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Cameroun : Afreximbank garantit un prêt de 275 millions USD

Dans sa note de conjoncture sur la dette publique du Cameroun publiée à fin septembre 2025, la Caisse autonome d’amortissement (CAA) révèle que le Cameroun a levé 159 milliards de FCFA (275 millions USD) auprès de banques locales, grâce à une garantie partielle ou totale de l’African Export-Import Bank (Afreximbank), sans précision des prêteurs. 

General Electric et l’Angola : autopsie d’un scandale à 1,1 milliard de dollars

En choisissant la société portugaise controversée Aenergy comme intermédiaire commercial à Luanda, le géant énergétique américain a emprunté une voie périlleuse . Nous retraçons l’une des plus grandes fraudes africaines  contemporaines…

Pendant des années, le dossier est resté un bruit de fond, une rumeur lourde circulant dans les couloirs des ministères à Luanda et dans les open spaces feutrés du siège africain de General Electric. Il a fallu l’arrestation d’un cadre du groupe aux États-Unis et la publication d’éléents accablants pour que la lumière se fasse, lentement, sur ce qui s’annonce comme l’un des scandales industriels les plus retentissants de l’Afrique moderne.

Un scandale où se mêlent ambitions nationales, opacité administrative, mécanismes financiers de haute voltige et manipulations documentaires dont l’ampleur dépasse les frontières angolaises.

L’Angola veut moderniser son électricité — et voit grand

  • L’Angola est dans une phase de transition complexe. Après des années de boom pétrolier, le pays cherche à moderniser ses infrastructures et résoudre l’un de ses vieux démons : un réseau électrique fragile, vieillissant, marqué par des délestages chroniques.

C’est dans ce contexte que le gouvernement angolais signe un accord majeur avec GE Capital, la branche financière du géant américain General Electric :

un financement de 1,1 milliard de dollars destiné à soutenir une série de contrats structurants dans les secteurs de l’énergie et de l’eau.

L’opération est calibrée comme un symbole. L’Angola veut montrer qu’il peut attirer les grands noms mondiaux, sécuriser des technologies de pointe et mettre en œuvre un programme énergétique ambitieux pour répondre à la hausse rapide de la demande intérieure. Le financement doit couvrir treize projets, allant de l’installation de turbines mobiles TM2500 à la rénovation d’infrastructures stratégiques. Une société angolaise est désignée comme maître d’œuvre local, en coordination avec GE Power, fournisseur technique du matériel. Lorsque les premiers décaissements tombent — plus de 640 millions de dollars dès décembre 2017 —, l’optimisme est total. À Luanda, on parle déjà de “changements visibles” à court terme.

Mais derrière cette mise en scène moderniste, des fissures commencent à apparaître.

Un engrenage trouble : turbines fantômes et documents douteux

Très vite, un élément inattendu surgit : les chiffres ne correspondent plus. Les contrats initiaux prévoient la fourniture de huit turbines TM2500 .un matériel lourd, stratégique, dont chaque unité coûte des dizaines de millions de dollars. Mais des responsables de GE Angola affirment que douze, voire quatorze turbines auraient été commandées. Une différence énorme, aux conséquences financières vertigineuses. Pour justifier ces commandes additionnelles, des lettres d’intention supposément émises par des entreprises publiques angolaises — ENDE et PRODEL — sont présentées. Sur le papier, elles semblent authentiques : logos officiels, signatures, cachets institutionnels. Pourtant, quelque chose cloche. La société angolaise partenaire, censée être au cœur du dispositif, affirme n’avoir jamais eu connaissance de ces lettres. Pire : plusieurs documents semblent avoir été produits en dehors des procédures administratives habituelles. L’affaire prend un tournant lorsque, face aux incohérences répétées, la société demande l’ouverture d’une enquête pénale pour déterminer si ces documents ne seraient pas des faux grossiers. Au lieu de donner suite, le ministère de l’Énergie et de l’Eau réagit brusquement : en septembre 2019, il résilie unilatéralement l’ensemble des treize contrats, invoquant une rupture de confiance.

Du jour au lendemain, le programme énergétique de 1,1 milliard de dollars est stoppé net.

L’explosion judiciaire : un cadre de GE rattrapé par la justice américaine

L’affaire aurait pu s’arrêter là, dans le flou et l’opacité habituels des litiges industriels en Afrique. Mais un événement va tout bouleverser. En 2024, un ancien dirigeant de  General Electric Angola, Wilson Daniel  Freita Da Costa, est arrêté aux États-Unis. L’homme, présenté comme un rouage essentiel des opérations angolaises de GE, est accusé d’avoir orchestré une vaste manipulation documentaire.

Son procès révèle des éléments stupéfiants :

  • Utilisation de faux documents sur papier à en-tête officiel angolais,
  • Falsification de signatures de dirigeants d’entreprises publiques,
  • Création de fausses demandes d’équipements non prévus,
  • Communication trompeuse avec GE Capital pour débloquer des fonds supplémentaires,
  • Utilisation des circuits financiers internationaux pour valider des opérations fictives.

En mars 2025, le verdict tombe :

sept ans de prison pour fraude électronique et usurpation d’identité aggravée. Une condamnation lourde, rare dans les affaires internationales liées à l’énergie, et qui confirme l’existence d’un schéma organisé pour détourner ou manipuler les flux financiers liés au prêt angolais.

Le grand flou : où est passé l’argent ?

Au cœur du scandale demeure une zone grise, épaisse, opaque : quelle partie du financement a réellement été utilisée pour des équipements livrés ? Et que reste-t-il aujourd’hui des actifs financés par les 1,1 milliard de dollars ?

Les éléments connus laissent penser que :

  • Certaines turbines n’ont jamais été commandées officiellement,
  • D’autres n’auraient jamais été livrées,
  • Et une partie des fonds débloqués pourrait avoir servi à financer des opérations non conformes aux contrats initiaux.

Le gouvernement angolais, en annulant les contrats, a laissé en suspens la question des responsabilités financières. La société angolaise partenaire accuse l’État de rupture abusive. GE, de son côté, affirme avoir agi sur la base de documents “présentés comme authentiques”. Pour les citoyens angolais, l’impression est amère : une dette publique colossale a été engagée, mais les bénéfices tangibles restent difficiles à identifier.

Un miroir de la gouvernance angolaise : fragilités, opacités et opportunisme

Au-delà des chiffres, cette affaire agit comme un révélateur de la gouvernance angolaise.

Elle met en lumière :

  • Un État où les chaînes de validation administrative sont poreuses,
  • Une faible traçabilité des grands contrats,
  • Une dépendance excessive aux intermédiaires,
  • Un déficit de contrôle des financements internationaux,
  • Et une tendance à gérer les crises par la rupture plutôt que par l’audit.

Pour un pays qui cherche à attirer des investisseurs pour sa diversification économique, le signal envoyé est préoccupant. Pour General Electric, cette affaire est un coup dur. Elle interroge la capacité du groupe américain à sécuriser ses opérations dans des environnements institutionnels fragiles et à détecter les manipulations internes.

Plus qu’un scandale : un tournant

L’affaire GE–Angola n’est pas un simple litige commercial. C’est un révélateur systémique. Elle montre comment un pays engagé dans une modernisation rapide peut être piégé par sa propre fragilité institutionnelle — et comment une multinationale peut devenir l’acteur involontaire, ou complaisant, d’un montage aux contours douteux. Elle rappelle aussi une vérité fondamentale : dans le secteur de l’énergie, les grands projets reposent autant sur des turbines et des câbles que sur la confiance, la transparence et l’intégrité des acteurs.

L’ombre de la famille dos Santos

Sous la houlette du ministre de l’Énergie et de l’Eau, toujours en poste aujourd’hui, et après des années de politique énergétique volontariste, l’Angola est parvenu à tripler sa production électrique, passant de 2 400 mégawatts (MW) en 2015 à 6 200 MW en 2023 – les douze turbines ne représentent qu’environ 300 MW sur ce total. Toutefois, « l’affaire des turbines » a mis à nu des failles structurelles dans un régime rongé par la corruption au moment de la prise de pouvoir de João Lourenço, en 2017. Huit ans après cette affaire, à Lisbonne, l’ombre de la famille dos Santos plane toujours sur la soudaine puissance financière de Ricardo Machado – et sur les zones grises d’un mégacontrat dans lequel intérêts d’État et performances d’entreprise se sont dangereusement confondus

Chronologie des faits

L’Afrique du Sud met le cap sur la stabilité avec un objectif d’inflation maitrisée à 3 %



Pour la première fois en vingt-cinq ans, l’Afrique du Sud abaisse son objectif d’inflation à 3 %, avec une marge de tolérance de ±1 %. Cette décision, présentée par le ministre des Finances Enoch Godongwana lors de la revue budgétaire de mi-année, marque un tournant stratégique dans la politique macroéconomique du pays.

« L’Afrique doit construire ses propres outils de développement »

Entretien avec Stanislas Zézé, PDG de Bloomfield Investment Corporation

Qu’est-ce que la notation financière ?

Président-Directeur Général de Bloomfield Investment Corporation, première agence de notation financière d’Afrique francophone, Stanislas Zézé, surnommé « l’homme aux chaussettes rouges », livre une réflexion lucide sur la place de la notation financière dans le développement du continent en marge de la 6e édition du CHOISEUL BUSINESS FORUM À RABAT.

Stanislas Zézé (S.Z) : La notation financière consiste à évaluer la crédibilité d’une entité — État, entreprise ou collectivité —, c’est-à-dire sa capacité et sa volonté à honorer ses engagements financiers. En clair, elle mesure le degré de confiance que l’on peut accorder à un emprunteur. Cette évaluation s’appuie sur une analyse approfondie, à la fois quantitative et qualitative, de nombreux paramètres : solidité économique, qualité de la gouvernance, niveau d’endettement, environnement institutionnel et politique, entre autres.

Quels sont les principaux critères retenus ?

S.Z : Tout dépend du type d’entité évaluée. Pour un État, on considère des éléments comme la croissance, la gestion de la dette, la stabilité politique, la qualité des institutions ou encore la structure démographique.

Pour une entreprise, l’analyse porte sur la gouvernance, la capacité à générer du cash-flow, la flexibilité financière, le niveau d’endettement, la gestion des risques et l’impact environnemental éventuel de ses activités. Nous établissons ensuite deux notes : une à court terme, qui mesure la capacité à faire face aux obligations à moins d’un an (liquidité, trésorerie), et une autre à long terme, qui évalue les fondamentaux sur plusieurs années. Ces notes s’accompagnent d’une perspective (positive, stable ou négative) actualisée chaque trimestre.

En quoi la notation financière est-elle utile pour les États et les entreprises africaines ?

S.Z : Elle est avant tout un outil de crédibilité. Une bonne note inspire confiance aux investisseurs et facilite l’accès au financement à des conditions avantageuses. À l’inverse, une note faible entraîne des taux d’intérêt plus élevés, mais n’exclut pas la possibilité d’emprunter. Pour les autorités de régulation, la notation apporte plus de transparence et renforce la confiance sur les marchés. Pour les États ou les entreprises, elle sert aussi de tableau de bord stratégique, permettant d’identifier leurs forces et leurs faiblesses.

Les notations utilisent souvent des codes comme AAA, BBB ou Caa1. Comment les interpréter ?

S.Z : Ces codes traduisent une échelle de confiance. Chez Bloomfield, nous utilisons la même grille que Fitch, Moody’s ou Standard & Poor’s. Sur une échelle de 0 à 20, une note AAA équivaut à 20, A+ à 15, BBB- à 10 et D à 0. Plus la note est élevée, plus le risque de défaut est faible. Aujourd’hui, en monnaie locale, la Côte d’Ivoire et le Bénin se situent autour de 15, tandis que le Burkina Faso affiche une note proche de 10.

Comment évolue la notation avec les critères extra-financiers ?

S.Z : La notation extra-financière ne mesure pas la solvabilité, mais la performance environnementale, sociale et de gouvernance (ESG).$ Chez Bloomfield, nous intégrons ces paramètres dans nos analyses uniquement lorsqu’ils ont un impact financier direct. Ce type d’évaluation séduit les investisseurs soucieux de durabilité — ceux qui veulent s’assurer, par exemple, que leur argent ne finance pas des projets nuisibles à l’environnement — mais elle ne détermine pas la capacité d’un État ou d’une entreprise à rembourser sa dette.

Qui initie le processus de notation ?

S.Z : Trois cas existent.

  • La notation sollicitée : demandée par le client pour attester de sa solidité financière avant une levée de fonds ou pour rassurer ses partenaires.
  • La notation obligatoire : imposée par la réglementation, notamment dans la zone UEMOA, pour toute émission obligataire à la BRVM.
  • La notation non sollicitée : décidée par l’agence sur la base d’informations publiques, sans participation de l’entité concernée.

Chez Bloomfield, nous nous limitons aux notations sollicitées et obligatoires, car elles garantissent la fiabilité et la transparence du processus.

Quelle est votre vision pour l’Afrique ?

S.Z : L’Afrique doit s’émanciper des modèles importés et bâtir ses propres outils de développement. Cela commence par la confiance en soi et la rigueur.

Nos jeunes doivent adopter une culture de la performance et du respect, s’imposer par leur compétence, et refuser les complexes hérités du passé. C’est à cette condition que notre continent sera respecté et pourra dicter ses propres standards au reste du monde.