Ghana: avec les marchés ouverts 24h/24 du président Mahama, comment l’étal de la commerçante devient une banque, une crèche et une assurance contre la pourriture des récoltes

La première pierre posée à Bimbilla, chef-lieu du district de Nanumba Nord, dans le Nord du Ghana, le 19 avril 2026 par le président John Dramani Mahama n’est pas celle d’un simple marché couvert. C’est celle d’une refonte complète de l’ossature commerciale du Ghana rural. Le chef de l’État, en tournée dans le Nord sous la bannière #ResettingGhana, a dévoilé un modèle de marché polyvalent qui rompt radicalement avec l’imaginaire du lieu de rassemblement hebdomadaire poussiéreux. Désormais, il s’agit d’implanter dans chacun des 261 districts du pays une infrastructure ouverte 24 heures sur 24, intégrant des services bancaires, des entrepôts de stockage, des systèmes anti-incendie, mais aussi des restaurants, des crèches et des cliniques. Une hybridation des fonctions qui est une réponse directe à la précarité structurelle qui mine le commerce de détail africain, massivement porté par les femmes. En offrant une crèche sur place, le marché libère la commerçante de la garde de ses enfants. En proposant une clinique, il sécurise sa santé. En intégrant une banque, il formalise son épargne et son crédit. Le marché n’est plus seulement un lieu d’échange de marchandises ; il devient un hub de services sociaux et financiers, un incubateur de résilience pour les micro-entrepreneurs.

Mais la portée la plus stratégique de l’annonce réside dans le lien explicite avec l’agriculture. Le président Mahama l’a martelé: cultiver sans débouché est vain, et Bimbilla, grenier à blé régional, mérite un marché à sa mesure. La promesse d’introduire, via le Centre de recherche scientifique et industrielle (CSIR), une valorisation des produits pour prolonger la durée de conservation des cultures vivrières est une déclaration de guerre au fléau silencieux des pertes post-récolte. Dans un pays où une part considérable des récoltes pourrit faute de stockage adéquat ou de transformation rapide, allonger la vie des produits, c’est augmenter le revenu des agriculteurs sans même accroître les surfaces cultivées. C’est une politique de souveraineté alimentaire par la réduction du gaspillage. Le marché 24h/24 devient alors le point nodal d’une chaîne de valeur repensée: il absorbe la production locale, la conserve mieux grâce aux infrastructures de stockage et à la science du CSIR, et la redistribue en continu, fluidifiant ainsi les prix et sécurisant les revenus. Ce que ce projet révèle, c’est qu’un gouvernement ghanéen a compris que le développement économique ne se décrète pas seulement depuis les zones franches industrielles ou les mines d’or. Il se construit aussi au coin de la rue, dans la modernisation du dernier kilomètre commercial, là où la tomate de l’agriculteur rencontre le portefeuille de la ménagère. La mise en garde du ministre des Collectivités locales, des Chefferies traditionnelles et des Affaires religieuses, Ahmed Ibrahim contre les travaux bâclés rappelle que l’exécution sera scrutée. Mais la direction est tracée: faire du marché le véritable poumon de la prospérité rurale.

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