Bénin–Chine: sept éditions de bourses d’excellence et 158 millions de FCFA plus tard, ce que le soft power académique chinois construit vraiment

Il y a une logique dans la durée que les chiffres seuls ne capturent pas toujours. Depuis 2019, le Prix d’excellence de la « Ceinture et la Route de la Soie » a soutenu près de 350 étudiants béninois pour un montant cumulé de 158 millions de FCFA. Environ 240 869 euros sur sept ans, ce n’est pas une somme colossale à l’échelle d’une coopération bilatérale. Mais ce n’est pas le montant qui importe ici. C’est la méthode, la régularité et la symbolique soigneusement orchestrée d’une cérémonie annuelle qui convoque ambassadeur chinois, autorités ministérielles béninoises, recteurs d’universités et parents d’étudiants dans une même salle, pour célébrer publiquement le mérite académique sous le signe d’une coopération bilatérale.

La Chine ne finance pas seulement des étudiants, elle investit dans une narrative: celle d’un partenaire bienveillant, présent dans le quotidien des familles béninoises, attentif à l’excellence individuelle, sensible aux questions de genre et d’inclusion des personnes en situation de handicap.

Cette septième édition, qui distingue une cinquantaine de lauréats avec une attention explicite à ces dimensions sociales, dit que Pékin a compris quelque chose que beaucoup de partenaires occidentaux tardent encore à intégrer: le soft power le plus durable ne se construit pas dans les grandes conférences diplomatiques, mais dans les cérémonies de remise de diplômes, dans les discours adressés aux jeunes étudiants, dans les photos de famille avec l’ambassadeur. La ministre conseillère à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche Scientifique du Bénin, Sèdami MEDEGAN FAGLA a d’ailleurs parfaitement joué le jeu de cette narrative en qualifiant ces bourses de « levier d’émulation et source d’inspiration pour la jeunesse béninoise ». Une formulation qui transcende la relation donateur-bénéficiaire pour installer Pékin dans le rôle du partenaire du développement national.

Ce que cette septième édition révèle sur le Bénin, c’est aussi la stratégie d’un « petit » État qui diversifie intelligemment ses sources de coopération académique, sans ostentation anti-occidentale, en cultivant méthodiquement ses relations avec une puissance qui investit dans ses cerveaux de demain. 350 étudiants récompensés, c’est 350 futurs cadres, fonctionnaires, entrepreneurs et décideurs qui auront grandi avec le souvenir d’une cérémonie chinoise dans leur trajectoire personnelle. C’est cela, la géopolitique du capital humain.

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