Le taux d’inflation officiel du Nigeria a subi une transformation statistique, un processus technique qui a radicalement modifiĂ© le chiffre principal utilisĂ© par des millions de personnes pour Ă©valuer leur coĂ»t de la vie.
Les derniĂšres donnĂ©es du Bureau national des statistiques (BNS) indiquent une forte baisse de l’inflation Ă 15,15 % en dĂ©cembre. Ce chiffre, en recul par rapport aux 34,80 % enregistrĂ©s un an plus tĂŽt, semble signaler un net ralentissement de la hausse des prix. Toutefois, ce rĂ©sultat ne s’explique pas uniquement par la baisse des prix ; il rĂ©sulte Ă©galement d’un changement d’Ă©chelle dans la mesure de l’inflation.
Au cĆur de ce changement se trouve un processus appelĂ© « rĂ©ajustement ». En termes simples, le Nigeria mesurait les variations de prix pour une Ă©conomie de 2025 en utilisant une liste de courses et des habitudes de consommation de 2009. AprĂšs 15 ans â bien au-delĂ du cycle de mise Ă jour quinquennal recommandĂ© â, cette liste ne reflĂ©tait plus la rĂ©alitĂ©.
Dans une enquĂȘte nationale, le Bureau national des statistiques (NBS) a constatĂ© que les NigĂ©rians n’achetaient plus 201 articles obsolĂštes. Disparus du panier de consommation officiel, des objets comme les tĂ©lĂ©viseurs noir et blanc et les tĂ©lĂ©phones Nokia 3310 ont Ă©tĂ© retirĂ©s. Ă leur place, les statisticiens ont ajoutĂ© 404 nouveaux produits et services que les NigĂ©rians achĂštent rĂ©ellement aujourd’hui, portant le panier total Ă 934 articles, contre environ 740 auparavant. Cette mise Ă jour, basĂ©e sur les habitudes de consommation de 2023 , vise Ă ce que l’indice reflĂšte la vie moderne.
La nouvelle mĂ©thode de calcul, adoptĂ©e dĂ©but 2022, a rapidement permis de rĂ©duire l’inflation globale au NigĂ©ria Ă 24,48 % en janvier 2025 (contre 34,80 % en dĂ©cembre 2024), suite Ă la modification de la mĂ©thodologie et de l’annĂ©e de base. Cet indicateur s’est globalement stabilisĂ© tout au long de l’annĂ©e 2022. Il convient toutefois de noter que, malgrĂ© l’attĂ©nuation des fortes fluctuations des prix observĂ©es prĂ©cĂ©demment, les prix sont restĂ©s Ă©levĂ©s.
La mise Ă jour du panier n’Ă©tait qu’une Ă©tape.
Le Bureau national des statistiques (BNS) s’est alors heurtĂ© Ă un obstacle mathĂ©matique. En fixant l’annĂ©e de rĂ©fĂ©rence Ă 2024, la comparaison directe de dĂ©cembre 2025 avec dĂ©cembre 2024 aurait engendrĂ© une hausse artificielle. Les responsables estimaient qu’avec l’ancien calcul, l’inflation aurait semblĂ© bondir Ă 31,2 %. Le BNS a qualifiĂ© ce phĂ©nomĂšne de « hausse artificielle » due Ă l’effet de base, une distorsion technique , et non une vĂ©ritable flambĂ©e des prix.
Pour Ă©viter cela, le bureau a modifiĂ© sa mĂ©thode de calcul. Au lieu de comparer ce mois-ci au mĂȘme mois de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, il a utilisĂ© une moyenne sur douze mois des prix de 2024 comme point de rĂ©fĂ©rence. Cela a permis de normaliser le chiffre et d’Ă©viter la distorsion ponctuelle, ce qui explique le taux de 15,15 % enregistrĂ©.
Le gouvernement et les instances internationales ont approuvĂ© cette rĂ©forme. Le Fonds monĂ©taire international (FMI) a dĂ©clarĂ© que la nouvelle mĂ©thode aligne le NigĂ©ria sur les meilleures pratiques internationales et le cadre de la CEDEAO. Le vice-gouverneur de la Banque centrale, Muhammad Sani Abdullahi, a affirmĂ© qu’il s’agissait d’une solution Ă un « problĂšme purement mathĂ©matique », et non d’une tentative de dissimuler une hausse des prix.
Ce changement soudain a toutefois suscitĂ© l’attention d’Ă©conomistes de renom. Yemi Kale, qui a dirigĂ© l’agence statistique du NigĂ©ria pendant dix ans, a averti que la transition avait peut-ĂȘtre Ă©tĂ© prĂ©cipitĂ©e, crĂ©ant un Ă©cart dans les comparaisons annuelles et faussant ainsi l’analyse.
« Comment calcule-t-on les chiffres dâune annĂ©e sur lâautre quand on affirme que les chiffres prĂ©cĂ©dents ne sont pas comparables ? », a-t-il demandĂ© , soulignant ainsi des prĂ©occupations quant Ă la cohĂ©rence et Ă la transparence.
Pour le Nigérian moyen, le décalage entre le nouveau taux de change officiel, plus bas, et les prix quotidiens du marché reste palpable.
Bien que le Bureau national des statistiques (NBS) fasse Ă©tat d’une baisse significative de l’inflation alimentaire Ă 10,84 %, la pression sur le coĂ»t de la vie, Ă©voquĂ©e par des organisations comme le Nigerian Economic Summit Group (NESG), n’a pas disparu du jour au lendemain. Ces nouveaux calculs offrent un point de rĂ©fĂ©rence rĂ©visĂ©, mais pour beaucoup, le pouvoir d’achat reste le critĂšre ultime.