Afreximbank lance sa première cohorte de startups: pourquoi la banque multilatérale africaine a décidé de bâtir elle-même les outils du commerce continental

Il y a quelque chose de structurellement significatif dans le fait qu’Afreximbank, banque multilatérale dont le métier historique est de financer le commerce africain par des instruments classiques, lance son propre programme d’accélération de startups. Ce n’est pas un geste de communication institutionnelle. C’est un aveu lucide que les infrastructures numériques du commerce intra-africain ne viendront pas des grandes banques de développement traditionnelles ni des consultants internationaux. Elles émergent dans des bureaux à Lagos, Addis-Abeba, Nairobi, Cablanca, Tunis, Dakar, portées par des entrepreneurs qui ont compris avant tout le monde que la ZLECAf a besoin de tuyaux numériques avant d’avoir besoin de nouvelles réglementations. La sélection de huit startups parmi 1 600 candidatures est en soi un indicateur de la densité de l’écosystème entrepreneurial africain. Une densité que les narratifs pessimistes sur le continent peinent encore à intégrer. Ce que ces huit entreprises construisent collectivement ressemble à l’ossature d’un marché continental intégré. OnePort 365 connecte les corridors Nigeria-Ghana-Kenya, Timon gère des paiements dans 15 pays avec une ambition d’extension à 40, Capsa Technologies a traité plus de 70 milliards de nairas de financement de chaîne d’approvisionnement, Fluna a facilité 50 millions de dollars d’échanges dans dix pays, et Zowasel relie plus de 4 000 coopératives et entreprises agroalimentaires. Ce ne sont pas des prototypes de laboratoire, ce sont des opérateurs actifs sur des corridors commerciaux réels, avec des volumes mesurables. Ce qui distingue ce programme de la plupart des initiatives d’accélération institutionnelle, c’est la proposition de valeur spécifique qu’Afreximbank met sur la table. Non pas seulement 250 000 dollars d’investissement potentiel, mais un accès direct au réseau panafricain de la Banque (gouvernements, banques centrales, régulateurs, institutions financières) et une intégration dans les infrastructures que la Banque a elle-même construites, notamment l’Africa Trade Gateway et PAPSS. Pour une startup qui se heurte quotidiennement aux frictions réglementaires et aux barrières de conformité dans des juridictions multiples, cet accès vaut infiniment plus que le chèque. Haytham Elmaayergi, vice-président exécutif d’Afreximbank, le dit avec une franchise qui tranche avec le langage institutionnel habituel. « Le commerce ne se fait pas sur le papier des documents politiques. Le commerce se réalise grâce aux entrepreneurs. Grâce aux bâtisseurs. » C’est une déclaration qui reconnaît implicitement les limites des approches top-down dans la construction du marché unique africain et qui positionne cette première cohorte comme un acte fondateur, pas comme un projet pilote.

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