Comment Cosumar transforme la fumée de sa raffinerie en or liquide: le Maroc s’assure une souveraineté gazière pour 500 millions de dirhams

L’affaire pourrait sembler anecdotique pour le grand public, cantonné à l’imaginaire des sodas pétillants et des fontaines à eau gazeuse. Elle est pourtant d’une portée industrielle et géostratégique que peu de secteurs privés africains osent encore revendiquer avec autant de méthode. En officialisant ce 6 avril 2026 le lancement de son unité LCO₂ (Liquefied Carbon Dioxide ou dioxyde de carbone liquéfié) à Casablanca, COSUMAR n’annonce pas une simple extension de gamme ; il acte ni plus ni moins la fin d’une dépendance nationale aussi méconnue qu’aberrante. Le Maroc, géant phosphatier et carrefour logistique continental, importait jusqu’ici l’intégralité de son gaz carbonique alimentaire liquide. Une absurdité économique que COSUMAR souligne avec la sobriété des grands industriels mais qui, pour un œil aguerri, révèle une vulnérabilité chronique des chaînes d’approvisionnement du Royaume. Ce que COSUMAR met sur la table avec cet investissement structurant de 500 millions de dirhams, c’est la réappropriation d’un maillon critique qui irrigue aussi bien l’agroalimentaire que la pharmacie, la cryogénie ou le dessalement de l’eau de mer. Le geste technique est d’une élégance circulaire rare: capter le CO₂ issu des procédés de la raffinerie, le purifier à un seuil de 99,9% conforme aux exigences draconiennes des standards ISBT et EIGA, pour le réinjecter dans l’économie réelle. C’est le passage d’une logique linéaire d’émission à une logique de valorisation industrielle. COSUMAR insiste à raison sur la notion de souveraineté. À l’heure où les chaînes de valeur mondiales se rétractent et où chaque État mesure sa dépendance aux intrants étrangers, COSUMAR sécurise pour le tissu industriel marocain un approvisionnement local de 20 000 tonnes annuelles dès fin 2026. Un volume de démarrage, loin d’être symbolique, qui offre aux industriels nationaux une visibilité et une stabilité tarifaire que les aléas du fret international ne garantissaient plus. Mais le coup de maître de ce projet réside dans son alignement quasi chirurgical avec les impératifs de durabilité. Rappellons que le Groupe a déjà réduit de moitié ses émissions de CO₂ depuis 2016. Avec LCO₂, il franchit un palier supplémentaire en transformant une partie de ses rejets résiduels en produit commercialisable, améliorant au passage l’efficacité énergétique de son site de Casablanca. Ce n’est plus de la compensation carbone cosmétique, c’est de l’optimisation industrielle brute.

COSUMAR insiste sur le fait que la mise en service de l’unité LCO₂ à Casablanca constitue une première étape d’un programme appelé à être déployé sur d’autres sites conformément aux orientations industrielles du Groupe pour répondre à l’évolution croissante des besoins du marché en CO₂ liquide alimentaire. « Le déploiement dans d’autres unités industrielles du groupe de ce projet innovant, développé par les ressources internes de Cosumar, permettra à terme, de produire du LCO₂ Biogénique vert issu de la biomasse ». Une promesse qui agit comme une boussole stratégique.

COSUMAR ne se contente pas de résoudre un problème de balance commerciale ; il esquisse une feuille de route vers une décarbonation profonde où le déchet gazeux devient une matière première stratégique. Le Maroc, à travers son champion sucrier, démontre ici qu’un grand groupe africain peut parfaitement marier rentabilité capitalistique, innovation technologique endogène et contribution tangible à la résilience nationale. L’unité de Casablanca n’est pas qu’une usine ; c’est la matérialisation d’une vision où la souveraineté se niche aussi dans les bulles de nos boissons.

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