Business: pourquoi, jusqu’à maintenant, les pays africains dorment sur plus de 8 600 milliards USD de minerais sous-exploités

Le Compendium of Africa’s Strategic Minerals 2026 d’Africa Finance Corporation (AFC) révèle un paradoxe criant: l’Afrique détient 29 500 milliards USD de valeur minière (20% du global), dont 8 600 milliards sous-exploités, mais ne capte qu’une fraction de cette richesse. Face à cette lacune, un récent rapport de l’AFC préconise une refonte systémique ancrée dans les fondamentaux régionaux: infrastructures intégrées, demande industrielle locale et chaînes de valeur coordonnées. Quatre pays illustrent déjà cette transition stratégique.

L’Angola se distingue avec le développement de l’un des plus grands gisements de terres rares magnétiques à haute teneur au monde, réduisant la dépendance à la domination chinoise (90% du marché global). Le Mozambique consolide son rôle de pôle clé pour le graphite naturel et les matériaux d’anodes, positionnant l’Afrique dans la chaîne d’approvisionnement des batteries hors de Chine. En Afrique australe, l’Afrique du Sud et le Botswana progressent sur des projets de sulfate de manganèse qualité batterie, essentiel à la transition énergétique. Parallèlement, la Namibie et le Malawi relancent leur production d’uranium (2024-2025), capitalisant sur la renaissance nucléaire mondiale.

Des initiatives qui répondent à un impératif géoéconomique: dans un monde marqué par les tensions commerciales et les risques de concentration (Chine contrôlant 90% du raffinage de manganèse et terres rares), l’Afrique offre une diversification fiable. Toutefois, le succès exige de combler les fractures infrastructurelles. Le corridor de Lobito (Angola-RDC-Zambie) modèle cette approche, liant mines, chemins de fer et ports pour réduire les coûts logistiques et l’empreinte carbone. Le rapport de l’AFC souligne que sans énergie abordable, transport efficace et corridors industriels, la «valorisation locale» reste illusoire – comme en témoignent les arrêts de production de manganèse au Gabon ou d’acier en Afrique du Sud, victimes de coûts élevés et de demandes asiatiques volatiles.

L’enjeu final: transformer la richesse géologique en leviers industriels permanents. L’Afrique doit ancrer sa production minérale non plus sur les cycles mondiaux, mais sur sa propre trajectoire de développement – infrastructures, urbanisation et montée en gamme technologique. Les pays cités démontrent que cette réorientation est en marche, mais son amplification exigera une coordination régionale inédite et des investissements ciblés dans les données géologiques, clés pour atténuer les risques perçus et mobiliser les capitaux.

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