Taiwan, Cameroun et l’OMC: comment un visa bourré d’erreurs dit tout sur la pression chinoise en Afrique

Il est des incidents diplomatiques qui ressemblent à de la maladresse administrative et qui sont, en réalité, des actes politiques. L’affaire des visas camerounais pour la délégation taïwanaise à la conférence ministérielle de l’OMC appartient clairement à cette catégorie. Les faits, tels que rapportés, sont accablants dans leur séquence: le Cameroun désigne d’abord Taiwan comme « Taiwan, province de Chine » dans les documents pré-voyage, une formulation que Pékin exige et que Taipei refuse catégoriquement. Pris en défaut, le Cameroun propose un document de remplacement exempt de visa, qui arrive truffé d’erreurs, prénoms mal orthographiés, quasi-totalité des délégués déclarés de sexe féminin. Le ministère des Affaires étrangères de Taiwan tire la conclusion qui s’impose: « Cela montre que la partie camerounaise a traité l’affaire avec négligence et sans sincérité. »

Ce que cet épisode révèle sur le Cameroun est à la fois simple et sévère. Un pays qui accueille une conférence ministérielle de l’une des organisations commerciales les plus importantes du monde doit être capable de gérer les accréditations de ses délégués avec un minimum de rigueur procédurale. L’incapacité à délivrer des documents corrects, même après l’intervention du directeur général de l’OMC qui a obtenu de nouveaux visas le 20 mars, dit soit une incompétence administrative réelle, soit une absence totale de volonté politique de régler le problème. Les deux hypothèses sont également préoccupantes pour la réputation diplomatique d’un pays qui aspirait à jouer un rôle de plateforme multilatérale sur le continent.

Le contexte géopolitique est, lui, parfaitement lisible. La Chine entretient des liens économiques et politiques profonds avec l’Afrique, et exerce une pression systématique sur les États du continent pour qu’ils adoptent ses positions sur le statut de Taiwan. Le Cameroun, comme la quasi-totalité des pays africains, ne reconnaît pas Taiwan diplomatiquement. Mais il y a une différence entre ne pas reconnaître un territoire et saboter activement, même par omission, sa participation à une organisation multilatérale dont il est membre de plein droit depuis 2002. Taiwan, premier producteur mondial de semi-conducteurs avancés, participait jusqu’ici à toutes les conférences ministérielles de l’OMC depuis son adhésion il y a 25 ans. Le fait que Yaoundé soit la première ville à briser cette continuité n’est pas un accident de calendrier, c’est un signal que l’influence chinoise en Afrique s’exerce désormais jusque dans la gestion des accréditations diplomatiques.

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