2 000 milliards de dollars de transactions mobile money: l’Afrique subsaharienne propulse la révolution, mais 75% des comptes restent dormants
Il a fallu vingt ans au mobile money pour franchir le cap du premier billion de dollars de transactions annuelles. Il n’en a fallu que quatre pour doubler ce chiffre. Ce rapport de vitesse, à lui seul, dit quelque chose d’essentiel sur la phase dans laquelle se trouve ce secteur: non plus l’émergence laborieuse, mais l’accélération exponentielle.
Le rapport « État du secteur de la monnaie mobile 2026 » de GSMA, qui documente le franchissement du cap des 2 000 milliards de dollars de transactions en 2025, avec 2,3 milliards de comptes enregistrés et 593 millions de comptes actifs mensuellement, est une photographie saisissante d’un secteur qui a redéfini l’inclusion financière mondiale depuis un téléphone portable et un réseau d’agents de proximité. L’Afrique subsaharienne est au cœur de cette dynamique. C’est d’elle que provient la majorité des nouveaux comptes enregistrés et actifs.
Disons que ce n’est pas une surprise pour qui a suivi la trajectoire du secteur depuis M-Pesa au Kenya jusqu’aux plateformes panafricaines d’aujourd’hui. Mais ce que le rapport dit avec une honnêteté qui mérite d’être soulignée, c’est que le succès agrégé masque des tensions structurelles profondes. Près de 75% des comptes restent inactifs chaque mois. Un chiffre accablant. Un des centaines de millions de personnes ont un pied dans le système financier numérique sans y être vraiment entrées, enregistrées mais pas utilisatrices, incluses statistiquement mais pas économiquement. Les raisons sont connues et documentées: la fraude, qui reste un frein persistant à la confiance, et les taxes sur les transactions, qui poussent les utilisateurs à revenir au cash dans les pays où elles s’appliquent. Cette dernière observation mérite l’attention des décideurs africains. Taxer le mobile money, c’est taxer l’inclusion financière elle-même.
L’autre fracture que le rapport met en lumière avec une précision inconfortable concerne le genre. Dans sept des dix pays étudiés, les femmes titulaires d’un compte de mobile money l’utilisent moins que les hommes. Seuls le Ghana, le Kenya et le Nigeria échappent à ce pattern. Un différentiel d’usage qui révèle que l’accès au compte n’est pas équivalent à l’accès au service, et que les obstacles à l’utilisation régulière par les femmes sont autant culturels et sociaux que technologiques. Ce que ce rapport dit en définitive sur l’Afrique subsaharienne, c’est qu’elle a démontré au monde que le mobile money peut fonctionner à grande échelle, mais qu’elle doit maintenant résoudre le paradoxe de ses propres succès. Convertir la masse des comptes dormants en utilisateurs actifs, éliminer les taxes qui découragent l’usage, et faire en sorte que l’inclusion financière numérique soit aussi une réalité pour les femmes qu’elle commence à l’être pour les hommes.




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