*Côte d’Ivoire: Revirement sur un contrat d’aménagement des quartiers défavorisés d’Abidjan

Grabuge dans l’aménagement des quartiers précaires d’Abidjan. Le 20 novembre, l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop) a annulé les attributions au trio gagnant des contrats pour les infrastructures de voirie et de réseaux de drainage. Des chantiers totalisant 30 millions d’euros.

Le trio, composé par Globex–International Bathily Holding (IBH-CI), Bel Mabrouk des travaux et investissements et Chantier SARL Côte d’Ivoire, avait été sélectionné le 21 juillet.

Dépôt après la date limite

Mais l’Arcop a identifié des irrégularités dans la passation du marché. Selon le régulateur, la cellule de suivi du Projet d’aménagement des quartiers restructurés d’Abidjan, rattachée au ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, a changé le lieu de dépôt des offres sans publier ce changement dans le Bulletin officiel des marchés publics (BOMP).

D’autant que les offres de deux entreprises, à savoir Société générale des travaux du Maroc (SGTM, de la famille Kabbaj) et Porteo BTP (Côte d’Ivoire), ont été acceptées en dépit d’un dépôt après la date limite.

Quartiers défavorisés à connecter

Divers manquements relevés au moyen d’un recours introduit par un usager anonyme le 16 octobre, ce qui a poussé le régulateur à annuler le contrat et à relancer l’appel d’offres. De quoi rebattre les cartes de ces chantiers de BTP dans la capitale économique.

L’aménagement des communes de Yopougon, Koumassi et Abobo devra ainsi attendre. Il visait notamment les quartiers défavorisés de Grand Campement, Divo 1 & 2 et Akromiabla (Koumassi), celui de Gesco (Yopougon) et celui d’Agoueto PK18 (Abobo). Le projet devait bénéficier à plus de 300 000 habitants.

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Maroc : Saham Bank décroche sa première notation Ba1 chez Moody’s

Saham Bank annonce que Moody’s Ratings lui a attribué, pour la première fois, une notation long terme Ba1, assortie d’une perspective stable. Cette décision reflète l’appréciation de Moody’s quant à la solidité du profil financier de la Banque, soutenu par une rentabilité robuste, une capitalisation élevée, ainsi qu’une gouvernance jugée saine.

Selon l’analyse de Moody’s, la notation s’appuie notamment sur une rentabilité structurellement solide portée par une franchise bien établie auprès des corporates multinationaux et d’une clientèle retail premium et une capitalisation forte, offrant une capacité d’absorption des chocs et un socle de développement durable.

Elle repose aussi sur des standards de gouvernance solides, renforcés par l’engagement du nouvel actionnaire à maintenir un niveau élevé d’exigence en matière de gouvernance d’entreprise, et une approche prudente et conservatrice en matière de classification et de gestion des risques, contribuant à la résilience du profil de crédit.

Moody’s met également en avant l’importance de Saham Bank dans le système financier Marocain, avec une position significative dans plusieurs domaines clés : paiements domestiques et internationaux, market making sur le change et le fixed income, prêts interbancaires et d’autres domaines où la banque opère contribuant ainsi à l’écosystème financier du Royaume.

Lancement Officiel de Women in AI Morocco

L’écosystème technologique marocain s’apprête à franchir un jalon majeur avec le lancement officiel du chapitre Women in AI Morocco, à l’occasion du Women in AI Morocco Summit 2025, qui se tiendra le 5 décembre au Technopark Casablanca. Cet événement marque la naissance d’un réseau structuré au service de l’inclusion et du leadership féminin dans l’IA.

La participation prestigieuse de Mme Amal El Fallah SeghrouchniMinistre Déléguée chargée de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration, souligne l’importance stratégique de cette initiative, dans un contexte où l’IA constitue un levier majeur de souveraineté digitale et économique.

Un momentum aligné avec Maroc Digital 2030

L’événement s’inscrit pleinement dans la dynamique nationale de “Maroc Digital 2030”, qui vise à faire du Maroc un hub technologique régional.

Le lancement du chapitre Women in AI Morocco vient répondre à cet enjeu en créant un espace structuré dédié au développement des compétences, au mentorat, à la recherche et à l’innovation responsable dans l’IA.

Un quadruple objectif stratégique

En partenariat avec Technopark et DXC Technology, l’événement s’articule autour de quatre objectifs majeurs :

–       Structurer un écosystème national IA inclusif à travers le lancement officiel du chapitre Women in AI Morocco ;

–       Valoriser le leadership féminin dans les STEM et inspirer la nouvelle génération ;

–       Positionner le Maroc comme une force régionale motrice dans l’adoption de l’IA ;

–       Encourager une IA fondamentalement éthique, inclusive et durable.

Pour rappel, le Summit offrira une plateforme unique pour valoriser les talents féminins marocains et renforcer les collaborations institutionnelles dans l’IA. Organisé en présence de personnalités institutionnelles, de leaders de l’écosystème digital marocain et d’experts internationaux (Émirats arabes unis, États-Unis, Afrique), il favorisera des échanges de haut niveau, des rencontres stratégiques et des perspectives de coopération internationale.

Le cabinet britannique Ashurst officialise son bureau à Casablanca

Ashurst a annoncé lundi l’ouverture de son bureau à Casablanca, destiné à établir une présence locale et à étendre son activité sur le continent. L’entreprise a précisé que son équipe marocaine réunit les avocats Meriem Komiha et Youssef Tork, en qualité de juristes principaux ainsi que Yasmine Hitane, juriste associée. L’ensemble sera dirigé par Ouns Lemseffer, associée et responsable du Maroc. Selon l’institution, «l’équipe casablancaise, multilingue et adossée aux pôles implantés à Londres, Paris, Madrid et au Moyen-Orient, accompagnera les clients actifs ou investisseurs en Afrique dans les domaines du développement de projets, du financement, des opérations structurées, des marchés de capitaux et des opérations de fusion-acquisition et capital-investissement.»

Ashurst a indiqué que la nouvelle structure apporte une compétence accrue en matière de financement de projets, de financement structuré et de mobilisation de capitaux privés, tant au Maroc que dans l’ensemble de l’Afrique francophone. Ouns Lemseffer a souligné, selon les termes rapportés, que «l’ouverture du bureau de Casablanca constitue un élément déterminant de la stratégie africaine, l’équipe offrant une combinaison rare de standards internationaux et d’une connaissance approfondie des législations locales et des relations avec les autorités de régulation.» Elle a ajouté que «la présence sur le terrain permet de saisir les occasions offertes aux clients, tout en poursuivant l’accompagnement des opérations les plus complexes sur le continent.»

David Charlier, coresponsable de Projects & Energy Transition EMEA, a déclaré que «l’ouverture du premier bureau africain et l’arrivée d’une équipe de haut niveau à Casablanca marquent une étape significative pour Ashurst.» Il a affirmé que «l’expansion en Afrique constitue l’évolution logique d’une présence vieille de cent vingt ans sur le continent», exprimant sa confiance dans la capacité de direction d’Ouns Lemseffer et dans son aptitude à développer l’activité de la société dans une région qualifiée de décisive.

Le Niger rompt avec le français Orano et porte son uranium sur le marché mondial

Le régime du Niger a annoncé dimanche 30 novembre au soir mettre sur le marché international l’uranium produit par la Somaïr, filiale du géant français Orano nationalisée par Niamey en juin. La Somaïr, Société des mines de l’Aïr, était détenue à 63,4 % par Orano et à 36,6 % par l’Etat du Niger. Orano en a perdu le contrôle opérationnel.

L’exploitation de l’uranium au Niger est au centre d’un bras de fer entre la junte, au pouvoir depuis un coup d’Etat perpétré en juillet 2023, et le groupe Orano. Un dossier qui illustre les tensions entre l’ex-puissance coloniale française et les militaires nigériens. Ces derniers ne cachent pas leur volonté de se tourner vers de nouveaux partenaires, comme l’Iran ou la Russie, quand Moscou a déclaré en juillet sa volonté d’exploiter l’uranium nigérien.

« Le Niger, digne, met sur le marché international sa propre production », a déclaré un journaliste de la télévision d’Etat Télé Sahel, rapportant des propos tenus récemment par le chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani. Selon le média, le leader de la junte a revendiqué « le droit légitime du Niger de disposer de ses richesses naturelles, de les vendre à qui souhaite acheter, dans les règles du marché, en toute indépendance ».

L’un des plus importants gisements d’uranium au monde

Orano avait acté en décembre 2024 la perte du contrôle opérationnel de ses trois filiales minières au Niger : la mine de la Somaïr, celle de Cominak (fermée depuis 2021) et le gisement d’Imouraren. Ce dernier site est l’un des plus importants gisements d’uranium au monde, avec des réserves estimées à 200 000 tonnes. Niamey avait retiré à Orano son permis d’exploitation. En juin, la junte militaire a annoncé la nationalisation de la Somaïr.

Orano, dont le capital est détenu à plus de 90 % par l’Etat français, a engagé plusieurs procédures d’arbitrage international contre l’Etat du Niger. A la fin de septembre, l’entreprise a annoncé la décision en sa faveur d’un tribunal concernant la mine de la Somaïr. Selon Orano, ce tribunal a enjoint au Niger de ne pas vendre l’uranium produit par la Somaïr, dont le site compte environ 1 300 tonnes de concentré, représentant une valeur marchande de 250 millions d’euros.

Afrique: Yvon Sana Bangui élu président de l’Association des banques centrales

Le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a été élu président de l’Association des banques centrales africaines (ABCA), le 28 novembre, à Yaoundé au Cameroun. Il succède à la gouverneure de la banque centrale de l’Ile Maurice, Priscilla Muthoora Thakoor.

Le gouverneur de la BEAC a été porté à la tête de l’ABCA qui regroupe 41 banques centrales lors des 47es réunions annuelles des gouverneurs de cette institution continentale, organisées sur le thème  « Changement climatique et stabilité macroéconomique : le rôle des banques centrales ». « Je vais fonder ma mission sur une seule priorité : le projet d’opérationnalisation de l’Institut monétaire africain », a déclaré Yvon Sana Bangui, précisant qu’il s’agit d’une étape fondamentale dans la mise en œuvre d’un projet datant d’une vingtaine d’années.

Cet institut dont la création est prévue pour 2026 sera chargée entre autres de mener les études économiques et statistiques, de surveiller les critères de convergence macroéconomique des pays africains en vue de préparer la création de la banque centrale africaine et de l’union monétaire du continent.

En marge des réunions annuelles de l’ABCA, il s’est tenu un symposium ayant réuni dans la capitale camerounaise quarante gouverneurs de banques centrales. Le gouverneur de la BEAC a estimé qu’une telle mobilisation « traduit la volonté des banques centrales à bâtir une Afrique économiquement et monétairement souveraine ».

Il s’est dit, par ailleurs, conscient de l’immensité de sa tâche à la présidence de l’ABCA. « C’est une grande responsabilité. Je pense qu’avec la contribution de tous, nous saurons relever les défis. C’est ensemble que nous allons apporter les transformations structurelles aux réformes engagées par l’ABCA », a-t-il signifié.

Maroc : le secteur des assurances enregistre une croissance de 7,2 % sur les neuf premiers mois de 2025

Le marché marocain des assurances confirme sa dynamique de croissance en 2025, avec une nouvelle performance solide à fin septembre. Le chiffre d’affaires global du secteur a atteint 48,26 milliards de dirhams, en hausse de 7,2% par rapport à la même période en 2024, selon les dernières statistiques publiées par l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS). Cette progression place l’exercice 2025 sur la trajectoire d’une année record, portée à la fois par les branches Vie et Non-Vie, ainsi que par plusieurs segments moteurs.

La branche Vie affiche un cumul de 21 milliards de dirhams à fin septembre 2025, en augmentation de 6,9% sur un an. L’épargne en dirhams, principal pilier du segment, poursuit sa croissance modérée avec 16,52 milliards de dirhams (+2,1%). Les garanties décès progressent également pour atteindre 2,74 milliards de dirhams (+5,5%). Mais c’est l’épargne en unités de compte qui enregistre la plus forte accélération, avec une hausse spectaculaire de 102,2%, portant son cumul à 1,74 milliard de dirhams, confirmant un engouement renforcé pour les placements financiers à potentiel de rendement plus élevé.

27,26 milliards de dirhams pour la Non-Vie

La branche Non-Vie, qui représente le plus gros volume de primes, totalise 27,26 milliards de dirhams à fin septembre, en hausse de 7,5%. Le segment Automobile, toujours premier contributeur de cette branche, génère 12,73 milliards de dirhams, soit une progression de 7,6%, dont 10,38 milliards de dirhams en responsabilité civile (+6,8%). Les accidents corporels affichent, également, une croissance soutenue avec 4,57 milliards de dirhams (+6,2%), incluant 3,94 milliards de dirhams pour la maladie (+7%). Les événements catastrophiques, portés par le régime de couverture contre les risques majeurs, enregistrent une hausse significative de 12,6% pour atteindre 548,2 millions de dirhams.

Plusieurs autres segments contribuent également à la hausse des primes Non-Vie. Les risques techniques connaissent une expansion exceptionnelle, grimpant à 502,4 millions de dirhams (+71,5%), tout comme les acceptations Non-Vie qui progressent de 23,6% pour atteindre 790,3 millions de dirhams. L’Assistance maintient sa croissance dynamique avec 1,41 milliard de dirhams (+7,8%), tandis que le crédit-caution gagne 15,6% pour s’établir à 263,8 millions de dirhams. En revanche, certaines branches reculent, notamment l’Incendie, qui se contracte légèrement à 2,12 milliards de dirhams (-0,8%), et la responsabilité civile générale, en hausse limitée à 687,6 millions de dirhams (+2,6%).

Dans l’ensemble, la trajectoire du secteur reste ferme et homogène, soutenue par les principales activités. Le classement des Top 5 segments par cumul à fin septembre 2025 confirme la domination des grandes branches traditionnelles. L’épargne en dirhams occupe largement la première position, suivie de l’automobile, deuxième contributeur du marché. Les accidents corporels complètent le podium, tandis que les garanties décès occupent la quatrième place. Le segment accidents du travail et maladies professionnelles (AT & MP) ferme ce Top 5 avec 2,29 milliards de dirhams, devançant légèrement l’incendie.

Libye : L’affaire Baayo et les zones d’ombre de la finance pétrolière

Au centre de l’attention : Abdelhakim Baayo, un technocrate libyen au profil jusqu’ici plutôt discret, propulsé sur le devant de la scène par des accusations de mauvaise gestion, voire de détournement de fonds publics. Dans les détails, les soupçons qui pèsent sur Abdelhakim Baayo découlent principalement de rapports d’audit et d’enquêtes journalistiques, notamment celles relayées par le consortium OCCRP. Ils concernent sa période à la tête d’Alhammra, la filiale espagnole de la Lafico (Libyan Foreign Investment Company), elle-même une branche du fonds souverain libyen (LIA).

L’accusation centrale est celle d’un mélange des genres : Baayo aurait utilisé les ressources de la société étatique pour son enrichissement personnel. Le point focal de ce dossier est l’acquisition d’un luxueux appartement à Madrid. Selon les auditeurs, l’achat aurait été masqué par des jeux d’écritures comptables et l’utilisation de sociétés écrans, le tout facilité par le chaos administratif, attisé par les puissances étrangères comme les Emirats Arabes unis, qui régne à Tripoli. Cependant, face à ces allégations graves, Abdelhakim Baayo oppose un démenti formel. L’homme d’affaires, qui a par le passé nourri des ambitions présidentielles en Libye, voit dans ces révélations une manœuvre politique destinée à l’écarter de la scène nationale future. Pour sa défense, il s’appuie sur le terrain judiciaire. Baayo et ses conseils rappellent régulièrement que la justice espagnole a déjà été saisie de plaintes similaires concernant la gestion d’Alhammra et l’achat de cet appartement. Jusqu’à présent, les tribunaux ibériques ont classé ces affaires, estimant les preuves insuffisantes pour caractériser des infractions pénales. Une victoire juridique que l’intéressé brandit comme un bouclier contre ce qu’il qualifie de campagne de dénigrement.

CloudFret : bâtir un leader LogiTech régional à partir du terrain

CloudFret, né comme réponse concrète à la fragmentation du transport routier, a bâti sa croissance sur le terrain, avant de structurer une plateforme propriétaire visant à redéfinir les standards du fret transfrontalier Maroc–Europe–Afrique. Rencontre avec une LogiTech marocaine qui veut transformer l’exécution logistique en infrastructure intelligente régionale.

Dans l’écosystème tech marocain, où l’innovation est souvent présentée avant même d’être éprouvée, certaines startups prennent le chemin inverse : l’exécution d’abord, la communication ensuite. CloudFret s’inscrit dans cette école du réel. Le projet, né d’un constat opérationnel — des camions circulant à vide, des données fragmentées, une chaîne d’information défaillante et des marges comprimées — a émergé non pas dans une salle de réunion, mais sur les routes, dans les dépôts logistiques et au contact direct des professionnels du secteur. C’est au croisement de ces échanges avec transporteurs, chargeurs industriels et commissionnaires que la startup a façonné son modèle. Très tôt, une conviction stratégique s’est imposée : le fret routier souffre moins d’une crise de demande que d’une crise de coordination. Et cette coordination ne peut se construire qu’en maîtrisant les flux réels avant d’y greffer une couche technologique intelligente.

Aujourd’hui, alors que la demande africaine en solutions logistiques numériques pourrait représenter un marché de plus de 25 milliards $ d’ici 2030 selon plusieurs estimations sectorielles, CloudFret ambitionne de devenir un leader régional LogiTech depuis le Maroc, capable de rivaliser avec les standards internationaux. Mais à l’inverse des approches purement marketplace ou SaaS, l’entreprise a fait un choix structurant : bâtir une souveraineté technologique via le développement d’un ERP logistique propriétaire, adapté aux réalités transfrontalières Maroc–Europe et Maroc–Afrique. Un pari stratégique, qui va à l’encontre de la dépendance aux solutions importées souvent calibrées pour des marchés où les flux, la réglementation et les acteurs sont plus homogènes et moins fragmentés. Ce positionnement ne relève ni d’un effet de mode, ni d’un storytelling marketing : il est la réponse stratégique à un besoin d’infrastructure d’information intelligente. Dans cette Interview exclusive Driss Jabar, CEO de CloudFret, revient sur la vision de cette startup.

1) Pouvez-vous revenir sur votre parcours et revenir sur les premiers pas de votre entreprise cloudfret ?

CloudFret n’est pas née avec l’obsession d’être « tech ». À ses débuts, l’entreprise n’avait ni pitch deck flamboyant, ni communication virale, ni branding fait pour séduire les médias. L’approche était inverse : écouter, cartographier, comprendre et livrer un résultat tangible aux acteurs du transport — avant d’industrialiser une plateforme. « La technologie ne devait jamais rendre leur métier plus complexe, mais immédiatement plus rentable et mieux coordonné. » C’est sur ce principe que CloudFret a commencé à agréger un réseau d’acteurs, dans un secteur où plus de 30 % des trajets au Maroc se font à vide, selon des projections du marché informel, faute d’information centralisée et d’outils de coordination performants.

Cette sobriété assumée dans la communication n’est pas timidité : elle est maturité observée. CloudFret a refusé de se perdre dans des promesses d’automatisation futuriste alors qu’un enjeu prioritaire dominait : la confiance. Car les transporteurs, souvent indépendants ou opérant avec de faibles marges, demandent plus une preuve qu’un discours. CloudFret leur a donc parlé dans le même langage : celui des flux, des kilomètres, des délais, des coûts et des opportunités optimisées.

2) Votre offre a atteint une maturité indéniable. Quel est votre mindset ?

Si le défaut de coordination a été identifié dès le départ, la solution n’a pas été arrêtée avant l’analyse opérationnelle. Les premiers déploiements ont été réalisés sur le corridor stratégique Maroc–Europe — une route commerciale par laquelle transite près de 73 % des exportations marocaines par voie terrestre combinée ferry via le détroit de Gibraltar et Tanger-Algésiras. Une observation terrain a façonné le produit : les solutions globales importées ne répondent pas suffisamment aux spécificités de ce corridor et aux flux croisés vers l’Afrique subsaharienne.

À ce stade, l’entreprise commence à structurer non seulement une place de marché digitale, mais un modèle hybride capable d’absorber la complexité des flux. Marketplace pour l’intermédiation intelligente, SaaS pour la gestion optimisée, services premium pour la valeur ajoutée opérationnelle : l’entreprise assemble ces trois briques non comme une juxtaposition produit, mais comme un système logique d’optimisation de l’information et des exécutions.

3) L’écosystème startup Marocain est plein de défis. Comment avez-vous surmonté ces défis ?

Dans un secteur aussi normé qu’informel, structuré qu’atomisé, CloudFret a fait un choix rare pour une startup nord-africaine : bâtir une solution ERP propriétaire, conçue pour les réalités industrielles et transfrontalières du Maroc et de l’Afrique de l’Ouest. Ce choix s’inscrit dans une logique comparable aux grands champions technologiques régionaux qui ont construit leur force en internalisant leurs solutions — plutôt qu’en les sous-traitant.

Pourquoi ce choix compte :

  • Les ERP logistiques existants sont souvent conçus pour des supply chains moins fragmentées, avec des standards de données plus uniformes.
  • Les corridors Maroc–Europe et Afrique de l’Ouest sont caractérisés par des ruptures d’information, des intermédiaires multiples et des variations réglementaires.
  • Un ERP propriétaire signifie : maîtrise du modèle de données, contrôle du produit, indépendance stratégique, avantage compétitif durable.

Ce pilier permet à CloudFret de s’appuyer sur une souveraineté technologique, ce que peu d’entreprises logistiques marocaines ou subsahariennes ont encore initié en interne dans le numérique industriel.

4) Une ambition régionale ?

CloudFret ne vise pas simplement à augmenter le volume d’intermédiation digitale. L’objectif est plus systémique :

  • réduire structurellement les trajets à vide ;
  • fluidifier les corridors Maroc–Europe–Afrique ;
  • bâtir de nouveaux standards de transport routier numérique ;
  • démontrer qu’un software logistique né au Maroc peut rivaliser avec les solutions mondiales ;

Ce leadership pourra se mesurer non pas uniquement en volumes, mais en impact économique, environnemental et opérationnel.

En sommes ; CloudFret n’appartient pas à la catégorie des startups « météores », dont l’éclat de communication dépasse parfois la réalité produit. L’entreprise s’est construite à partir d’un problème concret, ajusté à travers une observation opérationnelle rigoureuse, et structuré autour d’un choix stratégique : l’exécution précède la narration, la souveraineté technologique précède la dépendance, et la rentabilité précède l’euphorie.

Dans un secteur historiquement refractaire à la digitalisation profonde, CloudFret veut faire plus qu’introduire du logiciel : bâtir une infrastructure logistique intelligente, durable et capable de connecter la région Afrique-Atlantique à l’Europe et au continent.

Trois startups africaines à l’honneur à VivaTech 2025

Parmi les neuf finalistes du concours AfricaTech à VivaTech, la marocaine Cloudfret optimise le fret routier pour réduire les trajets de camions à vide, avec à la clé une mobilité plus propre.

L’égyptienne Reme-D développe, elle, des tests de diagnostic médical qui n’ont pas besoin de chaîne du froid, un atout crucial dans les zones sans accès constant à l’électricité.

Enfin, la startup sud-africaine Happy Pay propose une révolution du crédit : des prêts gratuits dans un pays où le coût de l’emprunt reste un frein majeur à l’inclusion financière.

L’Angola signe un protocole d’accord avec Alstom pour développer une ligne ferroviaire à Luanda

Le ministère angolais des Transports et le groupe français Alstom ont signé cette semaine un protocole d’accord portant sur le développement de la Blue Line, un projet de train suburbain destiné à renforcer l’offre de mobilité à Luanda. L’annonce a été faite en marge du 7ᵉ sommet Union africaine – Union européenne (UA-UE), tenu les 24 et 25 novembre dans la capitale angolaise.

Longue de 50 km, la Blue Line doit relier Cacuaco à Benfica en longeant la façade maritime de Luanda, dont elle vise à désengorger les principaux axes routiers. La ville est l’une des plus densément peuplées du continent africain, avec plus de 10 millions d’habitants, selon World Population. La collaboration doit analyser la viabilité commerciale, technique et stratégique de la ligne ferroviaire côtière. Des études de faisabilité complètes seront menées, ouvrant la voie à la mise en œuvre du projet si les conclusions sont jugées favorables.

Ce projet vient s’ajouter aux initiatives déjà engagées par les autorités angolaises pour moderniser le réseau ferroviaire urbain du pays. L’opérateur public exploite actuellement un service express reliant le centre-ville de la capitale aux zones périphériques, mais celui-ci reste freiné par des contraintes techniques, limitant la vitesse et la fréquence des navettes.

Certains projets évoqués depuis quelques années peinent par ailleurs à démarrer, faute de financement. C’est le cas du métro de surface devant raccorder le nouvel aéroport international António Agostinho Neto, en périphérie de Luanda.