CMT: derrière une acquisition à 130 millions de dollars, ce que la liquidation d’un passif contentieux dit de la gouvernance d’une compagnie minière marocaine
Il y a dans le communiqué officiel annonçant cette actualité une densité juridique et financière qui masque, pour qui ne lit pas entre les lignes, l’essentiel de ce qui se joue. La Compagnie Minière de Touissit (CMT), entreprise cotée à la Bourse de Casablanca, spécialisée dans l’extraction de plomb et de zinc dans la région de l’Oriental, change de mains de manière indirecte. Ayrad Group Limited acquiert 100% des parts d’OSEAD Fund, entité luxembourgeoise qui détient via la société marocaine OMM une participation de 37,04% dans CMT. Prix de l’opération: 130 millions de dollars. C’est le chiffre affiché. Mais ce n’est pas là que réside l’information la plus significative. Ce qui mérite d’être lu avec une attention particulière, c’est la condition préalable à la réalisation de l’opération: la résolution simultanée de deux litiges distincts impliquant CMT. Le premier oppose CMT à OMM autour d’un prêt consenti en 2012, soit quatorze ans de contentieux non résolu autour d’une créance de 35 millions de dollars. Le second oppose CMT à Shaba Metals LLC, entité liée au vendeur SVL, sur l’exécution de contrats d’offtake conclus en 2024. Ce second litige dit quelque chose d’alarmant sur la rapidité avec laquelle une relation commerciale peut se dégrader entre une compagnie minière et son acheteur de minerais. Deux litiges actifs, l’un vieux de plus d’une décennie, l’autre né d’accords signés il y a à peine deux ans. C’est le tableau de gouvernance que SVL transmet à Ayrad, et que CMT solde avant le changement d’actionnaire. La résolution avec l’Office des Changes, moyennant 182 millions de dirhams, ajoute une troisième couche à ce passif contentieux. CMT avait donc également des dossiers ouverts avec le régulateur des changes marocain. Trois fronts contentieux liquidés simultanément, comme condition préalable à une seule acquisition. Une architecture de règlement qui dit que l’opération n’était pas seulement une transaction boursière, mais une opération de purification du passif.
Pour Ayrad Group, acquérir CMT proprement signifiait d’abord exiger que le vendeur nettoie ce qu’il laissait derrière lui. L’offre publique d’achat obligatoire qui doit suivre cette prise de participation, sous réserve du visa de l’AMMC, ouvrira aux actionnaires minoritaires la possibilité de sortir au même prix que le vendeur principal. C’est le mécanisme protecteur standard du marché boursier marocain face aux prises de contrôle.
Ce que cette opération révèle sur CMT et sur le secteur minier marocain coté, c’est que la valeur réelle d’un actif minier peut être durablement obscurcie par des contentieux de gouvernance que ni les actionnaires ni le marché ne voient clairement depuis l’extérieur.




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