MED PAPER: comment l’usine tangéroise brûle ses anciennes recettes pour renaître dans le papier 100% recyclé

Comment une entreprise peut-elle afficher un résultat d’exploitation négatif de 10 millions de dirhams et un chiffre d’affaires en chute de 23%, passant de 101,7 à 78,7 millions de dirhams, tout en dégageant un résultat net positif de 6,7 millions ? C’est l’énigme que posent les comptes 2025 de MED PAPER. La réponse tient en une phrase: l’usine tangéroise a définitivement changé de modèle économique. Ce changement de cap, aussi radical qu’annoncé, se lit en filigrane dans les comptes de l’exercice 2025. Derrière les agrégats financiers se dessine le coût réel d’une mue industrielle qui n’a rien d’indolore.

Les ventes seules de MED PAPER, pour l’exercice 2025, ont reculé de 16%. Le résultat d’exploitation a plongé dans le rouge à -10,3 millions de dirhams, et l’insuffisance brute d’exploitation atteint -4,5 millions. À première vue, c’est le tableau d’une entreprise qui tangue. Pourtant, le résultat net reste solidement positif à 6,7 millions de dirhams, en léger retrait par rapport aux 7,9 millions de 2024. Une résilience paradoxale qui ne doit rien au hasard. Elle est le fruit d’une décision stratégique radicale que la communication financière de l’entreprise énonce avec une sobriété presque excessive: le modèle économique historique, fondé sur la production de produits à base de pâte à papier, a été « définitivement abandonné ». Cette phrase est un adieu à des décennies de dépendance aux importations de pâte vierge, dont les cours mondiaux n’ont cessé d’éroder les marges des transformateurs. En lieu et place, MED PAPER revendique désormais la production d’un « papier marocain 100% recyclé, d’une très haute qualité, considéré comme du papier noble ». Un virage qui n’est pas un simple ajustement de gamme. C’est une révolution industrielle et culturelle pour une usine ancrée dans le paysage tangérois. Le papier recyclé a longtemps souffert d’une image dégradée, associée à des usages subalternes. En parvenant à le hisser au rang de « papier noble », MED PAPER ne se contente pas de recycler des fibres ; elle recycle sa propre légitimité industrielle.

La baisse des ventes et la variation négative des stocks (-155%, passant de -3,8 à -9,7 millions de dirhams) racontent la face immergée de cette transition: l’écoulement des anciens stocks, la réorganisation des lignes de production, la conquête difficile d’une nouvelle clientèle pour un produit repositionné. Le résultat d’exploitation négatif est le prix à payer pour cette mue. Mais le maintien d’un résultat net positif suggère que l’entreprise a su actionner d’autres leviers, probablement financiers ou exceptionnels, pour amortir le choc et préserver sa structure. Ce que les chiffres de 2025 révèlent, c’est qu’une industrie marocaine traditionnelle, confrontée à la pression des matières premières importées et aux exigences environnementales croissantes, peut choisir de ne pas disparaître. Elle peut décider de se réinventer en profondeur, en misant sur une ressource locale abondante et encore sous-valorisée: le papier usagé des bureaux et des ménages marocains. MED PAPER fait le pari que l’avenir du papier au Maroc n’est plus dans les forêts scandinaves ou brésiliennes, mais dans les bennes de recyclage de Tanger, Casablanca et Rabat. C’est un pari sur la souveraineté matière et sur l’émergence d’une économie circulaire compétitive. La route est encore longue, les chiffres de 2025 le prouvent, mais la direction est désormais claire.

0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N’hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *