290 millions d’euros sur la table: comment le Nigeria s’impose comme l’une des cibles prioritaires du Global Gateway de l’UE
Il arrive que la franchise diplomatique soit plus révélatrice que le chiffre annoncé. C’est le cas ici. Jozef Síkela, commissaire européen aux partenariats internationaux, l’a dit sans détour en marge du 8e dialogue ministériel Nigeria-UE tenu à Abuja: ces 290 millions d’euros d’investissements nouveaux profitent au peuple nigérian, « mais offrent également de nouvelles perspectives à l’Europe ». Une symétrie d’intérêts, rarement énoncée aussi clairement dans le langage feutré de la coopération internationale, qui mérite d’être lue pour ce qu’elle est, non comme une critique, mais comme une grille de lecture indispensable pour comprendre la géographie de ces financements. Car la ventilation sectorielle de cette enveloppe parle d’elle-même.
La digitalisation capte 131 millions d’euros, soit 45% du total. Une priorité qui répond autant aux besoins de connectivité d’un Nigeria de 220 millions d’habitants qu’aux intérêts des opérateurs technologiques européens en quête de marchés émergents à fort potentiel de croissance. L’agriculture reçoit 86 millions d’euros, fléchés vers les filières cacao et laitière, précisément les chaînes de valeur où l’Europe est acheteuse et transformatrice, et où sécuriser l’approvisionnement à la source relève autant de la politique commerciale que de l’aide au développement. La santé, avec 55 millions d’euros orientés vers la production locale de médicaments et vaccins, est peut-être la composante la plus structurellement vertueuse de l’ensemble: renforcer les capacités industrielles pharmaceutiques nigérianes, c’est réduire une dépendance qui a coûté cher à tout le continent pendant la pandémie de Covid-19. Quant aux 16 millions d’euros dédiés à la gestion des migrations, notamment la réintégration et la lutte contre les réseaux de traite, ils sont révélateurs d’une priorité européenne que Bruxelles assume désormais sans complexe dans ses partenariats africains. Ce que cette nouvelle vague de financement révèle, au-delà des chiffres, c’est la montée en puissance de l’initiative « Team Europe » au Nigeria, dont le volume cumulé depuis 2025 atteint désormais près de 962,5 millions d’euros. Le Nigeria, troisième économie d’Afrique, premier pays en terme de population, devient ainsi l’un des terrains d’atterrissage privilégiés du Global Gateway.
Soulignons que le Global Gateway est la réponse européenne à la Belt and Road Initiative chinoise.
Ce qui reste la vraie question, celle que les communiqués de l’EU ne pose pas, ni ceux du Nigéria, c’est celle de l’appropriation: dans quelle mesure ces financements construisent-ils une capacité industrielle nigériane durable, plutôt qu’une dépendance renouvelée aux expertises et aux équipements importés ? Le Nigeria a les moyens d’exiger la réponse.



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