Marché des transferts d’armes à destination des pays africains: Maroc, Algérie, Nigeria, Sénégal, Mali…ce que révèle SIPRI sur le basculement en cours, les grands acquéreurs et fournisseurs du continent
L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) vient de rendre public son rapport sur les tendances des transferts internationaux d’armes 2025. Ce rapport révèle une baisse globale de 41% des importations d’armes majeures par les États africains entre 2016-2020 et 2021-2025, contre une hausse mondiale de 9,2%. Une contraction qui masque des réalités régionales antagonistes et place l’Afrique en net contraste avec la flambée européenne (+210 %). Le Maghreb incarne cette polarisation: le Maroc, désormais premier importateur africain, voit ses acquisitions progresser de 12%, tirées par les États-Unis (60% de ses approvisionnements), Israël (24%) et la France (10%). À l’inverse, l’Algérie subit un effondrement de 78% de ses importations, principalement dépendantes de la Russie (39%), de la Chine (27%) et de l’Allemagne (18%). Leurs tensions de longue date, notamment autour du Sahara occidental, restent un moteur majeur de leurs politiques d’armement, bien que le rapport souligne que les données algériennes, souvent opaques, pourraient sous-estimer des acquisitions russes non vérifiées.
En Afrique subsaharienne, les importations augmentent de 13%, représentant 2,2% du total mondial. Le Nigeria (16% des importations sous-régionales), le Sénégal (8,8%) et le Mali (8%) dominent ce marché fragmenté où la Chine émerge comme premier fournisseur (22%), devant la Russie (12%) et la Turquie (11%). Une croissance qui s’inscrit dans un contexte de conflits armés persistants, comme la guerre civile soudanaise déclenchée en 2023. Le SIPRI met en lumière la difficulté de traquer les transferts vers ces zones: les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide (RSF) ont reçu des armes durant la période, incluant drones armés, véhicules blindés et systèmes de défense aérienne, souvent via des canaux secrets (Biélorussie, Iran, Émirats arabes unis) ou des fournisseurs non identifiés. Une opacité, caractéristique des marchés africains, qui complique l’évaluation des flux réels et des risques de détournement.
Des dynamiques qui illustrent la vulnérabilité du continent face aux rivalités d’influence des grands exportateurs et aux défaillances de traçabilité. Alors que l’Europe renforce son arsenal face à la menace russe, l’Afrique subsaharienne voit sa dépendance aux importations se pérenniser dans un contexte sécuritaire dégradé, avec des transferts alimentant directement des conflits internes. La domination américaine au Maghreb et l’essor chinois au sud du Sahara redessinent les équilibres géostratégiques, soulignant l’urgence de mécanismes de transparence renforcés pour une sécurité collective africaine.



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