Résilience climatique en Afrique de l’Ouest: pourquoi le Sénégal refuse d’attendre les solutions venues d’ailleurs
Quand l’Académie Pontificale des Sciences choisit Dakar pour tenir l’un de ses sommets régionaux sur la résilience climatique, aux côtés de l’Autriche, du Brésil, du Kenya et des États-Unis, ce n’est pas un geste diplomatique anodin. C’est une reconnaissance explicite que l’Afrique de l’Ouest et le Sahel constituent l’un des laboratoires les plus critiques et les plus instructifs de la crise climatique mondiale. Une région qui subit, selon les termes mêmes du Cardinal Peter Turkson, les effets du changement climatique « de manière disproportionnée ». Ce que, au passage, Desmond Tutu avait autrefois nommé avec une précision dérangeante le « climate apartheid ».
Ainsi, ce sommet, intitulé « De la crise climatique à la résilience climatique: les voies à suivre pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel », organisé en partenariat avec AKADEMIYA2063 et le Centre de Suivi Écologique, n’est pas une conférence de plus sur le climat. Il s’inscrit dans une architecture délibérée: une série de sommets régionaux devant nourrir, d’ici 2027, un Protocole universel pour la résilience climatique, adopté au Vatican sous l’autorité du Pape Léon XIV. Autrement dit, Dakar n’est pas seulement un lieu de dialogue, c’est un maillon dans une chaîne de production normative globale. Ce que ce positionnement révèle sur le Sénégal mérite attention. Le Dr Cheikh Mbow, directeur général du Centre de Suivi Écologique, ne manque pas de le souligner: le Sénégal a construit un cadre stratégique solide en matière d’adaptation, couvrant l’agriculture, la protection du littoral et les énergies renouvelables, inscrit dans la Vision Sénégal 2050 et dans un Plan National d’Adaptation à l’horizon 2050. Ce n’est pas un pays qui arrive à ce sommet les mains vides, c’est un pays qui y arrive avec une doctrine, des politiques sectorielles et une légitimité d’expérience que peu de ses voisins peuvent revendiquer au même degré. L’angle le plus stimulant de cet événement est peut-être sa méthode. Face à l’échec répété des approches descendantes, notamment les grands accords climatiques mondiaux qui n’arrivent pas à se traduire en actions locales concrètes, l’Académie Pontificale des Sciences (APS) et l’Académie Pontificale des Sciences Sociales (APSS) promeuvent explicitement une approche ascendante, ancrée dans les réalités des maires, des gouverneurs, des communautés religieuses, des jeunes et des chercheurs régionaux. Le cadre Atténuation, Adaptation, Transformation Sociétale (AATS) n’est pas un sigle de plus, il acte que la résilience climatique ne se décrète pas depuis des capitales lointaines, elle se construit dans les villages sahéliens, les zones côtières sénégalaises et les bassins versants du Sahel.
Ce que Dakar a accueilli les 23 et 24 mars 2026, c’est en réalité une tentative sérieuse de réconcilier savoirs traditionnels, science climatique et politiques publiques dans un cadre commun. L’Afrique de l’Ouest, trop longtemps traitée comme victime passive du dérèglement climatique, prend ici la posture de laboratoire actif de solutions, une posture que le continent a toutes les raisons d’assumer, et que ce sommet contribue à légitimer sur la scène internationale.



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