Tourisme au Maroc: projet de 50 montgolfières à Bourrous-Rehamna. Ce que révèle la stratégie de déconcentration touristique de la SMIT
Développer une flotte de 50 montgolfières à Bourrous, dans la province de Rehamna, région Marrakech-Safi. Tel est l’objectif de l’appel d’offre public publié le 3 avril 2026 par la Société Marocaie d’Ingénierie Touristique (SMIT). En quelques mots, la SMIT lance un appel d’offres pour sélectionner un prestataire chargé de développer une activité de vol en montgolfière à Bourrous, province de Rehamna (région Marrakech-Safi). Objectif: déployer 50 montgolfières en accompagnant des investisseurs privés sur trois missions. A savoir, les identifier et les sélectionner, les incuber et les aider à obtenir une subvention publique de 300 000 DH par montgolfière (plafonnée à 4 millions DH par projet), puis les accompagner jusqu’à la mise en exploitation. Le prestataire retenu sera rémunéré 564 000 DH TTC pour 12 mois de mission. Les offres sont à déposer avant le 30 avril 2026.
Vouloir créer de toutes pièces une destination de tourisme aérien dans une zone qui n’en a pas, est une ambition qui mérite d’être analysée.
Ce n’est pas une amélioration de produit existant, mais une création ex nihilo, avec un budget public de subvention fixé à 300 000 dirhams par montgolfière et un plafond de 4 millions de dirhams par projet. L’arithmétique est claire: pour atteindre 50 montgolfières, il faut au minimum 10 projets, chacun portant sur au moins 5 appareils, pour une enveloppe de subvention potentielle de 15 millions de dirhams. Ce n’est pas un projet pilote. C’est un programme d’investissement structuré, avec un mécanisme d’incubation, un dispositif de sélection par comités et un accompagnement en trois phases (sourcing des investisseurs, incubation et financement, puis mise en exploitation) confié à un prestataire privé sélectionné par appel d’offres pour 564 000 dirhams.
La question que ce projet pose est celle du choix géographique. Bourrous est une commune de la province de Rehamna, dans le semi-aride entre Marrakech et Casablanca. Ce n’est pas une destination touristique connue. C’est précisément ce qui dit l’intention de la SMIT: créer une attractivité là où elle n’existe pas encore, sur la base d’un atout naturel (la qualité des vents, la platitude du terrain, l’absence d’obstacles aériens, la lumière des paysages arides) plutôt que de renforcer des destinations déjà saturées. La montgolfière est un produit touristique haut de gamme par nature: un vol de 60 minutes se commercialise entre 150 et 300 euros par personne sur les marchés comparables. Cinquante montgolfières opérationnelles peuvent générer des dizaines de milliers de passages par an, avec un effet d’entraînement sur l’hébergement, la restauration et le transport dans une province qui en a structurellement besoin.
Ce qui rend ce dispositif analytiquement intéressant, c’est la sophistication du mécanisme d’accompagnement prévu. La SMIT ne subventionne pas des équipements à fonds perdus. Elle exige un programme d’incubation complet, des business plans validés, des comités de sélection, des conventions d’investissement et un suivi post-déploiement. C’est un modèle d’investissement public conditionnel et encadré, calqué sur les meilleures pratiques des fonds d’incubation technologiques, appliqué ici à une activité de tourisme rural. Pour l’Afrique, ce type de dispositif dit que le Maroc est en train d’industrialiser sa méthode de développement touristique régional, pas seulement de financer des projets individuels.



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