Sclérose en plaques, oncologie, dialyse: comment Sothema réduit d’une année l’autre la dépendance des patients marocains aux importations
Il y a dans les résultats 2025 de la Société de Thérapeutique marocaine (SOTHEMA) une convergence de signaux qui dit quelque chose de plus significatif qu’une bonne année financière. Un chiffre d’affaires consolidé de 3,22 milliards de dirhams en hausse de 15%, un EBITDA de 763 millions en progression de 27%, une marge opérationnelle qui gagne 2,4 points pour atteindre 23,7%, un résultat net part du groupe à 386 millions (+22%). Des chiffres qui décrivent un groupe qui ne se contente pas de croître. Il s’épaissit, se consolide et améliore simultanément sa rentabilité et son périmètre. La progression de 14% à périmètre constant, c’est-à-dire hors effet des acquisitions, dit que la croissance organique est réelle et solide, indépendamment des opérations de croissance externe.
Ce qui change qualitativement en 2025, c’est la nature des actifs que Sothema ajoute à son portefeuille. L’acquisition de Soludia, leader marocain des solutions de dialyse, est un mouvement stratégique qui dit bien plus qu’une diversification de portefeuille. La dialyse est un segment à très fort enjeu de santé publique dans un pays où les maladies rénales chroniques progressent avec l’urbanisation, le diabète et l’hypertension. Entrer dans ce segment, c’est se positionner sur une demande structurellement croissante, avec des barrières à l’entrée élevées et une dépendance aux importations que Sothema peut progressivement réduire.
L’accord avec Lilly sur les droits de la marque CIALIS® est d’une nature différente. Il dit la capacité du groupe à négocier avec les grandes pharmas mondiales pour rapatrier des actifs commerciaux établis sur le marché marocain.
Mais c’est peut-être dans les lancements de produits que se lit le mieux l’ambition de Sothema. Parmi les 14 nouveaux lancements de 2025, dont 7 fabriqués localement, deux méritent une attention particulière. Le premier traitement de la sclérose en plaques à base d’acétate de glatiramère produit au Maroc (une molécule jusqu’ici absente du marché national) et un biosimilaire en oncologie ciblant les cancers du sein, bronchiques et colorectaux. Deux lancements qui ne sont pas des substitutions de génériques ordinaires. Ce sont des thérapies de pointe, produites localement, qui réduisent concrètement la dépendance des patients marocains aux importations pour des pathologies graves et coûteuses. C’est en ces temps de guerre au Moyen-Orient, de perturbation des chaînes logistiques, de déroutage des navires des grands armateurs, et de renchérissement des produits importés que l’on mesure la portée de ce que font les équipes de Sothema. La formulation de Lamia Tazi, PDG du groupe, dit l’intention sans ambiguïté: «contribuer concrètement à améliorer l’accès des patients marocains à ces thérapies».
Le pipeline pour 2026 (25 nouvelles molécules en développement et 30 lancements prévus) dit que le rythme ne va pas ralentir. Un traitement à base de cannabis médical destiné à l’épilepsie, des carpules dentaires, des compléments alimentaires: la diversification thérapeutique de Sothema couvre désormais un spectre qui va bien au-delà des génériques classiques. Pour un groupe qui fêtera son cinquantième anniversaire en 2026, ces chiffres dessinent un acteur pharmaceutique régional qui a su transformer cinq décennies de production locale en plateforme d’innovation et d’expansion continentale.



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