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« L’Afrique doit construire ses propres outils de développement »

Entretien avec Stanislas Zézé, PDG de Bloomfield Investment Corporation

Qu’est-ce que la notation financière ?

Président-Directeur Général de Bloomfield Investment Corporation, première agence de notation financière d’Afrique francophone, Stanislas Zézé, surnommé « l’homme aux chaussettes rouges », livre une réflexion lucide sur la place de la notation financière dans le développement du continent en marge de la 6e édition du CHOISEUL BUSINESS FORUM À RABAT.

Stanislas Zézé (S.Z) : La notation financière consiste à évaluer la crédibilité d’une entité — État, entreprise ou collectivité —, c’est-à-dire sa capacité et sa volonté à honorer ses engagements financiers. En clair, elle mesure le degré de confiance que l’on peut accorder à un emprunteur. Cette évaluation s’appuie sur une analyse approfondie, à la fois quantitative et qualitative, de nombreux paramètres : solidité économique, qualité de la gouvernance, niveau d’endettement, environnement institutionnel et politique, entre autres.

Quels sont les principaux critères retenus ?

S.Z : Tout dépend du type d’entité évaluée. Pour un État, on considère des éléments comme la croissance, la gestion de la dette, la stabilité politique, la qualité des institutions ou encore la structure démographique.

Pour une entreprise, l’analyse porte sur la gouvernance, la capacité à générer du cash-flow, la flexibilité financière, le niveau d’endettement, la gestion des risques et l’impact environnemental éventuel de ses activités. Nous établissons ensuite deux notes : une à court terme, qui mesure la capacité à faire face aux obligations à moins d’un an (liquidité, trésorerie), et une autre à long terme, qui évalue les fondamentaux sur plusieurs années. Ces notes s’accompagnent d’une perspective (positive, stable ou négative) actualisée chaque trimestre.

En quoi la notation financière est-elle utile pour les États et les entreprises africaines ?

S.Z : Elle est avant tout un outil de crédibilité. Une bonne note inspire confiance aux investisseurs et facilite l’accès au financement à des conditions avantageuses. À l’inverse, une note faible entraîne des taux d’intérêt plus élevés, mais n’exclut pas la possibilité d’emprunter. Pour les autorités de régulation, la notation apporte plus de transparence et renforce la confiance sur les marchés. Pour les États ou les entreprises, elle sert aussi de tableau de bord stratégique, permettant d’identifier leurs forces et leurs faiblesses.

Les notations utilisent souvent des codes comme AAA, BBB ou Caa1. Comment les interpréter ?

S.Z : Ces codes traduisent une échelle de confiance. Chez Bloomfield, nous utilisons la même grille que Fitch, Moody’s ou Standard & Poor’s. Sur une échelle de 0 à 20, une note AAA équivaut à 20, A+ à 15, BBB- à 10 et D à 0. Plus la note est élevée, plus le risque de défaut est faible. Aujourd’hui, en monnaie locale, la Côte d’Ivoire et le Bénin se situent autour de 15, tandis que le Burkina Faso affiche une note proche de 10.

Comment évolue la notation avec les critères extra-financiers ?

S.Z : La notation extra-financière ne mesure pas la solvabilité, mais la performance environnementale, sociale et de gouvernance (ESG).$ Chez Bloomfield, nous intégrons ces paramètres dans nos analyses uniquement lorsqu’ils ont un impact financier direct. Ce type d’évaluation séduit les investisseurs soucieux de durabilité — ceux qui veulent s’assurer, par exemple, que leur argent ne finance pas des projets nuisibles à l’environnement — mais elle ne détermine pas la capacité d’un État ou d’une entreprise à rembourser sa dette.

Qui initie le processus de notation ?

S.Z : Trois cas existent.

  • La notation sollicitée : demandée par le client pour attester de sa solidité financière avant une levée de fonds ou pour rassurer ses partenaires.
  • La notation obligatoire : imposée par la réglementation, notamment dans la zone UEMOA, pour toute émission obligataire à la BRVM.
  • La notation non sollicitée : décidée par l’agence sur la base d’informations publiques, sans participation de l’entité concernée.

Chez Bloomfield, nous nous limitons aux notations sollicitées et obligatoires, car elles garantissent la fiabilité et la transparence du processus.

Quelle est votre vision pour l’Afrique ?

S.Z : L’Afrique doit s’émanciper des modèles importés et bâtir ses propres outils de développement. Cela commence par la confiance en soi et la rigueur.

Nos jeunes doivent adopter une culture de la performance et du respect, s’imposer par leur compétence, et refuser les complexes hérités du passé. C’est à cette condition que notre continent sera respecté et pourra dicter ses propres standards au reste du monde.