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Chaîne de valeur du diamant naturel: le Botswana, l’Angola et la Namibie à la manœuvre dans la reconfiguration de De Beers

Le désengagement d’Anglo American de De Beers, multinationale britannique leader dans l’exploitation, le commerce et le marketing des diamants, catalyse une dynamique africaine historique: le Botswana, Angola et Namibie, trois États clés de la production diamantifère, manifestent officiellement leur intérêt pour acquérir des parts du géant minier. Une initiative collective qui illustre une volonté stratégique de renforcer la souveraineté sur les ressources et les chaînes de valeur locales, alignée sur les priorités de transformation économique du continent. Le Botswana, déjà actionnaire à 15%, vise une participation majoritaire, tandis que l’Angola cherche à étendre son influence. La Namibie, bien qu’hésitante sur un investissement direct, négocie activement une nouvelle répartition des diamants produits. Cette reconfiguration s’inscrit dans un contexte de crise du diamant naturel (baisse de 13% du chiffre d’affaires en 2025, concurrence des diamants synthétiques), poussant De Beers à se recentrer sur l’Inde comme relai de croissance. Autant dire que l’enjeu dépasse la transaction: il s’agit d’un rééquilibrage géopolitique où les producteurs africains entendent peser sur l’avenir d’une industrie structurante, malgré les défis de valorisation et de compétitivité mondiale.

L’Angola signe un protocole d’accord avec Alstom pour développer une ligne ferroviaire à Luanda

Le ministère angolais des Transports et le groupe français Alstom ont signé cette semaine un protocole d’accord portant sur le développement de la Blue Line, un projet de train suburbain destiné à renforcer l’offre de mobilité à Luanda. L’annonce a été faite en marge du 7ᵉ sommet Union africaine – Union européenne (UA-UE), tenu les 24 et 25 novembre dans la capitale angolaise.

Longue de 50 km, la Blue Line doit relier Cacuaco à Benfica en longeant la façade maritime de Luanda, dont elle vise à désengorger les principaux axes routiers. La ville est l’une des plus densément peuplées du continent africain, avec plus de 10 millions d’habitants, selon World Population. La collaboration doit analyser la viabilité commerciale, technique et stratégique de la ligne ferroviaire côtière. Des études de faisabilité complètes seront menées, ouvrant la voie à la mise en œuvre du projet si les conclusions sont jugées favorables.

Ce projet vient s’ajouter aux initiatives déjà engagées par les autorités angolaises pour moderniser le réseau ferroviaire urbain du pays. L’opérateur public exploite actuellement un service express reliant le centre-ville de la capitale aux zones périphériques, mais celui-ci reste freiné par des contraintes techniques, limitant la vitesse et la fréquence des navettes.

Certains projets évoqués depuis quelques années peinent par ailleurs à démarrer, faute de financement. C’est le cas du métro de surface devant raccorder le nouvel aéroport international António Agostinho Neto, en périphérie de Luanda.

General Electric et l’Angola : autopsie d’un scandale à 1,1 milliard de dollars

En choisissant la société portugaise controversée Aenergy comme intermédiaire commercial à Luanda, le géant énergétique américain a emprunté une voie périlleuse . Nous retraçons l’une des plus grandes fraudes africaines  contemporaines…

Pendant des années, le dossier est resté un bruit de fond, une rumeur lourde circulant dans les couloirs des ministères à Luanda et dans les open spaces feutrés du siège africain de General Electric. Il a fallu l’arrestation d’un cadre du groupe aux États-Unis et la publication d’éléents accablants pour que la lumière se fasse, lentement, sur ce qui s’annonce comme l’un des scandales industriels les plus retentissants de l’Afrique moderne.

Un scandale où se mêlent ambitions nationales, opacité administrative, mécanismes financiers de haute voltige et manipulations documentaires dont l’ampleur dépasse les frontières angolaises.

L’Angola veut moderniser son électricité — et voit grand

  • L’Angola est dans une phase de transition complexe. Après des années de boom pétrolier, le pays cherche à moderniser ses infrastructures et résoudre l’un de ses vieux démons : un réseau électrique fragile, vieillissant, marqué par des délestages chroniques.

C’est dans ce contexte que le gouvernement angolais signe un accord majeur avec GE Capital, la branche financière du géant américain General Electric :

un financement de 1,1 milliard de dollars destiné à soutenir une série de contrats structurants dans les secteurs de l’énergie et de l’eau.

L’opération est calibrée comme un symbole. L’Angola veut montrer qu’il peut attirer les grands noms mondiaux, sécuriser des technologies de pointe et mettre en œuvre un programme énergétique ambitieux pour répondre à la hausse rapide de la demande intérieure. Le financement doit couvrir treize projets, allant de l’installation de turbines mobiles TM2500 à la rénovation d’infrastructures stratégiques. Une société angolaise est désignée comme maître d’œuvre local, en coordination avec GE Power, fournisseur technique du matériel. Lorsque les premiers décaissements tombent — plus de 640 millions de dollars dès décembre 2017 —, l’optimisme est total. À Luanda, on parle déjà de “changements visibles” à court terme.

Mais derrière cette mise en scène moderniste, des fissures commencent à apparaître.

Un engrenage trouble : turbines fantômes et documents douteux

Très vite, un élément inattendu surgit : les chiffres ne correspondent plus. Les contrats initiaux prévoient la fourniture de huit turbines TM2500 .un matériel lourd, stratégique, dont chaque unité coûte des dizaines de millions de dollars. Mais des responsables de GE Angola affirment que douze, voire quatorze turbines auraient été commandées. Une différence énorme, aux conséquences financières vertigineuses. Pour justifier ces commandes additionnelles, des lettres d’intention supposément émises par des entreprises publiques angolaises — ENDE et PRODEL — sont présentées. Sur le papier, elles semblent authentiques : logos officiels, signatures, cachets institutionnels. Pourtant, quelque chose cloche. La société angolaise partenaire, censée être au cœur du dispositif, affirme n’avoir jamais eu connaissance de ces lettres. Pire : plusieurs documents semblent avoir été produits en dehors des procédures administratives habituelles. L’affaire prend un tournant lorsque, face aux incohérences répétées, la société demande l’ouverture d’une enquête pénale pour déterminer si ces documents ne seraient pas des faux grossiers. Au lieu de donner suite, le ministère de l’Énergie et de l’Eau réagit brusquement : en septembre 2019, il résilie unilatéralement l’ensemble des treize contrats, invoquant une rupture de confiance.

Du jour au lendemain, le programme énergétique de 1,1 milliard de dollars est stoppé net.

L’explosion judiciaire : un cadre de GE rattrapé par la justice américaine

L’affaire aurait pu s’arrêter là, dans le flou et l’opacité habituels des litiges industriels en Afrique. Mais un événement va tout bouleverser. En 2024, un ancien dirigeant de  General Electric Angola, Wilson Daniel  Freita Da Costa, est arrêté aux États-Unis. L’homme, présenté comme un rouage essentiel des opérations angolaises de GE, est accusé d’avoir orchestré une vaste manipulation documentaire.

Son procès révèle des éléments stupéfiants :

  • Utilisation de faux documents sur papier à en-tête officiel angolais,
  • Falsification de signatures de dirigeants d’entreprises publiques,
  • Création de fausses demandes d’équipements non prévus,
  • Communication trompeuse avec GE Capital pour débloquer des fonds supplémentaires,
  • Utilisation des circuits financiers internationaux pour valider des opérations fictives.

En mars 2025, le verdict tombe :

sept ans de prison pour fraude électronique et usurpation d’identité aggravée. Une condamnation lourde, rare dans les affaires internationales liées à l’énergie, et qui confirme l’existence d’un schéma organisé pour détourner ou manipuler les flux financiers liés au prêt angolais.

Le grand flou : où est passé l’argent ?

Au cœur du scandale demeure une zone grise, épaisse, opaque : quelle partie du financement a réellement été utilisée pour des équipements livrés ? Et que reste-t-il aujourd’hui des actifs financés par les 1,1 milliard de dollars ?

Les éléments connus laissent penser que :

  • Certaines turbines n’ont jamais été commandées officiellement,
  • D’autres n’auraient jamais été livrées,
  • Et une partie des fonds débloqués pourrait avoir servi à financer des opérations non conformes aux contrats initiaux.

Le gouvernement angolais, en annulant les contrats, a laissé en suspens la question des responsabilités financières. La société angolaise partenaire accuse l’État de rupture abusive. GE, de son côté, affirme avoir agi sur la base de documents “présentés comme authentiques”. Pour les citoyens angolais, l’impression est amère : une dette publique colossale a été engagée, mais les bénéfices tangibles restent difficiles à identifier.

Un miroir de la gouvernance angolaise : fragilités, opacités et opportunisme

Au-delà des chiffres, cette affaire agit comme un révélateur de la gouvernance angolaise.

Elle met en lumière :

  • Un État où les chaînes de validation administrative sont poreuses,
  • Une faible traçabilité des grands contrats,
  • Une dépendance excessive aux intermédiaires,
  • Un déficit de contrôle des financements internationaux,
  • Et une tendance à gérer les crises par la rupture plutôt que par l’audit.

Pour un pays qui cherche à attirer des investisseurs pour sa diversification économique, le signal envoyé est préoccupant. Pour General Electric, cette affaire est un coup dur. Elle interroge la capacité du groupe américain à sécuriser ses opérations dans des environnements institutionnels fragiles et à détecter les manipulations internes.

Plus qu’un scandale : un tournant

L’affaire GE–Angola n’est pas un simple litige commercial. C’est un révélateur systémique. Elle montre comment un pays engagé dans une modernisation rapide peut être piégé par sa propre fragilité institutionnelle — et comment une multinationale peut devenir l’acteur involontaire, ou complaisant, d’un montage aux contours douteux. Elle rappelle aussi une vérité fondamentale : dans le secteur de l’énergie, les grands projets reposent autant sur des turbines et des câbles que sur la confiance, la transparence et l’intégrité des acteurs.

L’ombre de la famille dos Santos

Sous la houlette du ministre de l’Énergie et de l’Eau, toujours en poste aujourd’hui, et après des années de politique énergétique volontariste, l’Angola est parvenu à tripler sa production électrique, passant de 2 400 mégawatts (MW) en 2015 à 6 200 MW en 2023 – les douze turbines ne représentent qu’environ 300 MW sur ce total. Toutefois, « l’affaire des turbines » a mis à nu des failles structurelles dans un régime rongé par la corruption au moment de la prise de pouvoir de João Lourenço, en 2017. Huit ans après cette affaire, à Lisbonne, l’ombre de la famille dos Santos plane toujours sur la soudaine puissance financière de Ricardo Machado – et sur les zones grises d’un mégacontrat dans lequel intérêts d’État et performances d’entreprise se sont dangereusement confondus

Chronologie des faits