un rôle clé dans la supervision de cette mise en œuvre pour les flux de leur propre diaspora.

L’impact économique et financier potentiel est profond. Des millions de ressortissants de ces huit pays installés en Europe, en Amérique du Nord, au Maghreb ou dans le Golfe peuvent désormais détenir des comptes en CFA dans leur pays d’origine ou dans n’importe quel autre État membre de l’UEMOA. De quoi faciliter grandement la bancarisation des diasporas, offrir une alternative pour canaliser une partie des transferts de fonds directement en monnaie locale (XOF), et à terme accroître la profondeur financière des systèmes bancaires nationaux en mobilisant une épargne externe substantielle.

Enfin, cette mesure consolide de manière remarquable l’intégration monétaire et financière régionale. Elle matérialise le concept de marché unique financier UEMOA en permettant, par exemple, à un Malien résidant à Paris d’ouvrir un compte au Sénégal ou en Côte d’Ivoire dans les mêmes conditions qu’au Mali. Ce qui favorise l’émergence d’un statut véritablement fongible de «ressortissant UEMOA» et ouvre la voie à une intermédiation régionale de l’épargne de la diaspora: un épargnant togolais de l’étranger pourrait ainsi financer plus facilement des obligations du Trésor ivoirien ou des projets privés béninois via un compte CFA domicilié dans une autre place bancaire de l’Union. Les opérations en capital (prêts, placements) restent cependant soumises aux règles applicables aux non-résidents, préservant ainsi l’intégrité du système financier régional. Autant dire que l’initiative positionne l’UEMOA comme un espace innovant dans la gestion des relations financières avec ses diasporas. De l’égalité de traitement avec les résidents, à la liberté de choix de l’État membre, en passant par la suppression des obstacles juridiques, la simplicité des justificatifs, une alternative pour les transferts de fonds, ou encore la mobilisation de l’épargne externe, nous ne dénombrons pas moins de 13 avantages concrets pour les diasporas des pays membres de l’UEMOA.

Crises au Sahel, au Soudan, à Madagascar…: du nouveau dans l’approche de la BAD et comment elle transforme le secteur privé en rempart face aux crises humanitaires

La participation de la vice-présidente principale de la Banque africaine de développement (BAD), Marie-Laure Akin-Olugbade, au Forum de coopération internationale de Genève, qui s’est tenu du 26 au 27 février 2026, révèle une stratégie africaine pour intégrer le secteur privé dans les réponses aux crises humanitaires. Face à la baisse des ressources globales, la BAD prône une complémentarité responsable avec les acteurs humanitaires, refusant toute substitution. Son approche cible la relance économique locale comme antidote aux crises, soulignant que 80% des Africains dépendent du secteur privé pour leur subsistance. Trois cas africains illustrent cette ingénierie financière adaptée aux défis spécifiques.

Premièrement, Madagascar se distingue par la Facilité d’appui à la transition, permettant à plus de 300 TPME d’accéder à des financements bancaires précédemment inaccessibles. Une initiative qui démontre l’efficacité des instruments de la BAD pour soutenir les structures productives locales en période de vulnérabilité, catalysant la résilience économique par l’inclusion financière.

Deuxième cas: le Soudan. Le pays s’illustre à travers un partenariat stratégique avec le Groupe DAL, stabilisant les chaînes de valeur agricoles malgré un conflit persistant. Un modèle qui prouve que l’engagement du secteur privé, structuré et ancré dans les réalités territoriales, peut maintenir des activités essentielles et prévenir l’effondrement des marchés, même en zones instables.

Troisième cas: le Sahel. La région incarne la synergie opérationnelle entre acteurs humanitaires et de développement. La collaboration BAD-CICR combine l’expertise terrain du Comité international de la Croix-Rouge avec les instruments financiers de la Banque, visant à restaurer les services essentiels et réduire les risques de rechute. Une coordination ciblée présentée comme clé pour des solutions durables.

Des exemples qui soulignent une transformation majeure: le secteur privé africain n’est plus un simple bailleur, mais un partenaire à part entière pour l’innovation et la stabilisation. La BAD insiste sur une condition sine qua non: ces collaborations doivent être rigoureusement encadrées pour éviter d’alimenter les conflits. Madagascar, le Soudan et le Sahel incarnent ainsi un nouveau paradigme où le redressement économique local, soutenu par des PPP adaptés aux contextes fragiles, devient le pilier central de la résilience africaine face aux crises.

Financement de lettres de crédit, de garanties, de fonds de roulement: les dessous de l’alliance entre United Bank for Africa et British International Investment pour combler un déficit de 80 milliards USD dans le commerce intra-africain

L’Afrique démontre une dynamique remarquable dans l’accélération de son intégration économique via la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), catalyseur prioritaire identifié par United Bank for Africa (UBA) et British International Investment (BII), institution de financement du développement et l’investisseur d’impact du Royaume-Uni. Leur lettre d’intention signée le 19 mars 2026 vise à combler le déficit annuel de 80 milliards USD en financement du commerce, obstacle structurel limitant la compétitivité des PME africaines. UBA UK, filiale londonienne du groupe présent dans 20 pays africains, s’appuiera sur son réseau panafricain pour structurer des opérations de financement (lettres de crédit, garanties, fonds de roulement). BII, institution britannique d’impact dédiée à une croissance inclusive, apportera son soutien à des transactions non éligibles aux financements conventionnels, ciblant spécifiquement les marchés frontières.

Une collaboration qui renforce le rôle de la City de Londres comme plaque tournante des capitaux axés sur l’Afrique et matérialise l’engagement économique du Royaume-Uni envers le continent, évoqué lors du Sommet UK-Afrique. Elle illustre aussi la montée en puissance des institutions financières panafricaines: UBA, qualifiée de « banque mondiale de l’Afrique », y déploie 25 000 employés et sert 45 millions de clients, positionnant Londres comme hub opérationnel. L’initiative s’aligne sur les objectifs de développement de BII, dont 30% des nouveaux engagements (2022-2026) sont dédiés au financement climatique et membre fondateur du 2X Challenge (33,6 mds USD mobilisés pour l’autonomisation économique des femmes).

Sous réserve de due diligence, cet accord pourrait significativement booster l’inclusion financière des PME et l’opérationnalisation de la ZLECAf, transformant un défi historique en levier de transformation économique intra-africaine.

Objectif 90 litres/habitant/an voir plus: comment Maroc Lait met les petits plats dans les grands pour tirer vers le haut la consommation du lait local

Le Maroc illustre une dynamique agricole remarquable en Afrique avec la relance stratégique de sa filière laitière, frappée par sept années de sécheresse mais résolument engagée dans une transformation structurelle. À l’occasion du Ramadan 2026, Maroc Lait, fédération interprofessionnelle soutenue par le ministère de l’Agriculture, lance une campagne nationale majeure pour promouvoir les bienfaits nutritionnels du lait et contrer les idées reçues. Placée sous le concept «Le lait marocain dans chaque foyer, pour la santé des petits et des grands», cette initiative s’appuie sur un dispositif média 360° (télévision, radio, digital) pour réaffirmer le rôle essentiel du lait dans l’alimentation quotidienne, notamment comme source naturelle de calcium, protéines et vitamines.

Une campagne qui s’inscrit dans un contexte de reprise encouragée par un retour des pluies après des années de stress hydrique, permettant une amélioration des pâturages et une baisse des coûts d’alimentation du bétail. Le secteur, qui avait perdu 30% de son cheptel laitier (soit 500 000 têtes), bénéficie désormais de programmes de recapitalisation incluant des subventions aux éleveurs et l’importation de 22 818 vaches laitières jusqu’en juin 2025. Les premiers résultats sont tangibles: la production laitière a progressé de 10% en 2024.

En parallèle, Maroc Lait pilote deux projets structurants en partenariat avec l’État. Premier projet: la digitalisation de la filière. Pour ce faire, une convention mobilisant un budget d’environ 18 millions de dirhams, environ 1,66 million d’euros, sur la période 2026-2028 a été signé pour déployer le système SIMALAIT. Objectif: centraliser les données du cheptel (performances, génétique, traçabilité) et moderniser la gouvernance sectorielle. Deuxième projet: la relance de la consommation. Un budget équivalent pour une campagne institutionnelle cible la stagnation de la consommation de lait liquide (74 litres/habitant/an contre 96 recommandés par l’OMS), via des messages valorisant le lait local et son ancrage culturel.

Avec 260 000 producteurs (dont 90% de petits éleveurs), 2 700 centres de collecte et un chiffre d’affaires annuel de 13 milliards de dirhams, la filière constitue un pilier économique et social. Les objectifs du contrat-programme « Génération Green 2020-2030 » sont clairs: atteindre 3,5 milliards de litres de production et 90 litres de consommation par habitant d’ici 2030. La reprise pluviométrique et ces réformes coordonnées positionnent le Maroc comme un modèle africain de résilience agroalimentaire, combinant innovation digitale, recapitalisation durable et reconquête du consommateur.