Grandes écoles techniques: comment l’EHTP lance ses ingénieurs sur la piste de l’«ikigai»… par le cinéma
Un signal fort nous vient de l’école Hassania des travaux publics (EHTP) : les grandes écoles techniques intègrent désormais la créativité comme compétence d’ingénieur à part entière. L’EHTP de Casablanca organise le 11 mai prochain la 3ème édition de Cinemania, un concours de courts-métrages porté par son club artistique Amicid’Art. Thème : « Gen Z’s Ikigai : Searching for Purpose ». Événement au cours duquel des étudiants-ingénieurs transforment leur quête de sens en œuvres cinématographiques, évaluées par un jury de professionnels marocains du cinéma.
Il y a dans le choix du thème de cette troisième édition de Cinemania quelque chose de révélateur. « Gen Z’s Ikigai : Searching for Purpose ». Le concept japonais d’ikigai désigne la raison d’être, le point d’intersection entre ce qu’on aime, ce en quoi on est doué, ce dont le monde a besoin et ce pour quoi on peut être rémunéré. Ce n’est pas un thème anodin pour une institution comme l’École Hassania des Travaux Publics, qui forme depuis 1971 les cadres techniques du Maroc et de plusieurs autres pays d’Afrique. C’est un signal, quand on sait que les meilleurs étudiants des classes préparatoires qui intègrent l’EHTP arrivent aujourd’hui avec des questions existentielles que leurs aînés n’avaient peut-être pas le luxe de se poser aussi frontalement. Comment concilier l’excellence technique avec le désir de créer ? Comment être ingénieur et artiste ? Comment trouver un sens à sa trajectoire dans un monde qui change plus vite que les référentiels de formation ?
Cinemania est la réponse que le club Amicid’Art a construite à ces questions. Pas par les mots, mais par l’image. Un concours de courts-métrages ouvert aux étudiants, avec un jury composé de praticiens reconnus du cinéma et des arts visuels marocains (Abdellatif Chaouqi, Rafik Boubker, Mohcine Nadifi, Ayoub Hamdoussi), qui évalue « la sincérité du message, la force des émotions et l’originalité de la mise en scène. » Des critères qui sont exactement l’inverse de ceux d’un examen d’ingénierie, et c’est précisément pourquoi ils sont précieux dans ce contexte.
Ce que cette initiative dit sur le Maroc, et plus largement sur l’Afrique, c’est que les grandes écoles techniques africaines sont en train de comprendre quelque chose : former de bons ingénieurs ne suffit plus. Il faut former des ingénieurs capables de penser l’usage, le sens et l’impact de ce qu’ils construisent. La créativité, l’empathie et la capacité à raconter des histoires sont des compétences d’ingénieur au même titre que le calcul des structures ou la modélisation hydraulique. Cinemania, dans ce cadre, n’est pas un événement parascolaire. C’est un laboratoire pédagogique que l’EHTP a la sagesse de laisser exister.



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