Afreximbank-Dangote: 2,5 milliards de dollars et la preuve que l’Afrique peut financer ses propres champions industriels à grande échelle sans chercher ailleurs
Il y a dans cette transaction quelque chose qui dépasse la mécanique d’un prêt syndiqué de 4 milliards de dollars. Afreximbank souscrit 2,5 milliards, soit 62,5% du total du consortium, en faveur de Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals, le plus grand complexe de raffinage d’Afrique avec une capacité de 650 000 barils par jour. Ce n’est pas un acte de financement ordinaire. C’est une affirmation de doctrine. Le Dr George Elombi, Président d’Afreximbank, le formule sans détour: « Nous agissons ainsi avant tout parce que Dangote est une entreprise africaine. Lorsque nous investissons en nous-mêmes, nous faisons plus que créer des emplois et de la richesse ou augmenter les recettes publiques ; nous construisons un avenir sûr et résilient pour notre continent. » Cette phrase, dans la bouche du président d’une institution financière multilatérale, n’est pas rhétorique. C’est une thèse sur la souveraineté industrielle africaine.
Ce que cette transaction révèle d’abord, c’est l’ampleur de l’engagement cumulé d’Afreximbank envers le Groupe Dangote: 15 milliards de dollars depuis 2015. Un montant qui place cette relation au rang des plus significatives de l’histoire du financement industriel africain contemporain. La facilité annoncée consolide les financements existants, optimise la structure du capital de la raffinerie et s’aligne sur son plan de croissance, soit exactement ce qu’un partenaire financier stratégique fait quand il croit au projet à long terme, pas quand il gère une exposition à court terme.
Ce que la raffinerie Dangote représente pour l’Afrique mérite d’être dit clairement: un continent qui importe depuis des décennies des produits pétroliers raffinés à partir de son propre brut, en perdant au passage la valeur ajoutée du raffinage, commence à inverser cette logique absurde.
650 000 barils par jour de capacité de raffinage au Nigeria, financés majoritairement par une banque africaine, via un consortium qui a « suscité un vif intérêt » des institutions financières africaines et internationales: c’est le portrait d’un actif industriel qui a convaincu les marchés de sa viabilité. L’initiative « Naira-for-Crude », dans laquelle Afreximbank joue un rôle de conseiller financier et qui permet d’acheter du brut et de vendre des produits raffinés en monnaie locale, ajoute une dimension de souveraineté monétaire à la souveraineté industrielle.
Pour Alhaji Aliko Dangote, ce financement « positionne l’entreprise pour la prochaine phase de sa croissance. » Pour le continent, il dit que l’Afrique peut financer ses propres champions industriels, à grande échelle, sans chercher ailleurs.



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