Nigeria et finance islamique: comment les soukouks et le Groupe de la BID s’imposent dans la course à l’économie du trillion de dollars
Il y a dans cette Journée du Groupe de la Banque islamique de développement (BID) au Nigeria quelque chose qui dépasse le format habituel des événements de diplomatie financière multilatérale. Le choix de Lagos comme théâtre, le niveau des délégations présentes (ministre des Finances en personne, dirigeants du secteur privé, chambres de commerce, institutions financières), et surtout la formulation du ministre Wale Edun, disent l’ampleur de ce qui se joue. « Pour atteindre l’objectif d’une économie d’un trillion USD d’ici 2030, il est indispensable de disposer de capitaux à vocation, c’est-à-dire d’investissements qui permettent de concrétiser la stabilité financière et d’obtenir des résultats sociaux tangibles. » Cette phrase, dans la bouche du ministre coordinateur de l’Économie d’un pays qui sort laborieusement d’une phase de stabilisation macroéconomique douloureuse, n’est pas un slogan de tribune. C’est un aveu sur l’état du financement du développement nigérian: les capitaux ordinaires ne suffisent pas, il faut des capitaux qui acceptent de prendre un risque de transformation structurelle, pas seulement de rendement financier. C’est précisément le rôle que le Groupe de la BID cherche à jouer via le Cadre de partenariat pays 2026-2028, présenté comme un glissement des « interventions isolées » vers des « solutions intégrées à l’échelle fédérale. » Cette formulation du chef de la délégation BID est la plus révélatrice. Elle admet implicitement que les décennies précédentes de coopération entre le Nigeria et les institutions de développement ont souvent produit des projets épars plutôt qu’une transformation systémique. Ce que la Journée du Groupe de la BID dit sur le Nigeria de 2026, c’est qu’un pays dont le PIB nominal dépasse 400 milliards de dollars, l’une des premières économies du continent, continue de souffrir de lacunes d’infrastructures criantes, d’un chômage structurel des jeunes et d’un accès insuffisant au financement pour ses PME.
L’utilisation des soukouks (obligations islamiques) comme instrument de financement d’infrastructures dit aussi que le Nigeria diversifie activement ses sources de capitaux, en captant une épargne islamique mondiale en quête de placements conformes à la charia. Ce n’est pas un choix idéologique. C’est une stratégie de mobilisation de liquidités dans des marchés de capitaux alternatifs.
Pour l’Afrique, ce que cette journée révèle est une tendance de fond. Les institutions financières islamiques multilatérales s’imposent progressivement comme des acteurs incontournables du financement du développement continental, aux côtés des banques de développement traditionnelles.



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