Transport: 1,8 milliard de dirhams de chiffre d’affaires et trois activités simultanées. Comment, d’opérateur d’autocar, CTM se transforme en groupe multimodal

Un chiffre d’affaires consolidé de plus de 1,8 milliard de dirhams en progression de 40,4%. C’est le chiffre le plus spectaculaire de la communication financière du groupe CTM pour 2025. Une hausse de 40% qui n’est pas organique dans sa totalité. Elle est en partie portée par « l’intégration d’une année pleine de l’activité Transport Maritime », à travers la filiale AML acquise en 2024. L’effet périmètre est donc réel et significatif. Ce qui importe analytiquement, c’est de distinguer ce que CTM a construit de ce qu’il a acheté, et de lire les deux comme les deux jambes d’une même stratégie délibérée de transformation d’un opérateur d’autocar en groupe de transport multimodal.
L’activité interurbaine, « pilier historique du Groupe », continue de croître, portée par la digitalisation et l’élargissement du réseau de distribution. Sur le plan social, le chiffre d’affaires progresse de 2,8% à 556 millions de dirhams. Une croissance modeste mais positive, qui dit que le cœur historique tient, même si la dynamique de croissance consolidée est tirée par les nouvelles activités.
Ce qui change en 2025, c’est la structuration simultanée de trois réseaux urbains (Issal Tétouan, Issal Fès et Issal Tanger) «désormais opérationnels». Une formulation qui dit l’essentiel: CTM n’est plus seulement un opérateur qui relie les villes entre elles. Il commence à opérer à l’intérieur des villes, dans un segment de marché historiquement dominé par des opérateurs locaux peu structurés et par des délégations de service public complexes à négocier.
L’EBITDA consolidé en hausse de 12,1% à 162,4 millions de dirhams et le résultat net part du groupe à 56,2 millions (+20,6%) confirment que la transformation se fait sans sacrifier la rentabilité. Ce qui n’est pas trivial dans un cycle d’expansion qui mobilise simultanément trois segments distincts.
Pour 2026, les « relais de croissance clairement identifiés », à savoir la montée en charge des réseaux urbains, le renforcement du maritime, et la progression de l’interurbain, dessinent un groupe qui a construit sa plateforme multimodale et entre maintenant dans la phase de rendement.

Secteur hospitalier privé: comment le groupe marocain Akdital remplace année après année un service public défaillant dans les zones où l’alternative n’existe pas

Un chiffre d’affaires consolidé de 4,41 milliards de dirhams en hausse de 49% en un an, 41 établissements dans 24 villes, 4 505 lits, 566 077 patients pris en charge (+60%). Ces chiffres décrivent la montée en puissance la plus spectaculaire jamais enregistrée dans le secteur hospitalier privé marocain. Mais c’est un autre chiffre, moins immédiatement visible, qui dit l’essentiel de ce que le groupe Akdital accomplit: 62% de ses patients sont pris en charge dans des établissements situés hors de l’axe Casablanca-Rabat.
Pour l’oncologie, ce taux monte à 66%. Pour la chirurgie cardiovasculaire, 53% des interventions ont lieu en région. Ce ne sont pas des statistiques de croissance. Ce sont des indicateurs d’impact social sur un problème structurel marocain que la médecine publique n’a pas résolu: la désertification médicale des régions. Rochdi Talib, PDG d’Akdital, formule l’ambition fondatrice sans ambiguïté: «contribuer à améliorer l’accès aux soins des patients». Une phrase, répétée depuis la création du groupe, qui est désormais étayée par une réalité opérationnelle. 8 nouveaux établissements en 2025 à Guelmim, Laâyoune, Nador, Oujda et Rabat, une présence dans les 12 régions administratives du Maroc, 31 217 naissances enregistrées dans ses établissements soit 5,8% des naissances nationales contre 2,8% l’année précédente. Ce dernier chiffre est peut-être le plus révélateur. Quand un groupe privé prend en charge près de 6% des naissances d’un pays en l’espace de deux ans, il ne fait plus de la santé privée pour les classes aisées des métropoles. Il remplace partiellement un service public défaillant dans les zones où l’alternative n’existe pas.
La dimension financière confirme la solidité du modèle. Un EBITDA de 1,21 milliard de dirhams (+45%), une marge nette de 11,2%, un résultat net de 494 millions, tout en investissant 2,22 milliards de dirhams dans le développement national et 589 millions dans les projets internationaux. L’endettement net qui passe de 1,75 à 4,27 milliards de dirhams est le signe d’une expansion accélérée assumée, pas d’une fragilité financière. L’émission obligataire de 1,2 milliard pour diversifier les sources de financement dit que le groupe gère sa dette avec méthode.
Ce qui change en 2025, c’est l’ouverture internationale. Dubaï, Riyad, La Mecque, Tunis: Akdital sort du Maroc avec une logique précise. Le modèle « asset light » (cession des actifs immobiliers à des sociétés foncières partenaires) qui a fonctionné au Maroc sera répliqué à l’identique à l’étranger. L’acquisition de l’hôpital Al Mishari à Riyad, rebaptisé Akdital Hospitals Riyadh Olaya, et l’accord pour l’acquisition de Taoufik Hospitals Group en Tunisie ne sont pas des paris risqués sur des marchés inconnus. Ce sont des acquisitions d’actifs existants avec des équipes locales en place, une logique d’intégrateur plutôt que de constructeur.
Pour l’Afrique, Akdital dit quelque chose d’important sur la capacité des opérateurs privés africains à construire des champions sectoriels continentaux depuis leurs marchés domestiques.
 

RDC: 42 ans sans recensement, 200 millions de dollars mobilisés. Ce que le RGPH2 dit de l’urgence de gouverner avec des données réelles

Il y a dans le discours du président Tshisekedi à la table ronde des partenaires techniques et financiers de la RDC, qui s’est tenue le 23 mars 2026 à Kinshasa, une formulation qui résume à elle seule l’ampleur de ce qui se joue: «Continuer à planifier sans des données fiables et actualisées reviendrait à gouverner sans visibilité et donc à affaiblir la capacité de l’État à répondre avec justesse aux attentes de la population». Cette phrase n’est pas rhétorique. Elle dit une réalité administrative concrète et préoccupante. La République démocratique du Congo n’a pas conduit de recensement national depuis 1984. Quarante-deux ans pendant lesquels le pays est passé d’environ 30 millions à plus de 112 millions d’habitants, soit une multiplication par plus de trois de sa population, sans jamais disposer d’une photographie démographique actualisée.
Dans cet intervalle, les gouvernements congolais successifs ont planifié leurs budgets, alloué leurs ressources, construit leurs politiques de santé, d’éducation et d’infrastructure sur des estimations, des projections et des extrapolations dont personne ne peut vraiment garantir la fiabilité. C’est dans ce contexte que la mobilisation de 200 millions de dollars pour financer le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH2) prend toute sa dimension.
La contribution de la Banque Africaine de développement (BAD) à hauteur de 80 millions de dollars, soit 40% du total, est la plus importante du consortium, devant la Banque mondiale, le FMI, le système des Nations unies, la République de Côte d’Ivoire et les 30 millions déjà mobilisés sur le budget de l’État congolais.
Ce que la structure de ce financement révèle est significatif: les institutions multilatérales ne financent pas un acte administratif. Elles investissent dans l’infrastructure invisible de la gouvernance. Sans données démographiques fiables, aucune politique de développement ne peut être évaluée avec rigueur, aucun budget national ne peut être alloué avec précision, aucun plan sectoriel ne peut être calibré sur la réalité du terrain. Mohamed Coulibaly, chargé de programme de la BAD pour la RDC, le dit avec la clarté d’un praticien: «renforcer l’Institut national de la statistique (INS) et les institutions alignées sur la chaîne de planification, programmation, budgétisation et suivi-évaluation, afin d’assurer une mise en œuvre efficace, transparente et durable».
Le fait que la Côte d’Ivoire ait annoncé un soutien en équipements et en partage d’expérience est un signal supplémentaire. La coopération Sud-Sud sur les capacités statistiques est désormais une réalité opérationnelle, pas une déclaration d’intention. Pour l’Afrique, la RDC est le cas extrême d’un problème structurel continental: l’absence de données démographiques fiables comme obstacle à la planification efficace du développement.

Tourisme golfique au Maroc: ce que le partenariat ONMT-Canal+ dit de l’ambition d’une destination qui refuse de n’être que belle et exotique

L’Office national marocain du Tourisme (ONMT) s’associe à Canal+ pour promouvoir le tourisme golfique marocain. Ainsi, l’Office vient de conclure un partenariat stratégique avec la chaîne de télévision payante française premium pour développer et diffuser un programme dédié au tourisme golfique et aux principales destinations du Royaume. Une initiative qui vise à positionner le Maroc au cœur d’une stratégie audiovisuelle internationale et à renforcer son rayonnement touristique. Dans ce cadre, l’ONMT et Canal+ lancent Izi Driver Maroc, une émission originale combinant road trip golfique, tourisme, culture et lifestyle. La diffusion du programme sur Canal Golf+ est prévues à partir de mi-avril.
Disons qu’il y a dans ce partenariat une logique de ciblage qui mérite d’être lue au-delà de l’annonce d’une émission de télévision. Le golf n’est pas un sport de masse. C’est un sport de niche à très fort pouvoir d’achat. Un golfeur voyageur dépense en moyenne deux à trois fois plus qu’un touriste standard: hébergement premium, restauration haut de gamme, transport, équipements, green fees. Choisir le golf comme axe de promotion touristique internationale, c’est choisir délibérément une clientèle qui valorise la qualité sur le prix. Le choix de Canal+, et plus précisément de Canal Golf+, est à cet égard parfaitement calibré. La chaîne thématique touche une audience européenne qui est précisément le cœur de cible du tourisme marocain haut de gamme (cadres, professions libérales, retraités aisés) des profils qui peuvent s’offrir un séjour golfique au Maroc et qui le font déjà, mais que l’ONMT veut convaincre en plus grand nombre et avec une image plus désirable.
Le format « Izi Driver Maroc » est lui aussi révélateur dans sa conception. Quinze minutes par épisode, huit épisodes, un présentateur humoriste français (Thomas Séraphine) connu pour son accessibilité et son registre grand public. Ce n’est pas un documentaire institutionnel sur les atouts du Maroc. C’est un road trip golfique qui intègre culture, gastronomie et lifestyle dans un format de divertissement fluide.
Ce glissement du registre institutionnel vers le registre du plaisir dit que l’ONMT a compris que la prescription touristique ne se fait plus par la brochure mais par l’expérience vicariante, notamment faire rêver avant de faire voyager.
La géographie des huit épisodes (Marrakech, Rabat, Casablanca, El Jadida, Agadir, Taghazout, Fès, Tanger, Saïdia) dit aussi quelque chose sur l’ambition de déconcentration touristique. En associant le golf à des régions aussi diverses que le Souss, l’Oriental, le Détroit et l’Atlantique central, l’ONMT cherche à montrer que le Maroc golfique n’est pas une destination unique mais un territoire pluriel où chaque région a sa propre identité. Pour un pays qui accueille déjà plusieurs tournois internationaux de golf et qui dispose d’une infrastructure de parcours de premier niveau, cette visibilité audiovisuelle n’est pas un luxe: c’est un outil de conversion d’une notoriété sportive déjà acquise en flux touristiques nouveaux.

Conservation environnementale en Afrique: ce que le partenariat Vodafone-WWF révèle sur les nouvelles formes de financement

Il y a dans la mécanique de cette campagne quelque chose d’instructif sur les nouvelles économies du financement environnemental. Vodafone et WWF ont collecté un million de téléphones inutilisés en trois ans. Un pour chaque livre sterling versée à des projets de conservation en Europe et en Afrique. Le chiffre est à la fois modeste dans l’absolu et significatif dans sa logique: transformer le geste individuel le plus banal (ranger un vieux smartphone dans un tiroir plutôt que de le recycler) en monnaie de conservation est une innovation de design comportemental autant qu’une opération de communication.
Ce qui mérite d’être examiné, c’est la géographie africaine du projet. Au Kenya, WWF travaille à la coexistence entre communautés humaines et faune sauvage, notamment lions et éléphants, dans un corridor transfrontalier avec la Tanzanie, en utilisant des technologies de monitoring.
En Afrique du Sud, la relocalisation de rhinocéros noirs, l’extension des zones protégées et des plateformes numériques mobiles pour les pêcheries communautaires côtières disent un modèle de conservation qui n’est plus séparé du développement économique local.
Et en Tanzanie, 327 femmes formées aux pratiques de pêche durable dans les zones humides du Mara. Un chiffre précis, humain, qui dit que l’argent des téléphones recyclés a une adresse.
La mention que Vodafone fournit des services financiers à 94 millions de clients dans sept pays africains n’est pas accessoire dans ce contexte. Elle dit que le groupe n’est pas un opérateur télécom qui fait de la conservation pour sa communication: c’est une institution économique africaine de premier plan dont les décisions environnementales ont des effets à l’échelle d’un continent.
L’argument du téléphone reconditionné mérite d’être noté. Acheter un smartphone reconditionné plutôt que neuf évite environ 50 kg de CO₂ et l’extraction de plus de 70 kg de matières premières. Dans un continent africain où la croissance de la pénétration mobile est encore forte et où les déchets électroniques représentent un problème croissant, ce modèle circulaire n’est pas qu’une opération de marketing européen. C’est une direction que les opérateurs télécoms africains devraient regarder avec plus d’attention.

Le designer marocain Hicham Lahlou, Chevalier de l’Ordre du Mérite de la République Italienne: au-delà de l’hommage rendu à un parcours individuel

Le designer marocain Hicham Lahlou, vient d’être décoré Chevalier de l’Ordre du Mérite de la République Italienne. Il y a dans cette distinction quelque chose qui dépasse l’hommage rendu à un parcours individuel. L’Ordre du Mérite de la République italienne est la plus haute distinction civile d’un pays qui est, avec la France, l’un des deux épicentres mondiaux du design et du luxe. Que cette distinction soit accordée à un designer marocain, formé et ancré dans une tradition créative du Sud, dit quelque chose de précis sur l’évolution des hiérarchies culturelles mondiales. Pas une révolution, mais un signal: le design produit au Maroc est suffisamment visible, suffisamment influent et suffisamment ancré dans les grandes conversations créatives internationales pour que l’Italie, nation d’Armani, de Prada, de Valentino, juge pertinent d’en honorer l’un des représentants les plus actifs. L’événement cadre dans lequel cette remise a lieu n’est pas anodin: la Journée du Design Italien dans le Monde, organisée à Tanger au Palais des institutions italiennes. Choisir Tanger, ville-frontière, ville de passages, ville méditerranéenne par excellence, pour remettre cette distinction à un designer marocain dit la géographie symbolique de la reconnexion culturelle entre les deux rives.

Trente ans de travail à la croisée du patrimoine artisanal marocain et de l’innovation contemporaine internationale, des collaborations qui ont construit des « ponts durables entre les continents ». Des initiatives qui ont contribué à inscrire le design marocain dans les circuits de légitimation habituellement réservés aux créateurs européens ou nord-américains. Ce parcours est celui d’une diplomatie culturelle menée sans mandat officiel, avec les seuls outils de la création et de la conviction.

Ce que cette distinction italienne révèle sur le design africain en général, c’est que la reconnaissance internationale de ses créateurs n’est plus un accident heureux ou une exception exotique. Elle devient un phénomène récurrent qui dit la maturité d’une scène créative continentale qui a cessé de chercher à imiter les modèles extérieurs pour affirmer sa propre vision du monde.

Hicham Lahlou entre dans le cercle de Patricia Urquiola, la seule étrangère citée parmi les grandes figures du design italien contemporain. Un rapprochement qui n’est pas une flatterie: c’est un positionnement.

Zambie: comment la Chine déploie la « Route de la soie de la santé » comme instrument de soft power via ses hôpitaux universitaires

Derrière la rhétorique de l’amitié sino-africaine et des soins traversant « montagnes et mers », une logique stratégique mérite d’être braquée sous les projecteurs sans le filtre de la bienveillance affichée. La West China Hospital de l’Université du Sichuan, l’un des plus grands établissements hospitaliers universitaires d’Asie, ne s’engage pas en Zambie par philanthropie. Il y déploie ce que Pékin appelle la « Route de la soie de la santé »: un dispositif de coopération médicale qui suit la même logique que les Routes de la soie des infrastructures, mais dans un domaine où l’influence se construit plus discrètement et plus durablement.
Former des médecins zambiens aux standards et aux protocoles chinois, implanter des technologies médicales chinoises dans les hôpitaux partenaires, tisser des relations institutionnelles entre établissements universitaires, c’est créer des dépendances techniques, culturelles et professionnelles qui survivent aux changements de gouvernement et aux alternances diplomatiques. La formulation du président de l’hôpital, Luo Fengming, est à cet égard révélatrice dans sa construction: «continuer à explorer de nouvelles voies de coopération approfondie avec les établissements médicaux et les entreprises locales».
L’association explicite des « établissements médicaux » et des « entreprises locales » dans une même phrase dit que la coopération sanitaire est indissociable d’un agenda commercial. Les technologies médicales chinoises qui accompagnent les médecins chinois ne sont pas des dons pérennes. Elles ouvrent des marchés, créent des besoins de maintenance, de formation et de consommables que seuls les fournisseurs chinois peuvent satisfaire.
Pour la Zambie, l’enjeu est réel et ambigu. Le pays souffre d’une pénurie chronique de médecins spécialisés, d’un accès limité aux technologies diagnostiques avancées et d’une capacité de formation médicale insuffisante face à sa démographie. La coopération avec la West China Hospital de l’Université du Sichuan répond à des besoins tangibles, et c’est précisément ce qui en fait un instrument d’influence efficace. La question que le communiqué officiel annonçant cette coopération médicale ne pose pas, mais que les décideurs zambiens devraient se poser, est celle de la réciprocité réelle: qui forme qui, selon quels standards, avec quels équipements, et dans quel cadre de propriété intellectuelle et de gouvernance des données médicales ?

Moins de crédits risqués, plus de financement automobile, moins de provisions: Salafin a trouvé sa formule et elle fonctionne

Il y a dans les résultats 2025 de Salafin quelque chose de plus significatif qu’une progression de résultat net de 3,2% à 96 millions de dirhams. Ce chiffre, pris isolément, pourrait sembler modeste. Replacé dans la trajectoire des trois dernières années, il dit l’achèvement d’un cycle de transformation que le Directoire lui-même qualifie d’«aboutissement d’une stratégie de repositionnement menée avec discipline».
Ce mot «aboutissement» n’est pas un artifice de communication. C’est le signal qu’une société qui avait identifié ses failles structurelles, révisé ses priorités et accepté une phase de production plus contrainte, sort de ce tunnel avec un modèle économique refondé. La production nette en hausse de 14,9% à 1,25 milliards de dirhams est le signal le plus éloquent de cette renaissance opérationnelle. Et à l’intérieur de ce chiffre, la progression du financement automobile à +26,1% pour atteindre 740 millions de dirhams dit l’essentiel de la recomposition stratégique: Salafin a choisi de concentrer son effort commercial sur le segment le plus porteur, le plus sécurisé par la nature du bien financé, et le plus résistant aux défauts de paiement.
Le crédit automobile n’est pas simplement un produit plus rentable. C’est un produit dont le risque est structurellement mieux maîtrisable que le crédit personnel non affecté, parce que le bien financé constitue une garantie tangible. Ce choix de segmentation explique mécaniquement l’autre grande performance de l’exercice: les dotations nettes aux provisions en baisse de 18,8% à 63 millions de dirhams. Quand on oriente la production vers des segments moins risqués, le coût du risque baisse. Pas par miracle, mais par construction. C’est la logique de « production sélective orientée vers les segments les plus contributifs » que décrit la communication financière de Salafin.
Le PNB en croissance de seulement 1,4% à 384 millions de dirhams dit par ailleurs que Salafin n’a pas cherché à compenser la sélectivité de sa production par une expansion de marge, ce qui serait risqué, mais plutôt à améliorer sa rentabilité par la qualité du portefeuille. La hausse des charges générales d’exploitation de 7,6% est à surveiller, mais elle s’inscrit dans une dynamique de redéploiement commercial qui a produit ses effets. Le dénouement amiable du contrôle fiscal 2017-2018 efface par ailleurs une incertitude qui pesait probablement sur les états financiers depuis plusieurs exercices. Post-dividende de 30 dirhams par action, Salafin affiche un ratio de solvabilité de 16,8% et un ROE de 17,7%, deux indicateurs qui disent une société capitalisée et rentable, pas une société qui distribue au détriment de sa solidité.

2025 chez Unimer: moins de poissons, plus de marge. Comment le groupe agroalimentaire s’adapte à une ressource halieutique durablement sous pression

Les résultats 2025 d’Unimer révèlent une tension que les chiffres bruts masquent partiellement. Le chiffre d’affaires social recule de 806 à 688 millions de dirhams. Le consolidé passe de 1,26 à 1,08 milliards. Les débarquements nationaux de sardines accusent un repli de 23%, les anchois de 25%. En apparence, une année difficile. En réalité, une démonstration de gestion sous contrainte qui mérite d’être lue autrement.

Ce qui s’est passé chez Unimer en 2025, c’est la mise en œuvre concrète d’une stratégie que peu d’acteurs industriels appliquent avec discipline quand la ressource se raréfie. Plutôt que de défendre le volume au détriment de la valeur, le groupe a ajusté ses volumes avec pour objectif explicite « la préservation de la valeur ». Le résultat est lisible dans l’EBE social, qui progresse de 9 à 30 millions de dirhams malgré la chute du chiffre d’affaires. Un triplement de l’excédent brut d’exploitation sur une base de revenus en recul de 15%. Un ratio qui dit quelque chose d’essentiel: Unimer a vendu moins, mais mieux.

La maîtrise du mix-produits, les ajustements de prix de vente et l’optimisation opérationnelle ont produit une amélioration de marge dans un contexte de « forte pression sur les prix ». Ce qui signifie que d’autres acteurs du même marché ont probablement sacrifié leurs marges pour maintenir leurs volumes, pendant qu’Unimer faisait le choix inverse.

Le retour à un résultat net consolidé positif (11 millions de dirhams contre -28 millions en 2024) est le signal le plus significatif de cet exercice. Il dit que la transition n’est pas terminée, mais que la direction est bonne. La « contribution renforcée des participations du Groupe » est un indice supplémentaire: la diversification du portefeuille d’actifs amortit les chocs de la ressource primaire.

Ce que la situation d’Unimer révèle sur l’industrie halieutique marocaine est préoccupant au-delà du cas d’espèce. Deux années consécutives de recul des débarquements de sardines et d’anchois, deux espèces pélagiques qui structurent l’essentiel de la conserve marocaine, ne sont pas un accident météorologique. C’est un signal sur l’état des stocks. Les groupes industriels capables de s’adapter à cette rareté durable, comme Unimer semble en prendre le chemin, survivront. Les autres subiront.

AD Ports Group en Afrique: lignes maritimes, implantation en Angola et la stratégie qui dit tout sur ses ambitions continentales

Il y a dans le rapport annuel 2025 d’AD Ports Group, publié avec des revenus records de 20,77 milliards de dirhams émiriens et un bénéfice net de 2,07 milliards, une information africaine qui mérite d’être extraite de la masse des résultats financiers. Le groupe abou-dhabien a lancé en 2025 des services de transport maritime de conteneurs en Afrique de l’Ouest et de l’Est, démarré des opérations de terminaux portuaires polyvalents en Angola, et lancé une activité logistique intérieure dans ce même pays. Ces trois éléments, présentés comme des « exemples des efforts du Groupe pour densifier ses principaux corridors commerciaux », disent quelque chose de précis sur la stratégie africaine d’un opérateur qui gère déjà des actifs en Égypte et qui cadre explicitement l’Afrique comme l’une de ses zones géographiques stratégiques aux côtés des Émirats, de l’Europe et du Pakistan. Le Capitaine Mohamed Juma Al Shamisi, PDG du Groupe, résume la logique avec la précision d’un stratège: « Nous avons continué à interconnecter nos ports, services maritimes, plateformes logistiques et zones économiques dans un écosystème cohérent permettant aux clients de déplacer plus efficacement marchandises, capitaux et opérations le long des principaux corridors commerciaux. » Ce qu’AD Ports Group construit en Afrique n’est donc pas une présence discrète d’opportunité. C’est un maillon de chaîne délibérément intégré dans un réseau mondial qui connecte le Golfe à l’Europe via la Méditerranée et à l’Afrique via les côtes atlantique et indienne.

L’Angola est un choix révélateur. Figurant dans le top 5 des producteurs de pétrole d’Afrique subsaharienne, doté d’un port de Luanda en cours de modernisation et d’une économie cherchant à diversifier ses flux commerciaux au-delà des hydrocarbures, le pays offre à AD Ports Group un point d’ancrage dans une économie en transition qui a besoin précisément de l’expertise que le groupe vend, notamment les terminaux polyvalents, la logistique intérieure, et la connectivité maritime.

Le lancement simultané de lignes maritimes en Afrique de l’Ouest et de l’Est dit que AD Ports Group ne gère pas des actifs africains isolés: il construit un réseau de routes commerciales qui, à terme, pourrait concurrencer ou compléter les opérateurs historiques sur ces corridors.

Pour l’Afrique, l’entrée d’un opérateur de cette envergure est un signal de maturité perçue, pas de charité géopolitique.