BOAD: comment le doublement de ses ambitions entre 2026 et 2030 révèle l’urgence des besoins de l’Afrique de l’Ouest

La BOAD vient de présenter à Dakar quelque chose qui force l’attention. Un total bilan en progression de 38% en un an, passant de 3 893 à 5 363 milliards de FCFA, dit d’abord que cette banque de développement régionale a connu en 2025 une année de transformation de sa stature financière, pas simplement d’une croissance incrémentale. Les fonds propres effectifs à 1 780 milliards de FCFA représentant 33,2% du total bilan donnent à la BOAD un coussin de solvabilité qui lui permet d’aller chercher des ressources sur les marchés internationaux avec la crédibilité que confirment les notations Baa1 de Moody’s et BBB de Fitch — catégorie « Investment Grade », inchangées dans un contexte mondial de réévaluation des risques souverains africains. Ce maintien du rating est un signal fort: là où certaines institutions similaires ont vu leur notation se dégrader sous la pression des chocs macro-économiques régionaux, la BOAD tient. Ce n’est pas anodin pour une banque dont les membres incluent des États sous régimes militaires comme le Burkina Faso et le Mali, dont la notation souveraine individuelle est sous pression. Le nouveau plan stratégique quinquennal « Djoliba… La suite » est la décision la plus structurante de cette session. L’objectif de 6 500 milliards de FCFA de financements sur 2026-2030 représente quasiment le double du plan précédent. Pour y parvenir, la BOAD mobilisera 2 650 milliards en emprunts et déploiera un programme de titrisation de 1 100 milliards, un instrument encore peu utilisé dans la finance africaine de développement, dont l’adoption signale une montée en sophistication des outils de levée de capitaux.

La transformation vers un « Groupe BOAD intégré » avec des entités spécialisées annonce une recomposition institutionnelle dont les contours méritent d’être suivis. Les 501,5 milliards de FCFA de financements approuvés en une seule session sont la traduction opérationnelle de cette ambition.

La lecture de ce portefeuille est plus révélatrice que n’importe quel discours sur les priorités de développement ouest-africain. L’énergie domine (gazoduc sénégalais, centrale solaire au Burkina, stockage par batterie, hydrocarbures pour la SONABHY) dans un contexte où la sécurité énergétique est devenue la condition première de toute croissance économique dans la sous-région. L’agriculture suit immédiatement (coton au Burkina et au Mali, périmètres irrigués en Côte d’Ivoire, stockage alimentaire, intrants) ce qui dit que la question de la souveraineté alimentaire est traitée comme une urgence stratégique, pas comme une priorité de long terme. Le centre de maintenance aéronautique régional à Abidjan pour Air Côte d’Ivoire est peut-être la décision la plus innovante du portefeuille: financer une infrastructure de MRO régionale, c’est parier sur la montée en gamme industrielle de l’aviation ouest-africaine et sur la réduction de la dépendance aux centres de maintenance européens et moyen-orientaux. Enfin, la ligne de crédit de 200 millions d’euros apportée par Sumitomo Mitsui Banking Corporation (troisième concours de cette banque japonaise à la BOAD) dit que les partenaires asiatiques s’ancrent durablement dans le financement du développement ouest-africain. Ce n’est plus un test, c’est une relation installée.

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