Mobilité électrique en Afrique: ce que la présence simultanée de Tesla, BYD et Hyundai à GITEX AFRICA Morocco dit d’un marché à 28 milliards de dollars

Il y a dans la liste des participants annoncés à GITEX AFRICA Morocco 2026 plus qu’un catalogue d’exposants. Arrêtons-nous sur cette shortliste d’exposants: Tesla, BYD, Hyundai, Toyota, Dongfeng, EXEED, Zeekr. Sept marques constructeurs qui représentent les trois grandes puissances automobiles mondiales (États-Unis, Corée, Chine). Toutes envoient simultanément leurs marques les plus stratégiques sur une même plateforme africaine, à Marrakech, du 7 au 9 avril 2026. Ce n’est pas un salon grand public. C’est une reconnaissance collective que le marché africain des véhicules électriques, projeté à 28,3 milliards de dollars d’ici 2030, contre 17,41 milliards en 2025, soit une progression de 62% en cinq ans, est désormais suffisamment sérieux pour justifier une présence compétitive de premier rang.
La démographie africaine dit pourquoi. D’ici 2050, le continent passera de 1,5 à 2,5 milliards d’habitants, dont 80% de cette croissance concentrée dans les villes. Une urbanisation massive qui crée une demande de systèmes de transport que les villes africaines actuelles, conçues pour des populations beaucoup plus restreintes, ne peuvent pas absorber avec leurs infrastructures existantes. Le transport africain devrait croître de 6 à 8% par an entre 2025 et 2040, à condition que 150 milliards de dollars d’investissements annuels soient mobilisés dans les infrastructures. Ce chiffre, tiré du rapport African Transport Industry Insights 2025, dit la condition précise sous laquelle la promesse de la mobilité électrique africaine devient réalité et le gouffre entre le potentiel affiché et les capacités d’investissement actuelles des États africains.
Ce que GITEX AFRICA Morocco fait dans ce contexte est structurellement différent d’un salon technologique ordinaire. En réunissant gouvernements, constructeurs, startups et investisseurs sur la même plateforme, sous l’égide du ministère marocain de la Transition numérique, il crée les conditions d’un dialogue qui transforme les projections de marché en engagements concrets. La participation de l’office national des chemins de fer marocain (ONCF) aux côtés de Tesla et BYD dit que la mobilité du futur ne se joue pas uniquement sur la route. Elle se joue dans l’intermodalité, dans la connexion entre les réseaux ferrés, les flottes électriques urbaines et les plateformes logistiques intelligentes.
Pour le Maroc, accueillir ce débat à Marrakech est un acte de positionnement stratégique: celui d’un pays qui veut être l’interface entre les capitaux mondiaux de la mobilité électrique et le marché africain qu’ils cherchent à pénétrer.

Nigeria et finance islamique: comment les soukouks et le Groupe de la BID s’imposent dans la course à l’économie du trillion de dollars

Il y a dans cette Journée du Groupe de la Banque islamique de développement (BID) au Nigeria quelque chose qui dépasse le format habituel des événements de diplomatie financière multilatérale. Le choix de Lagos comme théâtre, le niveau des délégations présentes (ministre des Finances en personne, dirigeants du secteur privé, chambres de commerce, institutions financières), et surtout la formulation du ministre Wale Edun, disent l’ampleur de ce qui se joue. « Pour atteindre l’objectif d’une économie d’un trillion USD d’ici 2030, il est indispensable de disposer de capitaux à vocation, c’est-à-dire d’investissements qui permettent de concrétiser la stabilité financière et d’obtenir des résultats sociaux tangibles. » Cette phrase, dans la bouche du ministre coordinateur de l’Économie d’un pays qui sort laborieusement d’une phase de stabilisation macroéconomique douloureuse, n’est pas un slogan de tribune. C’est un aveu sur l’état du financement du développement nigérian: les capitaux ordinaires ne suffisent pas, il faut des capitaux qui acceptent de prendre un risque de transformation structurelle, pas seulement de rendement financier. C’est précisément le rôle que le Groupe de la BID cherche à jouer via le Cadre de partenariat pays 2026-2028, présenté comme un glissement des « interventions isolées » vers des « solutions intégrées à l’échelle fédérale. » Cette formulation du chef de la délégation BID est la plus révélatrice. Elle admet implicitement que les décennies précédentes de coopération entre le Nigeria et les institutions de développement ont souvent produit des projets épars plutôt qu’une transformation systémique. Ce que la Journée du Groupe de la BID dit sur le Nigeria de 2026, c’est qu’un pays dont le PIB nominal dépasse 400 milliards de dollars, l’une des premières économies du continent, continue de souffrir de lacunes d’infrastructures criantes, d’un chômage structurel des jeunes et d’un accès insuffisant au financement pour ses PME.

L’utilisation des soukouks (obligations islamiques) comme instrument de financement d’infrastructures dit aussi que le Nigeria diversifie activement ses sources de capitaux, en captant une épargne islamique mondiale en quête de placements conformes à la charia. Ce n’est pas un choix idéologique. C’est une stratégie de mobilisation de liquidités dans des marchés de capitaux alternatifs.

Pour l’Afrique, ce que cette journée révèle est une tendance de fond. Les institutions financières islamiques multilatérales s’imposent progressivement comme des acteurs incontournables du financement du développement continental, aux côtés des banques de développement traditionnelles.

Après Omar Sy, Kalidou Koulibaly et Eva Neymar: ce que révèle le choix de Khaby Lame comme ambassadeur de Dakar 2026

Il y a dans le choix de Khaby Lame comme ambassadeur des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 une logique qui dépasse le marketing événementiel classique. L’influenceur italo-sénégalais, révélé pendant la pandémie de COVID-19 avec un format vidéo sans paroles compréhensible dans toutes les langues, cumule des centaines de millions d’abonnés. Un capital d’attention que nul budget publicitaire ne peut acheter. Sa nomination officielle le 26 mars 2026 à Dakar, aux côtés d’Omar Sy, Kalidou Koulibaly et Eva Neymar, dit quelque chose de précis sur la stratégie de Dakar 2026: les organisateurs ne cherchent pas seulement à remplir des tribunes. Ils cherchent à faire de ces Jeux un événement culturel mondial, pas uniquement sportif, en mobilisant des figures dont l’audience transcende les frontières du sport et du continent. Ce que représente Khaby Lame dans ce dispositif est particulièrement significatif pour une raison que son propre discours résume: « Je suis fier d’être Sénégalais, fier d’être africain. » Cette double appartenance est précisément le récit que Dakar 2026 cherche à incarner. Un premier événement olympique sur le sol africain qui parle à la diaspora, aux jeunes du continent et à la jeunesse mondiale simultanément, en utilisant les codes de la culture numérique plutôt que ceux de la communication institutionnelle. Mamadou Diagna Ndiaye, président du comité d’organisation, le formule avec la conviction d’un homme qui sait l’enjeu historique de l’événement qu’il pilote: « Dakar 2026 rassemble, inspire et attire des talents qui souhaitent contribuer à faire de cet événement un succès mondial. » Le verbe « rassemble » est le plus chargé des trois. Il dit que la force de ces Jeux n’est pas dans leur budget ni dans leur infrastructure, mais dans leur capacité à créer une communauté d’adhésion autour d’une idée: l’Afrique comme terre de l’olympisme, pas comme périphérie du système sportif mondial.

L’implication prévue de Khaby Lame dans la Tournée de la Flamme à travers le Sénégal, et sa contribution contribueront à faciliter la participation de jeunes issus de Mbacké, son village natal et bien d’autres, ancre cette ambassade dans le concret et le local. Ce qui en fait autre chose qu’une opération de visibilité: c’est un acte d’appartenance.

2025 chez Eqdom: retour à la rentabilité, production en hausse de 22% et un plan stratégique qui dit l’ambition d’un acteur du crédit en train de se refonder

Il y a dans les résultats 2025 d’Eqdom une dynamique que les chiffres bruts restituent fidèlement mais que le contexte permet de mieux apprécier. Le résultat net passe de -6,9 millions de dirhams en 2024 à 95,5 millions en 2025. Un retournement spectaculaire qui s’explique d’abord par un facteur négatif exceptionnel disparu: le redressement fiscal qui avait plombé l’exercice précédent. Mais réduire ce retour à la rentabilité à un simple effet de base serait inexact. Les fondamentaux opérationnels d’Eqdom ont réellement progressé en 2025, et c’est ce qui mérite d’être regardé avec attention. La production nette à 3,43 milliards de dirhams, en hausse de 22%, est le signal le plus éloquent de cet exercice. Ce niveau de croissance de la production, dans un marché du crédit à la consommation marocain qui reste compétitif, dit qu’Eqdom a su activer plusieurs leviers commerciaux simultanément, dont le financement automobile, explicitement cité comme moteur principal. Ce qui n’est pas anodin: le marché automobile marocain a bénéficié en 2025 d’une demande soutenue portée par le renouvellement des flottes et l’essor des véhicules électriques et hybrides, et les sociétés de financement bien positionnées sur ce segment ont naturellement capté cette dynamique.

La progression de 11% des encours bruts, de 10,25 à 11,37 milliards de dirhams, dit que cette croissance de la production s’est transformée en stock durable, pas en volume de courte durée. Le PNB en hausse de 9,3% à 590 millions de dirhams, soutenu par l’amélioration de la marge nette d’intérêt et la progression des commissions, confirme que la rentabilité de l’activité s’améliore de manière structurelle.

Le coût net du risque favorable, bénéficiant de l’aboutissement d’actions de recouvrement ciblées dit par ailleurs qu’Eqdom a travaillé son portefeuille en profondeur, pas seulement sa production en surface. La proposition de dividende de 57 dirhams par action, formulée par le Conseil d’administration, est le signal de confiance adressé aux actionnaires: l’entreprise sort d’un exercice difficile, elle distribue, elle regarde vers l’avant.

Le plan stratégique 2026-2028, articulé autour des partenariats, de la transformation technologique, de l’expérience client et de la maîtrise du risque de bout en bout, dit les quatre chantiers d’un acteur du crédit qui sait que la croissance rentable ne se décrète pas, elle se construit, levier par levier.

Afreximbank-Dangote: 2,5 milliards de dollars et la preuve que l’Afrique peut financer ses propres champions industriels à grande échelle sans chercher ailleurs

Il y a dans cette transaction quelque chose qui dépasse la mécanique d’un prêt syndiqué de 4 milliards de dollars. Afreximbank souscrit 2,5 milliards, soit 62,5% du total du consortium, en faveur de Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals, le plus grand complexe de raffinage d’Afrique avec une capacité de 650 000 barils par jour. Ce n’est pas un acte de financement ordinaire. C’est une affirmation de doctrine. Le Dr George Elombi, Président d’Afreximbank, le formule sans détour: « Nous agissons ainsi avant tout parce que Dangote est une entreprise africaine. Lorsque nous investissons en nous-mêmes, nous faisons plus que créer des emplois et de la richesse ou augmenter les recettes publiques ; nous construisons un avenir sûr et résilient pour notre continent. » Cette phrase, dans la bouche du président d’une institution financière multilatérale, n’est pas rhétorique. C’est une thèse sur la souveraineté industrielle africaine.

Ce que cette transaction révèle d’abord, c’est l’ampleur de l’engagement cumulé d’Afreximbank envers le Groupe Dangote: 15 milliards de dollars depuis 2015. Un montant qui place cette relation au rang des plus significatives de l’histoire du financement industriel africain contemporain. La facilité annoncée consolide les financements existants, optimise la structure du capital de la raffinerie et s’aligne sur son plan de croissance, soit exactement ce qu’un partenaire financier stratégique fait quand il croit au projet à long terme, pas quand il gère une exposition à court terme.

Ce que la raffinerie Dangote représente pour l’Afrique mérite d’être dit clairement: un continent qui importe depuis des décennies des produits pétroliers raffinés à partir de son propre brut, en perdant au passage la valeur ajoutée du raffinage, commence à inverser cette logique absurde.

650 000 barils par jour de capacité de raffinage au Nigeria, financés majoritairement par une banque africaine, via un consortium qui a « suscité un vif intérêt » des institutions financières africaines et internationales: c’est le portrait d’un actif industriel qui a convaincu les marchés de sa viabilité. L’initiative « Naira-for-Crude », dans laquelle Afreximbank joue un rôle de conseiller financier et qui permet d’acheter du brut et de vendre des produits raffinés en monnaie locale, ajoute une dimension de souveraineté monétaire à la souveraineté industrielle.

Pour Alhaji Aliko Dangote, ce financement « positionne l’entreprise pour la prochaine phase de sa croissance. » Pour le continent, il dit que l’Afrique peut financer ses propres champions industriels, à grande échelle, sans chercher ailleurs.

Implantation du football americain en Afrique: derrière les stages au Ghana, la NFL joue sa stratégie préolympique sur le continent

Il y a dans cette initiative de la National Football League (NFL) au Ghana quelque chose qui dépasse largement l’organisation de stages de formation pour enseignants et entraîneurs. Onze pays africains représentés, quarante éducateurs formés gratuitement, un ancien sprinteur olympique de Sierra Leone en renfort symbolique, et un calendrier qui ne doit rien au hasard. Le flag football fait son entrée aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028. Ce qui se joue à Accra, c’est la course aux parts de marché sportif sur un continent de 1,4 milliard d’habitants, menée par la ligue professionnelle la plus valorisée du monde.

La NFL, principale ligue professionnelle de football américain aux États-Unis, ne fait pas du développement sportif philanthropique. Elle fait de l’investissement stratégique dans ses futurs marchés, ses futurs téléspectateurs et ses futurs sponsors. Le choix du Ghana comme hub de ce programme panafricain est un signal de positionnement clair. Accra, avec sa diaspora anglophone connectée aux États-Unis, son économie relativement stable et sa classe moyenne urbaine en croissance, est un point d’entrée naturel pour une ligue qui a compris que le football américain ne peut pas rester éternellement un sport nord-américain s’il veut rivaliser avec le football mondial pour l’attention des annonceurs globaux. La mécanique du dispositif est précisément calibrée pour maximiser la durabilité de l’implantation: former les enseignants d’abord, c’est introduire le sport dans les écoles avant de l’introduire dans les stades. C’est construire une base de pratiquants dès l’enfance, créer des habitudes de jeu qui précèdent la consommation des produits dérivés et des abonnements télévisés. C’est ce que la NBA a fait en Afrique depuis deux décennies avec le Basketball Africa League, et les résultats en termes de notoriété et de fan base sont documentés.

Afia Law, responsable du développement international du flag football à la NFL, le formule avec la précision d’une stratège marketing: « Nous sommes fiers de soutenir les enseignants et entraîneurs locaux tout en collaborant avec les fédérations africaines pour élargir l’accès au jeu et établir des trajectoires durables de développement. » Le mot « trajectoires » est clé. Il dit le long terme, la construction d’un pipeline de talents et d’audiences, pas une opération de communication ponctuelle.

Pour l’Afrique, ce que cette initiative révèle est aussi une opportunité concrète: onze pays dont le Maroc, le Nigeria, le Sénégal, l’Égypte ou la Côte d’Ivoire disposent désormais d’entraîneurs formés aux standards internationaux d’un sport qui, s’il confirme son statut olympique à Los Angeles, pourrait devenir un vecteur de reconnaissance internationale pour des athlètes africains cherchant des disciplines alternatives au football anglais (soccer) ou à l’athlétisme.

Le flag football est accessible, peu coûteux en équipement, jouable par les femmes. Trois atouts structurels dans des contextes où les ressources sportives restent rares.

Dari Couspate: moins de chiffre d’affaires, plus de bénéfice. Le paradoxe qui dit tout sur la maturité opérationnelle d’un groupe agroalimentaire marocain

Il y a dans les résultats 2025 de Dari Couspate une tension que les chiffres bruts pourraient faire lire comme une contre-performance, mais qui révèle en réalité l’exact opposé. Le chiffre d’affaires consolidé recule de 858,92 à 818,40 millions de dirhams, soit une baisse de 4,7%. En apparence, un signal négatif. En réalité, une distorsion mécanique: les volumes de vente progressent, mais les prix de vente ont baissé sous l’effet de la détente des prix des matières premières. Le blé dur, matière première centrale de la semoule et des pâtes, ayant subi une correction baissière sur les marchés internationaux. La baisse du chiffre d’affaires est donc un artefact prix, pas un recul commercial.

Ce que confirme sans ambiguïté l’évolution du résultat d’exploitation, en hausse de 3,9% à 73,43 millions de dirhams. Quand les matières premières baissent, une entreprise bien gérée voit ses marges se reconstituer si elle ne répercute pas intégralement la baisse sur ses prix de vente. C’est précisément ce que Dari Couspate a fait, ou a eu la chance de pouvoir faire dans un contexte de « concurrence accrue » qu’elle reconnaît elle-même. Le résultat net consolidé qui passe de 43,66 à 52,39 millions de dirhams (une progression de près de 20%) est le signal le plus éloquent de ce bilan. Il dit que le groupe a su transformer une conjoncture favorable sur les intrants en amélioration durable de sa rentabilité nette, sans diluer le bénéfice par une expansion de sa dette. Aucune dette de financement sollicitée au quatrième trimestre 2025, et des engagements en leasing en baisse de 36,7 à 25,6 millions de dirhams.

La structure financière se consolide pendant que la profitabilité monte. Un double mouvement (désendettement et amélioration des marges simultanés) qui est le profil d’un groupe qui aborde son prochain cycle de développement avec des fondations saines. La mention d’un « décalage des commandes export durant le 4e trimestre 2025 » dans le communiqué trimestriel de février est le seul point d’attention à surveiller: si ce décalage traduit une difficulté structurelle sur les marchés export plutôt qu’un simple effet de timing, la dépendance au marché marocain pourrait limiter le potentiel de croissance dans un contexte de compétition domestique plus intense.

Pour l’instant, les fondamentaux parlent d’eux-mêmes. Dari Couspate produit plus, gagne mieux et s’endette moins. C’est la définition d’une gestion disciplinée.

CMT: derrière une acquisition à 130 millions de dollars, ce que la liquidation d’un passif contentieux dit de la gouvernance d’une compagnie minière marocaine

Il y a dans le communiqué officiel annonçant cette actualité une densité juridique et financière qui masque, pour qui ne lit pas entre les lignes, l’essentiel de ce qui se joue. La Compagnie Minière de Touissit (CMT), entreprise cotée à la Bourse de Casablanca, spécialisée dans l’extraction de plomb et de zinc dans la région de l’Oriental, change de mains de manière indirecte. Ayrad Group Limited acquiert 100% des parts d’OSEAD Fund, entité luxembourgeoise qui détient via la société marocaine OMM une participation de 37,04% dans CMT. Prix de l’opération: 130 millions de dollars. C’est le chiffre affiché. Mais ce n’est pas là que réside l’information la plus significative. Ce qui mérite d’être lu avec une attention particulière, c’est la condition préalable à la réalisation de l’opération: la résolution simultanée de deux litiges distincts impliquant CMT. Le premier oppose CMT à OMM autour d’un prêt consenti en 2012, soit quatorze ans de contentieux non résolu autour d’une créance de 35 millions de dollars. Le second oppose CMT à Shaba Metals LLC, entité liée au vendeur SVL, sur l’exécution de contrats d’offtake conclus en 2024. Ce second litige dit quelque chose d’alarmant sur la rapidité avec laquelle une relation commerciale peut se dégrader entre une compagnie minière et son acheteur de minerais. Deux litiges actifs, l’un vieux de plus d’une décennie, l’autre né d’accords signés il y a à peine deux ans. C’est le tableau de gouvernance que SVL transmet à Ayrad, et que CMT solde avant le changement d’actionnaire. La résolution avec l’Office des Changes, moyennant 182 millions de dirhams, ajoute une troisième couche à ce passif contentieux. CMT avait donc également des dossiers ouverts avec le régulateur des changes marocain. Trois fronts contentieux liquidés simultanément, comme condition préalable à une seule acquisition. Une architecture de règlement qui dit que l’opération n’était pas seulement une transaction boursière, mais une opération de purification du passif.

Pour Ayrad Group, acquérir CMT proprement signifiait d’abord exiger que le vendeur nettoie ce qu’il laissait derrière lui. L’offre publique d’achat obligatoire qui doit suivre cette prise de participation, sous réserve du visa de l’AMMC, ouvrira aux actionnaires minoritaires la possibilité de sortir au même prix que le vendeur principal. C’est le mécanisme protecteur standard du marché boursier marocain face aux prises de contrôle.

Ce que cette opération révèle sur CMT et sur le secteur minier marocain coté, c’est que la valeur réelle d’un actif minier peut être durablement obscurcie par des contentieux de gouvernance que ni les actionnaires ni le marché ne voient clairement depuis l’extérieur.

Tourisme à Cabo Verde: ce que le 500e hôtel EMEA de Marriott à São Vicente dit d’une destination africaine qui monte

Il y a des ouvertures d’hôtels qui marquent un basculement dans la perception internationale d’une destination. L’inauguration du Four Points by Sheraton São Vicente Resort en fait partie. Non pas parce que Marriott International ouvre un établissement de plus dans son portefeuille de 9 800 hôtels, mais parce que le groupe a choisi Cabo Verde, et précisément São Vicente, pour marquer deux jalons simultanément: son entrée officielle dans l’archipel atlantique, et le 500e hôtel « select service » de la région EMEA. Un double symbole qui n’est pas une coïncidence de calendrier. C’est un acte de positionnement stratégique délibéré. Sandra Schulze-Potgieter, Vice-Présidente de Marriott pour les marques Premium, Select & Midscale en EMEA, l’énonce avec la clarté des dirigeants qui ont pesé leur phrase: « Cabo Verde est reconnu pour son esprit vibrant, sa beauté naturelle et son attractivité croissante à l’échelle mondiale. » Ce dernier qualificatif est la vraie information. Il dit que dans les comités d’expansion d’un groupe coté au Nasdaq, Cabo Verde est désormais une destination qui coche les cases nécessaires pour justifier un investissement.

Ce que ce signal révèle sur l’archipel dépasse le secteur hôtelier. Cabo Verde, pays sans ressources naturelles fossiles, sans agriculture productive à grande échelle, a construit depuis des décennies un modèle de développement fondé sur sa diaspora, ses services et son tourisme. L’arrivée de la première chaîne hôtelière mondiale à São Vicente et non à l’île de Sal ou à Boa Vista, destinations balnéaires plus classiques dit quelque chose de précis sur la diversification en cours. Mindelo, capitale culturelle de l’archipel, connue pour son carnaval et sa scène musicale héritière de la morna, est en train de devenir une destination de tourisme culturel crédible aux yeux des opérateurs internationaux. Le fait que ce soit Four Points by Sheraton, marque « select service » positionnée sur le rapport qualité-prix plutôt que sur le luxe qui ouvre en premier est également révélateur. Marriott parie sur un tourisme de masse de qualité, accessible, capable d’attirer des volumes suffisants pour rentabiliser un investissement dans un archipel de 500 000 habitants. C’est un pari sur la démocratisation du tourisme capverdien, pas sur son élitisation.

Pour Cabo Verde, ce 500e hôtel EMEA de Marriott n’est pas un détail dans un bilan annuel, c’est la validation externe la plus visible que son modèle de développement touristique a atteint la maturité nécessaire pour attirer les grands opérateurs mondiaux.

BOAD: comment le doublement de ses ambitions entre 2026 et 2030 révèle l’urgence des besoins de l’Afrique de l’Ouest

La BOAD vient de présenter à Dakar quelque chose qui force l’attention. Un total bilan en progression de 38% en un an, passant de 3 893 à 5 363 milliards de FCFA, dit d’abord que cette banque de développement régionale a connu en 2025 une année de transformation de sa stature financière, pas simplement d’une croissance incrémentale. Les fonds propres effectifs à 1 780 milliards de FCFA représentant 33,2% du total bilan donnent à la BOAD un coussin de solvabilité qui lui permet d’aller chercher des ressources sur les marchés internationaux avec la crédibilité que confirment les notations Baa1 de Moody’s et BBB de Fitch — catégorie « Investment Grade », inchangées dans un contexte mondial de réévaluation des risques souverains africains. Ce maintien du rating est un signal fort: là où certaines institutions similaires ont vu leur notation se dégrader sous la pression des chocs macro-économiques régionaux, la BOAD tient. Ce n’est pas anodin pour une banque dont les membres incluent des États sous régimes militaires comme le Burkina Faso et le Mali, dont la notation souveraine individuelle est sous pression. Le nouveau plan stratégique quinquennal « Djoliba… La suite » est la décision la plus structurante de cette session. L’objectif de 6 500 milliards de FCFA de financements sur 2026-2030 représente quasiment le double du plan précédent. Pour y parvenir, la BOAD mobilisera 2 650 milliards en emprunts et déploiera un programme de titrisation de 1 100 milliards, un instrument encore peu utilisé dans la finance africaine de développement, dont l’adoption signale une montée en sophistication des outils de levée de capitaux.

La transformation vers un « Groupe BOAD intégré » avec des entités spécialisées annonce une recomposition institutionnelle dont les contours méritent d’être suivis. Les 501,5 milliards de FCFA de financements approuvés en une seule session sont la traduction opérationnelle de cette ambition.

La lecture de ce portefeuille est plus révélatrice que n’importe quel discours sur les priorités de développement ouest-africain. L’énergie domine (gazoduc sénégalais, centrale solaire au Burkina, stockage par batterie, hydrocarbures pour la SONABHY) dans un contexte où la sécurité énergétique est devenue la condition première de toute croissance économique dans la sous-région. L’agriculture suit immédiatement (coton au Burkina et au Mali, périmètres irrigués en Côte d’Ivoire, stockage alimentaire, intrants) ce qui dit que la question de la souveraineté alimentaire est traitée comme une urgence stratégique, pas comme une priorité de long terme. Le centre de maintenance aéronautique régional à Abidjan pour Air Côte d’Ivoire est peut-être la décision la plus innovante du portefeuille: financer une infrastructure de MRO régionale, c’est parier sur la montée en gamme industrielle de l’aviation ouest-africaine et sur la réduction de la dépendance aux centres de maintenance européens et moyen-orientaux. Enfin, la ligne de crédit de 200 millions d’euros apportée par Sumitomo Mitsui Banking Corporation (troisième concours de cette banque japonaise à la BOAD) dit que les partenaires asiatiques s’ancrent durablement dans le financement du développement ouest-africain. Ce n’est plus un test, c’est une relation installée.