Aérien Bpifrance engage un bras de fer avec Air Sénégal

Selon Africa Intelligence, la banque publique d’investissement française a engagĂ© une action devant la justice afin de mettre la main sur deux appareils dont elle a garanti le financement. Une dĂ©cision qui fait suite Ă  d’importants impayĂ©s d’Air SĂ©nĂ©gal dont la situation financiĂšre est profondĂ©ment dĂ©gradĂ©e. Les appareils, obtenus dans le cadre d’un crĂ©dit-bail Ă  l’export, sont utilisĂ©s par Air SĂ©nĂ©gal en Ă©change d’un loyer. Ils restent cependant la propriĂ©tĂ© de leurs crĂ©anciers jusqu’à l’échĂ©ance du contrat et peuvent ĂȘtre saisis si la compagnie ne respecte plus ses obligations financiĂšres. Depuis plusieurs mois, Bpifrance aurait alertĂ© Air SĂ©nĂ©gal sur ses retards rĂ©pĂ©tĂ©s de paiement liĂ©s Ă  ces appareils. Un conflit qui rappel celui de Carlyle Aviation concernant les deux Airbus A321 immobilisĂ©s, faute d’accord avec Air SĂ©nĂ©gal.

Afin de pallier les carences causĂ©es par ces immobilisations, Air SĂ©nĂ©gal multiplie les locations d’appareils par le biais de contrats ACMI (aircraft, crew, maintenance, insurance), une pratique s’avĂ©rant extrĂȘmement coĂ»teuse. Dans une tentative visant Ă  allĂ©ger sa dette, Ă©valuĂ©e Ă  environ 150 millions d’euros, la compagnie a mĂȘme rĂ©cemment sous-traitĂ© une partie de son personnel, dont des pilotes, Ă  Air CĂŽte d’Ivoire, suscitant les critiques d’une partie de la classe politique.

Un examen plus approfondi des projets aéroportuaires en Afrique

D’aprĂšs les donnĂ©es du Conseil international des aĂ©roports (ACI) , le trafic passagers atteindra 261 millions d’ici la fin de l’annĂ©e. La flotte commerciale du continent compte actuellement environ 1 490 appareils en service, et 200 autres sont en commande auprĂšs des compagnies aĂ©riennes africaines.

Vous trouverez ci-dessous un aperçu plus dĂ©taillĂ© de certains des principaux projets d’expansion et de construction d’aĂ©roports qui façonnent le paysage aĂ©ronautique africain.

AĂ©roport international de Bishoftu, Éthiopie

Ethiopian Airlines Group (EAG) finance la construction d’un nouvel aĂ©roport situĂ© Ă  40 kilomĂštres au sud-ouest de l’aĂ©roport international d’Addis-Abeba Bole. Le nouvel aĂ©roport international de Bishoftu (BIA) permettra de fluidifier le trafic passagers Ă  Addis-Abeba et de positionner l’Éthiopie comme un acteur majeur du secteur aĂ©rien.

Il s’agit d’un projet phare, entiĂšrement nouveau, qui adoptera une approche progressive adaptĂ©e Ă  la croissance de la demande. La premiĂšre phase, d’une valeur de 12,5 milliards de dollars amĂ©ricains, devrait s’achever en 2030 et pourra accueillir jusqu’Ă  60 millions de passagers par an.

Mesfin Tasew, PDG d’EAG, a dĂ©clarĂ© que l’aĂ©roport international de Bishoftu marque une Ă©tape historique dans le dĂ©veloppement de l’aviation africaine et contribuera de maniĂšre significative Ă  l’essor des entreprises sur le continent.

La Banque africaine de développement (BAD), Dar Al-Handasah Consultants (DAR) et KPMG ont apporté leur soutien à cette initiative. Le cabinet Clyde & Co. en assure le conseil juridique.

Une fois pleinement dĂ©veloppĂ©, l’aĂ©roport international de Bandaranaike (BIA) aura une capacitĂ© de 110 millions de passagers par an, ce qui en fera le plus grand aĂ©roport de tout le continent.

EAG a publiĂ© les documents relatifs au projet, notamment un modĂšle financier, Ă  l’intention des prĂȘteurs potentiels. Les offres de prĂ©sĂ©lection des entreprises EPC sont attendues d’ici mi-dĂ©cembre.

Le projet est actuellement prĂ©sentĂ© aux JournĂ©es de marchĂ© de l’Africa Investment Forum (AIF) au Maroc jusqu’au 28 novembre.

Aéroport international Mohammed V, Maroc

En prĂ©vision de l’organisation de la Coupe du Monde de la FIFA 2030, l’Office national des aĂ©roports du Maroc (ONDA) a annoncĂ© sa stratĂ©gie directrice « AĂ©roports 2030 Â». Ce plan vise Ă  renforcer la position du pays en tant que plaque tournante stratĂ©gique de l’aviation pour les Ă©changes internationaux. Le Maroc prĂ©voit d’accroĂźtre sa capacitĂ© de trafic aĂ©roportuaire de 30 millions Ă  80 millions de passagers d’ici 2030.

Ce mois-ci, l’ONDA a lancĂ© un appel d’offres public de 980 millions de dollars pour la construction d’un nouveau terminal Ă  l’aĂ©roport international Mohammed V. Ce projet devrait permettre d’accroĂźtre la capacitĂ© d’accueil de l’aĂ©roport jusqu’Ă  30 millions de passagers par an.

Le terminal en forme de H bĂ©nĂ©ficiera d’un accĂšs direct Ă  la ligne ferroviaire Ă  grande vitesse KĂ©nitra-Marrakech, offrant des liaisons rapides vers d’autres grandes villes marocaines.

Les motifs puisent leur inspiration dans les forces naturelles de l’ocĂ©an Atlantique, ainsi que dans les couleurs et le dynamisme de la diversitĂ© marocaine. On y retrouve notamment des motifs gĂ©omĂ©triques andalous et des tapis des montagnes de l’Atlas.

Lors de l’annonce du projet en dĂ©but d’annĂ©e, les investissements prĂ©vus s’Ă©levaient Ă  1,5 milliard de dollars. Il s’agit de l’un des plus importants projets d’infrastructure de l’histoire de l’aviation du pays.

L’aĂ©roport international Mohammed V reprĂ©sente plus d’un tiers du trafic aĂ©rien total du Maroc, Royal Air Maroc (RAM) l’utilisant comme principal hub. La compagnie aĂ©rienne a signĂ© un contrat de performance avec l’État visant Ă  augmenter sa flotte de 50 Ă  200 appareils d’ici 2037.

Le projet de nouveau terminal devrait ĂȘtre achevĂ© en 2029.

Aéroport international de Bugesera, Rwanda

Il s’agit d’un tout nouvel aĂ©roport, construit pour soutenir les opĂ©rations de l’aĂ©roport international de Kigali existant. Le nouvel aĂ©roport international de Bugesera (NBIA), d’une valeur de 2 milliards de dollars, devait initialement ĂȘtre achevĂ© en 2026. Son achĂšvement est dĂ©sormais reportĂ© Ă  la mi-2028.

Une fois achevĂ©, l’aĂ©roport international Ninoy Aquino (NBIA) devrait accueillir plus de 14 millions de passagers par an.

Les plans prĂ©voient un toit inspirĂ© du relief vallonnĂ© du pays, une piste de 3,8 kilomĂštres et une voie de circulation parallĂšle. Un terminal passagers moderne, un terminal prĂ©sidentiel et des installations de fret d’une capacitĂ© de 150 000 tonnes par an sont Ă©galement inclus.

L’African Trade & Investment Development Insurance a approuvĂ© en juillet 2025 une contre-garantie de 84 millions de dollars pour aider les banques rwandaises Ă  Ă©mettre plus de 322 millions de dollars d’obligations et de garanties destinĂ©es Ă  la construction de la NBIA.

Le Qatar dĂ©tient 60 % des parts de RwandAir et est un investisseur important Ă  l’aĂ©roport international Ninoy Aquino (NBIA). Cheikh Tamim, Ă©mir du Qatar, s’est rendu au Rwanda la semaine derniĂšre pour discuter du renforcement des liens aĂ©riens entre les deux pays, entre autres sujets.

Le gouvernement rwandais a rĂ©cemment allouĂ© 499 millions de dollars Ă  l’aĂ©roport dans son budget 2025/26. Il recherche Ă©galement des financements extĂ©rieurs, notamment un prĂȘt de 200 millions de dollars auprĂšs de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures.

La mobilisation du projet a débuté en 2017.

L’ONMT et EasyJet scellent un accord

L’Office National Marocain du Tourisme (ONMT) annonce un partenariat stratĂ©gique de cinq ans avec EasyJet. Cette alliance prĂ©voit l’ouverture de la premiĂšre base hors Europe de la compagnie Ă  Marrakech, l’affectation de trois Airbus, une hausse de 17 % de l’offre vers le Maroc dĂšs 2026 et une projection ambitieuse de 12 millions de passagers Ă  l’horizon 2030.

L’Office National Marocain du Tourisme officialise la signature d’un partenariat stratĂ©gique de cinq ans avec EasyJet, visant Ă  accĂ©lĂ©rer la montĂ©e en puissance du Maroc sur la scĂšne touristique mondiale. Cet accord, initiĂ© et pilotĂ© par l’ONMT, vise Ă  renforcer durablement la connectivitĂ© internationale du Royaume en s’appuyant sur l’une des compagnies les plus influentes du continent europĂ©en.

Au cƓur de cette alliance, EasyJet inaugure sa premiĂšre base opĂ©rationnelle hors Europe Ă  l’aĂ©roport de Marrakech. Cette implantation constitue un signal fort de confiance dans le potentiel du Maroc et rĂ©sulte de nĂ©gociations approfondies menĂ©es par l’ONMT. Trois Airbus y seront basĂ©s dĂšs le lancement, pour un investissement global supĂ©rieur Ă  150 millions d’euros. Il s’agit du premier engagement de ce type dans un nouveau pays pour EasyJet depuis de nombreuses annĂ©es.

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La montĂ©e en capacitĂ© se traduira dĂšs 2026 par une augmentation de 17 pour cent de l’offre vers le Maroc, accompagnĂ©e d’un dĂ©veloppement renforcĂ© des sĂ©jours via EasyJet Holidays. Cette dynamique permettra une diffusion Ă©largie des flux touristiques Ă  travers le pays, en cohĂ©rence avec la stratĂ©gie de diversification et d’expansion portĂ©e par l’ONMT.

L’ouverture de la base de Marrakech gĂ©nĂ©rera prĂšs de 100 emplois directs ainsi que plusieurs milliers d’emplois indirects dans l’aĂ©rien, le tourisme et les services. Chaque avion basĂ© reprĂ©sente environ 30 millions d’euros de valeur ajoutĂ©e brute pour le tissu Ă©conomique local, confirmant le rĂŽle structurant de l’aĂ©rien dans la croissance territoriale.