Les 10 pays africains les plus prĂȘts pour l’investissement et l’Ă©volution des vĂ©hicules Ă©lectriques
Souvent nĂ©gligĂ©e dans les perspectives mondiales sur les vĂ©hicules Ă©lectriques, l’Afrique se positionne rapidement comme un acteur clĂ©, Ă la fois comme un marchĂ© en pleine expansion pour la mobilitĂ© Ă©lectrique et comme source de minĂ©raux essentiels pour les batteries.
Face Ă la volatilitĂ© des prix mondiaux du pĂ©trole et aux objectifs ambitieux de dĂ©carbonation Ă l’Ă©chelle mondiale, plusieurs pays africains mettent en Ćuvre des politiques proactives et s’affirment comme une destination d’investissement attractive. ParallĂšlement, la demande croissante des classes moyennes, tant Ă©trangĂšres que locales, stimule l’industrialisation en Afrique du Nord et australe, tandis que des solutions de mobilitĂ© Ă bas coĂ»t et Ă grande Ă©chelle transforment le secteur des transports ailleurs sur le continent.
Selon Mordor Intelligence, le marchĂ© africain des vĂ©hicules Ă©lectriques devrait connaĂźtre une croissance fulgurante, passant d’environ 0,45 milliard de dollars en 2025 Ă plus de 4,2 milliards de dollars d’ici 2030. Cela reprĂ©sente un taux de croissance annuel composĂ© de 56,3 %. Cette croissance repose sur deux atouts majeurs : les capacitĂ©s industrielles et les ressources miniĂšres. Ensemble, ces deux Ă©lĂ©ments constituent une stratĂ©gie d’investissement Ă double avantage trĂšs prometteuse.
Voici dix pays africains prĂ©sentant le plus fort potentiel d’investissement et de dĂ©veloppement des vĂ©hicules Ă©lectriques.
1. Afrique du Sud : Porte d’entrĂ©e du secteur manufacturier
L’Afrique du Sud, premiĂšre Ă©conomie industrialisĂ©e du continent et berceau d’un secteur automobile historique, constitue un pĂŽle naturel pour le dĂ©veloppement des vĂ©hicules Ă©lectriques. ParallĂšlement, son secteur automobile trĂšs dĂ©veloppĂ©, qui contribue Ă plus de 7 % de son PIB, opĂšre une transition cruciale pour favoriser l’adoption des vĂ©hicules Ă©lectriques.
- Potentiel clé : Le gouvernement a mis en place une mesure incitative majeure : une dĂ©duction fiscale de 150 % sur les investissements Ă©ligibles dans les infrastructures de production de vĂ©hicules Ă©lectriques et Ă hydrogĂšne. Cette mesure, promulguĂ©e et applicable Ă compter de mars 2026, vise Ă mobiliser des milliards dâeuros de financements privĂ©s en subventionnant les dĂ©penses dâinvestissement liĂ©es Ă la construction de nouveaux bĂątiments, usines et machines.
- Axe d’investissement : se concentrer sur l’assemblage local, la fabrication de batteries et la fourniture de composants de pointe pour desservir les marchĂ©s d’exportation nationaux et internationaux (en particulier l’UE et le Royaume-Uni).
2. Maroc : Le pionnier de la production
Le Maroc est sans doute le pays le plus avancĂ© en matiĂšre de transition vers la production de vĂ©hicules Ă©lectriques, se positionnant ainsi comme une porte d’entrĂ©e vers le marchĂ© europĂ©en. Il a su attirer des entreprises telles que BYD, Tesla , Stellantis et Gotion High-Tech Co., qui a investi 5,6 milliards de dollars dans une gigafactory de batteries d’une capacitĂ© annuelle de 100 gigawatts (GWh).
- Atouts majeurs : GrĂące Ă un soutien gouvernemental important, le Maroc attire les grands constructeurs et Ă©quipementiers automobiles mondiaux. Il dispose dâune base industrielle solide et dâun objectif stratĂ©gique : produire jusquâĂ 100 000 vĂ©hicules Ă©lectriques dâici 2025, parallĂšlement Ă la mise en place dâusines de batteries.
- Angle d’investissement : Production et assemblage axĂ©s sur l’exportation, tirant parti de sa proximitĂ© avec l’Europe et de son Ă©cosystĂšme automobile existant.
3. Ăgypte : Le lien nord-africain
Plus Ă l’est, l’Ăgypte, forte de sa population nombreuse et d’un gouvernement soucieux de rĂ©duire les Ă©missions de carbone et les subventions aux carburants, encourage activement la mobilitĂ© Ă©lectrique. Le gouvernement a fait de l’Ă©lectrification rapide des transports publics une prioritĂ© afin de lutter contre la forte pollution atmosphĂ©rique au Caire et Ă Alexandrie.
- Atouts majeurs : partenariats stratĂ©giques avec des entreprises chinoises pour la production de bus Ă©lectriques, programme de financement pour faciliter lâaccĂšs des consommateurs aux vĂ©hicules Ă©lectriques, base industrielle solide et projets ambitieux de dĂ©veloppement des infrastructures. LâĂgypte vise une part de 65 % dâindustrialisation dans sa chaĂźne de valeur de fabrication de vĂ©hicules Ă©lectriques dâici 2030.
- Axe d’investissement : Ălectrification des transports publics (bus et taxis) et dĂ©ploiement d’infrastructures de recharge dans ses principaux centres urbains.
4. Kenya : Leader en matiÚre de motos et tuk-tuks électriques
Le potentiel du Kenya en matiĂšre de vĂ©hicules Ă©lectriques repose sur son Ă©cosystĂšme innovant et local, axĂ© sur les deux-roues et les trois-roues, qui constituent l’Ă©pine dorsale de ses transports publics et commerciaux. Ce segment attire l’attention des investisseurs, et des start-ups spĂ©cialisĂ©es dans les deux-roues comme ARC Ride , BasiGo et Enzi Mobility bĂ©nĂ©ficient d’importants investissements directs Ă©trangers.
- Atouts majeurs : Des objectifs politiques ambitieux, notamment celui de faire en sorte que 5 % des nouveaux vĂ©hicules immatriculĂ©s soient Ă©lectriques dâici 2025. De plus, le Code national du bĂątiment de 2024 impose dĂ©sormais Ă tous les nouveaux bĂątiments commerciaux de rĂ©server au moins 5 % de leurs places de stationnement Ă lâinfrastructure de recharge pour vĂ©hicules Ă©lectriques, garantissant ainsi un niveau dâinvestissement minimum. On observe Ă©galement une rĂ©duction des droits dâimportation sur les vĂ©hicules Ă©lectriques et une prioritĂ© accordĂ©e Ă lâassemblage local et aux systĂšmes dâĂ©change de batteries.
- Angle d’investissement : Technologie d’Ă©change de batteries et assemblage local de motos Ă©lectriques (Boda-Bodas) et de tuk-tuks , impulsĂ©s par de nombreuses start-ups locales.
5. Rwanda : un pays innovant grĂące Ă des politiques publiques
MalgrĂ© sa taille, le Rwanda se distingue par la crĂ©ation d’un environnement politique parmi les plus favorables Ă la mobilitĂ© Ă©lectronique en Afrique.
- Potentiel clé : Dans le cadre de la StratĂ©gie nationale de transformation (NST2), le gouvernement offre des allĂ©gements fiscaux importants, notamment lâexonĂ©ration de TVA, de droits dâimportation et dâaccise sur les voitures Ă©lectriques, les piĂšces dĂ©tachĂ©es et les Ă©quipements de recharge. Le pays constitue un terrain dâexpĂ©rimentation pour des modĂšles commerciaux innovants tels que les stations de recharge ultra-rapide. Ă titre dâexemple, le Rwanda abrite Ampersand , qui a rĂ©cemment ouvert son rĂ©seau dâĂ©change de batteries aux fabricants internationaux.
- Axes d’investissement : Logistique, Ă©lectrification des flottes et dĂ©veloppement des infrastructures et services de recharge dans un environnement rĂ©glementaire favorable.
6. NigĂ©ria : Le gĂ©ant de l’Afrique de l’Ouest
Le NigĂ©ria est le nouveau venu de taille dans ce classement, avec un taux d’adoption en forte croissance, notamment dans les segments des motos et tricycles Ă©lectriques. L’adoption rĂ©cente de la loi sur la transition vers les vĂ©hicules Ă©lectriques et la mobilitĂ© verte, prĂ©vue fin 2025, a permis au pays de passer d’un intĂ©rĂȘt passif Ă une industrialisation dynamique.
- Potentiel clé : Le projet de loi de 2025 impose aux constructeurs automobiles Ă©trangers dâĂ©tablir des usines dâassemblage locales dans un dĂ©lai de trois ans et de sâapprovisionner localement pour au moins 30 % des composants dâici 2030. Avec environ 15 000 Ă 20 000 vĂ©hicules Ă©lectriques dĂ©jĂ en circulation, le marchĂ© nigĂ©rian devrait croĂźtre de 6,8 % par an jusquâen 2031, selon Climate Scorecard .
- Axes d’investissement : Services d’importation, de distribution et de maintenance pour les deux-roues et les trois-roues Ă©lectriques, et investissement dans des solutions de recharge alimentĂ©es par des Ă©nergies renouvelables.
7. L’Ăthiopie : un acteur politique audacieux
L’Ăthiopie a profondĂ©ment transformĂ© son marchĂ© grĂące Ă une mesure politique unique et radicale : l’interdiction d’importer tous les vĂ©hicules Ă moteur Ă combustion interne non Ă©lectriques. Cette politique a immĂ©diatement engendrĂ© une demande de vĂ©hicules Ă©lectriques, faisant du pays l’un des marchĂ©s de vĂ©hicules Ă©lectriques Ă la croissance la plus rapide du continent.
- Potentiel clé : Cette interdiction, motivĂ©e par la nĂ©cessitĂ© de rĂ©duire les importations coĂ»teuses de combustibles fossiles et de tirer parti de son important potentiel hydroĂ©lectrique, crĂ©e une demande garantie de vĂ©hicules Ă©lectriques. Lâeffet a Ă©tĂ© immĂ©diat et spectaculaire : selon EV24.africa , les immatriculations de vĂ©hicules Ă©lectriques devraient reprĂ©senter plus de 60 % des ventes de vĂ©hicules neufs dĂ©but 2025. Le marchĂ© africain des vĂ©hicules Ă©lectriques devrait ainsi afficher la croissance la plus rapide dâAfrique, avec un TCAC de 58,92 % jusquâen 2030, dâaprĂšs Mordor Intelligence .
- Angle d’investissement : Production et assemblage locaux immĂ©diats pour rĂ©pondre Ă la demande induite par les politiques publiques, en tirant parti de l’importante capacitĂ© hydroĂ©lectrique Ă faible coĂ»t de l’Ăthiopie.
Les géants des minéraux et de la chaßne de valeur
Les trois pays suivants sont essentiels non seulement pour l’adoption des vĂ©hicules Ă©lectriques, mais aussi pour leur rĂŽle dans la chaĂźne de valeur mondiale des batteries pour vĂ©hicules Ă©lectriques. Les investissements y sont axĂ©s sur le traitement et la valorisation des minĂ©raux.
8. đšđ© RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (RDC)
La RDC occupe une position stratégique et non négociable dans la transition mondiale vers les véhicules électriques.
- Potentiel clé : La RDC possĂšde environ 48 % des rĂ©serves mondiales prouvĂ©es de cobalt , selon lâObservatoire africain des minĂ©raux verts. Elle reprĂ©sente 70 % de la production mondiale de cobalt et est un important producteur de cuivre, deux composants essentiels des batteries.
- Perspective d’investissement : Passer de l’exportation de matiĂšres premiĂšres Ă la transformation et au raffinage locaux du cobalt et du cuivre afin de crĂ©er une chaĂźne de valeur rĂ©gionale complĂšte pour les batteries, en allant au-delĂ de l’exportation de matiĂšres premiĂšres.
9. Zimbabwe
Le Zimbabwe est en train de devenir rapidement un acteur mondial dans le secteur d’un autre minerai critique.
- Potentiel clé : Le Zimbabwe possĂšde les plus importantes rĂ©serves connues de lithium dâAfrique, un composant indispensable Ă toutes les batteries de vĂ©hicules Ă©lectriques actuelles. Le gouvernement a interdit lâexportation de minerai de lithium brut en 2022 (SI 213 de 2022), obligeant les mineurs Ă investir dans des usines de traitement pour produire localement des concentrĂ©s de lithium Ă plus forte valeur ajoutĂ©e avant lâexportation.
- Aspect de l’investissement : Financer et dĂ©velopper des usines de transformation locales pour produire du carbonate et de l’hydroxyde de lithium de qualitĂ© batterie, en remontant la chaĂźne de valeur depuis l’extraction miniĂšre. Ceci fait suite Ă la directive gouvernementale interdisant les exportations de minerai de lithium brut.
10. Tanzanie
La Tanzanie complÚte la liste avec un potentiel important en graphite, un composant clé des anodes de batteries.
- Atouts majeurs : Le pays possĂšde dâimportantes rĂ©serves de graphite, utilisĂ© pour la fabrication des matĂ©riaux dâanode des batteries lithium-ion. Il recĂšle Ă©galement un potentiel pour dâautres minĂ©raux destinĂ©s aux batteries. ParallĂšlement, le pays connaĂźt une forte croissance du nombre de vĂ©los Ă©lectriques et de tuk-tuks (vĂ©hicules Ă trois roues).
- Axes d’investissement : Extraction et traitement du graphite, ainsi qu’importation et assemblage local de vĂ©hicules Ă©lectriques Ă deux et trois roues.
Combler le dĂ©ficit d’infrastructures
L’Afrique se positionne rapidement comme un acteur clĂ© de la transition mondiale vers les vĂ©hicules Ă©lectriques, Ă la fois comme source de minĂ©raux essentiels aux batteries et comme marchĂ© Ă©mergent en pleine expansion pour la mobilitĂ© Ă©lectrique.
Bien que le dĂ©ficit d’infrastructures et de financements Ă travers le continent demeure important, il reprĂ©sente Ă©galement l’un des secteurs les plus rentables pour les pionniers.
La vĂ©ritĂ© est que le continent continue de faire face Ă de rĂ©elles contraintes : instabilitĂ© du rĂ©seau Ă©lectrique, coĂ»ts dâacquisition Ă©levĂ©s des vĂ©hicules et accĂšs limitĂ© au financement. Cependant, ces dĂ©fis offrent simultanĂ©ment des opportunitĂ©s. Ces contraintes crĂ©ent des opportunitĂ©s dâinvestissement pour des infrastructures de recharge dĂ©centralisĂ©es, alimentĂ©es Ă lâĂ©nergie solaire, et des rĂ©seaux dâĂ©change de batteries qui rĂ©duisent la dĂ©pendance Ă des rĂ©seaux Ă©lectriques instables. Elles plaident Ă©galement en faveur dâusines dâassemblage locales, qui diminuent les coĂ»ts dâimportation, amĂ©liorent lâaccessibilitĂ© financiĂšre des vĂ©hicules et crĂ©ent des emplois. Un soutien politique continu, comprenant des incitations fiscales, des exonĂ©rations dâimportation et des obligations de production locale, contribue Ă sĂ©curiser le marchĂ© pour les pionniers.
Bien que les progrÚs soient inégaux et que de nombreuses lacunes subsistent, une dynamique se dessine clairement au niveau des politiques, des capacités industrielles et des investissements.
En dĂ©finitive, la place de l’Afrique sur la scĂšne mondiale des vĂ©hicules Ă©lectriques ne passera pas par la simple copie des marchĂ©s Ă©tablis. Elle reposera sur le dĂ©veloppement de solutions locales, abordables et rĂ©silientes â et les pays mentionnĂ©s ci-dessus montrent dĂ©jĂ la voie Ă suivre.

