Aide sociale au Maroc: l’ANSS ouvre ses registres. Comment la confiance des plus fragiles se joue derrière un portail numérique
C’est dans les couloirs feutrés de Rabat que s’est jouée, ce 13 avril 2026, une avancée majeure pour la transparence de l’action sociale au Maroc. En adhérant au Portail National du Droit d’Accès à l’Information (PNDAI), l’Agence Nationale du Soutien Social (ANSS) ouvre ses registres au contrôle citoyen et pose les fondations d’une nouvelle relation de confiance avec les millions de Marocains qui dépendent de la solidarité nationale.
L’adhésion de l’ANSS au PNDAI est un acte éminemment politique, au sens le plus noble du terme, car il touche au cœur du contrat de confiance entre l’État et ses citoyens les plus vulnérables. Rappelons que l’ANSS n’est pas une administration comme les autres. Elle est le guichet de la solidarité nationale, celle qui distribue les aides directes, les subventions et les soutiens financiers à des millions de Marocains pour qui cette assistance est une bouffée d’oxygène. Ouvrir ses registres au contrôle citoyen via une plateforme numérique, c’est accepter de rendre des comptes sur les critères d’attribution, les montants versés et l’équité de la distribution. C’est un pari sur la transparence comme remède à la rumeur, au clientélisme et à l’opacité qui ont parfois entaché la gestion de l’aide sociale par le passé. La déclaration conjointe d’Omar Seghrouchni et de Wafâa Jemali insiste à juste titre sur un équilibre fragile mais fondamental: garantir un accès « clair et simplifié » à l’information publique tout en protégeant « les données à caractère personnel » et « la vie privée des usagers ». Dans le domaine du soutien social, cette tension est à son paroxysme. Le citoyen a le droit de savoir comment l’argent public est dépensé, mais le bénéficiaire a le droit de ne pas voir son nom et sa situation de précarité exposés sur la place publique. Le PNDAI, en offrant un canal numérique traçable et sécurisé, promet de concilier ces deux exigences.
Ce que cette adhésion révèle, c’est une mutation silencieuse de l’administration marocaine. Le dépôt physique d’une demande d’accès à l’information, avec son cortège d’incertitudes et de délais opaques, cède la place à une procédure dématérialisée où chaque demande est horodatée, suivie, et où l’absence de réponse vaut décision implicite traçable. Pour le citoyen ordinaire, ce n’est pas un détail technique. C’est la fin de l’arbitraire du guichet. C’est la possibilité, pour un chef de famille dont la demande d’aide a été rejetée, de savoir précisément pourquoi, sur quels critères, et par quelle autorité. La loi 31.13, adossée à l’article 27 de la Constitution, sort ici du registre des bonnes intentions pour s’incarner dans un outil concret. L’ANSS, en faisant ce choix « structurant », envoie un signal fort à l’ensemble du secteur public: la sensibilité et l’importance stratégique d’une mission ne justifient pas l’opacité ; elles imposent au contraire une transparence exemplaire. C’est dans la lumière que la solidarité nationale est la mieux protégée des soupçons et des détournements. Ce portail est une petite révolution administrative. Il fait de chaque citoyen un potentiel auditeur de l’action sociale de l’État. Et dans un pays où la confiance dans les institutions est un capital précieux, c’est une avancée qui vaut bien des discours.



Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !