ZAMBIE: La BEI et la ZICB mobilisent 35 millions $ pour stimuler les PME

 En Zambie, les PME reprĂ©sentent 70% du PIB, 88% de l’emploi et comptent pour 97% de toutes les entreprises de l’économie, selon des chiffres officiels. Pourtant, leur accĂšs au financement reste encore limitĂ©.

Pour dynamiser le secteur agricole, EIB Global, la branche internationale de la Banque europĂ©enne d’investissement (BEI), s’associe Ă  la Zambia Industrial Commercial Bank (ZICB) pour mobiliser 30 millions d’euros (35 millions $) destinĂ©s aux PME du secteur agricole, a annoncĂ© la banque europĂ©enne qans un communiquĂ© publiĂ© le mercredi 12 novembre 2025.

L’accord vise Ă  faciliter l’accĂšs au financement pour les PME actives dans la chaĂźne de valeur agroalimentaire, notamment celles qui travaillent avec les petits exploitants agricoles. Une part d’au moins 30 % des fonds sera dĂ©diĂ©e aux entreprises dĂ©tenues ou dirigĂ©es par des femmes, une mesure essentielle dans un pays oĂč prĂšs de la moitiĂ© des entrepreneures considĂšrent l’accĂšs au financement comme un obstacle majeur.

Ce financement s’accompagne d’un mĂ©canisme de partage des risques de 4 millions d’euros, financĂ© par la Commission europĂ©enne, pour encourager la ZICB Ă  prĂȘter davantage aux PME tout en rĂ©duisant l’exposition de la banque aux alĂ©as climatiques et Ă©conomiques.

« Soutenir la croissance des PME agroalimentaires et des petits exploitants agricoles grĂące Ă  ce mĂ©canisme de financement permettra Ă  la Zambie de consolider les progrĂšs rĂ©alisĂ©s dans le secteur agricole Â», a dĂ©clarĂ© le CEO de la ZICB, Ngenda Nyambe.

« L’Afrique doit construire ses propres outils de dĂ©veloppement »

Entretien avec Stanislas Zézé, PDG de Bloomfield Investment Corporation

Qu’est-ce que la notation financiùre ?

PrĂ©sident-Directeur GĂ©nĂ©ral de Bloomfield Investment Corporation, premiĂšre agence de notation financiĂšre d’Afrique francophone, Stanislas ZĂ©zĂ©, surnommĂ© « l’homme aux chaussettes rouges », livre une rĂ©flexion lucide sur la place de la notation financiĂšre dans le dĂ©veloppement du continent en marge de la 6e Ă©dition du CHOISEUL BUSINESS FORUM À RABAT.

Stanislas ZĂ©zĂ© (S.Z) : La notation financiĂšre consiste Ă  Ă©valuer la crĂ©dibilitĂ© d’une entitĂ© — État, entreprise ou collectivitĂ© —, c’est-Ă -dire sa capacitĂ© et sa volontĂ© Ă  honorer ses engagements financiers. En clair, elle mesure le degrĂ© de confiance que l’on peut accorder Ă  un emprunteur. Cette Ă©valuation s’appuie sur une analyse approfondie, Ă  la fois quantitative et qualitative, de nombreux paramĂštres : soliditĂ© Ă©conomique, qualitĂ© de la gouvernance, niveau d’endettement, environnement institutionnel et politique, entre autres.

Quels sont les principaux critĂšres retenus ?

S.Z : Tout dĂ©pend du type d’entitĂ© Ă©valuĂ©e. Pour un État, on considĂšre des Ă©lĂ©ments comme la croissance, la gestion de la dette, la stabilitĂ© politique, la qualitĂ© des institutions ou encore la structure dĂ©mographique.

Pour une entreprise, l’analyse porte sur la gouvernance, la capacitĂ© Ă  gĂ©nĂ©rer du cash-flow, la flexibilitĂ© financiĂšre, le niveau d’endettement, la gestion des risques et l’impact environnemental Ă©ventuel de ses activitĂ©s. Nous Ă©tablissons ensuite deux notes : une Ă  court terme, qui mesure la capacitĂ© Ă  faire face aux obligations Ă  moins d’un an (liquiditĂ©, trĂ©sorerie), et une autre Ă  long terme, qui Ă©value les fondamentaux sur plusieurs annĂ©es. Ces notes s’accompagnent d’une perspective (positive, stable ou nĂ©gative) actualisĂ©e chaque trimestre.

En quoi la notation financiùre est-elle utile pour les États et les entreprises africaines ?

S.Z : Elle est avant tout un outil de crĂ©dibilitĂ©. Une bonne note inspire confiance aux investisseurs et facilite l’accĂšs au financement Ă  des conditions avantageuses. À l’inverse, une note faible entraĂźne des taux d’intĂ©rĂȘt plus Ă©levĂ©s, mais n’exclut pas la possibilitĂ© d’emprunter. Pour les autoritĂ©s de rĂ©gulation, la notation apporte plus de transparence et renforce la confiance sur les marchĂ©s. Pour les États ou les entreprises, elle sert aussi de tableau de bord stratĂ©gique, permettant d’identifier leurs forces et leurs faiblesses.

Les notations utilisent souvent des codes comme AAA, BBB ou Caa1. Comment les interpréter ?

S.Z : Ces codes traduisent une Ă©chelle de confiance. Chez Bloomfield, nous utilisons la mĂȘme grille que Fitch, Moody’s ou Standard & Poor’s. Sur une Ă©chelle de 0 Ă  20, une note AAA Ă©quivaut Ă  20, A+ Ă  15, BBB- Ă  10 et D Ă  0. Plus la note est Ă©levĂ©e, plus le risque de dĂ©faut est faible. Aujourd’hui, en monnaie locale, la CĂŽte d’Ivoire et le BĂ©nin se situent autour de 15, tandis que le Burkina Faso affiche une note proche de 10.

Comment évolue la notation avec les critÚres extra-financiers ?

S.Z : La notation extra-financiĂšre ne mesure pas la solvabilitĂ©, mais la performance environnementale, sociale et de gouvernance (ESG).$ Chez Bloomfield, nous intĂ©grons ces paramĂštres dans nos analyses uniquement lorsqu’ils ont un impact financier direct. Ce type d’évaluation sĂ©duit les investisseurs soucieux de durabilitĂ© — ceux qui veulent s’assurer, par exemple, que leur argent ne finance pas des projets nuisibles Ă  l’environnement — mais elle ne dĂ©termine pas la capacitĂ© d’un État ou d’une entreprise Ă  rembourser sa dette.

Qui initie le processus de notation ?

S.Z : Trois cas existent.

  • La notation sollicitĂ©e : demandĂ©e par le client pour attester de sa soliditĂ© financiĂšre avant une levĂ©e de fonds ou pour rassurer ses partenaires.
  • La notation obligatoire : imposĂ©e par la rĂ©glementation, notamment dans la zone UEMOA, pour toute Ă©mission obligataire Ă  la BRVM.
  • La notation non sollicitĂ©e : dĂ©cidĂ©e par l’agence sur la base d’informations publiques, sans participation de l’entitĂ© concernĂ©e.

Chez Bloomfield, nous nous limitons aux notations sollicitées et obligatoires, car elles garantissent la fiabilité et la transparence du processus.

Quelle est votre vision pour l’Afrique ?

S.Z : L’Afrique doit s’émanciper des modĂšles importĂ©s et bĂątir ses propres outils de dĂ©veloppement. Cela commence par la confiance en soi et la rigueur.

Nos jeunes doivent adopter une culture de la performance et du respect, s’imposer par leur compĂ©tence, et refuser les complexes hĂ©ritĂ©s du passĂ©. C’est Ă  cette condition que notre continent sera respectĂ© et pourra dicter ses propres standards au reste du monde.

Afriland_First Group prépare son installation au Tchad



Le banquier et investisseur camerounais, Paul Kammogne Fokam (photo), fondateur d’Afriland First Group, a Ă©tĂ© reçu le dimanche 9 novembre 2025, Ă  Abu Dhabi aux Emirats arabes unis, par le prĂ©sident tchadien, Mahamat Deby Itno. AccompagnĂ© de Guy Laurent Fondjo, prĂ©sident du dĂ©veloppement du groupe, il a rĂ©itĂ©rĂ© sa volontĂ© d’implanter une filiale bancaire au Tchad.

Au terme de l’audience, M. Fondjo a annoncĂ© l’installation d’Afriland au Tchad, dans les mois Ă  venir. Il a expliquĂ© que le groupe souhaitait s’implanter au Tchad depuis une vingtaine d’annĂ©es, mais n’a pas pu concrĂ©tiser ce projet Ă  cause de la lĂ©gislation en vigueur. « Nous avons accompagnons l’économie tchadienne. Nous avons financĂ© des centaines de milliards [FCFA, Ndlr] au Tchad, malgrĂ© le fait que nous ne soyons pas prĂ©sents », a-t-il ajoutĂ©.

Cette rencontre intervient prĂšs d’un mois aprĂšs qu’Afriland a reçu le feu vert de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), rĂ©gulateur bancaire de la zone Cemac, pour ouvrir des filiales bancaires et accĂ©lĂ©rer son dĂ©ploiement dans la sous-rĂ©gion.