Groupe Maroc Telecom: le Maroc stabilise et l’Afrique accélère. Comment les filiales Moov Africa sont devenues le véritable moteur de croissance du géant des télécoms

76 millions de clients, 5 milliards de dirhams d’EBITDA (environ 424 millions d’euros), 1,3 milliard de cash-flow: Maroc Telecom vient de dévoiler des résultats du premier trimestre qui mêlent rentabilité de croisière et audace d’investissement. Un équilibre qui fait du groupe le trait d’union numérique entre le Maroc et le reste du continent. Le premier trimestre 2026 agit comme une radiographie parfaite de la mue du Groupe Maroc Telecom. Le chiffre d’affaires consolidé progresse de 5% à 9,3 milliards de dirhams (environ 848 millions d’euros), porté par un décollage de 8,5% des filiales Moov Africa, tandis que le marché domestique se stabilise à +0,7%. Derrière ces agrégats se dessine une vérité stratégique implacable: l’avenir du groupe se joue désormais autant, sinon plus, dans les ruelles de Bamako et de Ouagadougou que dans les avenues de Casablanca. Avec plus de 76 millions de clients, dont une croissance de 3,9% dans les filiales africaines qui compense largement le léger repli marocain, Maroc Telecom n’est plus seulement l’opérateur historique du Royaume. Il est le trait d’union numérique entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. La data mobile et fixe, dopée par l’expansion du FTTH, y compris sur le marché marocain, prend définitivement le relais d’une voix en déclin structurel. Le mobile money s’impose comme le troisième pilier de croissance, confirmant que le groupe ne vend plus seulement des minutes, mais des services financiers de base à des millions de non-bancarisés. La rentabilité reste la vigie de cette expansion. Le ratio EBITDA sur chiffre d’affaires se maintient à un niveau de croisière de 50%, avec une hausse de 6,1%, prouvant que la maîtrise des coûts n’est pas sacrifiée sur l’autel de la conquête. Le résultat net part du groupe, bien qu’affichant un repli de 3,4% sous l’effet de la contribution sociale de solidarité, progresse en réalité de 3,3% hors cette charge exceptionnelle, un signal de robustesse envoyé aux marchés.

Le plus frappant est le coup de rein dans l’investissement. Les CAPEX bondissent de 50,5% à 1,3 milliard de dirhams (environ 118 millions d’euros), massivement orientés vers le Très Haut Débit Mobile et Fixe. Le groupe ne moissonne pas ses positions acquises ; il ensemence le réseau de demain, celui de la 5G au Maroc et de la data intensive dans les capitales africaines. Une politique d’investissement soutenue qui explique la hausse des flux de trésorerie opérationnelle de 13,8% à 2,3 milliards de dirhams, qui offre au groupe les munitions pour financer son expansion sans s’endetter dangereusement. Ce que ces résultats trimestriels révèlent, c’est qu’un champion africain des télécoms peut parfaitement gérer une transition à deux vitesses: stabiliser son marché domestique mature en y modernisant les infrastructures, tout en chevauchant la croissance démographique et numérique des pays subsahariens, plus jeunes et moins équipés. Maroc Telecom, en consolidant ses filiales Moov Africa, ne se contente pas d’exporter des capitaux. Il exporte un modèle de connectivité qui rapproche des millions d’Africains de l’économie formelle, de l’éducation en ligne et des services de santé mobiles. Dans la bataille silencieuse pour le contrôle des infrastructures numériques du continent, cette discipline financière alliée à une audace d’investissement est une arme redoutable. Le Maroc, à travers son étendard télécom, ne parle pas seulement à ses actionnaires ; il parle à tout un continent.

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