Du rail aux banques publiques, en passant par le cacao et la bauxite. Comment le président ghanéen redessine un État entrepreneur et place les travailleurs en vigie
Et si les syndicats ghanéens devenaient les meilleurs alliés du patronat public ? En pleine Fête du Travail, le président Mahama les a exhortés à ne pas rester les bras croisés face à la mauvaise gestion des entreprises, érigeant les travailleurs en garants de la relance économique. C’est dans ce contexte que le président ghanéen John Dramani Mahama a prononcé le 1er mai 2026 à Koforidua devant les travailleurs, un discours a la texture d’un programme de gouvernement condensé. Il annonce l’intégration du projet de chemin de fer de l’Ouest au «Big Push». A travers cette annonce, le chef de l’État ghanéen ne fait pas que répondre à une demande des syndicats. Il dévoile la colonne vertébrale d’une ambition industrielle qui vise à sortir le pays de la malédiction des matières premières enclavées. Le futur corridor ferroviaire doit en effet relier les riches concessions de bauxite et de manganèse aux zones d’exportation, tout en offrant une voie de sortie rapide aux précieuses fèves de cacao. Le message présidentiel est que le rail n’est pas qu’une infrastructure de transport ; il est un outil de souveraineté économique, capable de transformer une rente minière brute en levier de développement territorial et de compétitivité internationale. Dans la bouche du président, l’achèvement de cette ligne est présenté comme un projet d’intérêt vital, dont les retombées pour l’emploi et les moyens de subsistance sont directes.
Une impulsion qui ne serait pas complète sans la remise en ordre de l’appareil productif national. Mahama égrène les succès d’un interventionnisme assumé: la raffinerie de pétrole de Tema, jadis au bord du gouffre, est de nouveau opérationnelle. La Banque de développement agricole et la Banque nationale d’investissement ont été recapitalisées. Le chantier naval de Tema reprend vie. Un coup de barre dans la gestion des entreprises publiques qui dit une conviction profonde: la croissance macroéconomique ne suffit pas à garantir la paix sociale si les outils industriels nationaux sont laissés à l’abandon. En liant ces annonces aux célébrations de la Fête du Travail, le président redonne aux travailleurs le rôle de premiers bénéficiaires, mais aussi de premiers gardiens de ces actifs. Son appel vibrant au Congrès des syndicats pour qu’il surveille les dysfonctionnements des directions et des conseils d’administration est même un tournant dans le dialogue social. Mahama ne cantonne pas les travailleurs à une posture revendicative ; il les élève au rang de sentinelles de la bonne gouvernance économique, au nom de la préservation de leurs propres emplois. Le thème de cette année, «Redéfinir le Ghana au-delà de la stabilité macroéconomique», trouve ainsi sa traduction concrète: un État qui reconstruit ses infrastructures et ses entreprises, et une société civile syndicale appelée à en être le garant intransigeant. Entre les rails, le cacao et la bauxite, c’est un nouveau pacte social qui se dessine.



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