Assurance en Afrique: face aux crises géopolitiques, comment le Maroc réinvente ses règles pour protéger ceux qui n’ont jamais été couverts
L’ouverture du 12ème Rendez-vous de Casablanca de l’Assurance, ce 15 avril 2026, n’a pas donné lieu à un discours convenu de célébration sectorielle. Mohamed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine de l’assurance, a posé sur la table les mutations existentielles qui secouent un métier bâti sur la prévisibilité statistique. La guerre au Moyen-Orient, la volatilité des prix de l’énergie, l’inflation importée: autant de secousses qui rappellent brutalement que les risques dits « non assurables » parce que massifs, simultanés et impossibles à mutualiser sont en train de devenir le nouveau quotidien des économies. L’assureur n’est plus seulement un payeur de sinistres ; il est sommé de devenir un architecte de la résilience sociale. Cette transformation de l’ADN du secteur trouve en Afrique son laboratoire le plus exigeant et le plus prometteur. Le continent concentre tous les défis énoncés par le président de la FMA: une population encore massivement exclue du système assurantiel, une pression démographique qui fragilise les systèmes de retraite, et une vulnérabilité aiguë aux risques climatiques et géostratégiques. Mais il est aussi le théâtre d’une révolution silencieuse portée par le mobile et les insurtechs, que le dernier GITEX Africa a amplement documentée. Le Kenya, selon Mohamed Bensalah, a montré la voie avec des dispositifs de micro-épargne retraite accessibles via le téléphone, intégrant des travailleurs informels jusque-là invisibles aux yeux des actuaires. L’Inde et l’Amérique latine offrent d’autres modèles d’extension massive de la couverture via des plateformes digitales ou des mécanismes d’épargne automatique.
Ce qui rend l’intervention du président de la Fédération marocaine de l’assurance remarquable, c’est qu’elle ancre cette réflexion continentale dans une actualité législative marocaine concrète: la refonte très attendue du Livre IV du Code des assurances. Ce n’est pas un toilettage technique. C’est l’affirmation d’une volonté politique de bâtir un cadre réglementaire agile, protecteur pour l’assuré mais suffisamment souple pour autoriser l’expérimentation de nouveaux modèles. Le message de Bensalah est le suivant: la régulation ne doit plus être un carcan qui freine l’innovation, mais un rail qui la guide vers l’inclusion. Dans un monde où les risques se mondialisent et s’aggravent, où les jeunes générations Y et Z attendent du sens et non plus seulement un contrat, la confiance devient le socle ultime du métier. Une confiance qui ne se décrète pas par algorithme, mais qui se tisse dans la clarté des règles, la simplicité des parcours digitaux et la promesse tenue d’une protection accessible à tous.
Ce que le discours de Casablanca révèle, c’est que l’assurance africaine est à un carrefour historique. Elle peut rester un produit de niche pour classes moyennes urbanisées, ou devenir, en s’appuyant sur une régulation intelligente et la puissance du mobile, le premier rempart de protection pour des millions de citoyens et de petits commerçants qui n’ont aujourd’hui que leur débrouillardise pour faire face aux aléas de la vie. Le Maroc, en rénovant son cadre légal, choisit clairement la seconde option.



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