CAN 2025 au Maroc: hausse de 190% des dépenses transfrontalières, portée par les détenteurs de cartes Visa ivoiriens, sénégalais et congolais

On en sait un peu plus sur le comportement de consommation des détenteurs de cartes Visa lors de la CAN 2025. Les données Retail Spend Monitor de l’équipe Visa Consulting & Analytics, de la multinationale américaine spécialisé dans les paiements numériques et technologies financières, dévoilent l’impact des grands événements sportifs sur les flux touristiques et les comportements de consommation.

Le tournoi, qui a eu lieu du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, a catalysé une croissance exceptionnelle des dépenses transfrontalières réalisées par carte Visa, avec une hausse de +190% des transactions annuelles en provenance des 24 pays participants à cette édition. Selon la multinationale américaine, les détenteurs de cartes Visa de trois nations africaines ont été les principaux moteurs de ce bond: ceux venus de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et la RDC, représentant 60% de cette croissance, illustrant le renforcement des échanges intra-africains. Ceux venus de la France, les États-Unis et le Royaume-Uni ont complété cette dynamique (50% de la hausse totale).

Les villes marocaines ont tiré un bénéfice tangible de l’événement: Rabat (+70% de dépenses visiteurs), Tanger (+55%) et Casablanca (+50%) sont en tête. Les profils de séjour révèlent aussi une polarisation: les visiteurs courts séjours (1-4 jours, +120%) et longs séjours (+210% au-delà de 5 jours), soulignent l’attrait touristique prolongé du territoire.

Secteur par secteur, les dépenses effectuées par carte Visa liées au sport ont bondi de 45%(dérivés et clubs sportifs), tandis que les livraisons de repas et achats alimentaires à domicile ont progressé de 55%, reflétant l’ancrage de l’événement dans le quotidien des populations.

Pour Ismahill Diaby, Vice‑Président Afrique de l’Ouest et Centrale francophone et lusophone de Visa, ces chiffres attestent d’une «activité robuste dans des catégories clés», offrant un référentiel précieux sur les comportements consommateurs. Nicolas Khoury, Senior Vice‑Président et Head of Visa Consulting & Analytics pour la région CEMEA, y voit un levier stratégique: ces données permettent aux banques et commerçants de «concevoir des offres ciblées»et de«transformer l’insight en opportunités concrètes».

Ainsi, la CAN 2025 a non seulement boosté l’économie marocaine mais aussi validé le rôle des grands événements sportifs comme accélérateurs d’intégration économique africaine, de développement touristique et d’innovation commerciale. Les données Visa établissent un benchmark précieux pour les futures stratégies de croissance sur le continent.

Comment l’Angola et le Nigeria catalysent la reconfiguration concurrentielle du raffinage africain face à l’Europe

La révélation par TotalEnergies de son absence de contribution à l’impôt sur les sociétés en France pour l’année 2025, directement attribuée à un déficit fiscal de 300 millions d’euros dans ses opérations européennes de raffinage, met en lumière le rôle déstabilisateur des nouvelles capacités de production africaines. Une dynamique qui consacre l’émergence de l’Afrique subsaharienne comme pôle concurrentiel structurant, incarné par deux acteurs majeurs: le Nigeria et l’Angola.

La raffinerie Dangote (Nigeria, 650 000 barils/jour), pleinement opérationnelle depuis 2024, domine désormais les flux régionaux et fragilise la rentabilité historique des sites européens. Une dynamique amplifiée par l’inauguration en 2025 de la raffinerie de Cabinda en Angola (30 000 barils/jour, extensible à 60 000), seul projet neuf africain cette année-là. Des investissements locaux, bien qu’encore limités face aux besoins continentaux, qui accentuent la pression sur les groupes pétroliers européens confrontés à une surcapacité chronique.

Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanne, reconnaît explicitement ce basculement: la fermeture programmée d’un vapocraqueur à Anvers en 2027 et les conversions vers les biocarburants en Europe répondent à cette nouvelle donne géoéconomique. L’Afrique subsaharienne, via ses projets structurants, devient ainsi un catalyseur involontaire de la mutation industrielle européenne. Toutefois, les retards persistants sur d’autres projets africains, entre autres celui de Lobito/Soyo en Angola, rappellent les défis d’exécution locaux.

Une reconfiguration qui soulève des enjeux fiscaux critiques: si TotalEnergies justifie son optimisation par ses pertes en Europe, lesquelles contrastent avec ses 15,6 milliards de dollars de bénéfices mondiaux, sa contribution via la taxe sur les rachats d’actions de 180 millions d’euros en France interroge les déséquilibres de valorisation des activités. L’Afrique gagnerait à tirer les leçons de ces arbitrages pour renforcer sa souveraineté fiscale face aux stratégies globales des majors.

22 500 sièges/semaine, 1 240 tonnes de fret/semaine, nouveaux créneaux horaires. Comment Emirates consolide l’accès au Japon depuis Tunis, Johannesburg, Le Caire et Casablanca

Emirates consolide sa position stratégique sur le corridor Afrique-Asie en annonçant un second service quotidien vers Tokyo Narita à compter du 1er mai 2026. Une expansion, opérée par un Boeing 777-300ER réaménagé, qui vise explicitement à optimiser la connectivité des voyageurs africains via Dubaï, ciblant notamment la Tunisie, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Maroc.

Le nouveau vol EK320 quittera Dubaï à 22h30 pour arriver à Tokyo à 13h30 le lendemain, tandis que le vol retour EK321 décollera de Narita à 21h30 pour une arrivée à Dubaï à 03h50. Des créneaux horaires qui offrent des correspondances matinales fluides depuis Dubaï vers les capitales africaines et un accès renforcé aux réseaux domestiques japonais via des partenariats avec JAL et ANA (36 destinations desservies).

L’appareil quadriclasse, doté de 24 sièges Premium Economy et de 8 suites First Class, proposera une expérience premium adaptée, incluant une cuisine japonaise (plateau Kaiseki) et du divertissement multiculturel. Une capacité supplémentaire qui permet à Emirates d’offrir 22 500 sièges hebdomadaires sur le Japon et de transporter 1 240 tonnes de fret hebdomadaires, facilitant ainsi les échanges commerciaux entre l’Afrique et l’Asie.

L’extension concomitante du service de chauffeur pour passagers premium à Osaka (dès mars 2026) confirme la priorité accordée par Emirates à la facilitation des voyages longue distance depuis l’Afrique. Une initiative qui souligne la centralité croissante de Dubaï comme hub intégrateur des flux aériens entre l’Afrique et l’Asie du Nord-Est, tout en valorisant la position des pays africains cités comme marchés cibles stratégiques.

Commerce international: le Lesotho, vulnérable champion de la dépendance à l’AGOA, obtient un sursis précaire

Pendant que le Nigeria et le Kenya saisissent l’opportunité de la prolongation d’un an de l’AGOA pour finaliser des accords commerciaux pivots avec les Émirats Arabes Unis et la Chine et diversifier leurs débouchés, le cas du Lesotho révèle une dépendance asymétrique criante envers le marché américain. Qualifié d’exportateur africain le plus dépendant des États-Unis, ce petit royaume montagneux d’Afrique australe illustre la vulnérabilité extrême d’économies tributaires d’accords non pérennes.

Ainsi, grâce à la prolongation d’un an de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) jusqu’au 31 décembre 2026, le Lesotho respire temporairement. Cet accord commercial, vitale pour son économie, avait expiré en septembre 2025, entraînant des licenciements massifs dans le secteur textile, pilier des exportations du Lesotho, représentant environ 10% de son PIB (près de 2 milliards de dollars).

Bien que l’extension lève une menace immédiate sur des centaines de milliers d’emplois, elle ne résout pas l’incertitude structurelle. Le ministre du Commerce du Lesotho, Mokhethi Shelile, déplore un délai trop court, inadapté pour une planification économique stable pour les entreprises et réclame urgemment un cadre commercial américain pérenne pour l’Afrique. La vulnérabilité du Lesotho est accentuée par les droits de douane punitifs de Trump (initialement 50%, réduits à 15%), rendant ses vêtements moins compétitifs sur ce marché crucial (276 millions USD d’échanges totaux en 2024). Ainsi, ce sursis technique est accueilli avec un optimisme prudent, mais le besoin d’une solution à long terme est criant.

Télécoms: le Nigeria, l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire et le Cameroun en ligne de mire dans une opération de consolidation de MTN

Le Nigeria, l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire et le Cameroun se positionnent au cœur d’une transaction panafricaine d’envergure révélée ce 5 février 2026. MTN Group, géant sud-africain des télécoms et leader africain, négocie activement le rachat total d’IHS Holdings, aussi connue sous le nom d’IHS Towers, pour environ 2,76 milliards de dollars.

Il faut savoir que IHS Holdings est l’un des principaux opérateurs indépendants d’infrastructures télécoms partagées au monde, spécialisé dans les marchés émergents. L’entreprise possède, exploite et développe plus de 40 000 tours télécoms, principalement en Afrique subsaharienne (comme le Nigeria, Côte d’Ivoire, Cameroun), en Amérique latine (Brésil, Colombie) et au Moyen-Orient. L’entreprise propose des services de colocation, construction de tours, solutions in-building, petites cellules, fibre optique et téléphonie rurale pour des opérateurs mobiles majeurs, couvrant environ 750 millions de personnes.

Ainsi, l’acquisition potentielle des 75% restants du capital d’IHS Holdings (intégration verticale) souligne la stratégie agressive d’un opérateur africain cherchant à reprendre le contrôle direct d’infrastructures critiques – notamment au Nigeria, marché phare d’IHS et terrain historique de son fondateur Sam Darwish ; mais aussi la Côte d’Ivoire et le Cameroun, pour ne parler que des pays africains.

L’offre potentielle s’alignerait sur le dernier cours de bourse d’IHS à New York. Si les discussions échouent, MTN étudierait d’autres options pour valoriser sa participation actuelle, tout en respectant sa discipline capitalistique.

La démarche de MTN, déjà principal client et actionnaire d’IHS, illustre la maturité croissante du secteur des télécoms africaines, la volonté de renforcer la souveraineté infrastructurelle sur le continent, ainsi que l’ambition d’un opérateur panafricain de maîtriser davantage sa chaîne de valeur et d’optimiser ses actifs dans un marché en consolidation.

L’opération, si conclue, valoriserait fortement une success story africaine née à Lagos, cotée à New York et Francfort, et déployée dans plusieurs économies émergentes. Elle démontre la capacité des acteurs africains à piloter des consolidations majeures structurantes pour le numérique régional.

Prolongation d’un an de l’AGOA: comment ces pays africains en profite pour consolider leurs plans B

Un an de vie supplémentaire pour l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) ! Expiré le 30 septembre 2025 mais récemment réactivé jusqu’au 31 décembre 2026 par le président Donald Trump, après un vote du Sénat le 3 février 2026, l’accord commercial américain accordant des accès préférentiels sans droits de douane à certains produits originaires de pays d’Afrique vers les États-Unis offre un sursis technique aux 30 à 40 pays africains éligibles.

Mais en même temps, cette prolongation confirme la fragilité de l’AGOA, particulièrement pour l’Afrique du Sud, menacée d’exclusion malgré son importance industrielle (exclusion coûtant -0,2% de PIB). Une précarité, couplée aux tensions politiques Washington-Pretoria et aux droits de douane ciblés (30%), qui catalyse une remarquable diversification stratégique africaine.

De plus en plus de pays africains capitalisent sur cette prolongation pour sécuriser leurs investissements existants, tandis que le Nigeria et le Kenya illustrent la dynamique émergente en finalisant des accords commerciaux pivots avec les Émirats Arabes Unis et la Chine.

Plus significatif encore, l’appel pressant du Président d’Afreximbank, George Elombi, à accélérer la ZLECAf lors d’un récent événement à Johannesburg, cristallise la prise de conscience continentale: «le sort de nos économies ne peut plus être lié à la bienveillance d’autrui».

L’Afrique démontre ainsi, par des actes concrets et un discours fort, sa volonté proactive de réduire sa dépendance et de construire sa résilience commerciale intracontinentale face aux aléas géopolitiques extérieurs.

Exploration pétrolière offshore: le « Nouveau Brésil » n’est pas en Amérique Latine, il est en Afrique

L’Afrique de l’Ouest et Australe émerge comme épicentre stratégique de l’exploration pétrolière offshore, attirant massivement les majors (Chevron, TotalEnergies, Shell) en quête du « nouveau Brésil ». La Namibie domine incontestablement le paysage avec des découvertes de 6,2 milliards de barils équivalent pétrole (boe) dans son bassin de l’Orange, zone la plus prolifique. Elle affiche un taux de succès de forage exceptionnel (>70%) et abrite les méga-découvertes de TotalEnergies (Venus, Mopane, potentiel >10 milliards de barils) et d’Azule Energy. L’Angola se démarque par des réformes réglementaires audacieuses (décret présidentiel 2024 avec incitations fiscales) et son retrait de l’OPEP, relançant l’exploration (premier puits dédié au gaz par Azule/BP, succès significatif) après le retour de Shell. Le bassin comprenant la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau, et la Guinée suscite un intérêt croissant, avec l’entrée de Chevron en Guinée-Bissau sur des blocs au potentiel estimé à des multi-milliards de barils. Ces régions capitalisent sur une géologie analogue au Brésil, des politiques incitatives et un besoin crucial des majors de reconstituer leurs réserves face à une demande persistante. Les défis techniques (eaux profondes, ratio gaz/pétrole élevé) persistent, mais l’Afrique s’affirme comme frontière majeure de l’E&P global.

Le Maroc, pionnier africain de la transition technologique, accueille l’implantation stratégique de Tesla

« Tesla débarque au Maroc. Nous sommes ravis de vous inviter à notre lancement officiel au Maroc ». Le message publié sur le site de la marque est clair. Tesla officialise son entrée sur le marché marocain. Et ce, le 6 février 2026 à Casablanca. L’événement prévu pour se tenir à AnfaPlace Mall vise à présenter les Model 3 et Y, détaillant l’expérience propriétaire et la recharge domestique, éléments clés de l’écosystème durable du constructeur. Une implantation qui souligne la confiance dans le positionnement économique et infrastructurel du Maroc, hub régional émergent. Ce lancement reflète aussi la stratégie de marque internationale de Tesla, ciblant des marchés urbains dynamiques dotés d’infrastructures commerciales premium. En s’ancrant au Maroc, Tesla valorise non seulement un pays leader en transition énergétique africaine mais promeut sa vision d' »abondance extraordinaire », combinant innovation technologique et développement urbain durable. Ce lancement consacre le Royaume comme plaque tournante continentale pour les énergies vertes et l’adoption des véhicules électriques.

Canal+ juge Showmax non rentable et réduit son financement après son rachat par MultiChoice.

Cette décision fait suite à la prise de contrôle du groupe MultiChoice par Canal+ dans le cadre d’une transaction de 3 milliards de dollars finalisée en septembre 2025.Le PDG de Canal+, Maxime Saada, a annoncé que le groupe avait présenté un plan visant à dégager plus de 479 millions de dollars de synergies de coûts annuelles de la société fusionnée d’ici 2030..

« Showmax n’est pas un succès commercial. C’est une évidence », a déclaré Saada sans ambages lors d’une récente présentation. « Nous sommes en mesure de réduire ces investissements… Je ne préciserai pas de combien, mais la réduction est significative. »La directrice financière, Amandine Ferré, a déclaré que les pertes continues de Showmax étaient « inacceptables pour nous »..

Cette décision marque un revirement brutal par rapport à la stratégie ambitieuse de MultiChoice, qui visait depuis plusieurs années à transformer le leader de la télévision payante en Afrique en un géant du streaming. MultiChoice avait relancé Showmax en 2024 avec une refonte majeure de sa technologie et de son contenu, prévoyant de générer un milliard de dollars de revenus en cinq ans.

Cependant, la situation financière de la plateforme s’est avérée catastrophique. Pour l’exercice 2025, Showmax a enregistré une perte d’exploitation de 4,9 milliards de rands (environ 308 millions de dollars), soit une aggravation de 88 % par rapport à l’année précédente.Malgré une augmentation de 44 % du nombre d’abonnés payants sur un an, les revenus de la plateforme ont diminué, pénalisés par ce que l’entreprise a décrit comme « une hausse brutale des coûts de contenu et une augmentation des coûts de la plateforme »..

Selon les analystes, la principale motivation de Canal+ pour l’acquisition de MultiChoice a toujours été de réaliser des économies d’échelle et de coûts dans son activité principale de télévision payante en Afrique, et non de sauver un concurrent indépendant dans le domaine du streaming.

« Nous sommes en mesure de réduire ces investissements. Ils sont inclus dans les synergies », a déclaré Saada, liant explicitement les réductions concernant Showmax à l’objectif d’économies annuelles plus large de 479 millions de dollars.Le plan de synergie vise à consolider les dépenses liées au contenu, aux infrastructures technologiques (comme la télévision par satellite et les décodeurs) et au refinancement de la dette de MultiChoice..

Les dirigeants de Canal+ ont insisté sur le fait qu’ils procéderaient avec prudence afin d’éviter de perdre des « abonnés potentiellement précieux », mais le changement de stratégie est évident.

Les difficultés rencontrées par Showmax surviennent dans un contexte de graves défis pour sa société mère. MultiChoice a perdu 2,8 millions d’abonnés à la télévision linéaire au cours des deux dernières années, son nombre de clients actifs tombant à 14,5 millions.Le groupe a imputé la baisse de ses revenus et de ses bénéfices à un contexte de consommation extrêmement difficile, à la volatilité des taux de change, à la concurrence intense des plateformes de streaming internationales et au piratage endémique..

Canal+ doit désormais stabiliser les activités de MultiChoice tout en gérant les pertes importantes de Showmax. Le groupe français s’est engagé à ne pas réduire ses effectifs en Afrique du Sud pendant trois ans, ce qui indique que les économies proviendront de la maîtrise des opérations et non de licenciements massifs..

Le repli stratégique des investissements massifs dans le streaming a été imposé par les dures réalités économiques du marché africain de la vidéo, où la faible pénétration du haut débit, la complexité des paiements et la sensibilité des consommateurs aux prix constituent des obstacles considérables..

Pour l’instant, Canal+ semble miser sur une activité de télévision payante plus légère et mieux intégrée, avec une composante de streaming réduite, qui offre une voie plus sûre vers la rentabilité qu’une bataille sans merci contre les géants mondiaux pour l’avenir du streaming en Afrique.

Une évaluation plutôt franche de sa nouvelle acquisition africaine révèle que le géant français des médias Groupe Canal+ déclare que la plateforme de streaming Showmax, détenue par MultiChoice, n’est pas un échec commercial et prévoit de réduire considérablement ses investissements, réorientant ainsi un accord de plusieurs milliards de dollars vers des économies de coûts plutôt que vers la croissance numérique.

Cette décision fait suite à la prise de contrôle du groupe MultiChoice par Canal+ dans le cadre d’une transaction de 3 milliards de dollars finalisée en septembre 2025.Le PDG de Canal+, Maxime Saada, a annoncé que le groupe avait présenté un plan visant à dégager plus de 479 millions de dollars de synergies de coûts annuelles de la société fusionnée d’ici 2030..

« Showmax n’est pas un succès commercial. C’est une évidence », a déclaré Saada sans ambages lors d’une récente présentation. « Nous sommes en mesure de réduire ces investissements… Je ne préciserai pas de combien, mais la réduction est significative. »La directrice financière, Amandine Ferré, a déclaré que les pertes continues de Showmax étaient « inacceptables pour nous »..

Cette décision marque un revirement brutal par rapport à la stratégie ambitieuse de MultiChoice, qui visait depuis plusieurs années à transformer le leader de la télévision payante en Afrique en un géant du streaming. MultiChoice avait relancé Showmax en 2024 avec une refonte majeure de sa technologie et de son contenu, prévoyant de générer un milliard de dollars de revenus en cinq ans.

Cependant, la situation financière de la plateforme s’est avérée catastrophique. Pour l’exercice 2025, Showmax a enregistré une perte d’exploitation de 4,9 milliards de rands (environ 308 millions de dollars), soit une aggravation de 88 % par rapport à l’année précédente.Malgré une augmentation de 44 % du nombre d’abonnés payants sur un an, les revenus de la plateforme ont diminué, pénalisés par ce que l’entreprise a décrit comme « une hausse brutale des coûts de contenu et une augmentation des coûts de la plateforme »..

Selon les analystes, la principale motivation de Canal+ pour l’acquisition de MultiChoice a toujours été de réaliser des économies d’échelle et de coûts dans son activité principale de télévision payante en Afrique, et non de sauver un concurrent indépendant dans le domaine du streaming.

« Nous sommes en mesure de réduire ces investissements. Ils sont inclus dans les synergies », a déclaré Saada, liant explicitement les réductions concernant Showmax à l’objectif d’économies annuelles plus large de 479 millions de dollars.Le plan de synergie vise à consolider les dépenses liées au contenu, aux infrastructures technologiques (comme la télévision par satellite et les décodeurs) et au refinancement de la dette de MultiChoice..

Les dirigeants de Canal+ ont insisté sur le fait qu’ils procéderaient avec prudence afin d’éviter de perdre des « abonnés potentiellement précieux », mais le changement de stratégie est évident.

Les difficultés rencontrées par Showmax surviennent dans un contexte de graves défis pour sa société mère. MultiChoice a perdu 2,8 millions d’abonnés à la télévision linéaire au cours des deux dernières années, son nombre de clients actifs tombant à 14,5 millions.Le groupe a imputé la baisse de ses revenus et de ses bénéfices à un contexte de consommation extrêmement difficile, à la volatilité des taux de change, à la concurrence intense des plateformes de streaming internationales et au piratage endémique..

Canal+ doit désormais stabiliser les activités de MultiChoice tout en gérant les pertes importantes de Showmax. Le groupe français s’est engagé à ne pas réduire ses effectifs en Afrique du Sud pendant trois ans, ce qui indique que les économies proviendront de la maîtrise des opérations et non de licenciements massifs..

Le repli stratégique des investissements massifs dans le streaming a été imposé par les dures réalités économiques du marché africain de la vidéo, où la faible pénétration du haut débit, la complexité des paiements et la sensibilité des consommateurs aux prix constituent des obstacles considérables..

Pour l’instant, Canal+ semble miser sur une activité de télévision payante plus légère et mieux intégrée, avec une composante de streaming réduite, qui offre une voie plus sûre vers la rentabilité qu’une bataille sans merci contre les géants mondiaux pour l’avenir du streaming en Afrique.

Nouvelle donne multilatérale: Inversion historique des flux financiers Chine-Afrique

L’Afrique subit un basculement financier sans précédent face à la Chine: de bénéficiaire nette de plus de 30,4 milliards USD sur la période allant de 2010 à 2014, elle devient contributrice nette avec -22,1 milliards USD sur la période allant de 2020 à 2024, soit un reflux de 52,5 milliards USD. Ce « Grand Renversement » chinois, documenté par ONE Data et la Fondation Rockefeller, frappe 20 pays africains où les sorties nettes atteignent 33,8 milliards USD. 

La baisse drastique des nouveaux prêts (+5,1 milliards en 2024 contre +26,5 en 2018) conjuguée à l’explosion des remboursements (+17,4 milliards) asphyxie les budgets publics, aggravé par les coupes d’Aide Publique au Développement (APD) post-2025. 

Paradoxalement, cette crise accélère la mutation des financements: les institutions multilatérales (Banque mondiale, etc.) comblent le vide avec +124% de flux nets, représentant désormais 56% des apports (379 milliards USD sur la période allant de 2020 à 2024). 

Dans ce contexte, l’Observatoire des Financements du Développement, soutenu par Google.org et la Fondation Rockefeller, annonce l’intégration de ces données fragmentées en un outil public interactif. Utilisant l’IA et Data Commons, cet outil permettra aux décideurs africains de suivre chaque dollar en temps réel, modéliser l’impact des coupes d’aide et optimiser l’utilisation des fonds publics et privés face à cette crise de financement sans précédent.