Zambie: comment la Chine déploie la « Route de la soie de la santé » comme instrument de soft power via ses hôpitaux universitaires
Derrière la rhétorique de l’amitié sino-africaine et des soins traversant « montagnes et mers », une logique stratégique mérite d’être braquée sous les projecteurs sans le filtre de la bienveillance affichée. La West China Hospital de l’Université du Sichuan, l’un des plus grands établissements hospitaliers universitaires d’Asie, ne s’engage pas en Zambie par philanthropie. Il y déploie ce que Pékin appelle la « Route de la soie de la santé »: un dispositif de coopération médicale qui suit la même logique que les Routes de la soie des infrastructures, mais dans un domaine où l’influence se construit plus discrètement et plus durablement.
Former des médecins zambiens aux standards et aux protocoles chinois, implanter des technologies médicales chinoises dans les hôpitaux partenaires, tisser des relations institutionnelles entre établissements universitaires, c’est créer des dépendances techniques, culturelles et professionnelles qui survivent aux changements de gouvernement et aux alternances diplomatiques. La formulation du président de l’hôpital, Luo Fengming, est à cet égard révélatrice dans sa construction: «continuer à explorer de nouvelles voies de coopération approfondie avec les établissements médicaux et les entreprises locales».
L’association explicite des « établissements médicaux » et des « entreprises locales » dans une même phrase dit que la coopération sanitaire est indissociable d’un agenda commercial. Les technologies médicales chinoises qui accompagnent les médecins chinois ne sont pas des dons pérennes. Elles ouvrent des marchés, créent des besoins de maintenance, de formation et de consommables que seuls les fournisseurs chinois peuvent satisfaire.
Pour la Zambie, l’enjeu est réel et ambigu. Le pays souffre d’une pénurie chronique de médecins spécialisés, d’un accès limité aux technologies diagnostiques avancées et d’une capacité de formation médicale insuffisante face à sa démographie. La coopération avec la West China Hospital de l’Université du Sichuan répond à des besoins tangibles, et c’est précisément ce qui en fait un instrument d’influence efficace. La question que le communiqué officiel annonçant cette coopération médicale ne pose pas, mais que les décideurs zambiens devraient se poser, est celle de la réciprocité réelle: qui forme qui, selon quels standards, avec quels équipements, et dans quel cadre de propriété intellectuelle et de gouvernance des données médicales ?




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